À propos de « star wars »... Il y a quelques temps.

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Star Wars n°1 éditions Atlas
À propos
de « star wars »
(la guerre des étoiles)

 

 

... Je sais d’avance ce que Sadoul et les amoureux de ce film vont en dire : beau, bien fait, entraînant, agréable, on s’amuse une heure et demie, on serait bien bête de faire la fine bouche, étant donné la nullité du cinéma de S-F. OK, c’est tout ça, c’est distrayant. Presqu’autant qu’un James Bond. Mais aussi con. On se croirait revenu 50 ans en arrière, comme si Hugo Gernsback avait écrit le script consternant de ce Fleuve Noir de mauvaise qualité. Qu’est-ce que c’est que ce film ? Un petit western avec deux bagarreurs qui délivrent une princesse ringarde, aidés par un gorille digne de Victor McLaglen et un mystique tout droit sorti des plus mauvais numéros de Planète. Le reste, c’est le l’électronique comme seuls les Américains ou les Russes ou les Chinois, enfin des pays mégalos peuvent croire que ça fascine les masses. Et puis du gadget : mutants rigolos, robots humanisés (je préfère Robbie), design des années 60 (cf article de Bonnefoy).

 

Ce qui m’afflige – bien que séduit sur le moment par certains passages pas mal foutus – c’est qu’une telle série Z soit l’œuvre de George Lucas, auteur il y a sept ans d’un des plus beaux films de S-F. jamais tournés, THX 11-38, un des plus aboutis, pas encore à la hauteur des nouvelles et romans de S-F, maisen bonne voie. Star wars nous fait enregistrer un recul dans le temps tel que des films comme Les soucoupes volantes attaquent ou Godzilla peuvent auprès de lui faire figure de speculative-fiction audacieuse. Pauvre Lucas. On se croirait dans un article d’Eizykman où il aurait fait le catalogue de tout ce qui est reduplication : western-fiction, polar-fiction, Delly-fiction et autres avatars, sauf ce qui est annoncé, la S-F. On a plus de chance d’en trouver dans Autant en emporte le vent Encore pire que 2001 dans le mysticisme, pire que Silent running dans l’apologie de la technologie, pire que les Bérets verts dans l’idéologie, la misogynie et le racisme, avec tout ça, le cinéma américain est mal barré. La S-F sur pellicule aussi.

 

 

Yves  Frémion, décembre 1977

 

 

À propos
de « star wars »
(la guerre des étoiles)

 

 

Bien entendu, Star Wars est le plus beau film de science-fiction jamais tourné.

 

Certes, en tant que film, il n’est pas à l’abri de tout reproche. Le scénario est faible, certains acteurs médiocres et un petit nombre de trucages laissent à désirer. Si la Guerre des étoilesest une réussite parfaite, c’est avant tout parce qu’il s’agit de science-fiction à l’état pur. Comment ! 
Mais il s’agit simplement d’un western de l'espace, prétendront certains esprits réactionnaires ; d’autres, les cuistres benêts, iront jusqu’à parler de reduplication. Mais le space-opera a-t-il jamais été autre chose ? Et pourtant, nul mieux que lui n’a réussi à éveiller chez le lecteur le fameux sense of wonder, cette faculté d’émerveillement qui caractérise les jeunes Américains et manque tellement aux vieux Français. 
Il n’y a aucune idée de science-fiction dans Star Wars. Et c’est un bien, Car si l’on fait de la bonne littérature avec des idées, on fait aussi du bien mauvais cinéma. En revanche, vous trouverez dans ce film tout ce qui donna le sense of wonder à la science-fiction de l’âge d’or : les astronefs rococo, les robots anthropomorphes, les duels au pistolet-laser, la jeune princesse enlevée, les héros purs et bons, les méchants totalement mauvais et même la fameuse taverne galactique, chère aux dessinateurs de Galaxy, où des extra-terrestres hideux jouent au poker avec des astronautes terriens.
Pour la première fois, avec Star Wars, nous avons une transposition à l’image réussie de tous les archétypes de la science-fiction. Je dis bien à l’image, car George Lucas, le metteur en scène, a aussi écrit un roman à partir du scénario du film. Il ne reste plus qu’un texte inepte, montrant bien que la Guerre des étoiles est avant tout une réussite visuelle. Le succès de ce film est fabuleux outre-Atlantique car les Américains ont su garder leur sense of wonder. S’il n’en était pas de même en France, ce serait à désespérer de nos compatriotes.
 
Jacques Sadoul, décembre 1977

La Guerre des Etoiles (vue par l'hebdomadaire Spirou en 1977)

 
Il s'agit d'un article paru le 20 octobre 1977, soit le lendemain de la sortie du film de George Lucas sur les écrans de France& de Navarreextrait de l'hebdomadaire SPIROU (n°2062) :

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xristophe 24/12/2015 14:00

Du diable ("damned!") si je comprends quelque chose au comportement de votre "serveur" qui, bien mal nommé, se refuse à faire son travail ici ou là (ci-dessus) ; je profite de cette faille, dans sa "vigilance" (?) pour vous envoyer, cher B A cent mille voeux, de Noël etc. - qui, certes, restent trop virtuels malgré que chaleureux - et puis admiratifs, reconnaissants et épatés de votre productivité marquée d'un sceau d'image de marque unique !