Watercolors, un film de David Oliveras (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Aquarelles, le film

USA, 2009, 1h 54 mn

 

Réalisation: David Oliveras, scénario: David Olivera, image: Melissa Holt, montage: Martinos Aristidou, musique: Marcelo Cesena and Dorian Rimsin

Avec: Tye Olson, Kyle Clare, Karen Black, Greg Louganis, Ellie Araiza, Casey Kramer, Ian Rhodes, Jeffrey Lee Woods, William Charles Mitchell, Brandon Lybrand, Finlay Edward, David Schroeder,

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Résumé

On n'oublie jamais son premier amour... C'est ce que Danny (Tye Olson) ressent lors du vernissage de sa première exposition à New York qui est pleine d'images d'adonis nageant. Lors de notre première rencontre avec Danny Wheeler, il est au milieu de son discours d'ouverture de sa première exposition personnelle dans une galerie. Son petit ami Allan est naturellement très heureux que le vernissage se déroule bien et que les peintures de son amant se vendent, mais Danny semble réticent à les voir partir. Comme il les contemple, perdu dans le passé, arrive un flash-back sur ses années de lycée, et les événements qui ont inspiré son art. Le jeune artiste peintre se rappelle ses premiers émois amoureux, quinze ans plus tôt, alors qu'il était un lycéen à la fois brillant et paria dans son école, quand sa rencontre avec Carter (Kyle Clare qui ressemble à Sean Penn dans "Fast Times dans Ridgemont High"), un jeune champion de natation rebelle et solitaire, éveilla son homosexualité et sa passion pour l'art et qui visiblement est encore sa principale source d'inspiration... Danny ne peut sauver sa relation avec Allan son amant actuel que s'il peut tenir sa promesse faite à Allan de ne plus jamais peindre le garçon qui fut son premier amour, mais parfois le seul moyen pour Danny pour surmonter ses émotions est de prendre un pinceau et laisser son art s'exprimer naturellement... Allan fait valoir qu'une personne vivante ne peut rivaliser avec un souvenir glorieux, montrant que le souvenir impérissable d'un premier amour est potentiellement toxique. La suite du film sera un retour en arrière sur cette idylle entre Danny qui est en proie aux persécutions de ses camarades en raison de sa sensibilité artistique avec Carter le beau sportif que tout oppose au jeune esthète. Carter rencontre Danny lorsque son père demande à la mère de Danny (ils se sont rencontrés aux réunions des alcooliques anonymes, d'accueillir son fils chez elle, alors qu'il doit partir pour le week-end. Une amitié naissante s'esquisse entre les deux adolescents. Elle ne tarde pas à s'épanouir dans quelque chose de plus fort. Bientôt, Carter passe de plus en plus de temps chez Danny, posant pour son ami pour des dessins de plus en plus érotiques. Carter tente de garder leur amitié secrète car il est affublé d'un père à l'homophobie endémique. Carter souffre en raison des attentes trop élevées de son père et comme échappatoire se tourne vers la drogue...

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L'avis critique

Le cinéaste affiche le programme de son film et son ambition dès la première image. On n'oublie jamais son premier amour comme nous le rappelle les mots qui apparaissent à l'écran dés le début du film : «L'amour est si court et l'oubli est si long» citation d'un poème de Pablo Neruda et comme le texte sur l'affiche du film nous le rappelle: << Seul l'art peut transformer la douleur en beauté>>.

La réalisation de David Oliveras est un peu en deçà de ce programme ambitieux et imprudent pour un premier long métrage. Tout d'abord le scénario est trop standard et ne ménage pas assez de surprises mais surtout la réalisation est inégale. Ce qui élève Water colors, aquarelles en français, au dessus de la production habituelle du cinéma gay américain est d'abord l'excellence de son interprétation (mais pas toute), en particulier de la part de Tye Olson qui en toute logique devrait faire reparler de lui; et ensuite la justesse avec laquelle, le film dépeint l'angoisse de ces deux adolescents lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils sont amoureux l'un de l'autre tout en ne sachant pas mettre les mots sur le sentiment qu'ils découvrent. Carter est encore plus troublé que Danny qui lui se vivait déjà comme gay.

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Oliveras traite son sujet avec beaucoup de tendresse, et il est difficile de ne pas se laisser prendre à cette histoire. Malheureusement David Oliveiras, scénariste et réalisateur de Watercolors ne s'épargne aucune des scènes obligées de ce type de film, premier baiser, baignade nu, scène d'amour en vêtements mouillés, tabassage de Danny quand ses camarades se rendent compte qu'il est gay... On aurait aimé, pour être un peu surpris que le réalisateur saute quelques unes de ces stations attendues. Mais l'indéniable talent du cinéaste pour les dialogues lui sauvent souvent la mise. Mais ce brio a un revers, Oliveras fait beaucoup plus progresser sa narration par le verbe que par l'image. Trop scolairement le flm n'est composé que de confrontations entre deux personnages; ce qui rend le film très bavard; il n'y a presque pas de scènes de groupe. Je regrette qu'il n'est pas supprimer au montage de la scène d'ouverture, le film aurait été alors débarrassé de son prétexte encombrant, car si Aquarelles se déroule principalement dans le passé, on a, avant d'être heureusement capter par l'histoire d'amour entre les deux adolescents une séquence assez maladroite se déroulant de nos jours, qui ne sert qu'à expliquer pourquoi un artiste à succès, Danny (Ian Rhodes, jouant Danny adulte) a des problèmes avec son compagnon actuel et ne peut oublier son premier amant, un nageur nommé Carter qui hante ses toiles. Les quelques retours dans le présent paraissent totalement étrangers à l'histoire d'amour entre les deux garçons et ne font qu'affaiblir la puissance du scénario.

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Les personnages sont bien campés et parviennent à exister dès leur apparition à l'écran; si l'on excepte le père de Carter auquel le scénario ne donne pas assez d'épaisseur pour que son attitude, d'abord trop négative envers son fils puis franchement indifférente soit crédible. Watercolors réussit intelligemment a créer un univers complet et complexe pour ses personnages principaux, évoquant un parent mort, une mère en prison, le travail scolaire, les autres amis de Carter de l'équipe de natation... Cet aspect est assez réussi. Mais parfois on se demande quel est l'enjeu de cette démarche? Pour y répondre je pense que le film est tout simplement trop court pour étoffer l'ensemble des lignes narrative qui le traversent; encore une fois on ne peut que constater avec « Watercolors » que le format du cinéma n'est peut être pas le bon pour raconter une histoire complexe ou pour faire vivre de nombreux protagonistes. A la décharge du scénariste j'ajouterais que le spectateur est victime de ses conventions, car si on accepte mal au cinéma qu'un personnage ne fasse que passer, il faudrait se souvenir que dans la vraie vie, nous ne sommes pas entourés toujours par les mêmes personnes tous les jours; donc on peut admettre que faire entrer des caractères dans un film juste pour les introduire plus tôt serait intellectuellement malhonnête... Le divorce entre le temps réel et le temps du cinéma est flagrant dans la rapidité sur l'écran avec laquelle l'idylle entre deux garçons qu'apparemment tout oppose, se développe.

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Water colors ne sera pas sans évoquer de nombreux autres films aux spectateur férus de cinéma gay.  Get real  (Comme un garçon) pour l'histoire d'amour entre les deux garçons, Pour un soldat perdu quant à la construction du scénario, To play or to day pour la noirceur de l'atmosphère, Beautifull think pour l'intensité des sentiments... À certains moments, watercolors semble vouloir être une version homosexuelle de "Roméo & Juliette"!

La principale caractéristique cinématographique de Watercolors est l' inégalité de la qualité de ses images; si souvent les images de Melissa Holt aux couleurs saturées sont très belles, en particulier dans les scènes de piscine. D'autres séquences sont assez maladroites. Les nombreuses scènes de dialogue s'évadent rarement du sempiternel champ- contre champ. Elles sont d'ailleurs plus convaincante lorsqu'elles se déroulent entre jeunes que lorsqu'un adulte est de la partie. Chose malheureusement assez rare pour un premier film l'éclairage des plans est presque toujours parfait malheureusement Oliveras comme presque tous les cinéastes (pourquoi?) use et abuse des atmosphères sombres.

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Il ne serait pas honnête de ne pas avouer qu'un des intérêts du film est aussi la beauté du corps de Kyle Clare et de la franchise avec laquelle cette beauté est mise en scène dans l'obligée scène de sexe du film.

Pour son premier film, Oliveras a confié qu'il avait fait beaucoup participé ses acteurs à l'élaboration du scénario.

Watercolors a reçu de nombreux prix lors de festivals, dont celui du meilleur acteur pour Tye Olson à l'OutFest de Los Angeles. Karen Black, qui joue son professeur d'art a elle obtenu pour ce rôle un Golden Globe. On retrouve dans le rôle du coach sportif et moustachu, Greg Louganis, l'ancien plongeur américain, quadruple médaillé d'or aux Jeux Olympiques de 1984 et 1988, qui annonça publiquement son homosexualité et sa séropositivité dans les années 90. Louganis a écrit sa biographie "Breaking the surface" dans laquelle Il revient avec sincérité sur sa vie et donc sur son homosexualité et ses difficultés qu'elle a occasionnée dans le milieu sportif qui était le sien. Casey Kramer, déjà vue entre autres dans Easy Rider et Five Easy Pieces, fait une impression indélébile en tant que mère de Danny, surtout dans la scène où elle exprime son amour inconditionnel pour son fils. C'est d'ailleurs seulement dans cette scène que le cinéaste ose des petits plans-séquences. Le jeu de Kyle Clare interprétant Carter n'est pas tout à fait à la hauteur de celui de ses partenaires, qui à sa décharge sont particulièrement brillants et chevronnés. Il fait passer plus ses sentiments par ses mimiques faciale ce qui est assez vulgaire que par ses yeux. En outre avec son visage un peu marqué pas tout à fait à l'unisson de son corps admirable on a un peu de peine à le considérer comme l'exact contemporain de Danny qui dans son genre n'est pas non plus désagréable à regarder. Le fait que Kyle Clare fasse un peu trop vieux pour le rôle de Carter rend encore plus improbable les rapports qu'a le personnage avec son père. A une interview le jeune acteur a déclaré: «Je voulais tout savoir sur Carter pour être crédible et pour que le public puisse se connecter avec l'âme tourmentée du garçon, typique de celle d'un adolescent qui essaie de se définir lui-même et de découvrir son identité sexuelle.>>.

Water color qui ne manque ni de qualités, ni de défauts est typiquement un film qui a manqué d'un producteur fort et probablement d'un co-scénariste pour être un film plus accompli.

Watercolors est une histoire romantique servit par un film ambitieux où l'homosexualité n'est qu'une facette des personnages et non pas ce qui les définit uniquement.

 

La bande annonce

 

 

le film

 



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