A propos de Michel Tournier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

portrait de Michel Tournier par Mac Avoy

portrait de Michel Tournier par Mac Avoy

J'ai toujours été un grand lecteur des nécrologies, non que je sois nécrophile, mais c'est une lecture qui évite bien des impairs et parfois offre par leur aspect lénifiant et laudateur de franches occasions de rigolade, c'est à chaque fois le bal des faux-culs, qui peuvent se transformer, si l'on pousse la menterie un peu trop loin, en une colère qu'il n'est pas bon de garder sur le coeur d'où se billet.

Voilà le sieur Tournier élevé, que dis je sanctifié, à l'heure de son trépas au rang de grand écrivain français et de grand sage. J'ose balancer que c'est une double supercherie au mieux construite sur l'ignorance, au pire sur le mensonge.

A propos de Michel Tournier

On avais un peu oublié Michel Tournier et ses coquettes calottes crochetées depuis la fin de la Mitterrandie pour cause de changement de régime, c'était un des chouchous littéraires du florentin, de grand âge et surtout de stérilité littéraire.

On voit bien que les thuriféraires de Tournier sont un peu gênés aux entournures pour parler, d'une part de son oeuvre et d'autre part de sa vie. Elles sont d'ailleurs pourtant intimement liées si je puis dire par leur divorce...

Peut on consacrer un auteur Grand Ecrivain s'il n'a écrit qu'un seul livre, serait-ce un chef d'oeuvre? C'est une vraie question à laquelle je n'ai pas de réponse. Car en ce qui me concerne Tournier n'a écrit qu'un grand roman: « Le roi des Aulnes », Prix Goncourt, chef d'oeuvre et chef d'oeuvre pédophile, je reviendrai sur ce qualificatif.

Je n'étais pas bien vieux lorsque paru « Vendredi ou les limbes du Pacifique » mais je m'intéressais déjà à la littérature et je fus stupéfié du foin que l'on faisait autour de ce roman, que je lus dés sa sortie. Il m'apparut comme le démarquage d'un chef d'oeuvre de la littérature qui avait grandement marqué ma prime adolescence: Robinson Crusoe de Daniel Defoe. Ainsi j'appris que l'on pouvait d'emblée accéder à la gloire littéraire en réécrivant, à sa sauce, un des fleurons du patrimoine culturel mondial! J'en suis toujours aussi surpris cinquante ans plus tard et je m'étonne, en regard de la notoriété que ce plagiat apportât à son auteur, qu'aucun plumitif ne se soit pas attelé à la réécriture, par exemple de Don Quichotte, action qui à l'aune de la république des lettres françaises, serait un indiscutable passeport pour la gloire...

A propos de Michel Tournier

Puis vint, ce qui fut pour moi la divine surprise, Le roi des Aulnes. Prix Goncourt 1970, pas du tout à l'unanimité comme je l'ai lu ici et là mais au deuxième tour grâce à la voix déterminante de Raymond Queneau. Ce dernier, d'après Pierre Assouline dans « Du côté de Drouant », page 117, n'était pas sans réserve pour cette épopée brune: << Queneau défendait là un texte pour ses qualités littéraires objectives tout en le détestant pour des raisons subjectives...>>. On aimerait avoir une explication de texte « objective » de Pierre Assouline sur cette phrase équivoque... Lors de son prix Goncourt Tournier se répandit dans la presse et sur les ondes, il le fera ensuite avec une belle constance durant les 25 ans qui suivront. Il déclarait au micro de France-Inter: << Tiffauge à le choc d'apprendre que le 19 avril de chaque année, veille de l'anniversaire du Führer 500 000 petits garçons et 500 000 petites filles de 10 ans entrent dans les jeunesses hitlériennes. Un million de petits pour pétrir sa chair à canon. Mon héros dont la vocation d'ogre est bien enracinée, est absolument ébloui par ce coté Minotaure.>>. A la lecture d'une telle déclaration quarante cinq ans plus tard on est surpris, mais c'était une autre époque où la caisse de résonance des médias était bien étique, que le tropisme nazi de l'auteur n'ai pas provoqué de remous ou même de scandales. Si je me souviens bien, il n'y eut guère qu'Italo Calvino pour s'en émouvoir. Voilà un lauréat qui confesse benoitement son éblouissement, sa fascination pour l'immolation d'une jeunesse à un nouveau dieu Baal sans que les trompettes de la renomée se bouchent. Autres temps, autres moeurs, que l'on se souvienne des polémiques que « Les bienveillantes », autre Prix Goncourt sur la même période, déclencha. Et puis toute cette déclaration et ses suites n'ont de sens que si l'on remplace le mot ogre par celui de pédophile. Dans le roman, Tiffauges ne mange pas de garçons, car il est un fait qu'il n'y ait jamais question de filles pas plus que du goût de la chair humaine dans tout le livre, donc la qualité d'ogre est une métaphore et une métaphore transparente. Le pas n'est pas bien grand à franchir pour penser que le personnage de Tiffauges est un double fantasmé de l'auteur.

A propos de Michel Tournier

Je rappellerai que le mot pédophile veut dire celui qui aime les enfants, reste à savoir de quelle manière... Avant toutes choses cher lecteur, débarrassons ce mot de toutes les connotations poisseuses qu'il charrie. L'amour des enfants peut amener à de curieux extrêmes comme cette déclaration que fit Michel Tournier en 1989 à Newsweek: << Les avorteurs sont les fils et les petits fils des monstres d'Auschwitz. Je voudrais rétablir la peine de mort pour ces gens là.>>.

Je ne sais rien de la sexualité de Michel Tournier et m'en contreficherais comme je me contrefiche de celle de, par exemple, Jean de La Fontaine lorsque je me régale de ses fables, si dans le cas de Tournier celle-ci n'avait pas, par omission, influé sur son oeuvre et sur son époque. Je ne suis en rien pour la transparence dans le domaine des pratiques sexuelles comme pour les autres activités humaines, restaurons la sphère privée et la prudence est la meilleure façon de la préserver, pour peu la prudence ne soit pas l'autre nom de la lâcheté.

A propos de Michel Tournier

Une chose me frappe dans aucun des livres de Tournier il n'est question de sexualité entre un homme et une femme; seul est évoqué l'homosexualité du dandy de la gadoue dans « Les météores », sans d'ailleurs qu'on puisse le voir à l'oeuvre. Est-ce à dire que la sexualité de l'écrivain était inavouable ou tout simplement faut-il y voir une absence de sexualité. Asexualité qui semble ne pouvoir être envisagé de nos jours où chaque être humain (dans le monde occidental) est sommé d'avoir une pratique sexuelle et de la faire connaitre.

Je pencherais pour la première solution imaginant une sexualité à l'auteur du « Roi des aulnes » à la Gide, plus tripotante que pénétrante... J'émet d'autre part l'hypothèse suivante, que Michel Tournier s'apercevant qu'il s'était trop découvert avec « Le roi des aulnes » a procédé à une sorte d'enfumage en amusant le bon peuple en réécrivant quelques morceaux de la collection « Les contes et légendes du monde entier » à sa façon. Ce qui fit illusion avant que la critique, à qui il arrive parfois de lire, finisse par trouver que ces Médianoche et autres variations sur Gaspard étaient tout de même bien faibles. Notre conteur en mal d'inspiration se recycla alors dans la tournée des écoles avec divers enfantillages. Cette opération a si bien réussi que sa lubie des mythes a mystifié la république exsangue des lettres.

J'explique donc la stérilité romanesque de Tournier, après « Les météore », son dernier livre digne d'intérêt, par cet évitement, (en était-il conscient?) de son moi profond. Le summum du rideau de fumée étant l'indigent « Journal extime » qui eut, et c'est justice, bien peu d'échos.

A propos de Michel Tournier

Vous allez rétorquer que ce ne sont la que de viles supputations d'un aigri. Il n'en est rien. Il se trouve que Michel Tournier et moi, avions deux amis communs: Edouard Mac Avoy et Gérard Blain. Curieusement ces deux artistes ont réalisé chacun un portrait de Tournier, le premier une peinture et le second un film. A ce sujet, je les avais gentiment (respect et admiration obligent) brocardés, les ayant connu tous deux habituellement plus audacieux dans leurs oeuvre. Je rappellerai à propos de Gérard Blain que « Gilles & Jeanne » était à l'origine un scénario destiné à Gérard Blain mais ce dernier n'ayant pas obtenu l'avance sur recette, il ne put tourner le film et Tournier remodela son scénario pour en faire un récit. Mes deux amis étaient des habitués du fameux presbytère de l'écrivain. A l'époque de leurs fréquentations avec Tournier, je publiais une revue de photos, « Beach Boy », aujourd'hui interdite et dont les rares exemplaires qui ont échappé aux buchers doivent valoir, sous le manteau , le gros prix. Ce magazine était uniquement consacré aux photos de jeunes garçons (vous profitez de certaines sur ce blog, honteusement gratuitement, ne me remerciez pas, cela ne se fait plus...). Il se trouve que Mac Avoy et Blain, chacun séparément, aperçurent des numéros de Beach Boy chez Tournier. Négligemment, connaissant très bien la provenance de la revue, ils demandèrent, un peu malicieusement, à l'écrivain ce qu'était cette revue. Tournier leur répondit que c'était une des nombreuses revues de photos auxquels il était abonné. Nul besoin de vous dire que je n'avais pas le nom de Michel Tournier parmi mes abonnés, mais il n'était pas difficile de passer par un tiers pour la chose. Certes vous me rétorquerez que cela n'informe pas sur les goûts du célèbre auteur et vous aurez raison. Il y a dans ma bibliothèque de nombreux ouvrages sur les animaux et malgré la rumeur, je vous certifie que je ne suis pas zoophile...

J'aurais pu facilement rencontrer Michel Tournier par l'entremise de Mac Avoy mais je ne l'ai jamais désiré, ayant le sentiment que l'écrivain jouait un personnage et je n'aime pas m'entretenir avec les masques.

Les dessins qui illustrent cet article sont de Pierre Joubert tiré de l'album Angus un conte écrit par Michel Tournier

Les dessins qui illustrent cet article sont de Pierre Joubert tiré de l'album Angus un conte écrit par Michel Tournier

 

Cette histoire d'images me conduit à une autre réflexion, on a rabâché que l'autre passion de Michel Tournier était la photographie. Dans une de ses dernières interviews, datant du printemps dernier, rediffusée hier sur France-Culture, le journalisme lui demandait s'il pratiquait encore la photographie, Tournier lui répondit qu'il en faisant encore un peu. Ce fut donc pour lui une pratique de toute une vie et pourtant je crois n'avoir jamais vu de photos signées Michel Tournier, ou alors par inadvertance. On pourrait supposer que les sujets choisis pour ses photos soient révélateurs de ses goûts profonds; mais il y a fort à parier que si l'on en voit un jour, celles-ci seront fort anodines, peut être des images de son potager de curé... Un sérieux nettoyage des archives ayant été effectué...

Plus en avant dans mon article j'écris que les gouts que je prête à Michel Tournier aurait pu influer sur l'époque, en effet les déclarations d'un homme aussi célèbre, on a du mal à imaginer la notoriété de Tournier dans les années 70 et 80 auraient eu un impact considérable et aurait fait voir d'un autre oeil l'amour des garçons. Peut-être cela aurait-il privé l'écrivain d'un couvert chez les Goncourt; cela n'est même pas sûr, car en 1972, année où il rentre à l'Académie Goncourt, il est alors préféré à Robert Merle, cette inclination n'était pas mal perçu. On le sait bien la morale est aussi une question de mode...

J'espère que ce billet vous aura apporté un autre regard sur les nécrologies dont en ce moment nous sommes comblés et puis relisez donc « Le roi des aulnes>>, un livre passionnant et voyez la bonne adaptation qu'en a fait Volker Schlondorff en 1996. Injustement, le film fut très mal reçu mais l'appétence pour les jeunes garçons et la couleur vert de gris n'étaient alors plus de saison...            

 

portrait de Michel Tournier par Mac Avoy

portrait de Michel Tournier par Mac Avoy

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ismau 31/01/2016 19:48

Merci pour cette nécro originale et très riche, savoureusement personnalisée. J'y apprends beaucoup de choses, et en particulier l'existence du film de Schlöndorff .
Mais je vous trouve moi aussi bien sévère . Si les médias français ne se chargent pas d'honorer un tant soit peu nos ''grands écrivains'', qui le fera ? Ce qui m'a choqué, ce que j'ai regretté, c'est plutôt que Tournier soit autant éclipsé par Ettore Scola … excellent cinéaste, mais ce n'est pas une raison pour passer devant notre écrivain . Tournier mérite au moins, je crois, sa place dans la littérature française ( j'ai de très bons souvenirs pour ma part, de quatre de ses grands titres lus dans ma jeunesse,et même de Vendredi ... )
Cette place il la mérite d'autant plus à mon avis qu'il a su, avant les autres, valoriser la photo à l'égal de la littérature . Ce n'est pas rien d'avoir crée avec Clergue les Rencontres d'Arles . Ce que j'ignorais, c'est qu'il avait dès les années 60 animé une émission : ''Chambre Noire'' - sur la photo et les grands photographes . Il a produit une cinquantaine d'émissions qui lui ont permis de rencontrer longuement - chaque fois pendant plusieurs jours – tous les grands photographes encore vivants . Et voilà pourquoi - a-t-il expliqué, fort de cette connaissance approfondie, il n'osait plus se prendre lui-même pour un ''photographe''. Ce que vous lui reprochez - ne pas laisser de ''photos'' signées – n'est donc pas déshonorant, bien au contraire c'est un choix de modestie qui peut se justifier .
Vous lui reprochez aussi et surtout, de ne pas avoir su engager plus courageusement sa notoriété en révélant plus précisément sa sexualité . Il me semblait moi, qu'il ne l'avait pas cachée non plus et c'est déjà beaucoup ; elle est d'ailleurs présente en filigrane dans chacun de ses livres . A l'époque Tournier avait tout de même réussi à être à la fois populaire, aimé du grand public, et reconnu comme homosexuel ( à mon avis ce grand public – et même en 72 - n'était certainement pas apte à se poser en plus des questions sur l'âge respectif des partenaires … ) Votre thèse sur son ''asexualité'' me semble étrange : il est si souvent question de sexualité dans ses récits et ses réflexions . Mais qu'il s'en méfie comme il se méfie du narcissisme, oui . Vous aviez publié cette belle citation de lui : ''L'hystérie, c'est lorsque le sexe prend la place du cerveau pour commander la vie'' .

lesdiagonalesdutemps 31/01/2016 21:53

Quel foisonnant commentaire, merci pour en faire de si riche.
Je vais donc m'atteler à vous répondre. Tout d'abord essayez de voir le film de Schlondorff, le gamin qui joue dedans est très bien. C'est un film très intéressant et une bonne adaptation, très fidèle à ce qui est à mon avis le seul grand livre de Tournier. Le problème c'est qu'il n'y a pas de grands écrivains français si on met à part Modiano qui a fait une oeuvre cohérente, imposante et originale. Bombarder Tournier grand écrivain, qui, certes je le répète, a écrit un livre épatant avec Le roi des Aulnes, c'est montrer que l'on ne regarde que ce qui s'écrit en France.
Je ne trouve pas que Tournier ait été éclipsé par Scola, mais en ce moment ça tombe dru! Cela n'engage que mon avis mais je trouve Scola plus important que Tournier, Une journée particulière, La terrasse et surtout Le bal, extrêmement novateur dans sa forme.
Oui oui c'est très bien les journées d'Arles mais à propos, par exemple c'est moi et pas Arles qui ait organisé la première rétrospective Willy Ronis au Grand Palais (sous la nef).
Cela fait quarante ans que Tournier nous parle de ses photos, il en aurait encore fait récemment, et il n'a pas trouver le moyen de réaliser une seule exposition de ses clichés. On peut penser que ce n'est pas seulement par modestie, d'autant que ce n'était pas le trait saillant de son caractère. Et puis s'il se trouve si mauvais photographe que cela c'est tout de même curieux de persister aussi longtemps dans une activité dans laquelle on est médiocre. En plus le malheureux s'il n'a pas réussi à s'améliorer en plus de 70 ans de pratique c'est à désespérer.
Gérard Manset a un peu plus de courage que lui. J'imagine les images de notre écrivain assez proche de celle du chanteur photographe (ce n'est qu'une supposition).
Je ne reproche pas à Tournier de n'avoir pas étalé sa sexualité, même si je pense que cela aurait été bénéfique pour tous et à commencer pour son oeuvre, ce que je lui reproche c'est son enfumage perpétuel où il a fini par se perdre.
Vous verrez dans un prochain article (sur la bande-dessinée Murena) je trouve que le sexe y a une trop grande place et une place assez gratuite. Le sexe comme le reste doit avoir sa juste place dans un roman. Mais chez Tournier c'est tout de même de l'ordre du subliminal. Et je maintiens que ses livres sont curieusement asexués. Si c'était son cas, mais cela m'étonnerait un peu, là encore voilà un beau sujet pour un écrivain (très peu traité, il y a les célibataires de Montherlant)

Antoine2LaRochelle 27/01/2016 16:50

Je vous trouve bien sévère cher Bernard. Certes Tournier a très peu publié et s'est peu épanché. Il n'a rien écrit pour une cause qui vous est chère. Néanmoins, il reste le style, qui est tout l'homme. Je n'ai pas rouvert son Vendredi, ni le Roi des Aulnes, préférant garder le souvenir formé à ma première lecture, dans mon adolescence. En revanche, j'ai lu le lendemain de sa mort "Lieux dits", recueil d'articles parus chez Librio (2€). Tournier évoque notamment son presbytère et son jardin de curé, mais aussi l'enfance de Goethe, et son mentor français. Pour moi, le style très pur, classique sans sécheresse, est incontestablement d'un grand écrivain.

lesdiagonalesdutemps 27/01/2016 17:50

Je n'ai pas lu "Lieux dits" mais j'ai lu d'autres formes courtes de Tournier comme dans "Petites proses" qui sont en effet très réussies. En ce qui concerne son Vendredi et surtout son "Roi des Aulnes" qui est remarquable par son inventivité dans son démarquage de l'Histoire je ne trouve pas que le style en soit éblouissant. Ce qui m'agace c'est la propension qu'a une certaine presse française à décerner des couronnes, à l'aune de Tournier, il y a palanquée de grands écrivains de part le monde. D'une autre part je maintiens que le maquillage de sa vie est assez piteux surtout que Tournier s'érigeait volontier en moraliste.

xristophe 24/01/2016 20:57

Eh bien oui, les "variations", c'est bien de cela que je parle... les "histoires" ne sont que de secs canevas... C'est dans la variation qu'intervient l'imagination... Racine lui-même, que nous aimons, n'a pas inventé, pour ses tragédies, une seule histoire... Modifiant, si peu que ce soit, quelque chose dans la trame héritée des Anciens, il s'en excuse dans la préface (l'invention d'Eriphile par exemple) : tant l'immutabilité de l'histoire lui semble sacrée. Quant à Queneau, il n'est pas un farceur mais un humoriste métaphysique - et qui allait même à la messe tous les dimanches - ce que, si ça se trouve, vous-même, vous ne faites pas...

lesdiagonalesdutemps 24/01/2016 21:24

s'il allait à la messe comme vous le dite c'est bien un farceur.
Racine, certes mais le grand William a tout de même bien inventé, à moins qu'Hamlet lui ait été soufflé par le spectre, idem pour Marlowe non moins grand mais mort trop jeune. Allez voir au dessus de nos frontière et vous verrez beaucoup d'inventeurs...

Jean-Dominique Bunel 23/01/2016 06:31

Dommage que cet intéressant article soit plein de fautes d'orthographes. On n'était pas habitué à ça.

xristophe 23/01/2016 02:41

Réécrire n'est pas un "plagiat"... C'est une fatalité (et/ou un exercice de style, des plus gratifiant qui existe) ! Connaissez-vous ce livre de Borgès qui conte l'histoire d'un homme qui réécrit (à l'identique et à la perfection) le Don Quichotte de Cervantès "de l'intérieur", en se mettant parfaitement dans le point de vue de l'auteur... (Un cas-limite !) Lisez aussi le génial et super-savant "Palimpseste" de Gérard Genette, qui démontre jusqu'au vertige la consubstantialité foncière de TOUS les livres... Ce n'est vraiment pas dans sa trame que se rencontre le génie, l'originalité d'un livre...

lesdiagonalesdutemps 23/01/2016 08:37

Tout cela est sans doute très intelligent mais dénote surtout de l'incapacité à inventer, en un mot du manque d'imagination (pas pour Borges qui en avait à revendre et qui est constamment pillé) mais en ce qui me concerne j'aime que l'on me raconte des histoires et pas des histoires que je connais déjà.

Guillaume 22/01/2016 23:34

Pardon, j'ai mal vu l'horaire des commentaires de Bruno, qui avait cité correctement Martial.

lesdiagonalesdutemps 23/01/2016 17:55

Ah non je ne l'avais pas remarqué, pourtant j'aime beaucoup Racine. Dire que toutes les histoires ont été écrites est une antienne très française du au manque d'imagination de ses littérateurs depuis fort longtemps. Bien sûr il y a toujours l'amour l'amitié, la guerre... mais les variations sont multiple. Quand à Queneau c'était un farceur et je ne le place pas parmi les grands écrivains.

xristophe 23/01/2016 15:49

Pour BA. Toutes les histoires ont été racontées... Il n'y a que le style, que "l'écriture", pour les renouveler. Pour les rendre méconnaissables. Vous savez certainement que Zazie de Queneau démarque l'Odyssée d'Homère. On ne peut pas dire que ça se remarque... D'ailleurs, c'est mieux que le modèle... Et moi-même, tout ce que j'écris ici, l'avez-vous remarqué ? Ce ne sont que variations sur Racine... (Plus précisément : Bérénice)

Guillaume 22/01/2016 21:27

À priori, il s'agit de cette page : https://www.facebook.com/home.php?sk=group_152998554743552&ap=1

Pour l'épigramme XX-20 :
'XX. - A UN LECTEUR SÉVÈRE.

Envieux, toi qui lis de mauvaise humeur certains mots latins, lis en pâlissant d'effroi ce sixain égrillard de César Auguste : "Parce qu'Antoine besogne Glaphyre, Fulvie me condamne à lui en faire autant. Mais si je besogne Fulvie, faudra-t-il sacrifier à Manius, s'il m'en prie à son tour ? Non pas, si j'ai bien ma raison. - « Ou l'amour ou la guerre, » me crie-t-elle ! « Ah ! plutôt perdre la vie que ma mentule ! Sonnez, trompettes. »

Tu absous la gaillardise de mes écrits, Auguste, quand tu parles avec cette naïveté toute romaine."

Bonne journée...

Bruno 22/01/2016 17:37

De Martial, je vous donne la traduction Budé, car si mon latin a faibli , je ne sais rien de celui de vos lecteurs : ( Martial, épigrammes, tome II, première partie, livres VIII - XII, XI-22, pp125-126, Budé 1933)

"Que de ton rude visage tu écorches les lèvres tendres de Galaesus au teint de neige, que tu reposes avec un Ganymède tout nu, de l'avis de tous, c'est déjà trop. Mais que cela te suffise : ne vas pas du moins exciter des désirs sexuels avec ta main libertine. Pour des adolescents imberbes, elle est plus coupable que l'organe de la virilité, et tes doigts créent et hâtent la puberté [..].La nature a fait du mâle deux parts : l'une est réservée aux filles, l'autre aux hommes. Use de celle qui t'appartient."

En résumé, embrasse et encule les petits garçons, mais ne les branle pas....si cela n'est point anti-gidien...

lesdiagonalesdutemps 22/01/2016 17:46

Merci de ce merveilleux envoi que je connaissais mais n'avait pas... sous la main
C'est de l'absolu anti-Gide.
Chacun ses pratique. Je ne juge pas si chacun y trouve son plaisir. Il faut donc en ce qui me concerne qu'il y consentement mutuel et accord sur les pratiques d'où ma réprobation de la zoophilie, les chèvre ayant des difficulté à exprimer sentiments et désirs...

Bruno 22/01/2016 17:13

Merci pour cette intéressante précisions. Je pensai essentiellement à l'un de nos contemporain. Parmi les Grands Anciens, Henry de Montherlant, non plus, n'écrivit pas son C R D N. Matzneff, avec Scherer et Lapassade, avait, au moins fait évoluer le Code Pénal, en leur temps. Relisons donc de Martial les épigrammes, en particulier XI-20, anti gidien au possible

lesdiagonalesdutemps 22/01/2016 17:27

Le courage ne va pas toujours avec le talent surtout en France où pour moi je date la démonétisation du courage dès l'instant où le cardinal Richelieu interdit le duel contre l'avis de notre dernier grand roi Louis XIII.
En ce qui concerne Montherlant je suis qu'à demi d'accord car il fit preuve d'une relative audace dans "Les garçons et dans la ville dont le prince est un enfant. Certes, il y avait prescription... Comme pour Moustique qui a du être "piqué " dans ma bibliothèque car je n'arrive plus à mettre la main sur ce volume...
Ce qui serait amusant c'est que Tournier trouvât son Sipriot...
Je n'ai pas Martial dans ma bibliothèque! Si vous le pouvez communiquez moi l'épigramme en question.

Bruno 22/01/2016 15:29

Merci pour ce très intéressant billet qui rejoint quelques unes de mes réflexions. A contrario, on peut, sans doute, attribuer à G. Matzneff une certaine audace en publiant Les moins de seize ans en 1974. Il en a cependant payé le prix fort, au moins concernant la notabilité bourgeoise. Il eut l'inconscience de publier de son vivant ce pamphlet qui marqua. On voudra bien m'excuser pour être allé voir la concurrence du coté de "P'tit Loup"...notons que les images pieuses coûtaient cher alentour les années 80..La page facebook de e-gide parait abonder dans votre sens concernant les orientations de notre Grand Homme des Lettres. Trouvé sur le site de l'INA, un entretien avec Viviane Forrester : à hurler de rire :
https://www.ina.fr/video/CPB76052418/michel-tournier-video.html

Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 22/01/2016 16:14

Il est patent que Matzneff a fait preuve d'audace en publiant les moins de seize ans mais ce n'est pas du tout ce livre qui causa sa disgrâce médiatique, c'est même tout le contraire car qui connaissait Matzneff avant ce pamphlet un tout petit cercle qui l'associait plus au journal Combat qu'à une quelconque oeuvre littéraire. C'est l'affaire du Coral qui éclata en 1982, affaire dont le but réel était de dézinguer Jack Lang, les barbouzes de l'époque ne savaient pas encore qu'il était insubmersible... Matzneff fut une victime collatérale de cette piteuse opération. Attention à la chronologie et à la propension de certains à réécrire l'Histoire.
Je n'évoquerais pas Matzneff écrivain d'un tout petit renom hors des sacristies orthodoxes et des amateurs de culottes courtes qui sont parfois les mêmes, certes cela fait une petite cohorte mais pas une foule, c'est le nom de Gide qui me vient spontanément à l'esprit car la notoriété de ce dernier était déjà énorme lorsqu'il fait paraitre Corydon mais moins que celle de Tournier (inimaginable aujourd'hui à l'aune de son oeuvre) au milieu des années 70 car la république des lettre voyait en lui le grand écrivain sur le toboggan du Nobel, et espérait d'autres romans du calibre du roi des Aulnes. La déception, bien que jamais formulée fut sévère. Si Tournier avait sorti son Corydon cela aurait eu un impact énorme et lui aurait à mon sens vu l'air du temps d'alors assuré des suprêmes gloires à condition qu'il n'ait pas versé dans des délires du genre de celui de Duvert dont il n'était pas si loin, voir ses ahurissantes déclarations sur l'avortement.
Pourriez vous nous communiquer l'adresse de la page facebook de e-gide.