L'amour divin et l'amour profane de Giovanni Baglione

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'amour divin et l'amour profane de Giovanni Baglione

En réponse à la lecture particulière de Tony Duvert de l'amour vainqueur par Caravage, Ismau a produit un de ces commentaires dont elle a le secret qui méritait la pleine page, à lire ci-dessous:

 

La lecture orientée de Duvert n'est sans doute pas fausse . Mais pour la compléter, je me souviens avoir lu d'autres choses … dont une amusante qui expliquerait aussi la posture et l'air effronté du garçon : il serait en train de faire ses besoins sur le globe étoilé, à droite du luth derrière sa cuisse ( mais on le voit mal sur cette repro ) : c'est un globe représentant les armes de la famille du pape ! Le banquier commanditaire du tableau aurait voulu lancer cette insulte par dépit, n'arrivant pas à récupérer l'argent prêté au pape .

Une autre chose plus avérée, concerne la jalousie du peintre Giovanni Baglione, rival du Caravage . C'est lui qui aurait voulu devenir le peintre officiel du banquier . Il a donc lancé une cabale contre ce tableau, et a peint cette réponse étonnante '' L'amour divin et l'amour profane'' (en ouverture du billet) où le cupidon-modèle de Caravage se retrouve à terre dans une situation moins ''victorieuse'', dompté par l'amour divin ( lui aussi fort séduisant garçon d'ailleurs ! ).

 

Ismau

 

D'autre part, sur le site Boywiky, on peut lire sur ce même tableau le commentaire suivant:

 

Très influencé par le style du Caravage mais opposé à ce dernier, notamment au caractère naturaliste et au réalisme parfois brutal de ses œuvres, Baglione a peint ce tableau comme une réplique à L’Amour victorieux : l’« Amour sacré », harnaché d’une sorte d’armure, y donne une correction à un « Amour profane » dénudé qui ressemble au jeune garçon de L’Amour victorieux. Il domine un satyre ou démon tombé à terre, dans lequel certains ont vu une caricature du Caravage lui-même. La critique de la pédérastie active du peintre y est donc explicite.

Outre la taille (le tableau conservé à Berlin est nettement plus petit), la différence principale entre les deux versions est la représentation du satyre, de face ou tournant la tête ; ainsi que l’armure de l’Amour sacré, moins décorée et plus couvrante dans la version nordique – laquelle se montre ainsi, en quelque sorte, plus « protestante ».

On peut en voir une version à la Galleria Nazionale d’Arte Antica (Rome, Palais Barberini) et une autre à la Gemäldegalerie de Berlin.

Publié dans peinture

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ismau 22/10/2015 20:00

Merci pour votre billet ! Je viens de découvrir qu'il était largement et précisément question de ce tableau de Baglione, dans la biographie du Caravage de Dominique Fernandez ''La course à l'abîme'' . Je n'ai pas lu ce livre, mais on trouve facilement l'extrait en question sur le net .
J'ai trouvé par ailleurs également intéressant ce petit paragraphe  : «  Cette confrontation aboutira a l'affaire des pamphlets et au procès pour diffamation intenté par Baglione contre Caravage et ses amis. Baglione, éditera en 1642 une vie des peintres et fut l' un des premiers biographes de Caravage et de Gentileschi, non sans malice et méchanceté.  Par la même occasion il sut se venger de l'admiration du banquier Giustiniani pour Caravage et son Eros scandaleux, qu'il aimait d'après lui "au-delà de ce qui peut se dire" . »