Stéphane Mandelbaum

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Stéphane Mandelbaum
Stephane Mandelbaum

Stephane Mandelbaum

Fils du peintre Arié Mandelbaum et de l'illustratrice Pili Mandelbaum, Stéphane Mandelbaum montre très jeune des dispositions exceptionnelles pour le dessin, ainsi qu’une forte dyslexie qui amène ses parents à le placer, de onze à quatorze ans, au Snark, une école expérimentale dans laquelle il va apprendre à écrire. Il entre ensuite à l’académie d’art de Watermael-Boitsfort où il aura pour professeur Lucien Braet, puis en 1979 à l’école des arts d’Uccle où il s’initiera à la gravure.

À ce moment correspond une profonde transformation physique : l’enfant frêle devient un jeune homme charismatique, qui discipline son corps à travers des sports de combat et ne cesse de dessiner de façon compulsive. Il s’installe dans le quartier de Saint-Gilles, à Bruxelles, apprend le yiddish et s'intéresse à ses racines juives.

Fasciné par les grandes figures de la transgression et par leur vie violente, il dessine ou peint de façon répétitive les portraits de Francis BaconPasoliniRimbaud ouPierre Goldman, ainsi que des nazis célèbres comme Goebbels. Il exécute aussi, en 1983, deux tableaux particulièrement subversifs, intitulés Rêve d’Auschwitz, dans lesquels il confronte des scènes érotiques à la représentation de l’entrée du camp de concentration.

 

Stéphane Mandelbaum est également fasciné par les voyous et la pègre. Il fréquente le quartier de Matonge, épouse Claudia, une jeune Zaïroise, dédie sa première exposition à un célèbre trafiquant noir. À partir de ce moment, il est mêlé à diverses affaires, dont la plus célèbre est le vol d’un Modigliani, dans un appartement de l’avenue Louise, en 1986, qui lui sera fatale. Devenu menaçant car le commanditaire refuse de lui remettre sa part, il est assassiné par ses complices au mois de décembre 1986 et abandonné, à demi défiguré par l’acide, dans un terrain vague de la banlieue de Namur. Son corps ne sera retrouvé que plus d’un mois plus tard par des enfants.

 

L’œuvre de Stéphane Mandelbaum, essentiellement dessinée, s’apparente au courant néo-expressionniste : portraits très expressifs, réalisme poussé jusqu’à la caricature, violence du trait aussi bien que des thèmes. L’un de ses premiers tableaux, réalisé à l'âge de quinze ans, est un autoportrait de l'artiste pendu à un crochet et dont le sexe est mutilé. Il se représente également avec ses frères sous la crosse d’un Saint-Nicolas nazi. Des dessins de grandes dimensions proposent des portraits de Goebbels ou de Röhm. Violence, humour et outrance caractérisent ses plus grandes œuvres dont l’inspiration est à trouver essentiellement du côté deBacon et des artistes expressionnistes d’avant-guerre : Otto Dix et George Grosz.

 

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On a aussi parlé de Jean-Michel Basquiat à son propos — artiste très exactement contemporain dont il ne pouvait connaître le travail, en raison de sa pratique d’un dessin basé sur l’inventaire, la juxtaposition, la citation détournée dans une véritable écriture de la page blanche. On peut aussi penser dans sa production quotidienne de petits formats (A4), journal crypté mêlant réel et imaginaire, à la pratique de l’art brut.

Sorte de Pasolini de Wallonie, naturellement doué sauf pour la normalité, il ne pouvait achever son voyage que de manière dramatique.

Stéphane Mandelbaum
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ismau 23/10/2015 23:17

Je découvre grâce à vous les œuvres intéressantes de cet artiste, à la vie si romanesque .
Je ne le connaissais jusque là que de nom : Gilles Sebhan lui a consacré une biographie que j'aimerais bien lire .

lesdiagonalesdutemps 24/10/2015 07:31

En regard de l'essai biographique que Gilles Sebhan a consacré à Tony Duvert (article à suivre sur le blog) j'ai mis sa biographie de Mandelbaum dans les livres à lire. Curieux cette propension chez Sebhan au morbide.