L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris
L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

 

Je ne vais pas à l'opéra pour réfléchir, ce qui tombait bien la semaine dernière car l'argument du livret de l'opéra de Donizetti est assez cucul comme le sont ceux de la plupart des opéras, il y a bien sûr des exceptions comme ceux de Billy Bud ou Madame Buterfly mais ne me dites pas que l'intrigue de « La flute enchantée » vous passionne, j'aurais beaucoup de mal à vous croire, mais il y a la merveilleuse musique de Mozart. Or donc, dans cet « Elixir d'amour », Nemorino, un gentil garçon un peu niais se pâme d'amour sans retour pour Adina, la bombe du village. Un charlatan, il dottor Dulcamara y venant vendre sa panacée, remède pour tous les maux à commencer pour ceux de l'amour va fournir à Nemorino un élixir censé faire tomber toutes les filles dans ses bras d'amoureux transi. Le breuvage à la grande surprise de Dulcamara, lui même, semble être efficace...

L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

 

Le metteur en scène a eu la formidable idée de transposer ce canevas un peu simplet, du Pays basque, à l'époque de l'écriture de l'opéra, soit 1832, dans l'Italie des années cinquante; celle dans laquelle se déroulaient les comédies légères que filmait ou jouait Vittorio De Sica avec la Sofia et la Gina, des actrices qui avaient de la conversation comme disait feu Proslier, c'est à dire qu'elles avaient du monde au balcon... Aleksandra Kursak (futur madame Alagna) a une plastique qui n'est pas en reste comparés à celle de ces belles italiennes du temps jadis. Alagna en benêt lombard m'a fait songer à Bourvil dans les pochades paysannes de ses début et ce gros coquin d'Ambrogio Maestri, formidable en charlatant cynique m'a rappeler la faconde d'Henry Génès (ah le facteur de santa Cruz) autant de références cinématographiques qui fleurent bon le cinéma du samedi soir. On retrouve cette atmosphère bon enfant tout le long de la représentation et l'on se régale d'autant de bonne humeur. Bien sûr on s'attend à l'opéra que les chanteurs chantent bien mais malheureusement on y est encore surpris quand on en voit qui jouent aussi bien que ceux là.

L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

On sourit à tous les clins d'oeil de ce décor agraire au cinéma des « Pain, amour, fantaisie et autres film de cet acabit. Le piaggio (celui qui concurrençait la mobylette Peugeot bleu dans les garages à vélos au temps lointain où j'étais lycéen.) et les scooter sont là. C'est une première aimable référence au cinéma qui accueille le spectateur dans la salle de l'opéra Bastille. Dès son installation il remarque le rideau de scène qui reproduit ceux des cinémas de quartier d'hier, ou plutôt d'avant hier, sur lequel les commerçants locaux vantaient l'excellence de leur échoppe. Ici ce sont les produits miracles du docteur Dulcamara qui font leur réclame.

L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris
L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

L'orchestre de l'opéra est dirigé par Donto Renzetti. L'attaque molle de l'ouverture m'a fait craindre le pire mais heureusement la direction retrouve toute l'énergie que cette musique demande. Nous avons donc à faire avec un pupitre « diésel », vous voilà prévenu.

On attend comme il se doit « Una furtiva lagrima, le morceau de bravoure de cet opéra qui est un peu à « L'elixir d'amour » ce qu'est « La reine de la nuit » à « La flute enchantée ». Alagna n'y démérite pas. On aurait aimé un bis mais malgré l'ovation du public, la vedette de la soirée n'en fit rien...

A ce propos dès mon retour dans ma tanière j'ai écouté la version de cet opéra que j'avais en disque, ce qui ma confirmé que l'orchestre manquait un peu de tonus dans l'ouverture, mais surtout que l'interprétation d'Alagna et de ses camarades était bien supérieur à celle que je possède gravée sur un disque.

La réussite du spectacle réside dans la parfaite adéquation entre les décors, la mise en scène et des chanteurs. La grande homogénéité dans l'excellence de la distribution y est aussi pour beaucoup. Quel beau voyage dans le temps, paradoxalement c'est sur la scène de l'opéra de Paris que j'ai vu le plus bel hommage au cinéma italien.

L'élixir d'amour de Donizetti dans une mise en scène de Laurent Pelly à l'opéra de Paris

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xristophe 15/11/2015 15:39

Il y a prescription bien sûr, pour Maspero... On m'a déjà recommandé son livre : acheté - un chat sur la couverture - ne me reste plus qu'à le lire. Grâce à lui (indirectement) j'ai retrouvé au Père Lachaise la tombe de la petite Etty - Etty Yapp - qu'épousa un ancêtre égyptologue de votre ami et qui mourut en couche (Etty) ; l'ancêtre faillit basculer dans la folie, de tristesse, Mallarmé son ami (lui aussi, jeune, avait été amoureux d'Etty Yapp) l'aida à s'en sortir ; nous avons un poème du grand Stéphane qui resta inédit - assez sublime. Le Maspero qui vient de nous quitter a découvert sur cette tombe un texte gravé à la main par son ancêtre (son grand-père?) : "MA SPERO" ("Mais j'espère"). Bien sûr j'y suis allé voir - j'ai fait des photos.

lesdiagonalesdutemps 15/11/2015 18:11

Il faut me les envoyer avec cette histoire cela ferait un beau billet.

xristophe 13/11/2015 20:04

Sous prétexte idéologique : c'est encore pire... Ah B.A, vous me décevez ! Vous vous vantez, sans doute ? pour défendre votre ami Claude Arnaud... De droite, ou de gauche, le prétexte ? Les deux bords ("qui se touchent") s'y sont mis, bien sûr... Comme si l'ancêtre de ce Maspero, l'égyptologue, n'avait pas assez souffert avec le deuil de sa belle Etty. (La suite dans Mallarmé...)

lesdiagonalesdutemps 13/11/2015 20:36

Je n'en suis pas fier mais c'était l'époque et surtout je n'avais pas les moyen de ma passion des livres je ne l'ai d'ailleurs jamais eu et ne l'ai toujours pas. Ceci dit je n'ai jamais beaucoup aimé la joie de lire en tant que librairie; je lui préférais La Hune, hélas fermé maintenant je me suis rabattu sur la librairie Gallimard du boulevard Raspail qui a té entièrement refaite et qui est très bien et puis elle n'est pas loin du Bon marché où je dépense mes derniers sous...
Lisez le sourire du chat, très beau livre autobiographique de Maspéro qui était aussi un fameux traducteur de l'espagnol. J'ai été bien triste de sa mort, il y a quelques mois.

xristophe 13/11/2015 16:01

Au fait, connaissez-vous "Les mamelles de Tirésias", de Poulenc et Apollinaire ? - texte pas mal non plus... (et la musique) J'écoutais ça en 68, profitant des vacances et royalement déconnecté, attendant la fin de la chienlit chère à votre petite gouape d'Arnaud, qui allait consciencieusement voler des livres chez le pauvre Maspero

lesdiagonalesdutemps 13/11/2015 18:43

C'est drôle car moi aussi j'ai volé des livres chez Maspéro sous prétexte idéologique en fait parce que je n'avais pas d'argent pour les payer. J'ai ainsi découvert James Baldwin.
Oui oui je connais les mamelles de Tirésias...

xristophe 11/11/2015 23:26

Et n'oublions pas que La flûte est un spectacle quasiment de marionnettes, à l'origine...

lesdiagonalesdutemps 12/11/2015 07:15

J'avais en effet oubliè. Merci de le rappeler.

xristophe 11/11/2015 15:35

Le grand frère de votre Pelly (charmant à treize ans comme un faune, ce grand frère) fut "petit chanteur" avec moi, "de Vincennes"... Pour les livrets des opéras, je ne suis pas d'accord avec vous cher B.A - pour La flûte enchantée, ni pour Don Giovanni - ni pour le Pelléas de Debussy, pas nommé, qui contient des répliques si réalistes et proches savoureusement du parler prosaïque le plus charmant... (Ce qu'on ne dit jamais)

lesdiagonalesdutemps 11/11/2015 15:55

Vous avez en effet raison pour Don Giovanni, et bien sûr il y a quelques livrets d'opéra très intéressants mais dans la majorité...