Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

corps à corps bleu (2003-2006)

corps à corps bleu (2003-2006)

corps à corps bleu (2003-2006) détail

corps à corps bleu (2003-2006) détail

Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
C'était le grand soir pour Gérard Fromanger

C'était le grand soir pour Gérard Fromanger

Avec cette belle rétrospective de l'oeuvre de Fromanger, l'artiste démontre qu'il n'est pas nécessaire de faire laid et lugubre pour faire passer des messages forts.

Même si le peintre récuse le qualificatif de pop art pour son oeuvre, c'est bien à cette école qu'il se rattache tant par sa pratique qui n'est pas éloignée de celle de Lichtenstein, jusqu'à son amour du geste artisanal, ni de Gilbert et George par les signes dont il peuple ses tableaux, comme les drapeaux et les titres des journaux par exemple. Il est proche aussi de son ami Monory, dont Fromanger a écrit la préface d'une des dernières exposition, pour son utilisation de la photographie. Mais à la différence de son camarade, Fromanger peint plus l'Histoire que des histoires. L'autobiographie entre assez peu dans son inspiration.

Alors qu'il est un grand voyageur, l'artiste est plus reconnu ailleurs qu'en France, et qu'il passe un tiers de l'année dans son atelier près de Sienne, si l'on excepte quelques tableaux-manifestes, c'est presque uniquement Paris que Fromanger peint et même plus particulièrement le quartier de la Bastille où il a son vaste atelier parisien. 

Dans le film qu'a concocté, avec empathie et intelligence, Serge July pour son ami de toujours, on voit un Gérard Fromanger qui ne joue pas à l'inspiré mais un homme qui a beaucoup réfléchi à sa pratique de peintre et en parle bien. Il contredit absolument l'antienne "bête comme un peintre", vous savez élégant comme un architecte, bête comme un peintre, sale comme un sculpteur... Au contraire on découvre un artiste que la fréquentation des grands intellectuels de son temps Foucault, Guattari, Derida et des artistes comme Godard, a aiguisé l'esprit tout en ne lui faisant pas abandonner l'amour du geste humble et exigeant du peintre.

L'accrochage est bien aéré. Le choix des oeuvres est judicieux. Sans être pléthorique, il rend bien compte des différentes phases de la carrière du peintre. Chaque salle bénéficie d'un accrochage très cohérent, en revanche, je ne vois pas ce qui a présidé à l'ordre des dites salles qui forment un curieux labyrinthe. Je précise néanmoins qu'ayant vu cette exposition le soir du vernissage où se pressait la foule des grands jours, on pouvait même par inadvertance, entre autres, marcher sur les pieds de notre président et d'un ancien premier ministre, je n'ai pas pu circuler dans la rétrospective à mon aise. Il était aussi très difficile de faire des photos, soyez donc indulgent pour mon petit reportage. Je ne manquerai pas de retourner voir l'exposition, cette fois au calme.

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992)

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992)

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992) détail

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992) détail

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992) détail

De toutes les couleurs, peinture d'Histoire (1991-1992) détail

Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
Passe, 1976

Passe, 1976

existe, 1976

existe, 1976

Au printemps, ou la vie à l'endroit (1972)

Au printemps, ou la vie à l'endroit (1972)

Noir, nature morte (1995-1996)

Noir, nature morte (1995-1996)

Violet de Bayeux (1972)

Violet de Bayeux (1972)

Florence, rue d'Orchampt (1975)

Florence, rue d'Orchampt (1975)

La vie d'artiste (1975-1977)

La vie d'artiste (1975-1977)

Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
La mort de Pierre Overney (1975)

La mort de Pierre Overney (1975)

La mort de Pierre Overney (1975) détail

La mort de Pierre Overney (1975) détail

Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
Bastille-résaux (2007)

Bastille-résaux (2007)

Bastille-résaux (2007)

Bastille-résaux (2007)

Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
Gérard Fromanger au Centre Pompidou (1)
Le vernissage vu à travers "un souffle de mai"

Le vernissage vu à travers "un souffle de mai"

Paris février 2016

Paris février 2016

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xristophe 25/02/2016 14:42

Pour Barthes je veux me souvenir qu'il est allé en délégation chez Mao en se faisant tirer l'oreille et en traînant des pieds. Cela se voit à son air constipé sur la photo - il l'a écrit plus tard, et Sollers en a témoigné, avouant : "il trouvait que j'en faisais bcp". Et Gide en URSS, posant à côté du sinistre moustachu. Il est toujours mauvais de devenir un "contemporain capital". Moi, malgré tant de sollicitations, j'ai toujours stoïquement refusé cet emploi...

lesdiagonalesdutemps 25/02/2016 16:35

Il faut louer votre sagacité.

xristophe 25/02/2016 02:37

Pour "Relooker" : ça, c'était autrefois, s'habiller en noir, pour les "vieux"... Aujourd'hui, je ne vois plus que des vieillards en rouge vif...

xristophe 25/02/2016 02:21

Aller se faire tuer pour Mao, aussi...

lesdiagonalesdutemps 25/02/2016 07:17

Fromanger est aussi tombé dans le fantasme de maoisme avec Barthes, Sollers, Régis Debray et une palanquée d'autres. Ce n'est pas ce qui est le plus glorieux mais il a eu le courage ou l'imprudence de mettre une toile de cette époque la dans sa rétrospective.

ismau 24/02/2016 10:35

Mais j'aime la peinture de Fromanger, et je suis d'accord avec vous sur l'importance donnée -heureusement - actuellement à la ''figuration narrative'' et à ses peintres . Tout le négatif de mon commentaire concernait en fait le film de Serge July : c'est ce qu'il montrait ou ne montrait pas de Fromanger que je critiquais, c'est à son film que je reprochais l'absence des peintres de même ''école'' . Que Fromanger choisisse le plaisir de peindre lui-même sans assistant pourquoi pas, mais l'intérêt de sa peinture ne résidant pas dans son geste de peintre, je ne comprends pas qu'il en soit question . C'est nuisible à mon avis à l'appréciation de son œuvre ( sur ce terrain, il est tellement inférieur à d'autres …à Kieffer par exemple ! )

lesdiagonalesdutemps 24/02/2016 16:07

Je ne suis bien sûr pas du tout d'accord avec vous sur plusieurs points et le principal est le geste de peindre. La peinture de Fromanger comme celle de Lichtenstein a besoin d'une grande qualité d'exécution, on peut ajouter un peu au hasard dans ce type d'expression Rosenquist et Erro par exemple ou un Esteves, ce qui ne rend pas leur expression picturale inférieure ou supérieure à une autre mais oblige à une rigueur de geste dont d'autres comme Cueco ou Aillaud, pour rester dans le même courant, n'ont pas besoin. Reste le choix du peintre de cette manière (qui n'a pas été toujours la sienne) qui vient du plaisir qu'à Fromanger à caresser la toile de son pinceau, je crois que c'est aussi pour lui une sorte de prière, une manière de s'abstraire du monde, de ce monde dont parle ses toiles.
Le soir du vernissage, Serge July, avec qui j'ai un peu parlé, était très inquiet de la réception de son film. Je ne l'avais pas encore vu et je ne suis pas allé le lendemain à l'avant première du film à laquelle j'étais invité, je l'ai vu dimanche dernier sur ma télévision et je trouve qu'il y a beaucoup de très bonnes idées de cinéma dans ce film la plus frappante étant d'interposer des flaneurs qui passent entre le spectateur et Fromanger que l'on interview. En revanche vous avez raison je trouve qu'il est dommage qu'il n'y ai pas un mot sur les autres peintres de la figuration narrative.

ismau 23/02/2016 16:17

Ce reportage d'un grand vernissage, et vos bonnes photos ( mais si ! ) donnent envie d'aller voir de plus près . Pendant mes études - années 77 à 81- Fromanger était un peintre qui comptait énormément, une référence incontournable . Mais je crois que son importance était tout de même très exagérée . J'ai vu ce film de Serge July dimanche sur Arte, et je dois dire que j'ai été déçue : par le film, et par la peinture de Fromanger . Effectivement il est sympathique, il s'exprime bien – il me semble que c'est la moindre des choses ! - mais on voit peu ses œuvres, ou alors n'y a-t-il pas davantage à montrer ? On voit encore moins celles de ses camarades ( Monory, Rancillac, Erro, Adami, etc ) ce qui me paraît pourtant indispensable pour comprendre l'époque . Quant au ''geste humble et exigeant du peintre'', je n'ai pas du tout apprécié qu'il en soit question au moment où il se contente de remplir ( de ''colorier'') une surface cernée de noir : son geste pictural n'a aucun intérêt en lui-même, pourquoi en parler ?

lesdiagonalesdutemps 23/02/2016 17:53

Merci pour votre indulgence à propos de mes photos j'aurais pu mettre en sur impression sur les tableau la silhouette de notre président ou celle de Lionel Jospin très détendu ce soir là mais je me suis abstenu... Je ne suis pas du tout de votre avis sur le geste de peintre de Fromanger l'intérêt est le soin qu'il prend au coloriage pour reprendre l'expression, ce qui change du j'm'en foutisme de bien de ses confrères qui parfois gâche de très bonnes intentions par une réalisation bâclée. Je trouve très méritoire ce travail humble alors qu'il pourrait prendre un ou plusieurs assistants ce qu'il a toujours refusé tout comme Lichtenstein.
Je trouve au contraire que la figuration narrative n'a pas trop à se plaindre. Il y a eu une grande rétrospective Erro à Lyon, un musée pour lui tout seul (voir mes billets sur le blog) auparavant il avait eu une grande exposition de ses oeuvres sur papier au Centre Pompidou. Il y a quelques temps il y a eu une grande exposition Monory à la Fondation Maegh et une autre au Macval, malheureusement je les ai ratées toutes les deux et puis à chaque Art Paris on voit qui Erro, qui Fromanger, qui Monory, qui Adami mes billets en témoigne. C'est moins vrai en effet pour Rancillac et encore moins pour Gilles Aillaud. Beaucoup moins bien servi, pour rester dans la figuration est Le Gac (heureusement j'en ai un au dessus de mon lit!)...

relooker 23/02/2016 15:34

bonjour,
Je voudrai savoir pourquoi nos élites culturelles et artistiques masculines (architectes, peintres, compositeurs, écrivains...) lorsqu'elles ont dépassé la cinquantaine s'habillent très souvent avec des vêtements de couleur noire.
Est-ce une mode, ou un code vestimentaire ?

lesdiagonalesdutemps 23/02/2016 17:36

Aucune idée, mais ce n'est pas le cas de Gérard Fromanger qui arbore souvent ces derniers temps une doudoune bleu pâle.