Alix à Drouot

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Publié dans Bande-dessinée

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Olivier 10/10/2015 20:54

Grand merci pour tout ce que vous me dites de Jacques Martin. C'est pour moi réellement émouvant d'avoir ainsi l'éclairage de quelqu'un l'ayant connu. Cet artiste tenant une place particulière dans mon panthéon et n'ayant par ailleurs dans ma vie jamais côtoyé de "célébrités", vous imaginez combien cela peut être impressionnant à mes yeux (et puis, je vous envie aussi un peu, mais chez moi c'est un sentiment joyeux ^_^).
A travers tout ce que j'ai lu déjà à propos de J. Martin, je ne suis pas trop surpris de ce côté "ogre". Peut-être suis-je partial, mais dans ce cas il me semble qu'il a insufflé le meilleur de ses qualités à ses personnages, et guère ses côtés moins aimables. Un bourreau de perfectionnisme pour une œuvre admirable, c'est sans doute le prix à payer.
Sinon, je suis bien au courant de la diminution de ses facultés à la fin de sa vie, et de sa volonté farouche de "transmettre le flambeau", comme je l'écrivais. C'était naturellement son droit le plus légitime, et croyez bien que j'aurais mille fois préféré aimer les albums de la transition et de l'après que d'y être plus ou moins indifférent. Mais c'est ainsi, hélas, et j'aimerais décrypter en moi pourquoi, exactement. Ce n'est pas le dessin, c'est sûr, ni l'habileté à bâtir des planches, non, c'est un sentiment à la fois très flou et très prégnant : il manque une flamme, il manque une profondeur, il manque un instinct farouche, peut-être tout ce que vous dites du caractère si entier et si puissant de Jacques Martin. Or, c'est peut-être de ma faute, mais je ne sais pas apprécier "à demi", surtout quand j'ai adoré auparavant. Je n'ai pas de reproche fondamental à formuler à l'encontre des albums d'Alix post-Martin, sauf qu'ils ne me ravissent plus, c'est tout. [NB : "Alix senator", oui, c'est une tentative très intéressante et plutôt réussie de vieillir le personnage, en soi la tentative, si rare en BD, est à saluer, mais enfin, le scénario est squelettique et ses arguments narratifs très superficiels, ses articulations sans guère de relief, à mes yeux ; le potentiel était énorme, le résultat est quelconque et vite survolé, on y sent cent fois moins d'heures de travail que sur un album de JM].

Bref, ces Alix ont perdu presque tout intérêt, oui, mais à mes yeux seulement. A côté de cela, je suis capable de les recommander tout de même à de nouveaux lecteurs, car ils n'ont rien de honteux. Idem, absolument, pour les Blake et Mortimer d'aujourd'hui : ils me tombent des mains, alors que ceux d'autrefois m'ont tant passionné que j'ai pu les lire cent fois sans lassitude, et que je peux les relire encore. Mais ceux d'aujourd'hui, je baille, alors que franchement, ils ont l'air de clones presque parfaits.

Je n'ai rien de religieux ni de mystique, mais je finis par croire qu'une alchimie secrète opère entre un auteur et ses créatures, et que c'est cette alchimie qui nous enchante mystérieusement. Le lien brisé, les créatures peuvent continuer à vivre, comme de parfaits pantins, certes, mais leur âme originelle a disparu, et celle de remplacement ne la vaut pas. Parce que c'est cela, pour moi, le prodige de la création littéraire (romanesque ou de BD) : conférer une âme réelle au vide.

Cette notion d'âme, d'ailleurs (je préférerais écrire "anima", mais cela engendrerait d'autres confusions, car encore une fois je suis un simple matérialiste sur le plan philosophique), elle guide bien d'autres pans de vie : choix de carrière, choix de fréquentations, emploi de mon temps "libre", etc.

lesdiagonalesdutemps 11/10/2015 10:33

C'est certain qu'il manque la flamme de Jacques Martin et vous avez raison sa forte personnalité transparait dans son oeuvre. Il faut dire que c'était un homme passionné d'à peu près tout... d'Histoire, d'art et de corps bien sûr mais aussi de livres, de sport, d'aviation, de voiture, de bonnes tables, de nature... Mais de là à dire que les récents albums ont perdu tout intérêt... Idem pour ceux de Blake et Mortimer "Le cinquième lord ", critique sur le blog, est formidable.
On retrouve presque toute la flamme de Martin dans les deux albums Sparte de Simon qui a été à mon avis le meilleur repreneur d'Alix. Simon devrait reprendre le Corentin de Cuvelier; j'ai lu ça quelque part mais je ne sais plus où!
Je suis en total désaccord lorsque vous écrivez que le scénario d'Alix sénator est squelettique. Il s'appuie au contraire sur des faits historiques sinon avérés du moins avancés par certains historiens les manoeuvres de Livie pour instrumentaliser le vieil Auguste. D'autre part le scénario met en évidence l'importance du titre de grand pontife et toute les superstitions qui agissaient le monde romain. Le seul reproche que l'on peut faire à ce scénario est son cousinage avec celui des "boucliers de Mars" écrit par le regretté Chaillet (connaissez vous son formidable album sur Rome "Dans la Rome des césars" paru chez Glénat

Olivier 10/10/2015 15:18

Après Joubert et Gourlier, Jacques Martin ; les garçons dessinés sont à la fête ! Cela ne se justifie peut-être pas, mais je crois qu'à l'inverse de deux premiers artistes, Jacques Martin fait vraiment partie de mon histoire personnelle et n'a pas peu contribué à la construction de mon identité. La lecture très précoce d'albums comme "La griffe noire" et "Le dernier spartiate" m'a profondément impressionné ; j'y ai puisé à la fois une esthétique du corps et un plaisir sensuel (qui n'était pas spécifiquement homosexuel, parce qu'à l'époque mon fantasme consistait à imaginer Alix faisant l'amour à une fille de son âge, celle du "Dieu sauvage", notamment), mais aussi une vision idéale du caractère : le sens de l'amitié, de la droiture, du courage, de l'audace... De plus, dès avant Alix, l'antiquité romaine était pour moi l'époque historique la plus captivante et attirante ; ses vertus solaires étaient sans pareilles.

Malgré la fidélité du dessin, je n'ai eu aucun plaisir à lire tous les albums d'Alix de ces quinze dernières années. C'est par là que je m'aperçois combien la profondeur d'une histoire est pour moi liée à la manière de la raconter et non pas de la dessiner (enfin, c'est plus compliqué, parce que la BD c'est à la fois de l'illustration et une forme narrative en soi née de la succession des cases). En somme, Alix n'est pas une image, il ne se réduit pas non plus à une biographie ou une psychologie ; il est (ou était) avant tout le produit d'un imaginaire et d'une sensibilité, celle de Jacques Martin auteur. Sans Jacques Martin (malgré ses efforts pour transmettre le flambeau et accompagner ses successeurs), Alix n'est plus qu'un morceau de papier sans beaucoup d'intérêt (à mes yeux).

lesdiagonalesdutemps 10/10/2015 15:55

Pour une fois je suis assez habilité à répondre ayant assez bien connu Jacques Martin, j'ai dans ma bibliothèque un beau dessin que m'a fait et dédicacé (on trouve cette image sur le blog) le père d'Alix représentant Alix et Enak nus et statufiés. Les qualités que vous attribués à Alix étaient celles de Jacques Martin que je tempèrerais par d'autres traits de caractères qui était une très haute opinion de lui même, un autoritarisme pénible pour ses collaborateur et une rancune tenace lorsqu'on lui avait déplu, ce qui allait de paire avec une grande fidélité en amitié. Lorsque je pense à Jacques Martin c'est l'image de l'ogre qui me vient spontanément un ogre débonnaire et généreux mais un ogre tout de même avide des joies du monde on l'argent, les corps de tous les sexes et la vitesse tenaient une grande part. C'est aussi le souvenir d'une grande puissance de travail.
Avant toute chose, il faut se souvenir que c'était le voeu de Jacques Martin qu'Alix perdure après sa disparition. La maladie qui a affecté l'artiste l'a obligé à cédé Alix à des collaborateurs bien avant sa mort.
Si je vous suis sur tout ce que vous écrivez sur l'élaboration d'une bande dessinée et que depuis que Jacques Martin n'est plus seul aux commandes de la série celle-ci a perdu de son lustre (c'est le même problème avec Blake et Mortimer dont je suis encore néanmoins un grand lecteur sans oublier les hilarants albums parodiques), je suis loin de penser qu'elle a perdu tout intérêt. Alors que j'étais très réservé à l'idée d'un Alix vieilli, cette fois pas du tout envisagé par Jacques Martin, j'ai été conquis par les album d'Alix senator.
Pour ma part ce sont les albums d'Alix, j'ai commencé par La tiare d'oribale" qui m'ont donné le vif goût de l'antiquité romaine J'espère que vous connaissez "Moi Claude empereur de Robert Graves une merveille tant en livres (3) qu'en film.