Rebatet-Matzneff où les accointances du hasard

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Rebatet-Matzneff où les accointances du hasardRebatet-Matzneff où les accointances du hasard

Page 26 dans la très intéressante préface de Pascal Ory à la réédition dans la collection Bouquins des Décombres de Lucien Rebatet, pudiquement titrée "Le dossier Rebatet", je lis: << Laubreaux, critique théâtral de l'hebdomadaire (JE suis partout) - dont François Truffaut reprendra la figure dans "Le Dernier Métro" -, qui en janvier 1944, publiant ses carnets de guerre dans Je suis partout, se flattera d'y avoir écrit: << Je ne peux que souhaiter à la France qu'une guerre courte et désastreuse>>; ce sera celui de Rebatet qui, dans Les Décombres, se raconte avec jovialité lançant au même Laubreaux, quand le désastre en question se profile enfin à l'horizon: << Séraphin, c'est la fin.>>.

Il se trouve que cette phrase est le titre d'un des derniers livres de Gabriel Matzneff. Réminiscence involontaire avec Rebatet de Matzneff qui n'a jamais voulu se situer à droite alors que toutes son oeuvre appelle ce classement...  

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Bruno 04/11/2015 17:33

Sur la même page "Le rideau" :
Y a-t-il un écrivain actuel que vous aimeriez défendre particulièrement ? Un sous-estimé, par exemple ?

Il y a un excellent poète, Claude-Michel Cluny, dont l’œuvre ne me semble pas suffisamment connue du grand public.

Martial 03/11/2015 23:40

Aujourd'hui, d'Edmond Rostand on ne joue plus guère que "Cyrano de Bergerac". Mais "L'Aiglon" connut un grand succès aussi. Un lettré tel que Matzneff en connaît encore des vers par coeur, celui-ci par exemple :
« Séraphin, c’est la fin ! Flambé, Flambeau ! Bonsoir ! »
(acte V, scène 4)

Ceci dit, Rebatet et Matzneff s'appréciaient mutuellement et ne l'ont jamais caché. Ainsi dans une de ses chroniques de Rivarol, en mai 1963, l'aîné écrivait à propos du cadet : "Je ne suis pas le seul, tant s'en faut, à avoir remarqué sa signature, sous des textes d'une bonne langue et surtout d'une liberté d'esprit à peine croyable par le temps qui court."

Dans le 2ème tome de son Journal, "L'Archange aux pieds fourchus", Matzneff relate la visite qu'il rendit ce même mois de mai 63 à l'auteur des Décombres : "(...) Durant deux heures, nous n'avons, Rebatet et moi, parlé que de nos maîtres : Dostoïevski et Nietzsche, ainsi que de Gustav Mahler."

L'année suivante, Rebatet réagit à un article de Matzneff sur l'Europe en lui adressant une lettre ouverte dans Rivarol, à laquelle son jeune confrère répondit en Une de Combat.

Récemment encore, le 28 juin 2013, Matzneff parla de Rebatet sur le site du Rideau :
"— Vous avez défendu les Deux Étendards, de Rebatet. Pouvez-vous nous donner quelques bonnes raisons de lire ce livre ?
— Les Deux étendards est un roman qui plait à celles et à ceux qui aiment ce que Aliocha Karamazov appelle « les questions éternelles » ; qui plait aux jeunes gens tourmentés. Cela dit, dans Séraphin, c’est la fin !, au chapitre consacré à la censure, j’exprime simplement le vœu que nos éditeurs fassent pour Rebatet ce qu’ils font si bien pour Céline, Drieu la Rochelle, Brasillach et autres traitres à la patrie. Il n’y a rien de plus injuste que le deux poids deux mesures. Rien de plus injuste et rien de plus injustifiable."
http://www.lerideau.fr/gabriel-matzneff/7186

Grâce à Jean-Luc Barré, Nicolas d'Estienne d'Orves et Pascal Ory, ce voeu est désormais exaucé.

lesdiagonalesdutemps 04/11/2015 07:15

Merci beaucoup pour votre commentaire érudit et précis.
Le voeux n'est pas complètement exaucé car dans son excellente préface aux dossier Rebatet Pascal Ory cite, à deux reprise le journal de Rebatet puis deux romans non terminés mais qui feraient plus de mille pages enfin lorsqu'il y a bien longtemps lorsque j'ai rencontré Rebatet il m'avait dit préparer une Histoire de la peinture similaire à son Histoire de la musique (disponible également dans la collection Bouquin), sa mort brutale l'empêcha de mener ce projet à son terme. Autant de piste qui pourrait nourrir un autre volume du "Dossier Rebatet". Ce titre qui m'agace un peu, (on ne parle pas d'un dossier Aragon! et pourtant...) prendrait alors tout son sens.

ismau 03/11/2015 21:29

Si Matzneff est un écrivain de droite, c'est doublement étonnant – et encourageant - qu'il ait tout de même reçu le Renaudot de l'essai pour son livre en 2013 ( Doublement, puisque ce prix n'a pas manqué de relancer la polémique sur son goût pour ''Les Moins de seize ans'' )
Et puis, je m'interroge sur cette extrême droite ''idéale'' qui serait élitiste – au bon sens du terme je suppose – sans être populiste . A-t-elle jamais été au pouvoir ? A-t-elle fait ses preuves ? Non, sans doute !

lesdiagonalesdutemps 03/11/2015 23:04

En fait le prix Renaudot essai (ce n'est pas le "grand" prix Renaudot) lui a été donné si j'en crois la rumeur pour l'aider financièrement sa situation étant critique. L'instigateur de l'opération aurait été Beigbeider.
En ce qui concerne le gout de Matzneff pour les moins de seize ans, c'est ce qu'il proclame dans son petit essais mais quand on lit son journal (je n'ai pas lu les derniers tomes, il y a longtemps que ce journal est devenu illisible) ces petites amies ont plutôt la vingtaine. Les garçons ont disparu après les deux premier tomes. Je recommande chaudement la lecture du premier. Matzneff commence à le rédiger alors qu'il a seize. Il est paru en Folio, après ce prometteur début on peut s'en dispenser.
Elitiste, je ne sais pas si c'est au bon sens du terme, mais il me semble que dans l'absolu un parti qui brigue des suffrages ne peut pas être considéré comme d'extrême droite puisqu'il en appelle au plus grand nombre. Ce qui est une contradiction avec la notion d'élite ou dans l'ancien régime de privilégiés qui ne peuvent être par essence que minoritaires.

Jean-Claude 03/11/2015 10:05

En vérité, cette expression comique – peut-être moins fréquente que celle bien connue « tu l’as dit, bouffi » (devenue « tu l’as dit, bout filtre ») – est attestée en 1900, selon Charles Bernet et Pierre Rézeau – On va le dire comme ça : Dictionnaire des expressions quotidiennes. Balland, 2008.
Cela dit, on pourrait trouver d’autres arguments pour justifier votre remarque, si toutefois être « de droite » ou « de gauche » a encore un sens. Est-ce que respecter la langue française, c’est être de droite ? Alors, un bon écrivain ne peut être que de droite, selon moi ;-)

lesdiagonalesdutemps 03/11/2015 17:19

Pour moi cela a encore un sens, mais quand on entend qu'un parti populiste est affublé d'un qualitatif d'extrême droite alors que l'extrême droite ne peut être qu'élitiste, on peut se le demander...