Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen

 

Je dois humblement avouer que je n'avais jamais entendu parler de cette école de peinture avant d'avoir mis les pieds au Pérou. Pourtant ces artistes ont à la fois une grande dextérité et un style qui n'appartient qu'à eux. Ils ont aussi mis en oeuvre des techniques  nouvelles comme l'utilisation de résille d'or appliquée sur la toile.

L'École de Cuzco (escuela cusqueña) est un mouvement artistique catholique qui s'est développée dans le vice-royaume du Pérou au cours des XVI éme XVII ème et XVIII ème siècles, au Pérou et notamment à Cuzco (ancienne capitale de l'Empire inca), mais également dans d'autres villes des Andes, en Bolivie et en Équateur.

Ce mouvement se développa après la conquête espagnole de l'Empire inca en 1535. Pour la première fois, des techniques artistiques européennes furent enseignées aux Amériques.

Les peintures de l'école de Cuzco sont une forme d'art religieux dont le but principal est didactique. Dans le but de convertir les Incas au catholicisme, les Espagnols envoyèrent un groupe d'artistes religieux à Cuzco. Ils créèrent une école pour les Quechuas et les mestizos (descendants à la fois des Espagnols et des Amérindiens), enseignant le dessin et la peinture à l'huile. La dénominnation "cusqueña" n'est pas limitée à la ville de Cuzco ni aux artistes indigènes : des créoles espagnols y participèrent également .

L'évêque Manuel de Mollinedo y Angulo fut un guide important des artistes de l'école de Cuzco. Il mit à la disposition des artistes péruviens sa collection d'art européen. Il fut le mécène d'artistes cusqueñas comme Basilio Santa Cruz Pumacallao, Antonio Sinchi Roca Inka, and Marcos Rivera.

En 1688, les membres espagnols et mestizos de l'école de Cuzco se séparèrent des peintres indiens. Cette séparation amena de nombreux peintres quechuas à développer leur propre style, fondé sur les œuvres récentes européennes. Ils créèrent également une tradition de peinture des monarques incas, exprimant une fierté culturelle et s'éloignant des thèmes religieux chrétiens.

Le style de l'école de Cuzco se situe au confluent des influences baroques apportées par les conquérants espagnols et des traditions artistiques indigènes et métisses.

Elle se caractérise par l'emploi de couleurs vives et d'or. Les thèmes sont le plus souvent religieux, avec parfois des adaptations aux cultures indigènes. On trouve ainsi des cuys ou des fruits exotiques sur la table d'une Cène. On trouve quelques rapprochements avec le maniérisme dans le traitement des personnages. Le traitement de la perspective est sommaire, voire inexistant, tandis que les rapports de proportions mettent l'accent sur l'exagération du sujet principal. Au début ces peintre semblent influencés par le maniérisme italien mais très vite c'est l'influence flamande qui va dominer.

Les archanges arquebusiers sont un motif populaire dans les peintures de l'école de Cuzco. Alors que traditionnellement en peinture les archanges sont armés de glaives, disons à la romaine, ici ce sont des arquebuses qu'ils ont entre les mains. Cette arme récemment introduite par les colonisateurs avait grandement impressionné les indiens.

Autre sujet rare et même inexistant dans l'art occidentale, Marie enceinte! Une particularité a fait un peu délirer certains spécialistes, les vierges de l'école de Cuzco ont la particularité d'avoir une forme pyramidale d'où un rapprochement avec une forme architecturale très pratiquée par les civilisations amérindiennes (voir la sixième photo en partant du haut du billet).  

Beaucoup de peintures restèrent anonymes, du fait des traditions précolombiennes qui définissaient l'art comme le résultat d'une œuvre commune.L'un des derniers membres de l'école de Cuzco fait exception à cette règle : Marcos Zapata (v 1710-1773). D'autres artistes connus sont Diego Cusihuamán, Gregorio Gamarra, Basilio Santa Cruz Pumacallao

L'école de Cuzco se distingue de l'école de Potosí, bien plus sombre et sanglante, et davantage marquée par le clair-obscur.

Petite précision pour ceux qui auront la chance d'aller au Pérou. Les photo dans les églises et les musées sont absolumentsinterdites. Lorsque vous n'avez pas un gardien qui vous est attribué spécifiquement et qui ne vous lache pas d'une semelle c'est vraiment impossible de prendre une image dans le cas contraire, il est facile de tricher comme vous pouvez le constater (je suis l'auteur de toutes les images de ce billet) mais à condition d'avoir un petit appareil de poche. Cette interdiction est incompréhensible car les administrations ne vendent ni reproductions ni catalogues, ce qui est assez incompréhensible.

Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
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Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
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Ecole de Cuzco à la pinacothèque de la Mercen
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Commenter cet article

ismau 05/10/2015 15:11

La petite statue du Christ imberbe coiffé d'un bonnet péruvien ... Parlez-vous de celui que vous avez su dénicher et photographier dans les rues de Cuzco ? recueilli devant sa flûte de Pan, sourire extatique ; mais un peu trop rustique pour un fils de dieu, à mon goût !
Pour Pachamama, la thèse m'avait paru convaincante, à cause de cette peinture :
https://otourdumonde.files.wordpress.com/2011/05/vierge-de-la-montagne-potosi.jpg
Et toujours pour le syncrétisme, j'ai aussi trouvé une chose intéressante concernant la représentation de la Trinité . Elle est visible dans votre ''Couronnement de la Vierge'', où l'on voit trois figures curieusement semblables du Christ, tenant la couronne . Cette représentation de la Trinité était interdite en occident par l'église ( c'est d'ailleurs marqué sur le cartel ) Mais sachant que les incas dans leur panthéon avaient trois dieux qui étaient des frères triplés, cette représentation aurait au contraire été encouragée pour mieux convertir les indigènes .

lesdiagonalesdutemps 05/10/2015 15:27

Très intéressant cette réflexion sur la trinité. Je viens de m'apercevoir que je n'avais pas encore mis sur le blog cette photo de ce christ si mignon. Cela ne devrait pas tarder.

ismau 04/10/2015 19:20

Merci pour ces photos inédites et pour la découverte de l'école de Cuzco . C'est en effet un bien bel exemple du syncrétisme religieux cher aux jésuites . Les précisions iconographiques que vous en donnez sont très intéressantes . Pour les représentations de la Vierge Marie, je viens de lire une thèse qui complète la vôtre . Sa robe en forme de montagne viendrait d'une assimilation à la déesse de la fertilité des Incas, la Terre-Mère Pachamama .
Mais question vêtement, la jupe-pagne du Christ n'est pas mal non plus !

lesdiagonalesdutemps 04/10/2015 21:37

A propos de Pachamama, j'ai aussi lu cette interprétation au Pérou, mais elle me semble un peu tiré par les cheveux. Avez vous vu la petite statue du christ imberbe, coiffé d'un bonnet péruvien?
Ce qui est assez curieux c'est que dans cette peinture, il y ait très peu d'élément purement locaux. Je n'en ai vu que dans deux cènes (qu'il était malheureusement impossible de photographier) où sur la table il y avait dans un plat une viscache (sorte de chinchilla) écorché (ou un cochon d'Inde les guides ne sont pas d'accord) et sur la nappe des fruits exotiques mais c'est tout ce que j'ai noté comme couleur locale dans ces peintures.

Olivier 02/10/2015 15:56

Votre habileté à prendre des photos en toute discrétion est remarquable ! J'aimerais en faire autant dans un contexte sans contrainte ^_^.

On sait évidemment le rôle longtemps pédagogique de la peinture religieuse pour l'édification des foules plus ou moins analphabètes en Occident. Mais si je tente de me mettre à la place d'un Quechua de ces siècles-là, je suis très impressionné par ces tableaux ; l'effet devait en être extraordinaire, même si l'art précolombien a naturellement sa propre force d'impact. Le détail que vous relevez quant aux arquebuses est assez parlant.

lesdiagonalesdutemps 02/10/2015 16:50

Un contexte sans contrainte n'existe jamais pour un photographe. C'est de la pure utopie même en studio.
Cette école de Cuzco fut une de mes grandes découverte de ce voyage.

xristophe 02/10/2015 13:24

Magnifiques en effet ces photos clandestines !