Rêverie sur le quatrième de couverture des "Inrocks" de la semaine

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Rêverie sur le quatrième de couverture des "Inrocks" de la semaine

En général, je ne comprend rien aux publicités que je découvre sur les murs, dans les magazines ou bien encore à la télévision. Je ne sais jamais ce qu'elles sont censées faire vendre. En voyant le quatrième de couverture du numéro de la semaine des "Inrockuptibles", j'ai immédiatement pensé qu'elle faisait la réclame pour un bordel de garçons. Sans doute allez vous me taxer d'obsédé sexuel, vous n'auriez peut être pas forcément tort... Cette association d'idées demandent peut être quelques éclaircissements. Cette image, pour laquelle malheureusement j'ignore à la fois le nom du photographe et celui du modèle, a aussitôt fait resurgir de ma mémoire une époque révolue et dans celle-ci, un lieu précis: une des chambres de l'hôtel de l'Alsace-Lorraine, le nom me faisait invariablement penser à celui de la Normandie et de l'Abyssinie réunies de l'immortelle chanson "Félicie aussi". C'est dans cet établissement que durant assez longtemps, j'ai emmené mes vénales conquêtes d'un soir. L'adresse si, le veilleur de nuit n'était pas regardant avec qui vous montiez,  était doté d'un luxe spartiate. Il avait une décoration et un mobilier très semblables à ce que nous apercevons sur l'image ventant la maison de couture Yves Saint Laurent, après mures réflexions j'en ait déduit que plutôt qu'un établissement de plaisir c'est un jean qu'on cherchait à nous fourguer. Je me souviens que la serviette que le veilleur de nuit vous tendait après avoir réglé la chambre, sans avoir omis de préciser que ce n'était que pour un petit moment avait une finesse et une matière rêche que je n'ai jamais retrouvées ailleurs. Cet utile lieu se trouvait rue des Canettes. C'est à dire à quelques centaines de mètres du circuit des gigolos de Saint-Germain, un quadrilatère formé par le boulevard Saint-Germain, la rue du Dragon, la rue Bernard Palissy et la rue de Renne. Lorsque on en avait repéré un garçon à sa convenance lors d'un de ses passages, on le suivait quelques mètres voyant la chose l'objet du désir s'arrêtait, vous souriait (avec un peu de chance) et généralement sans préambule énonçait ce qu'il était disposé à faire avec vous. S'il ne faisait pas la nomenclature de ses possibles, vous pouviez espérer que vous aviez à faire à un novice. Ce fut le cas un soir avec un garçon qui était un quasi sosie de celui qui pose sur la photo de la publicité Saint Laurent d'où sans doute mes réminiscences. Après vous vous étiez mis d'accord sur le prix, la chose allais assez vite car il y avait une sorte de prix fixe (sauf pour les spécialités rares ou salissantes). Si je me souviens bien c'était 200 francs. Je vous parle de la deuxième moitié des années 70 époque où j'ai pratiqué assidument ce loisir dont je me suis ensuite totalement dépris. Les goûts changent! C'est curieux le silence sur cette activité qui durant des années semblait mobiliser un grand nombre de gens, clients et vendeurs, dans les parages de feu le drugstore Saint Germain. Malgré la vogue de l'auto-fiction  et des souvenirs en tous genres, il en n'est à peine question dans la littérature, si on excepte les propos courageux de Frédéric Mitterrand, bien que Saint-Germain ne soit pas le paysage de ses amours tarifés qu'il évoque dans  "La mauvaise vie". Rien non plus dans les épanchements télévisés qui encombrent le petit écran, pas plus que sur la toile ou en des termes si voilés que les seuls initiés pourraient reconnaitre le marché au tapins d'antan. Pourtant on y croisait parfois des têtes connus comme Aragon avec sa crinière bleue ébouriffée ou encore Hubert Deschamps déjà très abimé par l'alcool qui était un habitué du circuit des gigolos; au moins lui on savait où allait ses cachets! Il n'avait pas loin à emmener son "marché" de la soirée car il habitait le quartier. Un de ses favoris d'un soir, qui fut le mien un autre, m'assura que son intérieur était fort cossu et encombré. J'admirais beaucoup Hubert Deschamps infiniment plus qu'Aragon. Je n'ai jamais osé aborder le comédien; le lieu était difficile pour une première approche. Comment prendre langue? Comme avec un pêcheur: << Alors, ce soir ça mord?>>. Je n'ai jamais eu l'esprit d'à propos...

Peut être que le silence autour de la ronde de Saint Germain des prés est du au fait que tout les protagonistes de cet échange d'argent contre différents fluides sont tous morts du sida. Peut-être qu'un de ces fantômes du passé se manifestera à l'occasion de ce billet?   

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Bruno 23/10/2016 18:48

Hedi Slimane

lesdiagonalesdutemps 23/10/2016 20:55

Merci pour ces informations.

Bruno 23/10/2016 18:48

Jack Kilmer, fils de Val...
On cherche pour le photographe...

xristophe 13/11/2015 20:30

Ah non, quand même, là vous allez trop loin, BA ! Penser à Rinaldi en lisant du Arnaud ! Déjà qu'il se permît, lui aussi, d'être corse, Arnaud - cela m'avait contrarié vivement, je me souviens. Il y a "corse" et "corse", depuis l'invention d'Angelo. D'ailleurs il n'a même pas l'accent du tout, le petit Claude: c'est un faux !

xristophe 13/11/2015 17:37

Et, toujours pour le Prince des blogs : bien sûr, B.A., Claude Arnaud est très doué pour "évoquer" - et notamment certains de ses amis, si bien rendus et parfois si touchants : cet homme âgé qui aime rester dans l'ombre, sorte d'Oblomov, qui connaît tout Paris, et réciproquement - qui remet toujours à plus tard d'écrire et qui héberge tout le monde à l'oeil si généreusement, à commencer par ce déplaisant pique-assiette 68tard d'Arnaud) ; et c'est juste pour taquiner Ismau que je taquine le petit écrivain - si malheureux avec ses frères - et croisé Villa Médicis (il lui restait encore un frère à perdre, ce point m'émeut) et qui m'intimidait car je l'avais vu chez Pivot...

lesdiagonalesdutemps 13/11/2015 18:46

Donc en définitive vous aimez bien Claude Arnaud ses deux livres de souvenirs sont très émouvant. Le passage en Corse est très beau. Il aurait pu en faire un livre entier et l'on aurait songé à Rinaldi.

xristophe 13/11/2015 16:52

Pour B.A, : le livre de Nicole Canet s'appelle "Hôtels garnis, Garçons de joie" ; je vais quand même le feuilleter avant de vous l'offrir, et photocopier les deux pages 298 et 99, les seules (il y a aussi 325-326) qui auraient pu m'allécher sur la marchandise. L'iconographie est superbe, il y a un texte.

xristophe 13/11/2015 16:32

Récrivez-ça à jeun, et l'on vous répondra ; pour l'heure, vous me semblez plus aviné qu'émoustillé. Evitez aussi les jeux de mots : même Ferdinand fait mieux, c'est dire. C'est quand, au fait, le Beaujolais nouveau ; vous savez sûrement ça, Emoustillé.

Eh ! Mousse t'y es ? 12/11/2015 09:58

Ben il est ronchon, xristophe... Il a pas pris ses pillules ? Ou on lui a scié ses cannes (canet ?) ? On se fait enguirlander, ca sent le sapin, pour un commentaire trop long trop court, ou parce qu'on cuisine le boeuf bourguignon à la sauce homo... M'enfin ! Comment voulez-vous qu'on écrire encore des commentaires (comment taire, aurait dit Jacques) sur la feuille de choux au Bernard ? Et puis, c'est xristophe qui fout le bordel, remarquez c'est bien le sujet, dans les commentaires... On ne sait plus qui fait quoi, une vraie partouze... On y comprend plus rien... Reste plus qu'à se plonger dans le tonneau de Beaujolais, à dix heures du matin, c'est malin... Et puis le Bernard qui veut faire des cochonneries à son hébergeur, lui toucher un mot... Et puis quoi encore ? Ce blog devient de plus en plus hard... Bonne journée quand même... :-)

xristophe 12/11/2015 00:00

Je vais le regarder ce bouquin pour moi a priori sans grand intérêt. Il n'est pas impossible que je vous l'envoie ensuite. (Mais ce sera bien parce que c'est vous !) C'était vraiment pour faire plaisir à cette vieille dame charmante, avec qui je bois toujours une chopine ou deux dans le fameux restaurant de la rue de Beaujolais...

lesdiagonalesdutemps 12/11/2015 07:18

Vous avez bien raison avec cette remarque du classement des commentaires dorénavant lors de la réédition d'un article je vais les ré-ordonnés. Je vais en toucher un mot à mon hébergeur qui a inventé le tonneau des Danaides des réclamations... Ceci dit dans celui-ci, je ne vois absolument pas à quel livre vous faites allusion.

xristophe 11/11/2015 23:50

Il faudrait vraiment que les commentaires fussent classés de bas en haut ou le contraire, mais enfin dans l'ordre chronologique... Sinon, à moins d'être entomologiste ou moine, dans mille ans on n'y comprendra plus rien. (D'ores et déjà, d'ailleurs). Alors, pour les personnes arrivées en retard (celles du futur, lointain ou immédiat) je précise que ça n'est pas à B A que je me permettrais de dire "relisez-vous" ! Pour B A, maintenant, je dis : la biographie de Cocteau par Arnaud, mal lisible ou pas, c'est de Cocteau qu'elle parle. (Je la trouve très lisible, moi ; comme son Chamfort) Tandis qu'une biographie d'Arnaud, il faudrait au moins un Cocteau pour nous la rendre intéressante... (à mon avis, comme toujours humble)

lesdiagonalesdutemps 12/11/2015 07:14

Clause Arnaud à pourtant le talent de faire resurgir toute une époque et les personnalités de ses deux frères (comment ne pas être ému par la destinée de cette fratrie) est symptomatique de cette époque que la tristesse de la notre et la nostalgie des jeunesses perdues affublent de parures qui dissimulaient aussi bien des laideurs.

xristophe 11/11/2015 16:47

Racontez mais relisez-vous. C'est un peu long. On n'a pas qu'ça à faire... C'est encore plus mauvais que du Claude Arnaud quand, quittant son talent d'essayiste il se met à nous confier ses amours...

lesdiagonalesdutemps 11/11/2015 17:36

J'aime beaucoup mieux le Claude Arnaud chroniqueur de sa vie que le biographe de Cocteau presque aussi illisible que le Genet d'Edmund White.

xristophe 11/11/2015 16:31

Ah quel bonheur, Emoustillé, que cette copie verveuse, tellement originale, du déjà laborieux Céline... bon, à la sauce homo, m'enfin...

xristophe 11/11/2015 16:25

Quel talent, quelle poésie - vous devriez écrire un petit livre sur ces choses... Ce thème des amours tarifées se rencontre aussi chez le dieu Rinaldi... alors. Me revient que j'ai acheté un livre de Nicole Canet "Hôtels garnis, garçons de joie", que je n'ai même pas déballé. (79 euros, pourtant ; je crois que c'était pour lui faire plaisir ; je ne voulais pas repartir les mains vides. Je vais le regarder)

lesdiagonalesdutemps 11/11/2015 17:42

faire plaisir à cette vieille maquerelle avinée c'est scandaleux! faites donc un don aux diagonales au prix où sont les billets d'Opéra! Moi je n'ai pas eu les moyen de m'acheter ce livre (qui est intéressant comme quoi on peut être alcoolique et publier de bons livres, en écrivant cela j'ai une pensée pour Roland Laudenbach...)
Je sais que je suis un peu cacochyme mais je crois que le livre s'arrête au années 30.
Dans l'hôtel que je cite, il fallait apporter son manger. Les chambres n'étaient pas garnies.

Emoustillé 09/11/2015 21:41

Bon, allez, cher Bernard des Diagonales... Vous nous avez bien émoustillé avec ce beau billet --- et que dire du très beau (et drôle) témoignage de Doryck, à enregistrer, sans faute, dans les archives de Nicole Canet... Alors, dites nous tout... Ils sont où, maintenant, les minets, les minous, aux jeans moulés, aux cheveux bouclés... ? Ils sont où les gigolos, rigolos ou non, les garçons que l'on peut croiser et recroiser, autour desquels on peut tourner, l'air de rien... c'est très dur d'avoir l'air de rien... "Vous avez du feu ?" Ils sont où les attrape gogos, les gigolos à michetons, les collégiens qui ont fait le mur, les apaches et les cow boys ? C'est combien ? Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu fais ? OK, on y va... Et on va où maintenant ? Rue Sainte-Anne, il n'y a plus que des bars à nouilles, japonaises, oui, mais nouilles quand même... Et Pigalle ? Derniers cinémas pornos, où toute la misère du monde vient tacher la moquette et fait la queue, au sens propre, dans les gogues... Saint-Lazarre... A quel saint se vouer ? Il n'y en a plus que pour Burger King... Allez, Bernard, un bon mouvement, donnez nous vos adresses, même des hôtels borgnes qui font de l'oeil au chaland, ils sont où, les garçons, maintenant ? Et ne me parlez pas d'ash thé thé pet... L'internet, c'est pas trop mon truc... Et puis je préfère voir avant de consommer, ras le bol des grassouillets de 40 piges qui se font passer pour des éphèbes grecs... Il ne faut pas tortiller, ni à gauche, ni à droite, même si, bon, on va pas parler politique pour pas se fâcher... Mais même en diagonale, ils sont où les garçons de Paris ?

lesdiagonalesdutemps 09/11/2015 22:19

Le but, mais je n'ai aucun but, n'était pas de vous émoustiller, peut être justement de savoir que son devenu les objets de nos désirs éphémères d'antan. Mais hélas nous connaissons la réponse pour la plupart ils sont morts dans la fleur de l'âge, dévorés par le sida. Je n'allais peu à l'époque rue Sainte-Anne, pas du tout à Pigalle ni dans les gares. Aujourd'hui c'est rigolo je fréquente beaucoup les parages de la rue Sainte-Anne pour déjeuner d'un okonomaki chez Aki et acheter des pâtisseries japonaises à la boulangerie d'en face. Je pousse jusqu'à Komiku où je fais le plein de mangas et je traverse la rue pour acheter mes soupe mizo, autres temps autres plaisirs...

Doryck 09/11/2015 14:06

Chères diagonales, voici quelques souvenirs qui dormaient dans mon ordinateur, s’ils peuvent faire le bonheur des lecteurs de votre blog, j’en serais ravi. J’ai connu le trafic des minets de Saint Germain mais c’est un peu plus tard que je me suis mis à ces rencontres tarifées….à Pigalle chez Madame Madeleine et boulevard de Rochechouart vers Anvers où l’hôtel Montpellier était très accueuillant….. Je conseille à vos lecteurs, la lecture de L’art d’être pauvre où François Baudot raconte ses souvenirs de Saint Germain des Près où son père était antiquaire.


« C’était au retour d’un séjour au Maroc que Fabrice Eamer m’emmena visiter le dernier bordel de garçons de Pigalle. Le patron du Sept entretenait dans sa maison de Tanger une brillante compagnie. Vieux copains écrivains, artistes, gigolos yougos et collaborateurs fidèles. Jamais, au grand jamais Fabrice ne goûtait aux saveurs locales. Alors que je passais mes après midi dans les dunes de la « forêt diplomatique » dans l’attente des bergers du coin, et que les maisons de Tanger m’avaient fait connaître mes premiers gigolos, jamais Fabrice ne condescendait à fauter avec la faune locale. Le premier jour de son retour à Paris était donc toujours celui d’une visite à Pigalle : impasse Guelma. Cet hôtel de tradition était tenu par madame Madeleine qui avait pris la succession de sa mère. Les garçons attendaient au salon, faisant semblant de lire des magazines. Certains faisaient le guet au café du coin, autour d’un entremetteur Jacky qui vantait à mi voix les atouts de chacun. Deux garçons aux allures de bedeaux accueillaient les visiteurs et procuraient serviettes et savonnettes après avoir encaissé le prix de la chambre. Tout y était : du miroir au plafond au lavabo trop haut qui obligeait à de charmantes contorsions pour les ablutions préliminaires. A peine entré dans l’escalier en colimaçon qu’une forte odeur de miroton ou de bœuf mode vous prenait. Madeleine préparait son déjeuner du lendemain et c’est là dans sa cuisine qu’elle nous reçut la première fois. Fabrice y alla de son couplet complice : « Alors chère Madeleine, comment vont les affaires ? » après nous avoir fait asseoir et sans quitter son ragoût de l’œil, Madeleine étira la longue litanie des professionnels qui veulent nous persuader de leur misère et de la dureté des temps. Comme chez les paysans ou chez les antiquaires, il y a toujours la famille des geignards. « Ah ! monsieur Fabrice, rien n’est plus comme tout était, les affaires vont si mal, Pigalle a mauvaise réputation, ce n’est plus comme avant, autrefois c’étaient de vrais artistes… Ah je me souviens, quand ma mère m’envoyait sur le boulevard pour chercher des marins pour Monsieur Reynaldo, c’était autre chose….. quelques notes du caprice mélancolique pour deux pianos cherchaient à percer l’épaisse vapeur du miroton. La Madeleine aux odeurs d’aïl et de gros rouge faisait jaillir au moment où on s’y attendait le moins, les mauvaises habitudes de la Belle Époque. Je cherchais le palmier qui aurait du orner le salon. Mais la plainte ne s’était pas tue, après un bref hiatus provoqué par nos regards médusés, vint la chute : « Et puis, Monsieur Fabrice, ce ramadan qui n’arrange rien ! ». L’endroit a été chanté par d’autres que moi, avant moi, par Marcel Jouhandeau ou par. J’y saluai quelques habitués fort aimables : Jean Marais qui avait du y être emmené par Jean Cocteau ainsi qu’un vieil ami qui y avait fait quelques passes dans sa jeunesse de brillant homme d’affaires. Louis, était fort beau garçon mais il avait un vice, celui de se faire passer pour un gigolo. Non pas qu’il acceptât tout ce qui se présentait. C’était à sa banque que Madeleine l’appelait pour lui signaler qu’un Monsieur « tout à fait pour lui » l’attendait. Madeleine connaissait ses goûts, Louis se faisait payer avant de retrouver son bureau et ses comptes de millionnaires. Aujourd’hui pour lui les rôles ont changés.


Quant à moi, je n’ai jamais réussi à faire le bonheur de plus vieux que moi et je me souviens de mon haut le cœur après avoir fait, j’avais seize ans, un « vieux de vingt-cinq ans ». Je n’ai essayé qu’une fois, pour humilier le grand Gérard qui m’avait plaqué pour un minet aux boucles blondes et au profil à la Burne Jones de la bande à Warhol. J’avais décidé de me louer au drug-store de Saint Germain des Près dont le décor de faux café victorien était rehaussé des mains, des lèvres et des yeux d’acteurs célèbres en bronze patiné. Cet endroit cocasse où l’on pouvait diner seul sans avoir l’impression d’être dans un restaurant se doublait d’échoppes serties de laiton : disquaire, pharmacie, buraliste, épicerie et même un café. Les couloirs et les escaliers en faisaient un labyrinthe démultiplié par les miroirs. Lieu idéal pour les poursuites et les rencontres. Dans « Amour » de Warhol, on y voit Karl Lagerfeld en micheton draguer le héros du film. Les minets tarifés y avaient élu domicile. Le temps de « manger leur ronron » au Café des sports rue de Sèvres, ou de l’acheter au « Prisu » de la rue de Rennes, ils faisaient gentiment de l’œil aux passants car ils travaillaient, comme disait Dutronc « tout comme les castors ni avec leurs mains, ni avec leurs pieds ». Avant le Drug Store le Paris Saint Germain où tapinaient les garçons de la génération d’un acteur aujourd’hui célèbre qu’avait repéré Visconti. Donc me voilà au tapin et à peine cinq minutes plus tard un distingué quadra m’invite à aller faire un tour en boite. Ce brésilien, avait des manières fort avenantes. Nous commençâmes par un restaurant puis il m’entraina dans une nouvelle boite le Pim’s qui venait d’ouvrir rue Saint Anne. Pour me donner du courage, je buvais comme un trou, vins, alcools de toutes les paroisses. La nuit avançant, il fallut bien s’exécuter et j’accompagnai l’aimable Vasco dans son penthouse du Quai de l’Alma. Je vacillais, les murs me donnaient le tournis, j’aperçus au loin le lit immense qui m’apparut à la fois comme un refuge et comme l’autel du sacrifice. Incapable de me maîtriser, je vomis lamentablement sur le lit immaculé. J’étais sauf mais honteux. Homme du monde, le brésilien que je devais revoir par la suite, eut la gentillesse de ne pas s’en offusquer. Il me soigna avec un patience d’ange, tourna le matelas, changea les draps et alla se coucher sur un divan. Le lendemain il avait disparu à son bureau et un valet me prépara un petit déjeuner sur la terrasse. Ma carrière dans la galanterie fût écourtée, je n’avais pas le tempérament. Car je pense qu’il faut le goût et l’envie de se faire. Il faut s’en amuser et en jouer. Un de mes réguliers avait commencé à quinze ans quand il était dans une école privée du XVIème où sa mère, désespérée par sa paresse avait cru pouvoir le boucler. Il s’échappait régulièrement pour aguicher le client Place Dauphine mais n’osait pas s’acheter les fringues qu’il guignait pour ne pas se trahir. »

lesdiagonalesdutemps 09/11/2015 14:15

Un grand merci pour ce témoignage.

François 09/11/2015 11:34

En effet, ça existait aussi rue Sainte Anne et près de la gare Saint Lazare, beaucoup d'appâts et quelques jeunes poissons, souvent novices, c'est dans les grandes gares parisiennes de l'est que commence l'apprentissage de la prostitution masculine. Toute une époque.

lesdiagonalesdutemps 09/11/2015 11:40

Auriez vous des souvenirs sur le sujet? Racontez nous . Voilà un objet sociologique peu pénétré.