Pour se souvenir d'Artima

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Pour se souvenir d'Artima
Ce sont peut-être ce que l'on appelle aujourd'hui dans le petit monde des collectionneurs de bandes dessinée, les petits formats qui m'ont donné le goût des livres (un plaisir presque aussi dispendieux que celui du jeu car en plus du coût d'achat, il demande de vastes demeures pour les "ramasser" comme on dit dans certaines de nos provinces.
Ces petits magazines furent mes premières lectures, vers 5, 6 ans, (avec le journal de Mickey, les hebdomadaires Spirou et Tintin viendront un peu plus tard) avant les beaux albums cartonnés des Tintin et autres Spirou qui m'étaient offert pour noel ou à mon anniversaire ou si j'avais bien travaillé. Pour cela il fallait au moins le tableau d'honneur. C'est donc dans ces opuscules que j'ai quasiment appris à lire. Je précise que s'ils existaient, je continuerais à les lire. C'est d'ailleurs ce que je fais de temps en temps lorsque j'en croise dans les brocantes. Certains de ces petits livrets atteignent aujourd'hui des prix déraisonnables mais la plupart sont encore accessibles à ma plate bourse (hélas je n'ai gardé aucun de ces chers illustrés).
J'ajouterais que ces petits formats étaient très décriés comme toute la B.D. mais encore plus particulièrement car ils étaient censé empêché la lecture de vrais livres. Ce qui est une parfaite imbécilité car lorsque l'on aime que l'on vous raconte des histoires, en fait peu importe la forme. Et on lira, si je prend les fictions historiques en exemple, sans distinction, "Les mémoires d'Hadrien, les albums d'Alix, la saga Murena ou Néropolis... 
Artima n'était pas l'éditeur qui me fournissait le plus de pâture. C'était plutôt "Mon journal". Tout gamin j'avais déjà repéré "ces marques" sous lesquelles se rangeaient mes illustrés préférés. Mais chez Artima il y avait Foxie qui me réjouissait avec son renard snob et stupide et son corbeau roublard. Voyons ce que dit sur mes chers Fox et Croa Henri Philipini dans son dictionnaire encyclopédique des héros et dessinateur de bande-dessinée:
 Fox, le renard pas très futé portant nœud papillon, et son comparse Croa, le corbeau malin fumant le cigare, sont créés en 1941 pour une série de dessins animés. Ils sont imaginés par Fred Tashlin alors directeur de Screen Gems, département animation de Columbia Pictures, USA. Au cours du premier film, il s’inspire librement de la fable « Le corbeau et le renard ». Les héros débutent leur carrière de personnages de BD sous le nom de Fox and the Crow dans le comic book Funnie, publié à partir de 1945 par National Periodical (DC). (…)»
En France, les éditions Artima puis Aredit en publient une traduction dans le pocket Foxie, qui paraît de 1956 à 1985.
  
Les fascicules de récits complets, illustrés bon marché et populaires étaient fort  nombreux au cours de années 50-60.
Le grand éditeur de province, sous la direction d’Émile Keirsbilk, fut sans doute Artima (ARTisans en IMAgerie) de Tourcoing, débutant de 1943 à 1949 par les "Albums du P’tit Quinquin" (surtout illustrés par J.E Dupuich), puis en 1948 par des séries de récits complets. Surtout depuis l’abandon, en 1952, du format à l'italienne (17,5 sur 23 cm.) pour le format « français », de la taille d’un cahier d’écolier, on connaît ses fameuses nouvelles séries aux couvertures mémorables et éclatantes de couleurs (mais l’intérieur est en noir et blanc). Les dessinateurs sont très internationnaux. Ces récits illustrent de nombreux genres. Ils étaient français (Bob DanRoger MellièsLe RallicBob LeguayEugène GireGervy, Bild, BrantonneRaoul et Robert Giordan, Pierre Le Goff,Raymond CazanaveJ.P. DecoudunGaston NiezabAndré Gosselin, Erik,…), espagnols (Fernando Fernández, qui n'avait que 16 ans en 1956, pour Ray Comet et Mr. TV, Bayo pour Atome KidFrancisco Hidalgo, qui prendra plus tard le pseudonyme d'Yves Roy, pour Angel AudazBoixcarJaime Rumeu,…), anglais (Graham Coton pour la famille Rollinson dans l'espace), néerlandais (Henk Sprenger pour Pilote Tempête et Kick WilstraMarten Toonder), et américains (Joe KubertCarmine InfantinoNick CardyMurphy Anderson,…).
 
 
En 1958, l’éditeur annonce lui-même les thèmes suivants :
Cow-boys : Audax, Aventures Film, Ouragan, Red Canyon
                        Brousse : Tarou, Ardan
Aviation, Espionnage, Police :Dynamic, Vigor, Hardy, Mystic, Éclair
Aventures : Big Boy
Science Fiction : Météor, Spoutnik, Cosmos, Atome Kid, Aventures Fiction, Sidéral  
Historique : Vengeur, Téméraire [et ses bandes guerrières], Fulgor
Humoristique : Panda, Foxie
Sport : Olympic
 
 
Apparurent d’abord en 1952 ,Ardan, Audax, Aventures film, riche en westerns (un genre présent aussi dans Tex Bill, dessiné par René Mellies et intégré maintenant dansAventures Film). Il y eut aussi Dynamic et Tony Cyclone, une mémorable histoire d’aviation. En 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan), un genre représenté aussi en 1956 par Atome Kid, Aventures Fiction et Cosmos, en 1957 par Spoutnik et un an plus tard par Sidéral. Jungle, histoire de l’Ouest et guerre sont présentes en 1954 avec la naissance de Tarou, une sorte de Tarzan débonnaire, Red Canyon (pour le western) et Vigor
 
 
Il faut encore citer Fulgor (1955-58), Foxie (1956-1985), Hardy (1955-58), Panda (1957-59), aventures animalières par l’atelier hollandais de Martin Toonder, Téméraire (1958-1962). Tempest, né en mars 1955, a disparu en août 1957. L’adoption du format de poche en 1960 et les comics marquent la fin d’une période mythique. Malgré un bon chiffre d’affaires et des bénéfices substantiels, les Éditions Artima sont rachetées par les Presses de la Cité en 1962 puis deviennent  Aredit en 1963. 
 
 

Attardons nous sur les fascicules de science-fiction et de fantastique publiés par l’éditeur. 
En mai 1953 naît la série de science-fiction la plus connue et la plus recherchée par les collectionneurs : Météor (due aux frères Raoul et Robert Giordan, surtout sur des textes de Lortac). La série compte les aventures du trio constitué par Spencer, Sam Spade et Texas jusqu’en juin 1962.
Le genre est encore représenté en 1956 par Atome Kid (1956-1959) et Cosmos (1956-1961), ces deux fascicules étant surtout connus pour la bande anglaise La Famille Rollinson dans l’espace. En 1957, peu de temps après le lancement du satellite russe qui lui donne son nom, apparaît Spoutnik qui reprend d’abord lecontenu des 8 premiers Météor des frères Giordan. Un an plus tard paraissent Sidéral (1958-1962), Aventures Fiction (1958-1960), un des meilleurs titres Artima et Monde futur (1959-1960) avec des bandes d’origine surtout espagnole. Pour finir apparaît l’éphémère Bat Man (1960).
Si les jeunes lecteurs se précipitent sur ces fascicules colorés et peu coûteux, inutile de préciser que les « prescripteurs » condamnent ou feignent d’ignorer ces lectures populaires.



Nota: ce billet doit beaucoup au site magnifique: http://raymondperrin.blogspot.ch/ indispensable pour tout savoir sur la littérarture de jeunesse, tenu par le grand spécialiste de la question.

 

Publié dans bande-dessinée

Commenter cet article

kaNd 23/03/2016 23:42

Que de souvenirs. Je lisais presque tous ces fascicules de science-fiction. J'adorais les aventures d'Adam Strange et son rayon Zeta ! Côté belge, on m'offrait régulièrement Bob & Bobette. Ma grand'mère me lisait les bulles quand je ne savais pas encore lire :o). Je les ai tous gardés.

lesdiagonalesdutemps 24/03/2016 07:08

Bravo pour avoir tout gardé, malheureusement en ce qui me concerne je n'ai plus aucun de mes anciens petits formats.

Bruno 20/12/2015 18:49

Belle étude historique et nostalgique. Merci pour le partage.