madame Bérenge

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Extrait :

«  Hier à huit heures Mme Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s’élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C’était une douce et gentille et fidèle amie. Demain on l’enterre rue des Saules(1).elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieeilese.je lui ai dit dés le premier jour quand elle a toussé : » Ne vous allongez surtout pas !... Restez assise dans votre lit ! » Je me méfiais. Et puis voilà.. et puis tant pis.. Je vais leur écrire qu’elle est mort Mme Bérenge à ceux qui l’ont connu, qui l’ont connue.. Où sont-ils ?..

Je voudrais bien que la tempête fasse encore plus de boucan, que les toits s’écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
Elle savait Mme Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire. Tous ces gens sont loin.. Ils ont changé d’âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler toujours d’autre chose..

Vielle Mme Bérenge, son chien qui louche on le prendra, on l’emmènera...

Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt s’est arrêté chez elle.  Il est là dans l’odeur de la mort récente, l’incroyable aigre gout…Il vient d’éclore..Il est là..il rôde..Il nous connait, nous le connaissons à présent.il s’en ira pus jamais.il faut éteindre le feu dans la loge.

A qui vais-je écrire ? je n’ai plus personne. plus un être pour recueillir doucement l’esprit gentil des morts..pour parler après ça plus doucement aux choses..courage pour soi tout seul !

Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait elle me retenait par la main...Le facteur est entré.Il l’a vue mourir. Un petit hoquet. C’est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander.Ils sont repartis loin, très loin dans l’oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi ».

Céline, mort à crédit (Pléiade page 512)

 

Une des pages les plus émouvantes de la littérature française, un méchant homme Céline, allons donc...

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Madame Héronde 15/09/2015 16:12

Le prologue de 'Mort à Crédit' compte parmi les pages les plus fortes jamais écrites en français. Une écriture hantée, qui ne vous quitte plus. Je ne vois qu''Une Saison en Enfer' pour exercer pareil sortilège.

xristophe 20/06/2015 18:18

Mais non !... La chose est émouvante, la mort d'une vieille concierge, mais pas ce qu'il en fait... C'est une honte, plutôt, de "faire si peu" avec la mort d'une vieille amie... Et puis toujours ces hyperboles de pacotille, pour nous soûler de son hystérie creuse : "Je voudrais que le toit s'envole !" etc. Comme on y croit !!! Quand je pense à l'émotion bouleversante, d'écriture si "euphémistique", de l'immense Angelo... Mais j'offense ce dernier : et l'on ne compare pas un dieu avec un rat d'égout...