La photographe T1 par Kenichi Kiriki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La photographe T1 par Kenichi Kiriki

Les japonais sont réputé pour photographier à tout va (comme moi) lors de leurs séjours à l'étranger et je peux témoigner qu'il font de même lorsqu'ils font du tourisme (beaucoup) dans leur propre pays. Avec "La photographe" ont voit comment le virus de l'image prospère chez les jeunes nippon. L'héroine de "La photographe" Ayumi a Choisi de devenir membre du Club Photo de son lycée, pour s'exercer elle décide de faire des petits reportages photographique dans différents quartiers de Tokyo. Avec elle nous découvrons un Tokyo ignoré des touristes et même de beaucoup de tokyoite.

Petit à petit elle réalise un véritable carnet de voyage, elle nous balade de quartier en quartier, la photo étant un prétexte pour nous faire découvrir des lieux méconnus. Au final, Ayumi prend peu de photos, elle travaille encore en argentique et chaque cliché a un coût indéniable pour une jeune lycéenne. Cette ignorance du numérique est assez étonnante aujourd'hui et donne un coté rétro à ce manga. Au-delà de la ville et de ses aspects méconnus, c'est aussi une jolie ode au plaisir de la photographie. L'héroïne expérimente, réfléchit, mais suit surtout beaucoup son instinct pour réaliser ses clichés, où la technique est aussi importante que l'émotion du moment. 

La photographe est constitué de courts chapitres qui racontent chacun une promenade de l'héroïne. Chaque sortie est pour elle l'occasion de se plonger dans l'histoire de sa ville. À ses côtés, on en apprend plus sur la vie d'écrivains célèbres, sur des monuments ou des lieux atypiques à visiter... On pourra regretter que chaque chapitre soient si courts. Ce qui empêche de complètement s'immerger dans l'ambiance des lieux, dans l'atmosphère contemplative que l'auteur met en place. On a aussi l'impression de survoler les histoires passionnantes de beaucoup d'élément abordés. Le ton du récit, lui, déborde peut-être un peu trop de bons sentiment. Les chapitres sont très variés. Certains sont axés sur la vie de tel quartier, alors que d'autres se concentrent plutôt sur les relations entre les personnages, ou la photographie.

 Entre chaque chapitre, un carnet explicatif donne la propre expérience du lieu de l’auteur lors de ses repérages. Complémentaire et très informatif (comme l'adresse d'un bon restaurant de ramen dans le secteur), cela permet d’aller plus loin que la simple anecdote traitée dans le manga. On prolonge ainsi l’immersion touristique par des anecdotes souvent assez amusantes. De plus, certains quartiers sont décortiqués plus profondément sur deux pages entre certains chapitres. Là, on rentre vraiment dans les faits concrets, les mêmes que l’on pourrait trouver dans un vrai guide touristique.

Les images prises par la jeune fille sont chargées d’histoires et d’anecdotes qui font tout l’intérêt du récit. Plus qu’une simple déambulation de lieu en lieu, ce manga nous amène dans un Tokyo que nous ne pouvions soupçonner. Chaque chapitre se focalisant sur un endroit, un bâtiment, un monument, une fête, une spécialité locale ou même un personnage célèbre. De quoi contempler la culture du Japon au gré des tribulations de cette jeune fille. On y découvre, avec délectation, un Japon moderne, mais également ancré dans ses traditions. Il faut tout de même prévenir le lecteur et je l'espère pour lui le futur promeneur dans ce Tokyo que les trace du passé sont souvent bien minces et se limitent à une plaque commémrative car Tokyo au XX ème siècle a subit deux terrible destruction la première lors du tremblement de terre de 1923 (sur le sujet il faut lire l'indispensable ouvrage de Akira Yoshima, Le grand tremblement de terre du Kantôt, édité par Actes Sud) quasiment tout ce qui était au sud du parc Ueno fut détruit, plus par l'incendie qui suivi le tremblement de terre que par ce dernier, la seconde lors des bombardements américains de 1945 qui ne laissèrent quasiment aucun quartier intact.

Le graphisme est en accord avec le thème. Il est très... photographique. Les planches se partagent entre les personnages, au design fin et un peu rétro, qui apportent l'émotion, et une reproduction plus réaliste, presque photographique, des lieux visités. Le résultat est un peu froid, mais accentue le côté guide, comme une invitation à venir savourer ces décors de nos propres yeux. Comme l’explique l’auteur, Kenichi Kirki, il s’est lui-même promené dans les endroits et ce sont ses propres observations qu’il retranscrit dans son manga. On peut se demander alors pourquoi il a jugé bon d'user du truchement de la jeune Ayumi sur laquelle on a peu de détail et qui est dans ce premier tome un peu transparente même si semble s'ébaucher une histoire d'amour avec un de ses camarades. 

L’éditeur compare ce titre à celui de Jiro Taniguchi «  L’Homme qui marche ». Il est vrai que ces deux œuvres ont un fond commun : une balade menant à de nombreuses découvertes. Mais contrairement à l'oeuvre de Taniguchi, La photographe est plus léger, moins introspectif. Il n’amène pas le lecteur dans une méditation contemplative. Le manga de Kenichi Kiriki est également plus centré sur les vraies découvertes de lieux connus. Son héroïne, jeune lycéenne, est constamment émerveillée par des choses que les plus anciens trouveraient banales (l'émerveillement chez les jeunes japonais semblent inépuisable, voilà une jeunesse qui ne parait pas blasé).

La photographe est un manga frais et dépaysant pour découvrir un Tokyo souvent méconnu, même par les autochtones.

Publié dans Bande-dessinée

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