Retour à Duvert de Gilles Sebhan

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Retour à Duvert de Gilles Sebhan

 

Gilles Sebhan avec ce « Retour à Duvert » a écrit d'une plume élégante une biographie de l'auteur de « Paysage de fantaisie », probe et maline. Maline car Sebhan nous fait entrer dans son atelier de biographe tout en respectant la chronologie de la vie de son modèle, rendant ainsi l'exercice biographique très vivant. Il s'y met en scène et même bat sa coulpe d'avoir été un pleutre en écrivant en 2010 son tombeau à Tony Duvert (1945-2008) qu'était « Duvert, l'enfant silencieux » (4). Il se reproche d'en avoir exclu le mot tabou entre tous de pédophilie par peur que l'on réduise Duvert à cette seule pratique.

Un livre, au delà du texte, est aussi un objet. « Retour à Duvert » est un joli parallélépipède que décore une couverture que l'on pourrait croire, si on la regarde rapidement, artisanale. Dans un style naif, presque enfantin, Gille Sebhan y a dessiné au pastel un portrait de Tony Duvert. La quatrième de couverture reproduit un petit polaroid de chambre de l'écrivain.

Le volume est divisé en deux parties que sépare un cahier de photos qui sont je crois toutes inédites. Dans les deux cents vingt premières pages Gilles Sebhan a écrit une biographie à nulle autre pareille, puis après les quelques rares images de documentant la vie de Duvert nous pouvons lire deux textes de ce dernier. Suit une très pratique et utile bio-bibliographie qui en une dizaine de pages précises et sèches offrent des repères utiles à qui veut se plonger dans l'oeuvre de l'écrivain 

La maison natale de Tony Duvert à Villeneuve le roi (91)

La maison natale de Tony Duvert à Villeneuve le roi (91)

Le lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny sur Orge où Tony Duvert termina ses études secondaires

Le lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny sur Orge où Tony Duvert termina ses études secondaires

 

D'emblée Sebhan nous apprend que « Retour à Duvert » est né des retombés du précédent livre qu'il avait consacré à Duvert et qui a connu un bon accueil. Cet ouvrage a fait sortir du bois des proches de Duvert, ou du moins des personnes qui ont partagé un moment de sa vie. Leurs confidences a incité Gilles Sebhan à rédiger ce nouvel livre.

Il me semble; qu'encore une fois, il est bon, pour ne pas se rendre coupable d'anachronismes, lors de la lecture de l'essai de Sebhan, de replacer les écrits de Duvert dans le contexte de leur époque, pas si lointaine mais déjà si différente de la notre. Son premier livre, « Récidive », paraît en 1967; le dernier, « Abécédaire malveillant », en 1989, cela après un silence de sept ans « Un anneau d'argent à l'oreille » datait de 1982. Ce n'est pas faire preuve de lèse mémoire que de dire que son dernier livre important est « L'ile atlantique » qui a pour millésime 1979. La parution de l'essentiel de l'oeuvre s'étend donc sur douze ans. Dans cette période on peut avancer, fait presque inaudible aujourd'hui, que la pédophilie était devenue un « Sujet ». Les libraires voyaient arriver par exemple sur leurs tables, en 1974 « Les moins de seize ans » de Gabriel Matzneff (1), en 1982 « Voyage avec deux enfants » d'Hervé Guibert, toujours en 1982, une sorte de pastiche des livres de Duvert, « Nos plaisirs » (2) d'un certain Pierre-Sébastien Heudaux, qui est en fait Mathieu Lindon, fils de Jérôme Lindon. Tous ces titres sont parus aux éditions de Minuit. Dans ces année là, en 1977, même Yves Navarre, pourtant amateur des « culs moustachus » (je ne sais plus si cette expression est de lui ou de Renaud Camus) s'y mettait aussi avec « Les petit galopins de nos corps ». En 1980 un album mêlant texte et photos, signé d'un mystérieux G.F. (en fait le suisse Guido Franco) prônait ce que l'on n'appelait pas encore le tourisme sexuel, dont l'enjeu était ici les jeunes garçons philippins de Manille. J'oublie certainement nombre d'ouvrages que les lecteurs, j'en suis sûr ne manqueront pas de me signaler.

Le rapprochement de Duvert avec ces auteurs me paraît assez oiseux car contrairement à lui, ils ne sont en rien politique. Duvert me parait beaucoup plus proche dans ses essais du philosophe René Shérer (à qui il dédit en 1979, le premier article qu'il signe dans Gai Pied). Shérer développait une pensée dans la lignée du concept de « devenir-enfant » cher à Gilles Deleuze : l'enfant et l'adulte s'enrichiraient mutuellement dans une « compénétration ». Ce qui pourrait être une alternative à l'éducation héritée de Rousseau. Selon cette théorie l'enfant serait autant formateur de l'adulte que l'adulte est formateur, d'autre part Shérer concevait, l'homosexualité dans la lignée Gilles Deleuze comme une pratique subversive, dans un cadre révolutionnaire. Cette conception donnera naissance au F.H.A.R.. En 1972 René Shérer fait paraître « Émile perverti ou Des rapports entre l’éducation et la sexualité ». En 1976, il dirige l'album « Co-Ire : album systématique de l’enfance », puis en 1978, il publie l'essai « Une érotique puérile ». Dans ces années là une revue « Possible » popularise ses thèses.

« Émile perverti » est réédité en 2006 : dans la préface de la nouvelle édition, René Schérer reconnaît que: « L'illusion d'un éden érotique élargi à l'enfance n'a plus aujourd'hui la faveur du public. Sa cote est à zéro. (...) Naguère doté d'une sexualité polymorphe et perverse, le rejeton encore immature est déclaré tout simplement asexué et innocent.(...) Il ne s'agit plus d'ouvrir les jeunes corps au contact des autres, à la chaleur affective des étreintes, mais de les tenir à distance, de les isoler. ». Il ajoute cependant : « L'Histoire procède en zigzag, non par accumulation dialectique. Un fait propre à consoler ceux qui désespèrent. On pourrait espérer une route plus droite! A ce propos l'essais de Sebhan pose en filigrane la question du comment on est passé des délires fourieristes sur l'éducation au lynchage médiatique de pédophiles? Ce qui s'accompagne d'un dénie illusoire, celui de l'éradication de ces gouts. On voit bien que dans ses écrits, au delà de ses propres désirs, Duvert questionnait la place de l'enfant dans la société occidentale.

photo de classe, première littéraire 1961-1962, lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny/Orge (91)

photo de classe, première littéraire 1961-1962, lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny/Orge (91)

agrandissement de la photo précédente, Tony Duvert à 16 ans

agrandissement de la photo précédente, Tony Duvert à 16 ans

une promenade à Fontainebleau en 1964

une promenade à Fontainebleau en 1964

 

Sebhan nous livre d'émouvants témoignages sur le parcours de cet homme à la personnalité largement méconnue. Ceci en particulier grâce à des lettres que Duvert adressait à une camarade de Lycée. On y découvre un garçon brillant intellectuellement, plein d'entrain qui cultive aussi son corps en faisant des courses en montage. Dans l'une d'elles on voit qu'à 19 ans, Duvert hésitait entre des études scientifiques ou littéraires, il songeait même éventuellement à embrasser la carrière de guide de haute montagne. Cette lettre est particulièrement bouleversante pour nous qui savons qu'elle fut la destiné de ce jeune homme.

Il y a un mystère que met en lumière la correspondance avec cette jeune fille. Environ un an après que le jeune Tony dans la lettre que je mentionne précédemment, lui ait fait le catalogue de tous les possibles qui s'ouvraient à lui, il écrit à son amie, après un long silence, une lettre obscure dans laquelle il dit être occuper à une tâche unique; on sait depuis que c'est l'écriture de ce qui deviendra « Récidive ». Sébhan met d'ailleurs à jour la partie autobiographique de ce premier livre. Duvert annonce que cette occupation, qu'il veut mystérieuse, lui interdit toutes distractions et même toutes relations avec autrui car elles l'éloigneraient de sa tâche. Qu'est ce qui à transformé le jeune homme enthousiaste devant l'avenir en un reclus obsédé par une seule activité? C'est pour moi le plus grand mystère de Duvert. Malheureusement Sébhan ne l'explicite pas. Il doit s'agir d'un choc existentiel, mais de quel ordre? Pas pédophilique en tous cas puisque chez Duvert la pratique pédophile est tardive. Elle aurait commencé qu'en 1975 lors de son premier séjour au Maroc. On apprend qu'en dehors de ces séjours marocains qui s'étendent seulement sur deux ans 1975 et 1976, la sexualité de l'écrivain aurait été uniquement de l'ordre du fantasme sans passage à l'acte. Avant ces voyages il s'adonnait à des pratiques homosexuelles classiques si je puis dire, essentiellement de dragues dans les parcs publics. La cause de la brusque métamorphose d'un jeune homme avide devant la vie en un reclus est peut être même un événement extérieur à sa vie. Comme ce fut le cas dans la deuxième rupture dans l'existence de l'écrivain qui provoqua sa stérilité littéraire. René Shérer explique par exemple que c'est l'affaire du Coral (1982), dans laquelle Duvert n'a jamais été cité, qui aurait chez lui déclenché l'assèchement de son inspiration d'écrivain alors qu'il était jusque là un auteur prolixe. On peut aussi avancer que c'est peut être aussi la mort tragique, en cette même année 1982, du garçon qui lui avait inspiré le personnage de Serge dans « Quand mourut Jonathan » qui aurait tari son envie d'écrire. Dans une interview, Michel Longuet (3), qui est l'auteur du dessin de couverture d' « Un anneau d'argent à l'oreille », donne une autre hypothèse à la panne d'écriture de son ami: <<  la pédophilie dont parle Tony dans ses livres est une pédophilie totalement sublimée. Lewis Carroll, dont il parle dans « L'Enfant au masculin », pouvait sublimer totalement sa pédophilie. Paradoxalement, Lewis Carroll était protégé par le puritanisme. Il n’y avait pas la possibilité d’avoir une relation avec un enfant à cette époque-là. On s’imagine que Lewis Carroll roulait les mères mais pas du tout, il était lui-même pétri de puritanisme, il avait un amour fou pour ces petites filles, passer à l’acte lui paraissait impensable. Tony, lui, a vécu la libéralisation des mœurs, il y a vu une ouverture, une sorte d’espoir de voir le désir pour les enfants accepté. Et puis avec le retour d’un certain ordre, tout ça s’est écroulé. Moi je donne cette explication, il y a sans doute d’autres raisons de son retrait. Les difficultés matérielles vraisemblablement, et puis peut-être quelque chose dont nous n’avons pas du tout idée.>>. Je pense qu'il ne faudrait pas non plus écarter le fait que Duvert aimait un peu trop le jaja. Sa fin est assez semblable à celle de Jean-Pierre Martinet, autre auteur vitupérant et talentueux mais qui aimait un peu trop le gros rouge qui tache...

jeunes marocains peint par Gilles Sebhan

jeunes marocains peint par Gilles Sebhan

Tous les acteurs de la vie de Tony Duvert ne sont pas aussi enthousiastes à témoigner que l'est son ancienne amie de lycée; ainsi son frère, Alain Duvert et son « meilleur ami », Jean-Pierre Tison ne se livrent qu'à mots comptés. Ce sont les deux personnalités les plus troubles du livre. Leur frilosité viendrait elle du fait qu'ils soient tous les deux homosexuels? On peut même dire qu'ils font barrage à la connaissance et à la reconnaissance de l'écrivain comme le constate avec amertume Gilles Sebhan: << Duvert est peut être le dernier des maudits. Puisque ce sont ses proches qui se chargent encore d'enfouir une partie de son oeuvre. On n'a plus l'habitude d'autant d'ombre dans les vies de nos contemporains, autant de mystères autour des créateurs.>>.

Si Sebhan ose dans son essais biographique le mot interdit entre tous, celui de pédophilie, le nom du crime des crimes, heureusement il ne réduit pas Duvert à ce mot; ce que font bien nombre de ces admirateurs comme de ses farouches détracteurs. Il fait ressurgir tout un pan de l'oeuvre de l'écrivain trop souvent passé sous silence: ses articles de polémiste. L'ignorance de cette partie de l'oeuvre est due en grande partie à la difficulté actuelle d'y accéder, puisque elle est parue dans des journaux (Gai pied) ou dans des revues (Minuit, Masque). On y découvrirait qu'est fausse l'image trop souvent propagée de l'auteur retranché dans sa tour d'ivoire, en fait un galetas tourangeau, et absent de son époque. << S'il travaille dans son coin, il n'y a rien de narcissique dans son étude. Duvert est avant tout un moraliste. Et son écriture peut être qualifier à maint des égards de politique. Sans doute est-ce cela qui frappera Jérôme Lindon dès le début. L'éditeur souhaitait trouver un nouveau terrain de résistance, après mai 68, et il verra en Duvert un potentiel de contestation qui renouvelle l'engagement des éditions de Minuit.>>.

Tony Duvert en compagnie de Jérôme Lindon et de Michel Longuet

Tony Duvert en compagnie de Jérôme Lindon et de Michel Longuet

Dans ce court extrait l'auteur met en lumière un autre gauchissement de l'Histoire littéraire de la deuxième moitié du XX ème siècle en France, qui veut retenir des éditions de Minuit qu'elles furent uniquement la maison mère du Nouveau Roman. C'est oublier que cet éditeur est issu directement de la Résistance, que ce sont les éditions de Minuit, qui ensuite, publièrent des brulots contre la guerre d'Algérie. Il y avait une sorte de devoir d'insoumission dans cette maison. Jérôme Lindon qui l'incarna durant un demi siècle était un formidable manipulateur, un discret archonte de la République des lettres; il batailla contre le livre de poche et pour le prix unique du livre...

Sebhan met bien en évidence l'influence de Lindon sur la destiné de Tony Duvert. Il dénonce aussi le refus des éditions de Minuit de lui ouvrir leurs archives. Peut être par peur que les documents confirment la ladrerie de leur ancien patron et ses scrupules à géométries variables.

On voit dans les extraits de la correspondance de Duvert (la publication de son intégralité serait intéressante, mais il est fort douteux que Tison y consente.) qui parsème cet essai que l'on est bien loin de la légende dorée des éditions de Minuit propagée par exemple par « Minuit », la belle pièce de Christophe Honoré. En 1979 Duvert écrit à l'un de ses amis: <<... Je ne voulais pas qu'on me refasse le coup de la jaquette de Jonathan. Un sabotage que je ne digèrerai pas de ma vie. Ah l'édition en famille. J'ai vu aussi que le petit Mathieu dont le Nouvel Obs publie imperturbablement les couches-culottes d'essais s'intitule désormais directeur de Minuit (la revue). Je finirais par croire que le papa s'épuise tellement les yeux à chercher les puces aux gens de talent qu'il n'a plus ensuite qu'un regard fatigué, complaisant et chassieux à porter sur sa progéniture.>>. 

Tony Duvert au Maroc en 1976

Tony Duvert au Maroc en 1976

Le portrait qui se dessine de Tony Duvert au fil de la lecture de cet original essais biographique, est à la fois celui d'un homme plus sympathique que ce que l'on pouvait imaginer à la lecture du précédent livre que Sebhan avait consacré à l'écrivain, ce dernier est rendu un peu caduque par ce nouvel opus, et assez conforme à celui du pédophile lambda que j'ai pu croiser. C'est à dire un être partiellement immature et naïf sur bien des points; je n'ai jamais pu savoir si cette immaturité du pédophile venait de sa fréquentation des enfants ou si c'est cette immaturité qui lui donnait le gout des enfants. Dans le cas de Duvert c'est la deuxième hypothèse qu'il faut envisager. Je rappelle qu'hormis sa courte période marocaine, la pédophilie de Duvert était toute virtuelle. J'ai pu constater, par mes rencontres, même s'il faut se méfier des généraltés qui possèdent toutes leurs exception, que le pédophile était souvent un être replié sur lui même, à l'horizon restreint et pour tout dire mono maniaque, ce que n'était pas Duvert qui s'intéressait à d'autres univers que celui de sa passion sexuelle comme la musique classique par exemple, et qu'il avait des difficultés à affronter le quotidien et ses trivialités; ce qui fut le cas de l'écrivain, toutes sa vie et encore plus dans ses tristes dernières années. L'auteur du « Bon sexe illustré » n'est pas loin d'être de mon avis. Dans une lettre qu'il adresse à René Shérer, il écrit: << Il y a chez les fous d'enfance, une complicité à coup de lieux communs cucul, une bêbêtise et, en somme, un primitivisme culturel que je n'arrive pas à partager.>>. Et puis à la différence du pédophile type, il était doué d'un talent littéraire que l'opprobre absolu de la société pour ses gouts n'est pas parvenu a dissimuler.

Il faut bien reconnaître que Duvert était totalement asocial pas seulement par misanthropie mais aussi par un j'men foutiste intégral des élémentaires règles du vivre ensemble. Par exemple Shérer avec qui il entretient des relations amicales lui prête un livre rare illustré de photos de garçons. Duvert lui rend, ce qui était déjà exceptionnel de sa part, mais amputé des photos qu'il avait découpées pour réaliser un de ses nombreux scrapbooks (Ces albums, Sebhan ne semble pas en avoir vu, aurait été brulés par Tison; une malheureuse prédestination du nom?).

Retour à Duvert de Gilles Sebhan

 

Ce très beau livre n'est pourtant pas l'ouvrage définitif sur Duvert que l'on peut espérer de Sebhan lui même. Il reste bien des points obscurs à éclairer. La tâche du biographe est d'autant plus ardu que son modèle du fait de son caractère fréquentait peu de gens et qu'il s'épanchait rarement. Mais surtout celui qui pourrait être l'informateur principal, Tison (est il légalement l'ayant droit de Duvert?) fait preuve d'une mauvaise volonté assez inexplicable. En outre l'habile procédé qu'a choisi Sebhan, faire plus un journal de ses recherches qu'une biographie classique, l'exempt de l'obligation d'explorer tous les recoins de la vie de son sujet. Par exemple rien est dit sur le fait que Duvert ait échappé au Service Militaire, alors obligatoire; rien non plus sur ses relations avec Mathieu Lindon que Sebhan ne semble pas avoir rencontré. On eut aimé surtout que l'auteur se penche plus sur le style de l'écrivain qui ne cessa d'évoluer. Sur ce sujet, Sebhan fait néanmoins des remarques intéressantes sur la dernière manière d'écrire de Duvert car il a fugitivement eu entre les mains ce qui semble être le seul inédit d'importance de Duvert, le début d'un roman inachevé qui représenterait environ une centaine de pages imprimées.

Il reste à espérer que ce passionnant ouvrage fera émerger d'autres pièces du dossier Duvert et qu'ainsi Sebhan pourra nous donner un troisième opus sur cet écrivain important.

Retour à Duvert de Gilles Sebhan

Nota:

1- Si l'on peut lire dans « Les moins de seize ans » ces lignes: <<  Ce qui me captive, c'est moins un sexe déterminé que l'extrême jeunesse, celle qui s'étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être — bien plus que ce que l'on entend d'ordinaire par cette formule — le véritable troisième sexe. Seize ans n'est toutefois pas un chiffre fatidique pour les femmes qui restent souvent désirables au-delà de cet âge. (..) En revanche, je ne m'imagine pas ayant une relation sensuelle avec un garçon qui aurait franchi le cap de sa dix-septième année. (...) Appelez-moi bisexuel ou, comme disaient les Anciens, ambidextre, je n'y vois pas d'inconvénient. Mais franchement je ne crois pas l'être. À mes yeux l'extrême jeunesse forme à soi seule un sexe particulier, unique. ». Il n'est jamais question dans l'oeuvre de Matzneff de pédophilie proprement dite, contrairement à ce que veulent faire croire ses farouches adversaires. Dans son journal, fort ennuyeux si l'on excepte le premier tome, l'écrivain étale ses relations sexuelles multiples avec de jeunes femmes et quelques adolescentes tardives (il n'y est presque jamais question de sa supposée et déclarée pratique homosexuelle) mais jamais avec des moins de seize ans contrairement à la proclamation dans son pamphlet.

 

2- Son incipit est: << Capo prostitue ses enfants, c'est illégal mais il gagne des million et il faut quand même être content car s'il retirait ses garçons du trottoir on devrait galoper jusqu'à Salopin pour en trouver d'autres.>>

 

3- Il ne faut pas manquer de visiter le merveilleux site de Claude Longuet. Vous y découvrirez des centaines de dessins: http://michel.longuet.free.fr/

 

4- on peut lire le billet que j'ai consacré à cet ouvrage à l''adresse suivante: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-tony-duvert-l-enfant-silencieux-de-gilles-sebhan-69937607.html 

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Doryck 29/10/2015 14:41

Merci pour votre article où je retrouve mon prof de philo à Carnot, René Schérer et un ami des années soixante dix que j'avais perdu de vue Michel Longuet et avec qui je viens de reprendre contact grâce à vous, via le site que vous signalez (petite erreur à ce propos : Michel est devenu Claude dans votre texte) Il y aurait beaucoup à dire encore sur le Maroc des années soixante dix et l'état d'esprit qui y régnait ! Comme en témoigne l'émouvante photo de Tony Duvert en 76. Je vais relire les quelques livres de lui qui dorment, quelque part, dans ma bibliothèque. Merci pour ce rappel !

lesdiagonalesdutemps 29/10/2015 15:00

Je suis bien content que mon blog serve de lien et permette de reprendre des contacts. Ayant moi-même parcouru le Maroc en 1977, il y régnait en effet une liberté sexuel des garçons assez étonnante en même temps il ne faut pas être dupe, on avait là il me semble plus un échange commercial qu'un échange amoureux et ce que j'appellerais de part et d'autre des échanges de services sexuels de gens, les marocains et les européens qui vivaient chacun dans des sociétés au fortes contraintes, celles-ci n'étant pas les mêmes sur chaque rives de la Méditerranée...

ismau 28/10/2015 19:52

Cette biographie, je voulais déjà la lire . Votre passionnant article, et le commentaire d'Olivier m'y encouragent plus encore .
Ayant relu récemment '' Journal d'un innocent'', j'ai été frappée par la justesse et la force intacte – toujours actuelle- de l' écriture de Duvert . Son style comme ses idées m'ont paru plus libres, plus dégagés des influences normées-contestataires de l'époque . Par ex.: affirmation de son goût pour la musique classique, rejet d'attitudes soixante-huitardes ( avec des remarques très drôles vues d'aujourd'hui ), au Maroc conscience de toute une organisation sociologique dont il profite, raisonnablement... etc . Il m'a semblé étonnamment lucide, toujours à distance de lui-même et des autres, jamais dans l'excès, paradoxalement . Lucide aussi sur ce qu'est un enfant ... La folie de certains de ses articles, d'esclandres mémorables, ou de sa fin misérable, paraît d'autant plus mystérieuse .

Autre chose . L'appréciation de Duvert sur Jérôme Lindon me semble très juste, si j'en crois toutes les anecdotes rapportées par Hervé Guibert, au sujet de la tyrannie ( + avarice ) exercée par un éditeur de plus en plus détesté à mesure qu'il doit composer avec lui .

lesdiagonalesdutemps 28/10/2015 20:43

Il y a en effet beaucoup d'incohérences dans la vie de Duvert, sans doute faudrait-il les chercher du coté d'une impossibilité à embrasser le monde tel qu'il est et une sorte de lâcheté face aux triviales réalité. Comme un enfant c'était un être incomplet inapte à la vie. Certains être non finis ne se complètent jamais et sont destiné physiologiquement si je puis dire à disparaitre rapidement. Il est étonnant quand on y réfléchit bien que Duvert ait vécu aussi longtemps. Quand à son style il est intemporel car classique tout en étant moderne, point hors de son époque littéraire.

Olivier 24/10/2015 21:02

Lu et fini hier soir. Un ouvrage qui m'a encore davantage conquis que le précédent de Sebhan ("Tony Duvert, l'enfant silencieux", quel beau titre !), déjà très réussi.

Tony Duvert écrivain me fascine et m'intéresse bien plus encore que le Tony Duvert pédophile, même si les deux sont intimement liés. Sa révolte à la fois brouillonne et incandescente contre son époque est par ailleurs éminemment romanesque en elle-même, émouvante et effrayante dans sa radicalité farouche.

De mon point de vue, avec de bonnes raisons personnelles d'y croire, je pense que l'évolution "étonnante" de sa personnalité et de son rapport aux autres vers l'âge de vingt ans, l'origine de son renfermement radical, est assez simple à comprendre : c'est la littérature et plus encore l'écriture, le puits sans fond de la création littéraire, qui peut retrancher corps et âme celui qui s'y abandonne complètement (sans doute plus que la musique, la peinture, la photo, le cinéma...).
Quant à la raison de cet abandon à l'écriture, j'invoquerais à la fois la marque du génie (au sens socratique de "daemon") et de l'immaturité, l'impossible rêve, l'irrésistible tentation du retour à l'enfance qui lui permettait l'écriture.
C'est magnifique tout autant que tragique, et pourtant Sebhan me semble restituer à Tony Duvert, aussi, toute sa part d'humanité prosaïque. Ainsi, les circonstances même de sa mort et de ce qui s'en est suivi, loin de m’écœurer ou de m'attrister pour lui ou sa mémoire, me paraissent un point final presque idéal parce que terriblement terre à terre (sans goût aucun pour le morbide et le sordide, je préférerais mourir comme lui que dans je ne sais quelles vapeurs toxiques d'une fausse gloire absurde et insensée). Duvert a payé le prix de sa liberté et de sa vérité, c'est dire à quel point, au fond, il était "riche".

lesdiagonalesdutemps 24/10/2015 22:14

Très beau commentaire
Je prend note sur votre analyse de l'enfermement par l'écriture. Je ne suis pas en mesure d'avoir un avis sur ce point. Mais votre point de vue est très intéressant.
Je trouve que son absurde retour à l'enfance à bien des points commun avec celui de Bernard Faucon. J'écris absurde parce que pour moi la grande incomplétude de l'enfance est en rien un âge d'or mais au contraire un purgatoire de l'être. Hélas bien peu de ces chenilles deviennent des papillons.
Sur à proprement parlé le livre de Sebhan, je trouve que ce dernier aurait pu nous épargner les considérations sur le cadavre de l'écrivain.
En ce qui concerne Duvert je ne trouve pas qu'il soit mort "riche" car il a disparu en état de stérilité littéraire. Je ne comprend pas plus le brusque retrait du monde que son retrait de l'écriture. Qu'il n'est pas voulu publier, certes en une pareille époque je le comprend, mais pour un homme qui a voué sa vie, au prix de tellement de privation à l'écriture et que cet homme s'aperçoive qu'il est sec presque 20 ans avant son trépas cela a du être terrible.

claude garnier 24/10/2015 15:45

Bonjour;
Merci pour cet article, ils sont rares sur cet auteur et c'est dommage.
J'apprécie Tony Duvert, pour moi, l'un des meilleurs écrivains ( de loin le meilleur) traitant naturellement de rapports sexuels avec des enfants (mâles), certainement ses phantasmes.
J'ai adoré récidive, mais aussi interdit de séjour, sans oublié quand mourut Jonathan.
Une fin malheureuse, ignoré de tous, retrouvé plusieurs jours après sa mort, il avait encore tant à nous dire.
Vous m'avez appris qu'il n'a plus rien écrit après le décès du garçon qui lui avait inspiré le personnage de Serge.
Merci d'avoir parlé de lui.
Sincères salutations.
claude garnier.

lesdiagonalesdutemps 24/10/2015 18:53

Si vous vous intéressez à Duvert la lecture du livre de Sebhan est indispensable.

Bruno 24/10/2015 15:19

Merci pour cette intéressante recension. Le personnage de la mère de TD est également présenté dans l'ouvrage de Sebhan et peut donner une piste ( freudienne ? ) .
La longue "séquence" sur la découverte du corps est...
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 24/10/2015 18:52

Je suis très méfiant sur les pistes freudiennes. Sur la mère dans les jeunes années de l'écrivain quasiment rien est dit sinon par le frère de Duvert qu'elle appris à lire à ses trois enfants avant qu'ils entrent à l'école. Pour en savoir plus il faudrait que le frère soit moins mutique. Il y a une grande différence entre l'image que l'on peut se faire de la mère au début de la biographie et celle qu'impose à la fin les lettres de Tony Duvert.