Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa

Des hommes ont construit, à la fin du XVIe siècle, ce village dans la ville, vaste dédale de patios fleuris, de placettes aux fontaines gazouillantes et de rues sinueuses aux noms andalous (Séville, Grenade, Cordoue, etc.), mais aucun n'y a officiellement vécu. Car ce village, avec ses églises, chapelles et cloîtres, est un couvent, celui de Santa Catalina, l'un des plus anciens, des mieux conservés et des plus vastes du continent américain, puisqu'il couvre 20 400 m2. Il compta jusqu'à 500 pensionnaires. Aujourd'hui, une quarantaine de religieuses y occupent le quart de sa superficie, isolées du public, autorisé à visiter les lieux depuis 1970. Ces carmélites respectent les vœux de pauvreté et de silence qu'elles ont prononcés. Ce ne fut pas toujours le cas dans l'histoire du couvent.
 

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa

La première bienfaitrice de ce couvent, doña Maria Alvarez de Carmona y Guzman, a été décrite comme distinguée jeune veuve, joyeuse et intelligente  par les chroniqueurs de l'époque. Première supérieure des lieux, elle y attira sa fille, ainsi que les cadettes des meilleures familles de l'aristocratie espagnole, les aînées étant vouées à se marier. Elle exigea des novices une dot importante, en pièces d'or ou d'argent, mais les recluses pouvaient conserver leur train de vie et disposer d'une à quatre servantes ou esclaves chacune. Le réfectoire fut vite délaissé, de même que le dortoir, où chacune conservait un lit pour la forme. Et leurs"cellules" devinrent des maisonnettes, pieusement mais richement décorées. Une chambre pour la recluse, une autre pour ses servantes, un salon parfois, une courette, une cuisine extérieure, un jardinet.
 

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
ci-dessus deux exemples de tableaux décorant "les cellules"

ci-dessus deux exemples de tableaux décorant "les cellules"

L'un des logis les mieux conservés est celui de sœur Ana de Los Angeles Monteagudo, élue supérieure en 1648. Elle est la bienheureuse de ce couvent, béatifiée en 1985 par le pape Jean Paul II pour les miracles qui lui sont attribués. Après sa mort, les sœurs continuèrent de mener grand train derrière les hauts murs de la rue Santa Catalina. Au XIXe siècle, la Française Flora Tristan,  (voir "Pérégrinations d'une paria (Maspero, 1979 ou Actes Sud, 2004) avant qu'elle ne devienne radicalement féministe et révolutionnaire, fut tout étonnée du faste des lieux et de la légèreté de ses pensionnaires sans voile. Arrivée à Arequipa en 1833 dans l'espoir de récupérer auprès de sa famille paternelle une partie de l'héritage de son père, Mariano Tristan y Moscoso, mort prématurément à Paris, elle trouva refuge au couvent de Santa Catalina avec ses tantes et cousines pendant les six jours d'une guerre civile locale.

 

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
fresques décorant un des cloitres du couvent

fresques décorant un des cloitres du couvent

Quels hourras quand j'entrai!. A peine la porte fut-elle ouverte que je fus entourée par une douzaine de religieuses qui me parlaient toutes à la fois, criant, riant et sautant de joie. (…) Celle-là écartait ma robe par-derrière, parce qu'elle voulait voir comment était fait mon corset. Une religieuse me défaisait les cheveux pour voir comme ils étaient longs; une autre me levait le pied pour examiner mes brodequins de Paris; mais ce qui excita surtout leur étonnement, ce fut la découverte de mon pantalon." Les dîners où elle fut invitée dans les "cellules" furent "des plus splendides" : "Nous eûmes de la belle porcelaine de Sèvres, du linge damassé, une argenterie élégante et, au dessert, des couteaux en vermeil. Quand le repas fut terminé, la gracieuse Manuelita nous engagea à passer dans son retiro (salon). Elle ferma la porte de son jardin et donna des ordres à sa première négresse, pour que nous ne fussions point dérangées.

Flora Tristan

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa

L'hédonisme ne dura cependant plus très longtemps à Santa Catalina, et la parution du livre de Flora Tristan à Paris, en 1838, n'améliora pas la réputation de cet îlot de frivolité. Le Vatican , las de ses vaines admonestations, se décida à envoyer la dominicaine Josefa Cardena pour y remettre bon ordre. La dot fut supprimée, servantes et esclaves furent libérées, dont certaines prirent le voile, une chance pour les"aristocrates" qui apprirent d'elles comment faire leur lit au dortoir, laver leur linge et nettoyer le réfectoire.
 

Le couvent de Santa Catalina à Aréquipa
Aréquipa, Pérou, septembre 2015

Aréquipa, Pérou, septembre 2015

Commenter cet article

Garnier 12/10/2015 16:33

Merci pour ces photos, c'est vraiment splendide, des couleurs ne sont pas habituelles.

lesdiagonalesdutemps 12/10/2015 16:35

Il y en aura bientôt d'autres. En effet même pour l'architecture coloniale, elles sont particulières surtout le bleu presque grec.

xristophe 11/10/2015 15:15

Quelle chance nous, ouailles addictes, d'avoir un photographe comme blogueur !

Olivier 11/10/2015 09:57

Superbe, la deuxième photo, j'en veux bien en grand format sur un de mes murs, elle est très zen, je trouve.

Sinon, c'est une histoire amusante que celle de ce couvent. J'envie les générations de femmes qui ont vécu là. Plus que d'un monastère, il aurait fallu parler d'une sorte de béguinage, cela aurait peut-être été plus acceptable pour l'Eglise.

lesdiagonalesdutemps 11/10/2015 10:06

Vous avez raison il s'agit plus dans l'esprit d'un béguinage mais contrairement à ce qui se passait à Bruges (il faudrait que je mette en billet les photos que j'y ai faites), les femmes qui vivaient dans ce village, car c'est à cela que ça ressemble ne pouvaient en sortir et elles avaient prononcé leurs voeux.
Merci pour vos compliment, j'ai d'autres photos du couvent, bientôt sur le blog.