FAQS (PRENDS-MOI), un film d'Everett Lewis (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

FAQS (PRENDS-MOI), un film d'Everett Lewis (réédition complétée)

 

  

 

Fiche technique :


Avec Joe Lia, Tera Greene, Lance Davis et Allan Louis.

Réalisation : Everett Lewis. Scénario : Everett Lewis. Producteur : Christian Martin. Images : Gavin Kelly.


USA, 2005, Durée : 86 mn. Disponible en Vo et VOST.

 


Résumé :
India (Joe Lia), un jeune et mignon SDF fraîchement débarqué à Hollywood et arrivant de son Colorado natal d’où il a été chassé par son père parce qu’il est gay, tourne des pornos minables pour subsister. Un soir, il est agressé par deux casseurs de pédés qui veulent lui faire la peau. Il est sauvé in extremis par une drag queen (Allan Louis), aussi flamboyante que militante, qui l’héberge chez elle où elle a déjà recueilli une jeune lesbienne (Tera Greene). La petite communauté va bientôt s’ouvrir à d’autres paumés. Cette nouvelle famille redonne confiance en lui à India qui, au détour d’une rue, tombe amoureux d’un jeune révolté, Spencer (Lance Davis) qui tente d’entraîner India vers un militantisme gay radical...

 

 

 

L’avis critique


Après un début original, constitué par l’énoncé d’une profession de foi homophobe de républicains texans, le film se poursuit par la énième mouture de l’histoire du pauvre garçon chassé de son Amérique profonde, et néanmoins natale, par un père homophobe et qui se retrouve à vendre son corps sur les trottoirs d’Hollywood pour pouvoir manger ; un des grands poncifs du cinéma gay, qui est en passe de devenir un sous-genre à part entière, dont le meilleur exemple reste, à ce jour, The Journey of Jared Price de Dustin Lance Black.
Mais de réaliste, le film se transforme vite en une fable dont la morale pourrait être : « Pour un monde meilleur, soyons tous homos », avec pour corollaire : « Tout bon hétéro est un hétéro mort ». Les diatribes anti-hétéros rappellent, en leur temps, celles des blacks panthers contre l’homme blanc. Everett Lewis aurait-il inventé les gays panthers ?
Avec Prends-moi, le public français a l’occasion de découvrir un activisme gay qu’il ne pouvait même pas imaginer. Il ne s’agit plus de se défendre mais d’attaquer, ce n’est plus la revendication de soi, maisl’élimination de l’autre.
Au discours violent s’ajoute un message lourdement moralisateur : se droguer c’est mal, baiser sans capote c’est mal, mais apprendre le kung-fu pour bastonner les hétéros c’est bien. La vision du monde du cinéaste semble être parfaitement paranoïaque : tout hétéro est une menace mortelle pour un homo. Au détour d’une scène de sexe, assez bien filmée par ailleurs, on est surpris d’entendre prôner par un personnage, que l’on perçoit comme le porte-parole du réalisateur, un terrorisme gay dont les cibles seraient les hétéros que le prosélytisme ne parviendrait pas à convertir.
Le film paraît d’autant plus dérangeant du fait qu’il glisse petit-à-petit du naturalisme du début vers la peinture idyllique d’une communauté gay qui parvient à convertir aux joies de la sodomie les pires homophobes.


Sur la fin, le discours guerrier se transforme en message peace and love inattendu : « Un baiser entre deux mecs est un tremblement de terre pour le monde hétéro. » Où comment passer d’une utopie à une autre sans jamais être capable de nous parler d’aujourd’hui à travers des personnages auxquels on pourrait croire.
Un des préceptes édictés par Destiny est que l’on doit être fier de son corps. Elle demande donc à Indian d’être nu deux heures par jour en sa présence. Cette bonne idée nous vaut un film indépendant américain moins coincé qu’à l’habitude. On ne perd ainsi rien de l’anatomie d’Indian qualifié, à juste titre, de trognon par Destiny. L’acteur est en effet mignon, même si comme trop souvent, dans le cinéma américain, il semble un peu trop âgé pour le rôle. Mais il assure comme le reste de la distribution.
Le filmage n’est pas tout à fait à la hauteur des interprètes. Le bel effort de cadrage est souvent ruiné par une lumière calamiteuse ou plutôt par une absence d’éclairage. On ne compte plus les plans sous-exposés ou en contre-jour. Il faut le répéter ni la lumière du soleil, ni celles de la ville, ne sont suffisantes. On ne peut pas faire du cinéma sans éclairage d’appoint.
Si en versant dans le militantisme pur et dur Lewis n’a rien perdu de sa qualité de directeur d’acteurs, en revanche il ne reste rien de la légèreté iconoclaste qui faisait le charme de Luster,son précédent film.

Prends-moi est un mélange d’utopie militante et de romantisme qui ne prend pas.

FAQ, 6

 

FAQ, 4

 

FAQ, 3

 

FAQ 5

 

FAQ, 2

 

 

FAQ 1

 

Bande annonce
 

 

pour voir le film et le télécharger: ICI

Publié dans cinéma gay

Commenter cet article

ismau 13/02/2016 23:37

( Il s'agissait bien sûr en effet du dernier livre de Seban ... )
Je profite de cette précision, pour vous remercier pour votre référence inattendue au film de Riad Satouf – auteur que je connais un peu, mais pas ce film . Après m'être un peu plus renseignée sur le scénario et les acteurs, j'ai bien envie d'acheter le dvd .

lesdiagonalesdutemps 14/02/2016 09:09

Ce n'est pas raffiné raffiné mais c'est drôle et corrosif.

ismau 13/02/2016 19:28

Oui j'ai ce bouquin, je voulais le lire après avoir été appâtée par votre excellent billet, et la personnalité de Duvert m'intéresse . Je remercie donc beaucoup xristophe de me l'avoir envoyé ! Si je ne l'ai pas encore lu, ce n'est pas par manque d'envie ou rejet de Duvert – encore moins – c'est simplement que d'autres bons livres se sont interposés, plusieurs d'ailleurs grâce à xristophe .
J'ai lu et apprécié Duvert très jeune, trois de ses livres ( Il est donc trop tard pour me le déconseiller ) Relisant ''le Journal d'un Innocent'' assez récemment, je l'ai trouvé bien meilleur encore que je ne le croyais, et justement très drôle, plein de vigueur et d'un humour offensif très pertinent . En plus, c'est superbement écrit .

xristophe 13/02/2016 18:13

En fait, je parlais à Ismau ; c'est à elle que je croyais avoir envoyé ce bouquin ; j'aimerais savoir ; mais un livre sur Duvert est un livre de trop

lesdiagonalesdutemps 13/02/2016 18:22

Et bien pas du tout. Certains de ses livres resteront, la meilleur preuve est qu'on peut encore en trouver de nombreux à la FNAC, alors qu'ils n'ont presque plus de fond. A titre de comparaison il est beaucoup plus difficile de trouver facilement (hors la toile) des livres de contemporains de Duvert au hasard et en vrac Robert Merle, Yves Navarre, Jean-Louis Curtis, Paul Guth, Willy de Spens, Volkof... et bien d'autres qui connaissaient des tirages autrement plus important que Duvert. Qu'il est dit des fariboles, je vous l'accorde mais des auteurs aussi intéressant (la encore au hasard et en vrac en regardant ma bibliothèque) qu'Aragon, Céline, Bory, Barthes, Brasillach, Peyrefitte, Sartre, Morand, Jouhandeau en ont aussi sorti de belles. Ce n'est pas pour cela qu'il ne faut pas les lire.

xristophe 13/02/2016 00:06

Pour Ismau. Duvert est sinistre, je vous déconseille sa lecture - au fait n'auriez-vous pas ce fameux bouquin de je ne sais qui, sur lui, à moi ? (Vous pouvez le garder - mais c'est une bulle de mémoire qui remonte) (Je ne vous aurais pas fait l'offense d'un pareil cadeau ?)

lesdiagonalesdutemps 13/02/2016 10:47

Non je n'ai pas votre livre je crois que vous devez parler du livre de Seban que j'ai d'ailleurs traité sur le blog.

ismau 12/02/2016 16:52

C'est ''amusant'' ce retournement de l'homophobie en hétérophobie ! Ça m'a rappelé un passage particulièrement savoureux du Journal d'un Innocent ( p 212 exactement ) où Duvert décrit une société utopique où l'ordre moral sexuel et procréatif serait inversé, et où les hétéros seraient brimés systématiquement . Comme sa société est parfaitement liberticide, c'est sinistre évidemment ...

lesdiagonalesdutemps 12/02/2016 16:59

En parlant de retournement, Riad Satouf a réalisé un film "Jacky au royaume des filles" très amusant qui se passe dans un pays désertique dans lequel ce sont les femmes qui oppriment les hommes. C'est moi sinistre que Duvert quoique...