Christopher et Heinz, une histoire d'amour berlinoise (Christopher and his kind) un film de Geoffrey Sax (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Grande Bretagne, 2010, 89 mn

Réalisation: Geoffrey Sax, scénario: Kevin Elyot, musique: Dominik Scherrer, Photographie : Kieran McGuiganMontage : Paul KnightDécors : Suzie Davies


Avec: Imogen Poots (Jean Ross), Matt Smith (Christopher Isherwood), Toby Jones (Gerald Hamilton), Lindsay Duncan (Kathleen Isherwood), Will Kemp (Bobby Gilbert), Douglas Booth (Heinz Neddermayer), Iddo Goldberg (Wilfred Landauer), Alexander Doetsch (Caspar), Tom Wlaschiha (Gerhardt Neddermayer), Pip Carter (Auden) 

Résumé
 
Christopher Isherwood (Matt Smith) arrive à Berlin en 1929. Il fréquente les nombreuses boîtes de nuit où dansent, chantent et se séduisent des hédonistes des deux sexes. Il est souvent accompagné de son ami (et parfois amant) le poète W. H. Auden qui bientôt rentre en Angleterre. L'écrivain après s'être amouraché d'un musculeux Caspar (Alexander Doetsch) qui ne tarde pas à disparaitre, tombe follement amoureux d'un très joli jeune cantonnier allemand, Heinz Neddermayer (Douglas Booth)Mais l'ombre des nazis commence à planer. Dans l'entourage d'Isherwood, certains s'inquiètent, comme son copain juif Wilfrid Landauer ou la chanteuse Jean Ross. Christopher et Heinz partent en Angleterre. Mais les autorités ne veulent pas de cet immigrant homosexuel..
 
 
L'avis critique
 
Avec Christopher et Heinz, voilà le deuxième film après,  Chris & Don, a love story mais qui se situe chronologiquement vingt ans avant, que je visionne en quelques mois d'après la vie de Christopher Isherwood. Je ne compte pas " single man de Tom Ford"  qui, s'il contient probablement des éléments autobiographiques, est lui tiré d' un roman de Christopher Isherwood. Dans Christopher et Heinz, il s'agit bien de la vie réelle de l'écrivain et non d'un de ses fantasmes.
 

 

Dans une des premières scènes très pédagogique, la BBC dont le film est une production n'oublie jamais le volet pédagogique de ses fictions, ce qui rend les scènes d'exposition un peu convenues, nous est présenté la situation d'Isherwood en 1931 qui part à Berlin pour échapper à l'atmosphère familiale étouffante et pour les garçons. Berlin était alors la Mecque de l'homosexualité comme le montre sans tergiverser "Christopher et Heinz. Le film est en écho ou plutôt en assonance avec Cabaret. Mais il donne une vision plus juste de l'expérience du groupe d'"oxbridge" qui se trouvait en Allemagne, Berlin pour Isherwood et Hambourg en ce qui concerne Spender, au début des années trente, essentiellement pour des raisons sexuelles.

Le film étant anglais les acteurs sont impeccables, bien qu'ayant vu le film en version française cela ait un peu gâché mon plaisir et les reconstitutions d'époque sont soignées, les gares sont enfumées à souhait, cela allait presque de soit sans le dire lorsque l'on a à faire à une oeuvre télévisuelle britannique.
 
 
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Ce téléfilm est directement inspiré des mémoires de Christopher Isherwood, "Christopher and His Kind", publiés en 1976 en Angleterre, mais sauf erreur de ma part toujours pas traduite en français. L’écrivain britannique y raconte entre autre son séjour à Berlin de 1929 à 1939, date à laquelle il alla s'installer aux Etats-Unis où il est mort en 1986 à l'âge de 81 ans.
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Le réalisateur abuse un peu trop des ambiances nocturnes. Les profondeurs de champ sont toujours maximum, ce qui permet d'admirer les décors et parfois autre chose... Je m'en voudrais de ne pas insister sur la reconstitution de l'Allemagne de ces années là qui est impressionnante. Les anglais sont imbattable dans les reconstitutions historiques, non seulement ils restituent des décors mais ils savent en ressusciter l'âme.
Le film me fait m'interroger sur la curieuse attitude que je trouve assez lâche d'Isherwood. Si on nous le montre tardivement critique envers les nazis, il se proclame presque jusqu'à l'avènement d'Hitler, jusqu'au moment où il voit les nazi faire un bucher des livres interdits, politiquement neutre. Vivant en spectateur des troubles puis des drames que vit le pays où il habite depuis plusieurs années, sans semble-t-il prendre conscience que le glas a sonné pour les plaisir qu'il y est venu chercher. Je crois que Auden lorsqu'il dit à son ami que la seule cause qu'il lui importe c'est lui même, en quelques mots définit bien le Christopher Isherwood des années trente... Mais avec le temps le nomade Isherwood s'est fixé en Californie et y a perdu son égoïsme... 
 Si "Christopher et Heinz" dans notre époque où la plupart des hommes ne semblent pas avoir plus de mémoire qu'un poisson rouge en apprendra beaucoup sur les moeurs de l'Allemagne de Weimar à la plupart par son didactisme, je crains que celui-ci rebute les plus informés. Certains personnages sont là que pour fournir une information sur l'air du temps au spectateur mais ne sont pas utile à l'intrigue proprement dite. Ils sont là au même titre qu'un élément de décor, pas plus, pas moins.
 
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Si les rapports sexuels entre homme sont montrés d'une façon très explicite,  à mon avis inimaginable à la télévision française, pour cela j'aimerais bien voir, pour comparer une biopic d'André Gide, c'est tout de même assez pudique.
Comme toujours, lorsqu'un film met en scène des personnages ayant existés, dont l'apparence est connue, de moi tout du moins, je suis gêné lorsque l'acteur l'incarnant ne ressemble en rien à son modèle. Si Matt Smith qui campe aussi actuellement le célèbre Doctor Who dans une série du même nom, fait un jeune Isherwood tout à fait possible, il n'en est pas de même pour Pip Carter qui est beaucoup plus beau que le véritable Auden qui était fort laid. Heinz est incarné par Douglas Booth, qui a joué récemment Boy George dans un téléfilm toujours inédit en France.
 
 
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Christopher et Heinz est une plaisante illustration, bien qu'un peu appliquée, du volet berlinois de l'indispensable essais de Florence Tamagne, "L'histoire de l'homosexualité en Europe, Berlin, Londres, Paris 1919-1939 paru en 2000 aux éditions du Seuil. Il ne faut pas oublier que la suite de l'histoire, non pour Christopher Isherwood, mais pour la plupart des silhouettes aperçues dans ce film, ce fut " BENT "...
 
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Petite annexe à ce billet; Quatorze ans après  les 1.100 pages du premier tome du journal intime d' Isherwood qui recoupait entre autres les années que couvre "Christopher et Heinz, voici la suite qui va de 1960 à 1969. Isherwood a besoin de 800 pages pour raconter ces dix années d'inquiétude et d'introspection. La grande crainte d'Isherwood est alors de voir Don Bachardy le quitter pour un de ses nombreux amants. A ce propos ce journal donne un aperçu un peu moins idyllique de la relation entre les deux hommes que le film Chris et Don. On voit Isherwood souvent bouder. On a le sentiment que Bachardy fait planer constamment sur son amant et mentor la menace de leur séparation. Il y a aussi les voyages, entrepris seul ou avec Don. En particulier celui en Inde où Isherwood est invité à déjeuner par Nehru en compagnie d'un aréopage improbable comprenant Irving Stone, Marlon Brando et Danny Kaye! On trouve aussi dans ces pages des portraits assez caustiques de ses vieux amis comme Auden, Spender, E.M. Forster. Est-il envisageable d'espérer une traduction française de ce massif aussi intéressant par son analyse psychologique d'une relation amoureuse entre deux hommes sur une longue période que sur l'histoire littéraire du XX ème siècle. L'ouvrage, bien relié, à l'américaine est très facilement trouvable sur Amazone, environ trente euros ou si vous êtes à Londres dans toutes les librairies. Le livre ne passe pas inaperçu.
 
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Bande annonce en version originale
 
 
Le film
 
 
Voir le film en plus grand et le télécharger: ICI
 
 
Autres présences de Christopher Isherwood sur le blog:  Chris & Don, a love story,  single man de Tom Ford,  Don Bachardy
 
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Publié dans cinéma gay

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