la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle

Publié le par lesdiagonalesdutemps

la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle

... la vie ne ressemble pas au discours généralement tenu sur elle. Entre les mots proférés et les choses vécues, il y a un abîme dont personne ne paraît s’apercevoir. Car les hommes prennent pour l’être vrai le système formé par la rumeur, les préjugés, les lieux communs, les expressions toutes faites qui composent l’esprit du temps. Cartésiens et fiers de l’être, ils ont le cogito pour credo. « Je pense, donc je suis » disent-ils alors que, le plus souvent, au lieu de penser, ils suivent. Ils se veulent indépendants de la société. Mais cet individualisme est une chimère. La société ne leur est pas extérieure, elle leur colle à la peau. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est elle qui parle (...) Les démocrates, les modernes que nous sommes, prétendent n’obéir qu’au commandement de leur propre raison, mais ils se soumettent en réalité aux décrets de l’opinion commune. Le bon sens apparaissant comme la chose du monde la mieux partagée, on se défie des supériorités individuelles, on refuse de se laisser intimider par les personnalités éminentes, mais du On lui-même, chacun est la victime consentante. Comme l’a montré Tocqueville, nous sommes, en tant que citoyens libres et égaux, les sujets dociles du pouvoir social.

Alain Finkielkraut, Discours de réception à l'Académie Française

Publié dans citations

Commenter cet article

ismau 03/02/2016 17:33

Grâce à vous, je viens de lire soigneusement et avec bonheur l'intégralité du discours de Finkielkraut, discours encore plus intelligent que je ne l'imaginais . Son bel et sobre éloge de Félicien Marceau - qui semble en effet mériter d'être défendu, comme homme et comme écrivain – est remarquable . D'autant plus remarquable que l'exercice était difficile, le concernant lui-même indirectement . Vous signalez quelques justes flèches contre Morand et Chardonnes, effectivement mais ces flèches sont discrètes . D'autres qui le sont beaucoup moins sont contre Pierre Gaxotte, dont il cite des propos odieusement antisémites, et plus loin se plaint de ''ceux qui ... ne font plus guère de différence entre Pétain et de Gaulle, ou entre Pierre Gaxotte et Simone Weil.'' Voilà comme il précise tranquillement son camp .
Tout de même, je ne sais pas ce que Rinaldi et Fernandez reprochent à Finkielkraut, mais je ne leur fait pas l'injure de penser qu'ils auraient des ''opinions'' aussi légères que celles que vous leur prêtez : des opinions à la Genet, lui qui mieux que Jouhandeau était à la fois pro-nazi et pro-arabe ! Rinaldi n'aimerait pas être comparé à Genet, et je ne crois pas heureusement que ce soit l'orientation sexuelle qui détermine les choix politiques ( pour des gens sérieux comme lui, s'entend )

lesdiagonalesdutemps 03/02/2016 17:51

A propos de Rinaldi en effet cela m'étonne un peu mais je crois que tout simplement il n'a jamais lu Finkielkraut. Pour Fernandez je serais moins surpris. En ce qui concerne Gaxotte encore une sacrée coquine à qui les beaux officiers allemands ne devait pas déplaire... Mais en voilà un qui a été prudent, si bien qu'en 45 il est réapparu tout frais dans Candide ou le Figaro et n'a pas levé le petit doigt pour son ancien ami Brasillach dont il avait été le patron et a laissé tombé Morand et chardonne comme de vieilles chaussettes, un assez triste personnage qui n'avait pas le dixième du talent des précédents cités. A la différence de Genet qui était antisémite, Rinaldi et Fernandez ne le sont pas. Ce qui me sidère chez Finkielkraut c'est le sérieux avec lequel il a préparé son discours quel pédagogue!

ismau 30/01/2016 18:34

A lire ce passage si intelligent et subtil, sans aucune intolérance ni simplisme, on comprend la surprise de nombre des détracteurs de Finkielkraut ( et peut-être même de certains de ses amis ) eux souvent nettement plus simplistes . Cette surprise me ravit . Celle par ex. du Nouvel Obs qui titrait avec une ironie contrainte : '' Reçu à l'Académie, Alain Finkielkraut révèle qu'il redevient de gauche '' … !? et encore mieux plus loin : '' le discours de l'essayiste étonne par ses accents taubiriens .'' J'espère que les huit qui se sont battus contre son entrée à l'Académie ( dont Fernandez et Rinaldi ! ), bien sûr tous absents à sa réception ce 28 janvier, liront au moins son discours et auront l'intelligence de modérer dorénavant leurs préventions .

lesdiagonalesdutemps 30/01/2016 20:16

L'homme de droite que je suis a surtout été ébahi de la connaissance de Finki de l'oeuvre de Marceau que son discours donne envie de lire et de relire et de 'l'école" des hussard. Je ne sais pas si Déon est sortie de sa thébaïde irlandaise pour cette réception mais il aura été surpris de la profondeur de l'éloge de Marceau, ce qui n'a pas empêché le récipiendaire de décocher quelques justes flèches contre Morand et Chardonne. Je pense que Rinaldi et Fernandez reproche surtout à Finkielkraut ses prises de positions anti-arabes. Ils sont en cela assez représentatifs de nombreux homosexuels qui sont pro-arabe pour des motifs assez loin de la politique, motifs peu avouables qui sont curieusement les mêmes qui amenèrent certains à une proximité avec les nazis, je pense à Jouhandeau par exemple...
Malheureusement beaucoup de détracteurs de Finkielkraut ne le lisent pas (ou n'écoutent pas "Réplique") et se font une idée de lui sur ses médiocres prestations dans des émissions télévisées où il ne devait pas aller. Il ferait mieux de se coucher tôt....