Matzneff-Rebatet (suite)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Matzneff-Rebatet (suite)

Cette citation me donne l'occasion de préciser ce que je pense des écrits de Gabriel Matzneff, si je considère son journal illisible, à partir du tome III, le premier est délicieux, que ses romans n'ont rien de romanesque et sont pesque toujours des délayages pesants du si ennuyeux journal, sauvons néanmoins "Nous n'irons plus au Luxembourg", en revanche ses recueils d'articles sont épatants. Gabriel Matzneff est un billettiste très talentueux; "Le sabre de Didi" par exemple est une merveille.

Et puis, il y a ceux dont la conduite fut ignoble, mais pas plus ignoble que celle de Céline, de Drieu ou de Brasillach, et qui demeurent, bizarrement, des pestiférés, des auteurs auxquels il ne faut pas se référer, qu’il ne faut pas nommer, des livres dont les titres demeurent inscrits sur une sorte de liste noire. Disant cela, je songe à un des plus beaux romans français de l’après-guerre, Les Deux Etendards de Lucien Rebatet.

Rebatet fut un traitre, un collabo, tout le monde s’accorde sur ce point. Frappé d’indignité nationale et condamné à mort, il fut gracié par le président de la République Vincent Auriol, vécut de longues années en prison, les fers aux pieds, puis, ayant payé sa dette à la société, recouvra la liberté. Ce fut en prison qu’il écrivit Les Deux Etendards, un roman qui parut en 1951 chez Gallimard et que je tiens, je le répète, pour une œuvre très considérable. Rebatet est mort en 1972, il y a donc quarante ans. Quarante ans me semblent une quarantaine d’une durée suffisante. Peut-être serait-il temps de pardonner. Non pas de justifier, ni d’oublier, mais de pardonner, de rendre à Rebatet la place qui est la sienne dans le Panthéon des écrivains de sa génération, bref, de faire pour lui ce que l’on a fait si bien pour l’affreux Céline, que l’on s’apprête à faire pour Drieu la Rochelle. Si ceux-ci ont les honneurs de la Pléiade, je ne vois pas la moindre raison pour que Les Deux Etendards de Lucien Rebatet n’entre pas, lui aussi, dans cette vénérable collection. Une pincée de censure peut être, parfois, politiquement nécessaire, je veux bien l’admettre, mais à condition qu’elle ne soit pas de trop longue durée. Une censure qui se prolonge durant des décennies ne stimule pas les petites cellules grises chères à Hercule Poirot, elle les endort.





Gabriel Matzneff, « De la censure », Séraphin, c’est la fin !, Paris, La table ronde, 2013, p. 235-236.

Je ne peux que conseiller aux amoureux des lettre de se rendre sur le site consacré à Rebatet:

http://etudesrebatiennes.over-blog.com

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Bruno 11/01/2016 16:24

Vu en librairie, pas encore lu :
http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3968
"Lucien Rebatet Le fascisme comme contre-culture" par Robert Belot

lesdiagonalesdutemps 11/01/2016 19:16

Je ne vois pas qui est Robert Belot mais le titre est intéressant et provocateur