Lorsque Edgar Morin fustigeait l'anticommunisme...

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Carte postale de la série " Les écrivains du monde pour la défense de l'URSS "  éditée en 1933 en l'honneur d'André Gide

Carte postale de la série " Les écrivains du monde pour la défense de l'URSS " éditée en 1933 en l'honneur d'André Gide

EDGAR MORIN (NAHOUM) : « l y a des génies qui devancent l'histoire. Ils restent des décades ignorés, méconnus. Et puis l'histoire les rattrape. Et puis l'histoire les dépasse. Et pourtant l'heure où ils sont dépassés, l'heure où ils perdent leurs vertus est l'heure même de la gloire officielle, de la grande canonisation littéraire.
André Gide a reçu le Prix Nobel. Couronnement pleinement justifié s'il s'était agi d'honorer ce style admirable, se purifiant sans cesse, de l'auteur des « Nourritures terrestres », de la « Porte étroite », de la « Symphonie pastorale », des « Caves du Vatican », des « Faux Monnayeurs », ou l'immense influence libératrice sur la jeunesse que fut celle de Gide de 1923 à 1936.
Mais que reste-t-il de ce Gide-là ? Qu'est aujourd'hui le Gide couronné et le Gide officiel ?
Ma foi l'anticommunisme de Gide, depuis le retour de l'U.R.S.S. ne lui a pas subitement ôté son talent. Gide écrit toujours aussi admirablement. Mais depuis dix ans, l'anticommunisme a souillé le caractère universel du « message » gidien. Depuis 1936, il y a un Gide figé, amer, frivole. Un Gide qui, en 1947, n'a plus derrière lui ce qu'il a eu pendant vingt ans : la jeunesse. Un Gide qui ne sait plus enseigner la ferveur, mais la peur, mais un refus, un rejet.

Edgar Morin

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ismau 28/01/2016 17:49

Pour juger de tout cela, les dates me semblent essentielles . Le ''camarade'' des Nouvelles Nourritures - publié en 35 - ne fait pas honte à Gide, d'autant qu'il termine son livre par cette dernière phrase, une si juste mise en garde : ''Ne sacrifie pas aux idoles'' ... Qu'il soit communiste à cette époque là ne me gêne pas, bien au contraire, sachant qu'il ne l'est plus dès l'année suivante en novembre 36 lorsqu'il publie ''Retour d'URSS'' . Gide aura donc été courageux deux fois : une première fois en étant communiste si tôt dès le début des années 30 et malgré le milieu social dans lequel il évoluait, une deuxième fois en se déclarant anticommuniste, si tôt également, contre l'avis de ''la jeunesse'' et de ses nouveaux amis .
Edgar Morin écrit ce texte à l'âge de 26 ans, en 47, alors qu'il est membre du parti communiste depuis 41 . Mais il s'en éloigne à partir de 49, et en est exclu en 51 en tant qu' antistalinien . Il rejoint alors sans doute une part des idées de Gide, et il révise son jugement j'espère  ... Gide qui n'était donc finalement pas en retard, mais en avance sur son époque !

lesdiagonalesdutemps 28/01/2016 17:56

Je suis entièrement d'accord avec vous, néanmoins il est intéressant pour Morin grand donneur de leçons es démocratie de rappeler certaines choses.

xristophe 23/01/2016 01:42

Qu'est-ce qu'il raconte, cet Edgar Morin : le Style qui serait chose moins importante que l'engagement politique ! Et le Politique qui serait plus important que la Littérature ! Je n'avais jamais encore rencontré cette idée-là. (Je plaisante : j'ai eu honte quand j'ai lu, adolescent, dans les Nouvelles Nourritures, ce mot: "camarade" !)

lesdiagonalesdutemps 23/01/2016 08:39

Cette déclaration explique pourquoi il ne restera rien de Morin, ce répandu en radio et télévision