un inédit de Montherlant

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J'espère ne pas faire oeuvre de lèse-majesté en disant que le maitre écrit parfois des conneries. Non une vaste bibliothèque n'est pas celle d'un barbare (bien sûr il y a quelques parvenus qui achètent les Pléiades au mètre). D'ailleurs les vrai barbares n'ont qu'un livre qu'ils balbutient jusqu'à la folie, j'en vois régulièrement en prenant le R.E.R, mais cela est un autre sujet...

Il est bien évident que l'on ne relira pas la totalité des livres qui tapissent nos murs; mais même si on ne les ouvre qu'une fois en vingt cinq ans, pour reprendre l'exemple de Montherlant, cette possibilité est précieuse; tout d'abord par le fumet du passé que cette ouverture fait revenir à nos narines. On se souviendra peut être où nous avions acheté ce volume, où nous l'avions nous lu, qui nous l'avait conseillé, avec qui nous en avions parlé, quelle était notre vie à ces moments là. Un livre, pour qui est un peu attentif au quotidien, est une véritable malle aux souvenirs. Voilà pour l'objet, ce parallélépipède qu'il est souvent bon de dépoussiérer avant de l'ouvrir. Mais l'important n'est pas tant l'objet que ce qu'il contient. Une fois ouvert nous trouverons ce que l'on y cherchait. Cette redécouverte confortera le plus souvent le souvenir de la lecture première, sinon, vous voilà à nouveau plongé dans un écrit que l'on avait cru connaitre et dont la relecture d'une page vous a révélé l'étendu de votre oubli...

Je n'ai jamais aimé les bibliothèques publiques. Les livres qui s'y trouvent, passent de mains en mains ce sont... des livres de passe. J'aime avoir MES livres, non que je sois bibliophile mais j'aimes les avoir instantanément sous la mains comme de bons serviteurs, maniables selon mon bon plaisir. Je ne répugne pas cependant à prêter mes livres, c'est un peu comme glisser dans le lit d'un ami une belle créature qui vous est dévouée, c'est un partage choisi. Ce n'est pas aller au bordel... 

Si l'auteur des "Garçons" écrit ici quelque billevesées, il y a d'autres lignes à prendre en compte par exemple lorsqu'il note qu'il n'y a pas une bibliothèque idéale, chacun doit se construire la sienne selon ses goûts et aussi ses rencontres et autres accidents de la vie. Il est bien certain que les goûts et les pôles d'intérèts évoluent, varient, avec les ans. Mais il me semble que se séparer de livres qui témoignent d'un engouement passé est se renier, ne pas accepter ce que nous fumes, une fuite vers un futur qui pourtant débouche toujours le néant.

Montherlant confond dans cette article épuration, mot qui en 1939 n'avait pas encore sa macabre connotation, et rangement, classement, ce casse tête insoluble de tous les amateurs de livres, sur lequel bien des écrivains se sont penchés; par exemple, Pérec, à son propos, on annonce que l'année prochaine un Pléiade lui sera consacré. Encore un livre à classer...

On lit à la fin de l'article de Montherlant qu'il faut élaguer au fil des années ses curiosités. Criminel précept! L'incuriosité règne en maitre chez nos contemporains comment élaguer un tronc qui n'a pas de branches? C'est l'inverse qu'il faut pratiquer regarder à 360 ° autour de soi et ne pas se focaliser sur une seule passion qui alors mute bien vite en lubie.

L'expression de ranger sa bibliothèque est impropre, car à moins d'avoir un mur d'une longueur suffisante pour l'y adosser comme Renaud Camus en son chateau, le rendu gueux, par l'inique nuit du 4 aout, que nous sommes, doit se résoudre à serrer ses chers volumes dans plusieurs meubles ainsi, quand un jour d'hiver j'entreprend de ranger mes livres, c'est de plusieurs meubles que je dois les bouger (j'ai photographié trois de ceux-ci parmi d'autres). Ces planches assemblées étant situées sur trois niveaux ce n'est plus la concierge qui est dans l'escalier mais Proust, Daudet ou Murakami... 

un inédit de Montherlant

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Commenter cet article

Bruno 11/12/2015 19:10

Une misérable note : le terme moderne en bibliophilie est : "désherbage" , ôter d'une bibliothèque les ouvrages devenus obsolètes, ceux non ouverts depuis x mois, années, etc

lesdiagonalesdutemps 11/12/2015 19:14

Je ne désherbe pas beaucoup... Je ne connaissais pas le terme.

florent 08/12/2015 20:13

Merci pour ce bel article, en tant que bibliophile et collectionneur, je partage tout à fait votre propos. Peut-être qu'un jour, aurais je la chance de voir vos beaux ouvrages...

xristophe 04/12/2015 17:19

Pour moi je mets des lunettes noires, comme Montherlant, pour vous lire... (Lequel était moitié aveugle... et qui se suicida à moitié pour cela). Ah, pour l'Histoire, je ne la découpe pas comme vous : elle commence à m'intéresser avec le Roi-Soleil (Pour Versailles et Racine, le Nôtre et quelques autres: la Princesse Palatine, son époux, La Fontaine...) ; et puis rejoignons vite Napoléon ! (J'aime aussi Henry III - qui pourrait s'intéresser à ce blog -, mais surtout dans le film "Madame de Montpensier", de Tavernier : le futur Henry III, exactement, si séduisant lorsque joué par Personnaz... (Je me suis toujours fait une certaine idée de l'Histoire, avec p-ê trop de paysages de fantaisie, dedans...)

lesdiagonalesdutemps 04/12/2015 18:56

Tout d'abord pour moi l'Histoire n'est pas d'abord française. Elle est d'abord antique et particulièrement romaine Alix et les mémoires d'Hadrien n'ont pas été rien dans l'affaire puis il y a eu Suetone et Tacite et plus tard ce chef d'oeuvre qu'est moi Claude empereur. Comme vous le voyez les livres ont été des véritables incitateurs pour en apprendre plus et en voir plus comme je l'ai déjà écrit c'est Tintin qui m'a donné le goût du voyage. Ainsi si je suis allé au Pérou c'est la lecture du Temple du soleil à 8 ans qui m'a donné le désir de voir ce pays, j'ai attendu presque 60 ans c'est long! C'est lui aussi qui m' donné l'idée d'aller au Mexique, idée renforcée par la lecture de Soustelle... Les voyages en Grèce et ceux plus nombreux en Italie ont conforté ce goût pour l'Histoire antique sans cesse renouvelé par des expositions ou des oeuvres de fiction. Ce sont les films de Kurosawa et les mangas qui m'ont fait m'intéresser à l'Histoire du Japon. C'est ainsi que je me suis retrouvé à Kyoto tout ému d'être dans le temple où a été initié le héros de ce superbe manga qu'est Vagabond (ça c'est du dessin niveau Ingre Picasso Hockney rien de moins, il faut voir les planches originales). Et bien sûr Shakespeare qui m'a donné la passion de l'Histoire anglaise renforcée récemment par la série télévisée des Tudor (que pensez vous de Versailles sur Canal, peut être un petit billet bientôt) et l'uchronie Dominion (où mes connaissances n'ont pas été inutiles). Bien sûr Tavernier très beau film que Madame de Montpensier (j'ai eu la flemme de faire un billet) même si je l'ai moins aimé que Laissez passer qui est mon film de chevet car j'ai toujours été intéressé par l'occupation, sans doute aussi parce que j'ai eu la chance de rencontrer Benoist-Méchin. Racine bien sûr et Dumas, c'est bien Dumas et Victor Hugo...

xristophe 03/12/2015 20:01

Pour "les caractères qui rétrécissent", je signale qu'il existe des lunettes-loupe pas cher en pharmacie; attention à choisir la pointure et la puissance - il faut les essayer. (Moi ce sont les écrans qui m'abîment les yeux ! A quand l'abolition des écrans !)

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 21:30

Je sais bien que ce sont les écrans qui brûlent les yeux et lire sur la plage mais vous ne vouliez pas que j'abandonne le blog. Y-a-t-il des chats d'aveugle?

xristophe 03/12/2015 19:53

Ce qui est merveilleux avec Ismau : c'est que la sagesse et la douceur, et le savoir, y vont toujours avec la grâce, la gentillesse et l'élégance ; et encore, j'en oublie !

xristophe 03/12/2015 19:45

Oui oui très détestable, ces histoires de guillotine, et je ne suis pas un fana de la Révolution française (d'aucune, d'ailleurs). Mais, comme disait un ex-amie pas dégoûté : " On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs..." Quelqu'un disait (mais qui, et à propos de quoi, déjà ?) : "je vois les oeufs, je ne vois pas l'omelette". Nul rapport avec l'omelette, même si sa maman s'appelait Ramolino, mais c'est... Napoléon le Grand le grand profit de cette petite révolution - dont il me plait bcp de rappeler que j'en descends par l'adorable Polonaise dont j'ai hérité de l'accent charmant, croisé avec un soupçon d'accent corse attrapé à force de lire Angelo Rinaldi. (Bien sûr, ça n'est là que de la noblesse d'Empire, si souvent dévaluée dans la bouche des Guermantes...)

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 21:27

Il n'y a que noblesse d'épée, après Louis XIII, cela ne compte pas.

xristophe 03/12/2015 16:22

Racontez-nous votre visite à Montherlant !

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 19:17

Je l'ai déjà fait cela doit se trouver sur le blog mais à l'occasion je le referai

xristophe 03/12/2015 16:21

... Et moi (puisque tout l'monde me le demande...) je rachète un livre quand (si) je le relis : cela me permet de faire de nouvelles annotations en marges. (Quelle mine, pour mes innombrables futurs exégètes...)

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 19:15

Ce n'est pas facile pour les poche et les pleiades. Vous vous condannez aux grandes éditions.

xristophe 03/12/2015 16:14

Et donc, en plus, vous avez une concierge, laquelle n'est pas dans l'escalier mais tout de même, et puis donc, trois étages, et puis Clara et un jardin - et au moins, tout ça est à vous alors que Renaud Camus je crois vit dans un château d'emprunt et qu'il est obligé d'y faire le guide... tendant la main pour les piécettes à la sortie ! (Que vous est-il donc arrivé ce 4 août - et de quelle année - dont vous parlez ?)

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 19:07

Le 4 aout 1789 la plus funeste date de l'Histoire française: l'abolition des privilège encore plus noir que le 21 janvier 1793, l'assassinat de Louis XVI (date de la seule messe où je daigne me rendre!

ismau 03/12/2015 15:52

Ce titre ''épuration'', même remis dans son contexte très intéressant de la page entière du journal, reste pour moi effrayant, et correspond malheureusement à ce que dit en partie Montherlant . A vouloir enlever ce qui est ''impur'' ou mauvais, en arrachant des pages ( impressionnante anecdote !), en éliminant certains livres quitte à se renier soi-même, en faisant table rase … on risque surtout d'ôter toute fantaisie indispensable, toute possibilité de changer d'avis sur ce qu'on trouvait mauvais autrefois et qu'on pourrait trouver ou retrouver bon ensuite . Je regrette tellement de m'être trompée dans mes jugements en ''épurant'' certaines bibliothèques dont j'héritais, ou en me séparant de livres aimés qu'ultérieurement bêtement je méprisais. Je suis plus modeste aujourd'hui, et j'aime faire des découvertes dans ma propre bibliothèque . J'ai aussi la curiosité de découvrir celle des autres, et vous remercie de nous en dévoiler quelques images .

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 19:04

Je suis beaucoup plus en accord avec vous qu'avec Montherlant. L'anecdote de celui qui enlève les pages d'un livre qui ne lui plaise pas est aussi effrayante que drôle c'est un grotesque cinoque.
Je n'ai jamais "épuré" mes bibliothèques le temps s'en est chargé, heureusement très partiellement, quelques volumes ont été les victimes d'inondations d'indélicats ou encore de trop fréquentes lectures.
Je ferais peut être un billet avec les meubles où je range mes livres, mais je ne suis pas sûr que cela soit très intéressant...

Antoine2LaRochelle 03/12/2015 15:16

Contrairement à vous, cher Bernard, je trouve l'article de Montherlant très juste, et je vous remercie de l'avoir exhumé. (Je serais d'ailleurs heureux qu'un de vos lecteurs érudits veuille bien nous signaler s'il a été repris dans quelque livre; Montherlant ne laissait rien se perdre).
Un autre romancier, que je prise également beaucoup, a expliqué pourquoi il lui paraissait nécessaire d'épurer régulièrement sa bibliothèque. Il s'agit d'Ohran Pamuk, prix nobel de littérature, auteur parmi beaucoup de chefs d'oeuvre de "Mon nom est rouge", "le livre noir" et "la Vie nouvelle". Ce texte figure dans son recueil de chroniques intitulé "D'autres couleurs". Pamuk explique, fort justement en ce qui me concerne, que nos livres témoignent de nos moi successifs. Tel livre reflète mes goûts et mes préoccupations d'il y a dix ans; j'ai pris depuis d'autres chemins, si bien que ce livre n'est plus intéressant et même carrément dépassé. Il peut même me faire honte...Comment! A cette époque, j'aimais tel auteur, tel genre de livre? Incroyable...Par ailleurs, un livre qu'on ne relira pas prend la place d'un livre qu'on n'achétera pas, faute de place. En ce qui me concerne, bien que je dispose désormais d'un vaste appartement, m'étant enfin décidé à quitter Paris (si, c'est possible...) j'épure régulièrement mes bibliothèques. Chaque fois, je me sens mieux. J'ai l'impression physique de mieux respirer. Je ne suis plus écrasé par le poids des livres inutiles...Je confesse qu'il m'est arrivé de me débarasser de livres de Montherlant, soit que je trouvais que des textes intelligents étaient noyés parmi des textes sans intérêts, soit que les éditions ne me convenaient plus: les caractères avaient rétréci ou la couverture était trop abimée...

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 18:55

Je vous remercie de ce beau commentaire sur lequel, cela ne vous surprendra pas je ne suis pas d'accord mais en revanche je suis heureux de lire que je ne suis pas le seul à constater que les caractères rétrécissent dans les livres, enfin parfois je me demande si ce ne serait pas moi qui verrait moins bien... Ainsi je ne peux plus lire la plupart des livres de poche que j'ai acheté au début des années 60
Je connais très mal Pamuk (je vais bientôt combler cette ignorance) mais je ne comprend pas que l'on puisse avoir honte de ce que l'on a aimé, ou plutôt il faut faire en sorte de n'en avoir jamais honte. En ce qui me concerne je ne renie rien et ne regrette rien comme le chantait la grande Edith dans ce grand chant de ralliement... Bien sûr comme chacun je me suis débarrassé de livres mais seulement je crois de livres techniques dépassés par le progrès où de livres en ruine remplacés alors par un exemplaire en meilleur état. Mais comme je l'ai écrit je suis attaché l'édition dans laquelle j'ai découvert un livre par exemple j'ai gardé mon exemplaire de l'oeuvre au noir en poche alors que j'ai les romans de Yourcenar dans la Pléiade. Il m'arrive de donner ou de vendre des doublons mais c'est à peu près tout.
Il est vrai que Montherlant ne laissait rien perdre, mais il retravaillait ses textes pour les mettre en volume. Néanmoins il y a tout de même beaucoup de ses écrits qui n'ont pas été repris en livre

Félix 03/12/2015 09:33

Je suis curieux de savoir s’il vous arrive de ne pas retrouver un livre que vous êtes sûr de posséder dans l’une de vos bibliothèques. Le problème se pose en effet lorsqu’on a trop de livres. On m’a parlé d’un professeur d’histoire qui trouvait plus simple d’aller racheter les titres qu’il possédait déjà et dont il avait besoin pour écrire un article, parce qu’il n’avait pas le temps de les retrouver dans le fouillis de ses bibliothèques...

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 12:11

J'ai eu la chance de rentrer une fois chez Montherlant, comme je l'ai déjà écrit, c'était en avril 1972, seulement dans la pièce "de réception" qui était aussi vide que sinistre comme il me semble la vie de Montherlant que je trouve plus pitoyable à mesure que j'avance en âge.

Bruno 03/12/2015 11:34

Trop de livres ? :-)
L'anecdote fut racontée par Dumézil : il disait hésiter à fouiller, à cause du risque d'être écrasé par les éboulement....l'appartement de la rue Notre Dame des Champs était...spectaculaire.
Quelques littérateurs ont donné des échos sur la vie de Montherlant : Sipriot, Matzneff : la bibliothèque du quai Voltaire : le Littré, le Daremberg, quelques classiques dans des éditions scolaires et très fatiguées, et c'est à peu prés tout. On ne voit guère le Maître lire au coin du feu et ranger le volume dans une belle bibliothèque anglaise : le matin était consacré à l'oeuvre en cours, l'après midi ...., le soir, la générale du Maître de Santiago ou de la Reine Morte...
Sipriot écrit quelque part, qu'en plus de trente ans de fréquentation du Maître, il entra dans les pièces de travail 2 ou 3 fois.
Un beau sujet de thèse
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 03/12/2015 10:26

Je crois que cela arrive à chacun. J'ai même accusé mes bibliothèque de manger les livres. Je ne vais que rarement à l'extrémité de racheter le livre introuvable mais cela m'est arrivé. J'essaye tout de même d'ordonner mes livres ce que les photos jointes au billet ne laisse pas forcément supposer. J'essaye de ranger les livre d'abord par genre. Les albums de B.D. dans une bibliothèque. Les manga dans une autre. Les policier dans une troisième, la Science fiction dans une quatrième. Pour la littérature disons générale je les classe par éditeur, Grasset dans un meuble, Gallimard dans un autre, les Pléiades encore ailleurs. Troisième classement par format! Les poche dans une armoire, Les livres d'art et catalogues en raison de leur grand format dans un meuble dans lequel ils puissent tenir exct... Avec tout cela je m'y retrouve à peu près et puis il y a les revues et les journaus, alors là, c'est encore une autre histoire!