Hommage à un garçon de seize ans qui « a eu le malheur » d’aimer les garçons

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Ce texte est repris sans aucune modification du site des éditions Quintes feuilles (http://www.quintes-feuilles.com/​) dans le seul but de le diffuser plus largement.

Aucun journal ne vous a parlé de lui, aucun média ne vous parlera de sa mort. Cette mort soulève bien trop de questions, en parler mettrait beaucoup trop mal à l’aise les acteurs sociaux, la monitrice de sa colonie de vacances, la police, les juges.
Paul-Alexis (1) avait seize ans. C’était un garçon très intelligent, d’une maturité bien au-dessus de son âge. Malheureusement, ni l’intelligence, ni la maturité d’esprit ne suppléent l’expérience et la sagesse que les années durement vécues apportent avec elles. Paul-Alexis était trop jeune, trop sûr de ses connaissances en sécurité informatique, trop pur et trop innocent vis-à-vis de la bêtise humaine et de la méchanceté de ses semblables.
(1) Son prénom a été changé par égard pour sa famille.

Il avait depuis longtemps pris conscience qu’il aimait les garçons plus jeunes que lui. Et à seize ans, il avait déjà fait le choix qu’il aimerait les garçons, envers et contre tous. Il tentait de vivre ces amours-là, comme il le pouvait, où il le pouvait. Il connut le bonheur d’aimer dans un camp scout auquel il participa cet été. Il eut l’envie de faire partager son bonheur, ses joies, sur un forum appelé « La Garçonnière » dont on dit que la police permet l’existence afin de mieux surveiller les « pédophiles ». Paul-Alexis commit l’imprudence d’y faire paraître des photos – très innocentes – de ce camp scout. Les modérateurs du forum intervinrent – malheureusement trop tard – et firent disparaître les photos qui le mettait en danger, lui, comme ses amis du camp, en raison du fait que les identifications y étaient très faciles.
Trop tard : « On » avait vu ces photos. « On » mit au courant le procureur. « On » avertit les parents de Paul-Alexis, et « on » contacta les parents du petit ami de Paul-Alexis.
Paul-Alexis se renseigna sur les risques encourus. Après quoi il prit sa décision, et l’annonça le 20 septembre dernier, sur le forum La Garçonnière, sous un titre ironique et cruel qui faisait référence à un autre : « Quand j’avais seize ans, j’m’ai tué »
Ce message commençait par : « Ça y est, c’est fini, ils ont gagné ». En peu de mots, Paul-Alexis expliqua ce qui s’était passé et déclara : « On n’a pas besoin de me retenir, on n’a pas besoin de me plaindre, il est trop tard. » Il ajouta que plus rien n’avait d’importance, parce que : « Une ceinture, ma barre de tractions, je suis parti. »
Il écrivit encore une remarque cruelle sur le fait que la société était prête, pour « préserver la pudeur d’un jeune garçon », à tuer celui qui l’aimait. Paul-Alexis finit son message par ces mots :
« Je suis […] et j’ai eu le malheur d’aimer. »
La plupart des intervenants du forum en question ne voulurent pas croire à cette annonce, tout en redoutant le pire. Seul le « on » dénonciateur aurait pu faire quelque chose pour empêcher le geste fatal. Mais ce « on » ne l’a pas fait.
L’annonce de la mort de Paul-Alexis a paru quelques jours plus tard.

Quelque chose me dit que Paul-Alexis a commis son geste en pensant aussi à ses semblables, qu’il entre une part d’altruisme dans son suicide. J’ai un peu songé au suicide de Yukio Mishima, des bonzes du Vietnam, de Dominique Venner. (Que les amis de cet écrivain engagé me pardonnent de faire un rapprochement qu’ils estimeront osé : je trouve ce rapprochement légitime, s’agissant d’un homme dont je respecte le combat et la mémoire.)
Il n’y avait rien de franchement désespéré, dans la situation de Paul-Alexis. Il rencontrait des obstacles que des milliers d’hommes ont surmontés. Dominique Venner, qui aimait la vie, a donné à son geste, commis dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, un caractère de publicité propre (pensait-il innocemment) à secouer la torpeur de l’Occident.
Paul-Alexis a, lui aussi, donné à son geste un caractère de publicité, pour pointer du doigt les monstruosités d’une justice qui punit ceux qui « ont le malheur d’aimer ».

Paul-Alexis, tu n’es pas mort pour rien.
Nous ne t’oublierons jamais. Repose en paix

Publié dans métapolitique

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Philip 08/11/2015 10:29

Cette histoire est absolument atroce... Je suppose que l'on peut exclure la possibilité d'une affabulation et d'une imposture...?

J'ai une pensée pour le jeune ami de Paul-Alexis... Ce doit être un cataclysme sur le plan personnel, et j'espère qu'il est aidé et accompagné... Un point m'intrigue... Le "On" délateur et assassin est donc un visiteur assidu et attentif du site LG ? C'est un hasard très malheureux, mais néanmoins extraordinaire qui lui permet de reconnaître un garçon de sa connaissance sur une photo qui n'est restée que quelques heures en ligne...

Enfin, cette dramatique histoire pourrait avoir aujourd'hui la même force que "Les amitiés particulières" de Peyrefitte au milieu du XXe s. Sauf qu'elle se déroule à l'heure des réseaux sociaux, du web, des fichiers numériques, et non plus des petits billets manuscrits que l'on s'échangeait de la main à la main... Sauf aussi que ce n'est pas Alexandre qui meurt, mais Georges de Sarre...
Merci au blog des Diagonales du Temps de donner de la publicité à cette histoire...

Jean-Claude Féray 08/11/2015 12:50

Pour répondre à votre question sur la possibilité d'une affabulation, j'ai eu communication de l'identité réelle de Paul-Alexis, qui portait d'ailleurs aussi un prénom composé. Son faire part de décès figure sur la Toile (dans les avis de décès de sa région).
Pour les photos, il y en eu plusieurs d'exposées du camp scout, ce qui rendait leur auteur plus facilement identifiable (d'autant qu'elles étaient commentées), et ces photos sont restées en ligne plus d'une journée (entre 24 et 48 heures).
En ce qui concerne votre rapprochement avec les Amitiés particulières de Peyrefitte, je dirai qu'il y a une énorme différence : la notion de pureté, qui joue un rôle fondamental dans le roman, et que l'on ne retrouve plus chez les adolescents d'aujourd'hui (sauf peut-être ceux qui reçoivent une éducation religieuse traditionaliste et qui sont très minoritaires).

lesdiagonalesdutemps 08/11/2015 12:05

Je trouve votre rapprochement avec les amitiés particulières; alors que j'ai écrit que ce roman avait perdu toute actualité, ce drame me fait réviser mon jugement si l'écriture et le cadre sont obsolète, le drame décrit à la fin du roman n'est malheureusement pas inactuel.

Jean-Claude Féray 08/11/2015 07:50

Merci aux Diagonales d’avoir repris ce texte et merci pour votre commentaire, Ismau.
Ce garçon de 16 ans, que j’ai appelé Paul-Alexis, ne sera pas mort pour rien si les juges, la police, les parents, tous ceux qui sont si prompts à exercer leur pouvoir ont conscience qu’ils peuvent avoir affaire à des adolescents relativement « fragiles ». Du reste, c’est mal connaître la violence de ce que ce garçon a subi, pour le juger plus « fragile » qu’un autre de son âge. Quand on a placé l’amour au centre de son existence, le peu de recul que l’on a à 16 ans peut vous faire croire que « les autorités » ont brisé votre vie de manière définitive, puisque sans amour, elle n’a plus aucun sens.
Il se peut que je me trompe, Ismau, sur la teinte « militante », en arrière-fond, qu’a eue le geste de ce garçon. J’entends par là sa volonté (dont on s’abstient quand on pense que plus rien n’a de sens) de lui donner une certaine publicité. Je vous invite, pour mieux en juger vous-même, à lire les textes qu’il a écrits sur le forum que j’ai cité. Son pseudonyme était « Insociable ». Les messages des participants sont archivés sur le site et doivent s’y trouver encore (accès en bas de page).
J’ai été amené à connaître le cas de ce garçon. Mais combien y a-t-il en France, de Paul-Alexis dont personne n’entendra jamais parler ?

ismau 07/11/2015 19:20

Pour moi, ce dramatique suicide ne dit que la fragilité d'un jeune, face à l'injustice et au désespoir . Notre société et certaines lois liberticides en sont hélas responsable . Mais pour autant, transformer ce geste personnel en geste altruiste de martyr, qui aurait eu la volonté de mourir pour une cause, me semble aller trop loin . Le ''caractère de publicité'', s'il est espéré est en tous cas bien naïf, et je crains vraiment que ce garçon ne soit mort pour rien .
Les suicides de Mishima, des bonzes du Vietnam, et de Dominique Venner, sont autant de cas différents, mais tous différents de celui de Paul-Alexis : eux ne se sont pas tués à l'issue d'un drame personnel . Cependant, je ne comprends ni le suicide ''altruiste'' de Mishima ( pourtant un écrivain que j'aime ), ni celui de Dominique Venner ... Il voulait ''secouer la torpeur de l'occident '' ? Il n'a rien ''secoué'' ! Sa prétention a être compris, avec ce geste grandiloquent - mais incompréhensible – et le choix de ce lieu – tout aussi incompréhensible - m'ont stupéfiée . S'il aimait la vie, et voulait servir ses idées, quel dommage ! Il est mort lui-aussi pour rien .

lesdiagonalesdutemps 07/11/2015 19:46

Globalement je suis d'accord avec vous en ce qui concerne le suicide de ces différentes personnes.
Je n'approuve pas le caractère naif de ce texte néanmoins je pense qu'il est bon de diffuser ce genre d'information.
Une fois de plus il met en lumière l'irresponsabilité des juges et la méconnaissance de l'individu. Donner plus de pouvoir aux juges comme certains Saint-Just moderne le préconise serait donner du pouvoir à une sorte de secte endogène dont les membres (certes pas tous il y a de rares exceptions) quand ils ne soufrent pas de graves frustations sont d'une remarquable inculture et ne sont que les ventriloques de leur procureur.