Kiefer au Centre Pompidou

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Kiefer au Centre Pompidou

Je ne vous recommanderais pas l'exposition Kiefer au Centre Pompidou à moins que vous ayez besoin d'un coup de pouce pour vous jeter sous le métro en sortant. C'est une des expositions les plus déprimantes que j'ai vues. Si l'on excepte les ridicules champs de fleurs de la fin, censés être des hommages à Van Gogh, le pauvre, la palette de Kiefer ne quitte jamais les tons terreux, ce qui n'est pas particulièrement réjouissant mais le souci principal réside dans les thèmes des toiles. Avec Kiefer c'est vraiment le passé qui ne passe pas. On comprend bien que d'être né en 1945 dans une Allemagne en ruine n'était pas facile mais Kiefer ne s'est jamais remis d'avoir ouvert les yeux sur des décombres. Toute son oeuvre tourne autour de la guerre et surtout du nazisme. Ses toiles délivrent un message ambigue car si on peut les prendre pour une dénonciation du nazisme, surtout si on a sous les yeux les déclarations du peintre et les analyses souvent fumeuses des critiques, on peut aussi y voir une nostalgie pour le régime nazi. En sont les meilleures illustrations les seules toiles que je sauverais de cette rétrospective celles des architectures. Je vois en elle, en ce qui me concerne, une sorte d'hommage à Speer.

Dans cette série, on ne peut que remarquer que si Kiefer est un piètre dessinateur, il est un grand matiériste dans la lignée d'un Dubuffet ou d'un Leroy. Il est dommage que ce peintre réfléchisse trop et nous fasse part de ses états d'âme. Ces profuses déclarations nous empêche d'apprécier pleinement la riche et diverse matière qu'il dépose sur ces grandes surfaces, de la peinture épaisse, bien sûr mais aussi du plomb, dont il fait grand usage ou à l'instar d'un Rebeyrolles des fagots.

Si certaines toiles m'ont fait beaucoup d'effets, d'où l'indéniable force de certaines, à l'ami qui m'accompagnait, beaucoup plus jeune que moi, elles l'ont laissé parfaitement indifférent. Il s'en expliquait par le fait que faisant partie d'une autre génération, les évènements auxquels Kiefer se réfère sont beaucoup moins présent dans son esprit que dans le mien... Pour lui la peinture de Kiefer est datée et loin d'être universelle.

L'exposition bénéficie d'un parfait accrochage, bien aéré. Les toiles presque toutes de très grandes dimensions. Elles sont bien éclairées.

Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
C'est à mon sens pour la demi douzaine de tableaux immédiatement ci-dessus qu'éventuellement l'expo mérite une visite.

C'est à mon sens pour la demi douzaine de tableaux immédiatement ci-dessus qu'éventuellement l'expo mérite une visite.

Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Kiefer au Centre Pompidou
Paris, janvier 2016

Paris, janvier 2016

Commenter cet article

xristophe 05/02/2016 22:56

Oui, ça, les artistes qui mentent, qui font les malins, qui, bêtes ("con comme un peintre" cela se dit, je crois?), bêtes en paroles, du moins, surcompensent en disant n'importe quoi ; ça existe aussi avec les compositeurs. Le pire c'est quand leurs dires sont regardés comme sacrés - ce qui arrive fréquemment ! alors que le mieux qu'on puisse faire, à ce sujet, c'est de dire, variant la Parole fameuse : "Pardonnons-leur, car ils ne savent pas dire ce qu'ils font." Chacun son métier...

xristophe 05/02/2016 16:11

Je m'y retrouve, BA, dans votre commentaire - au fond, d'ordre théorique - autour de l'interprétation (de la "lecture") des oeuvres ; non seulement picturales d'ailleurs, mais de tous les objets de perception; (tenons-nous en aux objets "esthétiques", fabriqués-de-main-d'homme ou choisis par son oeil). Mais ce sont certaines raideurs qui me gênent dans cette "théorie". Par exemple :"Est-ce aux peintres de commenter leurs oeuvres?" posez-vous (c-à-d affirmant que non.) Mais - pourquoi s'en priveraient-ils? N'ont-ils droit qu'au "faire", n'ont-ils pas droit à dire leur version perceptive ("esthésique" comme on disait dans mon entourage musicologique, en l'opposant au point de vue "poïétique" - mot forgé par Paul Valéry - pour désigner le plan du "faire".) Or le faire n'est pas que le faire - il est chargé, et surchargé, même, lui aussi, "symboliquement" - d'intentions, de rêveries, de désirs etc. Tout le monde en est d'accord. Et moi, le connaître m'intéresse comme auditeur - spectateur, etc. Cela va enrichir ma perception, mon expérience humaine etc. Cela peut aussi m'étonner tellement que je n'entrerai pas dans la perspective très étrange, à mes yeux, de l'auteur. Mais je ne suis pas pour lui "clore le bec" sous prétexte qu'il a fait son travail dans son coin, que c'est maintenant à moi de parler et qu'il n'a plus qu'à la boucler. Je ne vois pas bien l'intérêt (sauf de "principe", mais c'est un principe bien bizarre, dogmatique, hérité de je ne sais où, répartition des rôles etc) de ne pas me pencher sur sa "vision" à lui, intérieure (qui, en plus, a souvent bien des chances d'être plus riche que la mienne car je ne suis devant son oeuvre qu'un passant quand lui la regarde comme son enfant, "la chair de sa chair"...)

lesdiagonalesdutemps 05/02/2016 16:24

Je ne suis pas en désaccord avec vous. Je constate seulement que les commentaires des artistes (ils ont bien sûr le droit de le faire) sont rarement les plus judicieux, d'où l'intérêt de la critique. Et puis il ne faut pas être trop naif, certains artistes ne sont pas toujours sincère à propos de leur travail. Certains mentent même sans vergogne, j'en ai vu quelques exemple dans ma vie...

xristophe 05/02/2016 00:05

Mon expérience n'est pas : le commentaire qui RECOUVRE l'oeuvre - cela me semble même - si facile - un cliché populaire ; un lieu commun - une "scie" - indigne de vous cher BA - qui êtes en plus, de nature, si bon commentateur. Les commentaires nuls (qui m'apparaissent tels) ne m'encombrent pas et se volatilisent d'eux-mêmes. Ils me font rire, le plus souvent, dans les musées : tellement oiseux, impuissants à ne rien saisir - en fait on dirait qu'ils démissionnent tout de suite... Mais dans "Palette", par exemple, c'est autre chose... Et chez Daniel Arasse, aussi... Parfois (j'ai tort d'avouer ça) une oeuvre qui ne suscite pas son commentaire, sa parole (surtout si c'est la mienne) reste muette, stupide la pauvre, frustrée et triste. Un rendez-vous manqué. Parfois (c'est autre chose) la peinture défie le parleur et c'est lui qui reste stupide. (Même à moi, cela arrive...) Mais enfin, normalement, le mutisme verbal devant l'art n'a pas lieu d'être. Et je pense même qu'il devrait être puni. Au moins un peu. (Je dirais genre "garde-à-vue pour médiocrité".) Ou mieux, guéri... éduqué... mais de force ! Je ne crois pas à l'ineffable, il ne faut pas l'encourager.

lesdiagonalesdutemps 05/02/2016 07:21

J'ai du mal m'expliquer. Je ne suis pas contre le commentaire sur l'oeuvre d'art bien au contraire, mais je dénonce des oeuvres qui sans ce commentaire n'existerait pas ou si peu. Ce n'est d'ailleurs pas le cas de Kiefer sauf pour quelques un de ses tableaux. Chez ce peintre certaines de ses déclarations n'ajoutent rien aux tableaux; est-ce aux peintres de commenter leurs oeuvres? Je ne le crois pas. Ce qu'ils ont à exprimer doit se voir sur la toile; ce qui n'empêche pas les autres de réfléchir, digresser, rêver... sur leur oeuvre. Autre problème chez Kiefer est que l'on peut interpréter ses tableaux, par exemple ceux de la très belle série sur l'architecture, dans le sens inverse de ce qu'il déclare. C'est ce que j'ai fait. J'y voit pour ma part non une dénonciation des architectures cyclopéennes de Speer mais un hommage à celles-ci; d'autant plus que bien des tableaux de Kiefer, par leur sujet et leur taille, vont dans le sens du gigantisme pour ne pas dire de la mégalomanie. Se représenter mort sous une immense pyramide par exemple.

xristophe 03/02/2016 22:27

Moi qui n'y connais rien, en peinture, mais qui adore "m'instruire" en lisant sur celle-ci... j'ai commencé très jeune ado en plongeant dans "L'esprit des Formes" d'Elie Faure - dont le seul titre conjoignant les mots forme et esprit me promettait des noces sublimes (et difficiles) entre l'Intelligence et la Beauté... Livre tout frais sorti en Poche (mon père ramenait les tomes en avant-première, l'un après l'autre, de chez Hachette, où il travaillait, humides d'encre fraîche et couverture blanche non encore illustrée !) J'ai un peu continué à lire sur l'art, en vous lisant, vous BA par exemple, et aussi le génial Daniel Arasse, si passionné de Renaissance, d'Annonciations, et de façon si exclusive que je m'étonne que le seul peintre moderne qu'il ait aimé, Daniel Arasse, ce Kieffer donc, puisse être traité aussi désinvoltement (même si partiellement) que vous faites... Ceci est un grain de sable intrigant - je vois aussi qu'Ismau la passionnée se rebelle...

lesdiagonalesdutemps 04/02/2016 08:07

Je lis peu sur l'art (j'ai tout de même lu Elie Faure), préférant voir beaucoup de tableaux (et pas seulement des reproductions) sans oublier de les situer historiquement et accessoirement géographiquement et avec le temps, j'ai commencé presque en sautant du berceau, je me suis fait, si je puis dire ma religion. Celle-ci s'éloigne parfois, souvent?, en art comme ailleurs, de la doxa du temps. Le danger de notre époque est que le commentaire, le discours recouvre trop souvent les oeuvres, les empêchant d'être vues.

ismau 03/02/2016 16:05

Cette fois je ne suis vraiment pas d'accord avec vous . Je ne suis pas sortie de cette exposition déprimée, mais au contraire réjouie, par le plaisir et l'intérêt de voir une telle rétrospective d'un si grand artiste contemporain ! J'étais accompagnée d'un peintre, fin connaisseur d'histoire de l'art, qui venait voir cette expo pour la 2ème fois, et éprouvait la même admiration que moi pour la peinture de Kieffer . Pourtant tous deux - beaucoup  ?- plus jeunes que lui, d'une quinzaine d'années, mais peu importe … la peinture de Kieffer pour moi ne traite pas spécialement du nazisme ( encore moins d'une ''nostalgie'' pour ce régime ?! je ne vous comprends pas  ) Cet ancrage historique est juste un prétexte ou point de départ de son histoire personnelle . Sa peinture va beaucoup plus loin ; elle parle des mythes, des destructions, de la nature et de l'humain, d'une manière universelle et intemporelle … Ses architectures à l'antique détruites peuvent par exemple renvoyer aux actuelles destructions de sites syriens comme Palmyre . Mais heureusement cet artiste qui réfléchit bien - tant mieux ( et parle très bien aussi, je l'ai entendu avec bonheur sur FC récemment ) donne d'abord à ressentir, par la force de ses œuvres et par leurs qualités plastiques : assemblages, matières et traces bien sûr, mais aussi couleurs – pourquoi avoir éliminé de vos photos les oeuvres plus colorées, dont celles de la très belle installation finale ? Enfin, je ne trouve pas que les critiques soient fumeuses : celles qui jalonnaient l'expo étaient chaque fois éclairantes et précises . Kieffer mérite tout de même une certaine profondeur d'approche, et je pense toujours avec un étonnement ravi à mon prof Daniel Arasse– grand historien d'art et spécialiste de la Renaissance – qui ce n'est pas un hasard avait choisi d'étudier Kieffer pourtant contemporain mais qu'il aimait spécialement, et d'écrire une monographie très sérieuse ( pas fumeuse) sur le riche travail de cet artiste .

lesdiagonalesdutemps 03/02/2016 18:06

Je reste entièrement sur mes positions ce que vous dites ne tient que par en effet les explications du peintre; mais c'est la faiblesse d'une oeuvre qui a besoin d'un commentaire. La peinture doit parler d'elle même et ne pas avoir besoin de la béquille du discours. Je n'ai mis dans mon billet que les toiles que je trouvais fortes car il y a en effet dans certaines de ses toiles une grande force sinon je ne serais pas sorti de cette exposition aussi déprimé. Mais volontairement je n'ai pas fait figurer les tableaux de la série "occupation", celles avec le salut nazi, fort mal peintes; dans le même genre Baselitz a fait beaucoup mieux. Pour qu'elles aient un véritable impact il aurait fallu qu'elles soient peintes dans un style hyper réaliste. Quant au champs de fleurs de la fin ce sont pour moi d'épouvantables croutes, aussi mauvaises que les dernières peintures de Braque.