Biographie et contre biographie de Georges Pérec

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Biographie et contre biographie de Georges Pérec

 

Les biographes n'ont pas de chance. L'auto-fiction rend leur discipline en partie caduque. En fait ils doivent surtout aujourd'hui traquer les mensonges que leur sujet d'étude a cultivé sur son existence. Les champions toutes catégories en la matière sont Céline et Malraux; Montherlant se défend pas mal non plus dans l'exercice. Mais qui consciemment ou inconsciemment qui n'arrange pas sa propre vie. Pourquoi en serait-il autrement de Pérec? Ce que curieusement ne cesse de fustiger Bellos dans la biographie qu'il consacre à l'auteur de « La vie mode d'emploi ». La traque du mensonge de son objet sur son existence est l'obsession de notre biographe.

Je l'ai déjà écrit, mais en l'occasion, il ne me semble pas inutile de le répéter, il est indispensable que le biographe d'un écrivain soit un admirateur au moins de l'oeuvre de son sujet et, si possible, dans une certaine mesure de sa personne dont il fouille la vie. C'est presque toujours cette admiration qui déclenche le désir d'écrire une biographie. Mais comme nous le verrons plus loin admiration ne rime pas toujours avec compréhension. Mais l'admiration pour l'oeuvre, si elle est nécessaire ne me paraît pas suffisante. Il faut également que le biographe entre en empathie avec l'homme dont il a fait son objet d'étude; ce n'est visiblement pas le cas avec Bellos. Pour ce dernier, il s'est sans doute passé la chose suivante, admirateur des romans de Pérec, et en particulier de « La vie mode d'emploi » sur lequel néanmoins il se trompe, il est l'un de ses traducteurs en anglais, Bellos au cours de ses recherches, qui paraissent presque exhaustives, a fait la connaissance avec l'homme Pérec (les deux hommes ne se sont jamais physiquement rencontrés), et l'homme a probablement déçu son biographe; dans ces conditions était il raisonnable pour Bellos de persister dans l'écriture de sa biographie? Un exemple de ce que parfois on ressent comme une répugnance, l'insistance de Bellos sur la laideur de Pérec et son aspect négligé. Certes l'auteur de « Je me souviens » n'était pas l'apollon du Belvédère (quand est il de monsieur Bellos?) mais jeune il était loin d'être affreux comme en témoigne le cahier photos au milieu du volume. Il faut cependant rentre hommage à Bellos d'avoir parler du physique de son sujet, ce qui est curieusement rare dans les biographies. Ainsi une fois refermé des pavés de 800 pages sur une personne, parfois on ne sait toujours rien de ses mensurations ni de son aspect physique, éléments qui ne sont pourtant pas sans conséquence dans la destiné d'un homme.

Cette défiance envers son sujet a choqué un certain nombre des proches de Pérec qui se sont fendus d'un livre, « Antibiotiques » pour rectifier celui de Bellos. Ce qui est peut-être un cas unique dans l'Histoire littéraire. Mais cet « Antibiotique » dont la lecture est fort utile, plus pour compléter l'étude de Bellos que pour véritablement la rectifier, est-il tout à fait sans arrières pensées un peu moins noble que celle de réhabiliter leur ami? Ce n'est pas sûr. Cet ouvrage apporte parfois un autre éclairage sur la vie de Pérec et surtout précise souvent plus qu'il ne contredit les affirmations de Bellos. Surtout il met en lumière la difficulté du travail de biographe et pose implicitement cette question: le biographe a-t-il le droit de faire des suppositions pour remplir les blancs d'une vie. Il me semble qu'une des erreurs de Bellos a été de faire passer ses hypothèses pour des affirmations. Certaines contributions à Antibiotiques sont singulièrement acrimonieuses en particulier celle de Bianca Lamblin, cousine de Pérec. Les remarques de cette dernière sont souvent très représentatives de l'image de courage sinon de résistance que veulent donner les juifs d'eux même et en particulier de leurs agissements durant la période de l'occupation; à contrario Bellos subliminalement reproche aux juifs leur « passivité », point de vue typiquement anglo-saxon, de « l'extérieur » forcément de l'extérieur car chance pour eux ni l'Angleterre, ni les Etats-Unis ont connu l'occupation nazi. Les juifs de ces contrées peuvent ainsi s'imaginer, à peu de frais, plus courageux que leurs coreligionnaires européens. Il y a un autre point de friction entre Bellos et Bianca Lamblin sur le vécu de la judéité autant le premier est sioniste, ce qui transparait dans tout le livre, alors que la seconde est clairement assimiliationniste comme l'était Pérec. En outre Bianca Lamblin reproche à Bellos de faire des hypothèses, mais sans hypothèses, il n'y a quasiment pas de biographie possible. Ce qui est amusant c'est que Bianca Lamblin ne se prive pas d'en faire et si elles ne sont pas inintéressantes , elles sont moins en contradiction avec celles du biographe qu'elle ne le dit.

L'importance de l'influence de la judéité de Pérec sur son oeuvre me semble très surévaluée dans le travail de Bellos. Lorsque j'ai lu par exemple « Les choses » ou « La vie mode d'emploie », pour la première fois, j'ignorais que leur auteur était juif et rien dans ma lecture me l'avait laissé deviner pas plus pour « Je me souviens ». Bien sûr ce n'est pas exact pour tous les écrits de Pérec, mais il est évident que pour ceux que l'on reconnaît comme les plus importants aujourd'hui, la judéité de leur auteur n'est pas évidente et ne me paraît pas une grille de lecture judicieuse.

Il reste que Bellos a fait un travail très sérieux et n'a pas ménagé sa peine. Ecrivant son livre peu après la mort de Pérec, il a interrogé toutes ses connaissances. Il prend soin à la fin de chaque chapitre de noter ses sources néanmoins dans le cours du chapitre, on ne connait pas la personne précise qui lui a fourni les informations. On comprend mal alors certaines erreurs grossières comme celle de se tromper d'un mois sur la date de la rafle du Vel d'hiv. L'ouvrage n'a malheureusement pas été relu (ou mal) avant d'être publié. Le sérieux du travail de recherche est aussi en partie gâché par le désir de faire entrer le moindre fait et geste de Pérec dans deux aprioris du biographe d'abord celui que Pérec a sciemment menti sur certains faits de sa vie et en particulier sur son enfance (Bellos est victime d'une paranoïa fréquente chez le biographe, celle que son sujet à brouillé les pistes exprès pour l'embêter!) et surtout sur le sentiment de culpabilité. Pérec se serait senti coupable de la mort prématurée de ses parents; son père est mort en combattant en 1940 et sa mère dans un camp d'extermination. Ces deux obsessions de Bellos, indiscernables dans l'oeuvre de Pérec, gauchit gravement son travail.

Il est très intéressant que Bellos ne soit pas français et qu'en même temps il connaisse bien la société française contemporaine ce qui ne va pas néanmoins sans quelques erreurs et approximations sur la dite société. Cette extériorité lui donne une ouverture d'esprit que n'aurait sans doute pas eu un biographe français. Par exemple à propos de l'exfiltration de Pérec, âgé de 5 ans, du Paris occupé vers les Alpes; sans doute que le lecteur français de ce début du XXI ème siècle, tout enduit de moraline et de bien « pensance » sera dérangé lorsqu'il lira sous la plume du biographe que << la transition fut brutale entre la crasse de Belleville et un Vercors si vert et blanc.>>. Et pourtant cela ne reflète que la réalité de ce qu'était le Belleville d'avant la rénovation, un endroit, certes si pittoresque sur les photos de Willy Ronis, mais parfaitement insalubre. D'ailleurs la maison dans laquelle Georges Pérec passa ses premières années fut détruite pour cette raison. On peut penser qu'une certaine franchise de Bellos est une des raisons de l'animosité à son égard d'une partie de la critique ainsi que d'une fraction des personnes de l'entourage de Pérec. Quand Bellos suggère qu'en France les familles juives aisées ont eu moins à déplorer de pertes dans les camps d'extermination que leurs homologues moins fortunées de Belleville, on comprend bien qu'une telle interrogation, pourtant intéressante, soit gênante. De même quand il envisage que le jeune Pérec, du fait de sa judéité, bénéficiait d'une ouverture sur le monde en raison de la dispersion de sa famille en plusieurs endroits du globe, ce que n'avait pas ses camarades de classe; ceci est pourtant une évidence qui explique pour beaucoup encore aujourd'hui l'avantage qu'on de nombreux jeunes juifs du fait de cette particularité par rapport aux autres jeunes de leur classe d'âge mais il est fort à parier que cette réalité ne soit pas encore très bonne à dire... Il me semble que beaucoup de critiques de Bellos aient confondu naïveté et absence de tabous. En revanche ils ne l'épinglèrent peut être pas assez sur quelques affirmations qui sentent leurs préjugés de classe et d'époque comme dans cette phrase: << Comment se forger une identité sans avoir recours aux images de la littérature. >>. Il est a craindre que si ce qu'écrit benoitement Bellos était vrai beaucoup de jeunes français aient aujourd'hui aucune identité... Mais après tout c'est peut être le cas.

Le fait que Bellos soit anglais, à ce propos j'étais persuadé qu'il était américain, avant de lire tardivement le quatrième de couverture, tant certains défauts de cette biographie sont typiquement américains en particulier le traitement de la sexualité de Pérec qui est vu par le prisme d'un puritanisme propre à quelques universitaires d'outre Atlantique. Cet excessive pudeur sur les questions du sexe, fait que l'on apprend, presque en contrebande, que Pérec s'est séparé de sa femme. On ne saura rien non plus des raisons pour lesquelles il doit quitter le moulin d'Andé, la thébaïde qui lui servait de refuge pour son travail littéraire. Le puritanisme de l'auteur s'étend à la bouteille. Bellos ne manque jamais une occasion de fustiger Pérec à chaque fois qu'il boit un coup de trop; pourtant l'auteur de « La vie mode d'emploi » est loin d'être un pochard, qu'aurait écrit notre abstinent s'il avait du rédiger la biographie d'un Hemingway, d'un Faulkner ou d'un Verlaine... Le puritanisme chez notre auteur psycho rigide s'étend aux rapports à l'argent, incapable d'ambivalence, il ne comprend pas l'attitude de Pérec qui avait un certain mépris de l'argent et dans le même temps avait envie d'objets de luxe. Les jugement tout d'un bloc de Bellos fait qu'il ne comprend pas du tout les rapports de Pérec avec son tuteur qu'il aimait tout en s'opposant à lui, notamment durant son adolescence, ce qui est pourtant d'une grande banalité.

En général les biographes des écrivains nous disent que ces derniers furent de grands lecteurs mais généralement omettent de lister les livres qu'ils ont lus et ceci à quelle date et dans quelles condition. Bellos fait (très partiellement) exception à la règle et c'est une très bonne chose, mais pour avoir plus de précision sur ce sujet, il est très utile de lire la correspondance de Pérec avec son ami Ledérer. Ainsi mon narcissisme est comblé quand je m'aperçois que j'avais des lectures communes avec le jeune Pérec: « Mystère magazine », « Galaxy », « Hitchcock magazine », « Le cristal qui songe »... Le biographe est un bon connaisseur de la littérature française de l'après guerre, ainsi il situe bien l'oeuvre de Pérec dans l'ensemble de la production romanesque de l'époque; ce qui n'exclut pas quelques bizarreries, comme de nous parler à propos des hussards d'un certain Weber, inconnu au bataillon. Si Bellos ne semble pas toujours éprouver une grande sympathie pour son modèle en revanche il paraît être totalement sur la même longueur d'ondes que Pérec en ce qui concerne le roman français du XX ème siècle.

La proximité chronologique d'une biographie par rapport au modèle est grandement bénéfique pour l'étude de la vie privée de celui-ci (Bellos a rencontré tous les proches de l'écrivain car beaucoup de ceux qui l'avaient connu étaient encore vivant au moment de l'écriture de cette biographie) en revanche, elle peut être contre productive en ce qui concerne l'analyse de l'oeuvre. Pour « Les choses » par exemple Bellos insiste beaucoup sur l'influence de Flaubert sur le roman et aussi sur son aspect critique de la société de consommation, certes, mais aujourd'hui « Les choses » nous apparaît comme le livre emblématique des trente glorieuses, inséparables des couvertures bordées d'orange de « l'Express » de J.J.S.S. L'aspect critique s'est dilué dans la nostalgie pour cette époque qui paraît d'autant plus belle aujourd'hui à beaucoup qu'il ne l'ont pas connue. Je vois une curieuse parenté « des choses » avec « Les mandarins » de Simone de Beauvoir, cousinage qui semble avoir été relevé par personne... Comme tout biographe, Bellos s'ingénie à relever dans les oeuvres de son modèle toutes les traces autobiographiques. Pourquoi tous les biographes veulent-ils absolument nous persuader que le moindre écrit de leur sujet ne peut être qu'une transposition à peine maquillée du vécu ou à l'extrême rigueur de celui d'un proche? Cette quête obsessionnelle amène le biographe, par la force des choses, à faire une lecture naturaliste des romans de l'auteur dont il ausculte l'oeuvre et la vie. Ainsi Bellos s'étonne que le soir, les habitants de l'immeuble de la « Vie mode d'emploi » ne soient pas devant leur télévision; c'est confondre la date de parution du roman, 1975, avec celle des actions qui s'y déploient. Nous sommes dans le roman de Pérec, plus dans une France vaguement intemporelle, un peu celle de Marcel Aymé, que l'on pourrait situer, disons au début des années trente, que dans la France de Giscard.

Autre défaut des biographes et en cela Bellos est exemplaire, le désir de trouver une explication rationnelle à tout et surtout de rendre la vie de leur modèle la plus linéaire possible, ce qui est toujours absurde et plus particulièrement avec Pérec, vie dans laquelle le hasard et les contingences extérieures furent cruciales pour sa destiné...

Pour en rester aux généralités en matière de biographies, il est regrettable que messieurs les biographes étendent rarement leur curiosité au delà du sujet de leur étude, au mieux ils s'intéressent à l'Histoire, ce qui paraît être un minimum, mais pour le reste... Ainsi notre anglais de Bellos n'ayant peu de lumières en matière de courses cyclistes, confond Liège-Bastogne-Liège avec Paris-Roubaix! Pas plus éclairé dans le domaine musical il n'hésite pas à parler de pop musique en... 1954! On est parfois un peu éberlué par le péremptoire des affirmations et jugement du biographe comme: << Les romans joliment ironiques d'André Gide>>. Bellos hésite rarement a asséner des phrases aussi définitives que dénuées de fondement telle celle-ci:<<Georges Pérec devint écrivain pour lui même par choix et pour les autres par ténacité.>>. Ce genre d'affirmation assez gratuite est vertement épinglée dans « Antibiotique ».

Si vous vous intéressez à Pérec la lecture des deux ouvrages est indispensable mais il est conseillé pendant l'exercice de ne pas oublier son esprit critique.

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ismau 30/09/2016 14:45

Grâce à vous, j’ai enfin lu maintenant le formidable Perec '' La Vie mode d’emploi '' . Nous sommes même deux à avoir profité de votre précieux conseil de lecture ; lecture qui a fait le régal de plusieurs semaines de nos vacances . Plusieurs semaines, car si je vous donne raison sur l’essentiel de vos éloges : «  le plus grand roman de la littérature française de la deuxième moitié du XX ème siècle aussi drôle que passionnant aussi profond et complexe qu'il est facile à lire », je ne trouve pas moi que ce soit si facile à lire … à cause sans doute de mes difficultés personnelles de mémoire à suivre ce fameux « fil rouge », mais ça fait partie du jeu, un jeu passionnant où on ne s’ennuie pas une seconde, et donc je vous remercie pour cette grande découverte littéraire !
Si j'ai le temps, je suivrai plus tard le conseil de Xristophe : lire ou relire Robbe-Grillet, mais c'est dommage je n'aime pas relire - même les bons livres que j'ai complètement oubliés - je préfère en découvrir de nouveaux .

lesdiagonalesdutemps 02/10/2016 09:42

Tout d'abord merci de vous plonger dans les anciens billets, beaucoup trop de visiteurs du blog considèrent que les billets atteignent leur date de péremption au bout de quelques jours...
Je suis ravi lorsque je peux être prescripteur de lecture surtout lorsque c'est un aussi grand livre que "La vie mode d'emploi". Ce roman n'est pas difficile à lire si on le considère chapitre par chapitre. son écriture en est simple et limpide, Phrases courtes, pas trop de mots savants ou rare... La difficulté en effet réside dans sa construction non encore que celle-ci, très savante, demande un gros effort pour s'y retrouver, à la différence de "conversation à la catédrale" par exemple mais en effet on risque de perdre "le fil rouge" du livre mais je ne crois pas que cela soit le plus important du roman qui peut se lire comme une suite de nouvelles où alternerait le conte philosophique et la nouvelle policière dont certains arguments m'ont fait penser aux histoires express de Félix Fénéon.
Comme vous en fait je relis assez peu, je suis toujours appelé par des titres nouveaux. Pourtant quand je regarde ma bibliothèque je m'aperçois que j'ai oublié bien des livres qui s'y empoussièrent. Il y a cependant des exception par exemple je viens de relire "Les souffleurs de verre de Daphné du Maurier à l'occasion de la lecture de la biographie de cette dernière (billet à suivre). En ce qui concerne "La vie mode d'emploi" j'en suis à ma troisième lecture. Je relis plus certains auteurs comme Modiano et Rinaldi et bien sûr Proust et des bandes dessinés comme les Alix bien sûr que j'ai relues des dizaines de fois...
Pour le titre de plus grand roman français de la deuxième moitié du XX ème siècle, je ne vois que "L'oeuvre au noir" de Yourcenar pour lui disputer la couronne.

xristophe 15/04/2016 21:39

Butor n'est pas le pire, malgré son très injuste nom, il est si délicat ce bon vieillard de nouveau romancier ; mais si l'on veut vraiment perdre son temps au lieu de l'employer, c'est Robbe-Grillet, avec son nom horrible et ses sales Gommes, qu'il faut lire et relire, Ismau...

lesdiagonalesdutemps 15/04/2016 22:21

Les derniers livres de Robbe-Grillet plus du tout nouveau roman d'ailleurs ne sont pas mal du tout. Moi aussi dans ma jeunesse je vitupérais contre le nouveau roman et puis avec l'âge j'ai trouvé que c'était distrayant ce formalisme moi rigolo que Roussel ou Fénéon mais tout de même intéressant de temps en temps comme gymnastique des méninges.

ismau 13/04/2016 19:40

Je lirai donc ''La vie mode d'emploi'', dès que j'aurai fini de relire ''Lolita'' ! ''Paludes'' j'ai dû le relire quatre ou cinq fois : un record, et toujours avec le même plaisir . Je me souviens maintenant de vos éloges au sujet du Perec, que j'avais confondu c'est drôle, à cause du titre, avec ''L'emploi du temps'' de Butor !

lesdiagonalesdutemps 13/04/2016 21:44

Curieusement Pérec est beaucoup plus cérébral que Butor mais surtout beaucoup plus ludique, c'est un Raymond Roussel lisible...

ismau 09/04/2016 21:57

Ce riche billet qui analyse de manière très intéressante le travail des biographes, m'incite à poursuivre sur les deux terrains : celui de la biographie ( j'en ai lu assez peu ) et celui de l'oeuvre de Perec ( j'en ai lu très peu, dommage) Je viens de terminer le ''Retour à Duvert'' de Sebhan, magnifique biographie,dont vous aviez très justement fait l'éloge dans un récent billet : c'est l'exemple même d'un travail rigoureux et honnête, où l'auteur ne cache pas ses hypothèses et ses choix, ce qui rend sa lecture plus vivante encore . Dans le cas de Sebhan, on a finalement l'impression de découvrir une véritable forme littéraire . Je ne sais pas si c'est le cas du Bellos ( qui je vois, a eu un prix goncourt de la bio ) .
Un détail ... pourquoi s'étonner de lire : ''les romans joliment ironique de Gide'' ? Non seulement ''Paludes et ''Les Caves du Vatican'' sont plus que joliment ironique, mais ailleurs on en trouve souvent de petites touches délicieuses .

lesdiagonalesdutemps 10/04/2016 08:29

Je commence à vous répondre par la fin, je n'ai pas mis le nez dans Paludes depuis 45 ans en revanche j'ai relu "Les caves du Vatican" récemment (je signale en passant que je ne mentionne pas mes relectures dans mes lectures de saison) certes il y a de l'Ironie, à commencer peut être par le titre même, mais que la seule mention de Gide se réduise à son ironie, c'est tout de même un peu court. Le plus gros défaut des biographie c'est qu'elle sont souvent mal écrite y compris celles venant de véritable écrivain, voir Claude Arnaud et Edmund White par exemple. Presque toujours le biographe ne parvient pas à méler judicieusement la vie factuelle de son sujet avec l'essais sur l'oeuvre. C'est le cas du livre sur Rebatet que je lis en ce moment de conserve avec la bio sur Barthes beaucoup plus réussi mais je ne suis qu'au début de ces deux énormes pavés. Sebhan est l'exception une belle écriture au service d'une non moins belle probité (il aurait tout de même pu éviter d'appuyer sur le morbide). Il faut que je lise ses autres livres... Mais que de livre à lire! Bellos lui n'est vraiment pas un artiste de la plume, c'est disons scolairement écrit ce qui évite certains débordements mimétiques dans lesquels tombent volontier quelques biographes, c'est déjà çà. Je vous engage d'abord à lire l'oeuvre qui n'est pas loin de se résumer (j'entend déjà les hurlements des péréquiens) à "La vie mode d'emploi", allez je me lance, le plus grand roman de la littérature française de la deuxième moitié du XX ème siècle aussi drôle que passionnant aussi profond et complexe qu'il est facile à lire, c'est en fait une suite de nouvelles reliées par un fil rouge.