Un enfant dans la foule, un film de Gérard Blain

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Un enfant dans la foule, un film de Gérard Blain
Un enfant dans la foule, un film de Gérard Blain
Un niño en la multitud, film
 
France, 1976, 120 mn
 
Réalisation: Gérard Blain, scénario: Gérard Blain et Michel Perez, image: Emmanuel Machuel, musique: Jean Scharz, montage: Marie-Aimée Debril
 
avec: Jean-François Cimino, César Chauveau, Anne Novaks, Claude Cernay, Jurgens Doeres
 
Un niño en la multitud, 1
 
Résumé
 
En 1937 les parent de Paul, le confient à une institution religieuse. C'est un déchirement pour l'enfant...
En 1944 Paul, 13 ans, est le mal aimé de sa famille. En quête de chaleur humaine, il découvre, sur fond de guerre, les amitiés particulières et s'aperçoit qu'il peut capter l'attention de certains hommes qui lui apportent une affection sensuelle mais toujours fugitive...
 
Un enfant dans la foule, 2
 
Je vais avoir un peu de mal à parler de ce film qui est un de mes préférés et puis j'ai connu Gérard Blain durant une trentaine d'années. C'était un ami, indulgent et pourtant exigent. C'était aussi parfois un bavard intarissable, surtout au téléphone. Il m'a beaucoup parlé de ses films et aujourd'hui je regrette bien de n'avoir pas enregistré les coups de téléphone de Gérard Blain qui était surtout des monologues. Pour donner le ton de ses appels, j'exhume une de ses réparties faite au micro de RTL lors de la sortie des "Amis": << il vaut mieux qu'un garçon tombe sur quelqu'un comme Philippe qui l'éduque, lui apporte une certaine affection que sur une vieille pétasse!>>.
J'ai eu l'honneur d'éditer "Un enfant dans la foule" d'abord en VHS puis en DVD malheureusement Gérard n'était plus là. J'ai eu, en hommage à Gérard Blain, le souci d'ajouter au film de beaux bonus d'abord la leçon de cinéma de Gérard Blain qu'il avait donnée dans le cadre de l'université  de Strasbourg, puis les premières images tournées par Blain sur le tournage de Hatari d'Howard Hawks. Sur ce montage un texte de Michel Marmin est lu par François Devienne. Ce dvd est le beau souvenir de mon éphémère carrière d'éditeur. Avec un peu de chance vous pouvez trouver ce DVD sur la toile... 
 

Un enfant Dans la foule (1976) 3

Un enfant Dans la foule (1976) 2

Gérard Blain trace dans "Un enfant dans la foule" le portrait d’un jeune adolescent dans la tourmente de la seconde guerre mondiale et du Paris de l’Occupation qui n'est pas très éloigné de celui de Modiano. Paul est rejeté par une mère qu’il adore et recherche dans la compagnie d’hommes plus âgés une affection que lui a toujours refusée un père absent…
 
 
Un niño en la multitud, 2
 
Avec un enfant dans la foule, son chef d'oeuvre nous sommes au coeur du cinématographe tel que le vivait Gérard Blain. Ce troisième film après "Les amis" et "Le pélican" est l'acmé de l'autobiographie transposée du cinéaste. Néanmoins il est bon de rappeler les propos de Gérard Blain à ce sujet: << "Un enfant dans la foule" n'est pas plus autobiographique que "Les amis" ou "Le pélican", si l'on entend par autobiographie l'inventaire d'anecdotes tirées de sa propre expérience. Au contraire mon travail consiste toujours à transposer des bribes, des fragments de souvenir, à les charger sur le plan émotionnel et thématique et à les organiser dans un récit cohérent. Je serais bien incapable de faire un film qui ne me concerne pas intimement mais aucun de mes films raconte ma vie.>>. Il reste qu'il y a une continuité évidente dans les films de Blain, tout comme dans ceux de Truffaut nous suivons Antoine Doinel durant de longues années, trois films de Blain sont comme une biographie de Paul avec qui nous faisons connaissance dans cet "Enfant dans la foule" il a alors sept ans, nous le quitterons dans ce film à quatorze ans. Nous le retrouverons plus âgé que de quelques moi, et toujours joué par César Chauveau dans "Le second souffle" (1978) dans lequel il n'a qu'un second rôle. C'est ce même Paul qui a alors seize ans qui est le héros "des amis" (1971) où cette fois il est interprété par Yann Favre. Puis c'est adulte à la quarantaine qu'il réapparait dans "Le pélican". On peut donc considéré qu'il s'agit là de toujours le même personnage (dans une certaine mesure, le double du cinéaste) dont on suit d'un film à l'autre, la détresse, l'évolution.
Un enfant dans la foule est d'abord le portrait d'un enfant mal aimé. C'est ainsi que fut Gérard Blain de la part de ses parents, c'est du moins l'antienne qu'il ne cessait de répéter pour ne pas dire de ressasser. On voit au début d'"Un enfant dans la foule" que la mère (Annie Kovacs que Blain reprendra pour jouer la mère du même Chauveau dans "Un second souffle") préfère sa fille au petit Paul.
La haute bourgeoisie exerce une certaine fascination sur Paul (ce qui à ma connaissance n'était pas du tout le cas de Blain). Il y a surtout chez lui un désir de s'élever (comme pour le héros des "Amis" mais on a vu que c'était en fait le même personnage).
Le cinéma de Blain même s'il peut s'apparenter à la tragédie grecque est un cinéma sans dieu. Le seul déterminisme que l'on y trouve est un déterminisme social, culturel, politique et moral.
 
Un enfant dans la foule, 1
 
Il y a quelques années je tombais dans les cahier du cinéma sur un papier de 8 pages qui rendait hommage à Gérard Blain, malheureusement après son décès. Elles étaient signées Azalbert. J'en extrais cette phrase qui résume et explique une des thématiques principales de l'oeuvre du cinéaste: <<Le film aborde aussi frontalement un thème qui ne cessera de revenir dans la majorité des films de Blain: les relations homosexuelles entre un adulte d'âge mûr et un adolescent. Il y a une conception grecque de ce type de relations chez Blain. La sexualité se double toujours d'un rapport familial (père/fils), d'un rapport de classes (riche/pauvre) et d'un rapport de transmission (maître/élève). La fascination qu'exerce chez Blain l'homosexualité provient de la complexité et de l'ambiguité qui se nouent entre les amants et qui explique plus généralement les positions du cinéastes face à la société. Ce qui est recherché (l'amour, le père, la connaissance) se heurte à ce qui est détesté (l'hypocrisie, le pouvoir, l'argent). D'où le tragique des films de Blain.>> 
 
A Child in the Crowd, 2
 
Lorsque le film est sorti, on l'a rapproché pour son style, avec raison, de "Pleure pas la bouche pleine" de Pascal Thomas (1973) et de Nous ne vieillirons pas ensemble de Pialat (1972). Pialat et Blain ont eu un moment un projet commun... Ces film s'inscrivaient dans ce que rétrospectivement on pourrait appeler le nouveau réalisme.
Ce qui caractérise le cinématographe de Blain c'est son sens de l'ellipse qu'il expliquait ainsi: Par exemple dans les scènes d'amour, ce qui est intéressant c'est ce qu'il y a avant de faire l'amour et ce qu'il y a après. Je ne filme jamais la relation sexuelle elle-même qui ne présente aucun intérêt sinon pour les voyeurs.>>. Dans un plan, ce qui retient le plus l'attention du cinéaste, donc du spectateur, ce sont les visage d'où un filmage frontal en plans souvent serrés. Il s'en expliquait ainsi:<< Mes plans sont souvent de face. J'évite les perspectives. Les chose sont plus criantes de face. On limite l'espace, le regard y plonge directement (...) j'essaye de réduire de simplifier et d'accroitre le potentiel de force qui réside dans chaque personne (...) par exemple pour Laurent dans "Un enfant dans le foule" (un des suborneurs de Paul) je montre le personnage dans ses actes, je le regarde en face de Paul sans chercher à le confondre comme coupable, je l'observe avec le regard le plus droit possible. C'est au spectateur de faire le reste.>>. On peut penser que cette frontalité vient du cinéma d'Ozu que Gérard Blain admirait beaucoup. Cette esthétique n' s'est pas tout à fait perdue au Japon puiqu'on la retrouve dans certains films de Kitano. 
 
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Blain construit son film en bouchant la profondeur de champ et en montrant son jeune héros prisonnier d’un monde trop étriqué pour lui. Seul le plan final le montre s’éloigner dans la profondeur du cadre. Il faut noter d’ailleurs qu’à l’occasion, Paul qui se dirige vers les studios de cinéma de Joinville où il va faire ses débuts d'acteur, croise un homme à qui il offre du feu. Ce passant est incarné par Blain qui semble lui-même revenir des studios de Joinville, avant de disparaître : passage de relais symbolique entre une enfance qui s’évanouit et l’homme qu’est devenu le cinéaste… Pour finir laissons la parole à Paul Vecchiali, critique, autre irrégulier du cinéma français, qui, dans la saison cinématographique 1976, écrit à propos de ce film : « Un enfant dans la foule, c’est le vrai regard de l’enfance qui, au-delà des conjonctures, se porte sur l’essentiel, laissant en coulisses, c'est-à-dire aux adultes, tout ce qui est spectaculaire ou événementiel. »
 
A Child in the Crowd, 1
 
bande annonce en version originale
 
 
Le film
 
 
Pour voir le film en plus grand et le télécharger: ICÍ
 

Publié dans cinéma gay

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Martial 08/03/2016 21:31

J'ai retrouvé le passage de Propos secrets, tome 1, dans lequel Peyrefitte parle de Gérard Blain. C'est au chapitre 12 consacré à l'oeuvre dramatique de l'auteur. Blain avait été pressenti, en 1947, pour tenir le rôle du jeune héros du "Prince des neiges". Mais Jacques Hébertot, finalement, décida de rechercher un jeune garçon n'ayant jamais suivi de cours de comédie. Laissons poursuivre Peyrefitte : "C'est pourquoi on écarta Gérard Blain, que m' avait présenté Maurice Escande, dont il suivait les cours. Cela me valut au moins d'agréables rencontres avec Gérard.

Je l'ai revu en 1962, la dernière année que j'habitais encore avenue Hoche. Je me rendais au restaurant, quand, passant devant la salle Pleyel, je vois quelqu'un descendre de voiture, et venir à moi (...) : "Tu ne me reconnais pas ? Gérard Blain.
— Ah ! Gérard ! Mais tu es en train de devenir un acteur célèbre." Il a souri : "Tu sais, j'ai épousé une très jolie fille, que j'aime beaucoup. Nous avons un fils. Te rencontrer a été pour moi une grande chance. J'ai envie de faire de la mise en scène. J'ai l'idée d'un film qui te touchera. Il faut que tu viennes à la première projection." Nous avons bavardé ainsi, un petit moment. Nous avons échangé nos numéros de téléphone : "Je t'appelle, tu m'appelles." Comme cela arrive souvent, nous ne nous sommes pas appelés : la page était tournée. Toutefois, j'ai été très heureux d'assister, comme il me l'avait demandé, à la projection privée de son film, les Amis, qui eut lieu dans un cinéma de la rue de Ponthieu. A la fin, je suis allé à lui : "Je te félicite. Tu as fait un film admirable, plein de détails exquis." On est toujours ému de voir réussir un garçon qu'on a connu très jeune. On se dit que peut-être on n'y a pas été étranger."

lesdiagonalesdutemps 08/03/2016 21:44

Merci beaucoup pour cette anecdote concernant le "Prince des neiges" que je ne connaissais pas. Par ailleurs Je suis un peu surpris car j'ai assisté à cette projection en avant première (mais il y en a eu certainement plusieurs) et je n'y ai pas vu Roger Peyrefitte. Gérard Blain n'a jamais fait allusion à l'auteur des amitiés particulières devant moi, mais s'il parlait beaucoup y compris de choses intimes, il pouvait être aussi secret.

ismau 12/02/2016 16:21

Votre critique en forme d'hommage - à la fois à titre d'expert en cinéma, et d'ami - est particulièrement intéressante ; émouvante aussi ! Je n'ai malheureusement vu aucun des films d'auteur de Gérard Blain . Je ne me souviens de lui que comme acteur dans ''Le Beau Serge'' et dans ''Les Cousins'' . Sa présence et sa performance d'acteur dans le Beau Serge m'avaient bouleversée . Intriguée aussi par sa personnalité, par ce qui était dit de lui dans un bonus : un témoignage de tournage - Chabrol peut-être ? - parlant de sa gentillesse assortie d' instabilité, de sa jalousie vite exacerbée ( souvent par sa trop libre et séduisante jeune épouse Bernadette Lafont ) puis d'une terrible bagarre avec Brialy . La lecture de sa bio et carrière m'avait intriguée plus encore, et impressionnée : sa jeunesse chaotique et son anticonformisme, ses très nombreux films dont un 1er à 14 ans, son passage à la réalisation, etc .

lesdiagonalesdutemps 21/02/2016 21:37

Vous faites complètement erreur. Il ne s'agit pas du tout de Peyrefitte que Gérard Blain ne connaissait pas et avec lequel je ne le vois pas s'entendre. Il aurait détesté le coté "précieux" de l'écrivain.

Martial 21/02/2016 19:48

Dans ses Propos secrets, Roger Peyrefitte rapporte qu'à l'issue d'une projection privée des Amis, il avait chaudement complimenté Gérard Blain. Peyrefitte possédant l'art du style allusif, le lecteur n'a aucun mal à comprendre qu'il avait été lié avec le jeune Gérard Blain,

lesdiagonalesdutemps 13/02/2016 10:48

Non pas vraiment mais Gérard Blain jeune était assez coutumier du fait. Mais cela n'a pas eu de suite puisqu'ils ont travaillé ensemble ensuite.

xavier 12/02/2016 20:01

Pouvez-vous, nous en dire plus à propos de cette bagarre avec Brialy, merci ?

lesdiagonalesdutemps 12/02/2016 16:54

C'était un homme au fond profondément gentil, je peux en témoigner, mais aussi malheureux. Il voyait toujours le verre à moitié vide, jamais à moitié plein. Et pourtant il a eu tout de même une vie extraordinaire. C'était aussi quelqu'un de très compliqué à la fois extraverti et secret; par exemple il compartimentait d'une manière extravagante sa vie. Ses amis le voyait presque toujours en tête à tête, c'est amusant parce que dans ses films en y repensant il y a peu d'échanges entre plus de deux personnes. Avec le blog vous avez l'occasion de voir un Enfant dans la foule qui est son plus beau film. Je suis sûr que vous aimeriez aussi les Amis, facilement trouvable sur la toile. Il est édité (mal) en dvd par René Chateau. Un des protagoniste du film qui est un peu à clé était un personnage connu et son fils l'est plus encore...

Bruno 12/02/2016 16:11

Très beau plan final, où Blain dit "merci", à son double-acteur en quelque sorte

lesdiagonalesdutemps 12/02/2016 16:45

Je ne pense pas même, au moment du tournage d'un enfant dans la foule que Blain disait merci à la vie. En revanche je crois qu'il disait sincèrement merci à son acteur.

ALAIN 12/02/2016 08:11

repartie pas répartie