Correspondance Morand - Chardonne, tome II

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Correspondance  Morand - Chardonne, tome II

 

Si les histoires d'amour finissent mal en général, celles qui ne sont pas consommées ne se terminent pas mieux. Il me semble qu'il n'est pas extravagant de qualifier les liens qui existaient entre Morand et Nimier d'amour; car comme le chantait jadis Henri Tachan: << entre l'amour et l'amitié, Il n'y a qu'un lit de différence >>. Lorsque Nimier se tue en voiture, Morand est dévasté. Ses lettres en témoignent: << Je n'ai pas lu « D'Artagnan; il m'est arrivé quelque chose de très grave: Nimier est mort. C'est très grave pour lui encore plus. Voilà pourquoi je ne puis lire ce livre léger, qui me rappelle un charmant instant: en juin, à ma vieille table flamande de changeur, aux Hayes, Nimier prenant une feuille de papier, pris d'une inspiration subite et commençant d'Artagnan...>>; << Nimier c'était le printemps que je regardais pour la dernière fois.>>. Voilà qui contredit l'image stéréotypée d'un Morand n'aimant que lui même.

 


Cocteau e Morand

Mais sont attention ne se limite pas à Nimier. Cocteau est l'un de ses grands souci en 1963; il est d'abord très inquiet pour la santé du poète, lui conseillant de ralentir son activité; puis, il est profondément attristé par son décès: << Kléber (Haedens), me demandant un article pour candide, en m'apprenant la mort de Cocteau. Je savais que je ne reverrais plus cet ami de 40 ans; il avait eu – je l'avais su – une petite attaque très superficielle, très sournoise, qu'il prenait pour une névralgie de la face, au mois d'aout. Un tel courage, une telle lucidité; cet être si peu solide attendait la mort avec une force d'âme, un courage, refusant de s'arrêter de travailler, qui était admirable. Quel chagrin.>>. Sa compassion ne se limite aux défunt; Il va également visiter à l'hôpital Daniel Boulanger qui a eu un grave accident de voiture. Morand égoïste! C'est curieux comme les clichés sur les écrivains sont pulvérisés à la lecture un tantinet attentive de leur oeuvre, et en particulier de leur correspondance et pourtant elles perdurent (voir également à ce sujet le billet que j'ai écrit à propos de celle entre Gide et Marc Allégret).

Roger Nimier dans son Bureau de Gallimard

Roger Nimier dans son Bureau de Gallimard

 

Morand n'est pas un égoïste mais un individualiste forcené et paradoxalement, mais il n'y a que des paradoxes dans la vie de Morand, ce mondain est un solitaire.

Contrairement au premier tome de la correspondance entre Paul Morand et Jacques Chardonne qui s'étendait sur une dizaine d'années (voir le billet que j'ai consacré à ce premier volume: Paul Morand, Jacques Chardonne, Correspondance 1949-1960) le second ne couvre que trois année, 1961, 1962 et 1963 et pourtant le volume qui la rassemble est de même épaisseur que le premier. Il compte 1131 pages auxquelles il faut encore ajouter celles du précieux index. L'évènement principal de ces trois années sera donc pour les deux hommes la mort de Nimier.

La vie littéraire tient une grande place dans ces écrits ou plutôt dans ceux de Morand. Chardonne petit lecteur, se contente de respirer les livres! Il ne fait que relancer mollement cette conversation quasi quotidienne par l'intermédiaire de la Poste. Si bien que l'on a parfois plus l'impression d'un monologue de Morand que d'un échange d'idées entre deux personnes. Les lettres de l'auteur d' « Ouvert la nuit » sont toujours intéressantes, il y aborde de nombreux sujets qui surgissent au fil de ses innombrables lectures et de ses nombreuses rencontres. Merveilleux paysagiste cet homme qui ne tient pas en place nous décrit également les contrées qu'il traverse quand ce n'est pas le jardin de sa maison de campagne ou ce qu'il voit de sa fenêtre de Vevey, ville où il réside une partie de l'année. Les missives de Chardonne quant à elles, ne valent guère que pour le regard acéré qu'il porte sur le monde de l'édition; il a été le patron des éditions Stock une trentaine d'années... 

Jacques Chardonne et Paul Morand

Jacques Chardonne et Paul Morand

 

Comme vous l'avez sans doute remarqué, si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, je suis un adepte des lectures croisées et à mon avis plus on en entremêle et plus on a de plaisir. Ainsi je recommande fortement de lire en même temps que cette correspondance les pages du journal de Matthieu Galey qui traitent de ces mêmes années. Le diariste était un grand ami de Chardonne et vers 1960 il fait la connaissance de Morand. On découvre dans le journal de Matthieu Galet que le sage de Barbezieux était beaucoup moins laudateur vis à vis de Paul Morand que dans les lettres qu'il lui adressait. Celles-ci commencent très souvent par des flagorneries poisseuses. Galey recopie un extrait d'une lettre que Chardonne lui a envoyée: << Les Morand n'ont vraiment vécu que dans la plus haute aristocratie et ne connaissent rien d'autre; et ne peuvent rien connaître d'autre. Que ce soit au Portugal, à Lausanne, à Marbella, il ne voit que des reines déchues, des princes, des grands personnages. Morand ne les supporte pas. Tout humain lui est étranger (…) Morand ne veut que faire plaisir; mais le coeur n'y est pas (…) C'est un athlète gentil, habité par la mort.>>; ou encore: << Curieux Morand; je ne m'y habitue pas. Intelligent, presque de façon surhumaine; dans une certaine zone naïf; stupide pour les trois quarts.>>. Galey n'est peut-être pas non plus exempt de favoritisme quand il écrit: << Chardonne préfère son Morand épistolaire et quotidien, qu'il n'a pas besoin de comparer à l'original. Il se contenterait volontiers de leur rencontre annuelle, lorsqu'il rapporte à Morand ses lettres. Celui-ci en prend copie, qu'il dépose à la bibliothèque de Lausanne, mais il se garde bien de les rendre au destinataire. Jolie escroquerie d'écrivain, que Chardonne souffre avec son habituel mépris des contingences. >>.

 

On peut penser que Chardonne était plus sincère dans ses lettres à Matthieu Galey que dans celles à Morand. ll savait que ces dernières seraient probablement publiées tôt ou tard. Alors qu'il pensait que celles pour Galey resteraient dans le domaine privé (il me semble que ce serait une judicieuse idée de les éditer). Chardonne comme tous les contemporains de Galey ignorait qu'il tenait son journal. Avec lui, Chardonne fait beaucoup moins le bêta que dans nombre de missives destinées à son partenaire habituel. J'emploie le mot partenaire à dessein, tant leurs lettres me font penser à des échanges de tennis, mais qui serait un peu un tennis de château, dans lequel chacun des joueurs ne veut pas trop faire courir l'autre...

Jacques BrennerChardonne est excessif dans le blâme, comme il l'est dans la louange. Il n'est pourtant pas parfois un mauvais psychologue car si Morand à un goût et un jugement sûr en littérature la plupart de ses considérations géopolitiques sont aberrantes, ce qui est tout de même inquiétant pour un ancien ambasadeur, mais il est vrai que l'on a vu récemment que nos diplomates ne sont pas plus clairvoyants aujourd'hui qu'hier... Ceci dit Chardonne se trompe parfois lourdement sur ses proches. Il ne s'aperçoit pas que Galey est homosexuel (ce qui n'était pas bien difficile à voir. Je le rencontrais souvent dans les théâtres au début des années 70 et cela m'a paru d'emblée évident.). Il pense que Brenner est un homme heureux alors que son sinistre journal, que je ne vous recommande pas, prouve à chaque page le contraire. Chardonne voit en Brenner un être asexué alors que la biographie de Pierre Herbart par Jean-Luc Moreau nous apprend qu'Herbart et Brenner  (photo ci-dessus) se partageaient les même gigolos! Fin Psychologue Chardonne!!! 

 

 

Il ne faut pas perdre de vue que l'on est pas en présence d'une correspondance véritablement privée. Morand sait qu'elle sera probablement publiée. Il a pris toute les dispositions pour cela. Il aurait voulu que ce soit vingt ans après sa mort alors que c'est près de quarante ans après que nous en prenons connaissance. Gallimard a trainé les pieds en raison du contenu de certaines lettres peu conforme au politiquement correct qui exerce sa dictature sur les esprits depuis un trop long temps. Chardonne subodore que l'édition de ses réponses aux lettres de Morand seront publiées de conserve avec celles de son partenaire. Les deux épistoliers prennent donc dans leurs écrits une posture devant la postérité. Morand joue à fond la carte de la provocation sur enchérissant sur ses opinions; sinon comment expliquer le fossé qui existe entre ses écrits et ses actes. Les exemple fourmillent en particulier en ce qui concerne l'homophobie et l'antisémitisme. Par exemple dans une lettre il vitupère contre les juif et les pédérastes et termine sa missive par: << Je déjeune avec Roger Stéphane.>>, juif et homosexuel!

Dans les propos de Morand, il est souvent question de politique internationale. Curieusement à tous les conflits du XX ème siècle, il semble appliquer une grille de lecture de 1913! Il paraît figé dans les vues de ses bons maitres qu'étaient les frères Cambon. Le plus stupéfiant c'est qu'il ne voit aucune différence entre l'Allemagne de Bismarck, celle d'Hitler, celle de Guillaume II ou celle d'Adenauer. Ce qui donne des réflexions pour le moins ébouriffantes mais curieusement pas toujours absurdes et qui ouvrent sur des rêves ou des cauchemars uchroniques. En tous cas on est loin des biens pensants de notre temps ensuqués dans la moraline. Qu'on en juge: << Un pays chaud, sans nègres et sans arabes (surtout affranchis), comme c'est plaisant!. L'Afrique aujourd'hui, c'est une preuve par l'absurde, à l'échelle mondiale, de la démocratie, noire sur blancs.>>; << Pour implanter le bolchévisme en Espagne, nul besoin de la Russie. Un homme tel Franco qui gouverne avec un siècle de retard, suffira. Le bolchévisme n'est jamais venu de l'extérieur. C'est la sottise des derniers tsars qui a fait le communisme russe.>>; << L'arabe n'arrivera à rien; il va retourner au VIII ème siècle. Il ne vit que dans les ruines, même s'il ne le souhaite pas. Nous allons l'entretenir un bout de temps. Puis il aura les chinois. Du fond de mon urne cinéraire, il me restera à en rire.>>; << Hitler n'a point fait un beau travail. Il n'a pas exterminé les juifs. Il les a rendus virulents. Il n'y avait pas de juifs avant lui. A présent ils sont nombreux bien conscient qu'ils sont juifs, et le feront sentir pendant des siècles.>>; << Les régimes politiques des noirs libérés sont la négation de la démocratie; et aussi le négatf; des noir qu'on lit en blanc.>>

Morand en 1944 ambassadeur en Suisse allant remettre ses lettres de créance

Morand en 1944 ambassadeur en Suisse allant remettre ses lettres de créance

 

Si les points de vues politiques de Morand, Chardonne sur ces sujets est plus tiède (comme pour tout d'ailleurs), nous paraissent quelques fois extravagants les jugements littéraires de ce lecteur boulimique, eux, sont presque toujours pertinents: << lu le dernier Christiane de Rochefort. « Les petits enfants du siècle », c'est bon; justesse d'oeil, d'ouïe, de coeur. Ce second livre tient les promesses du premier (Le repos du guerrier); c'est différent, mais excellent.>>; << Je relis « Les mille et une nuit »; de loin on en garde un souvenir ravissant; de près, c'est fort ennuyeux. Peut être que la seule féérie de l'Orient aura été le pétrole.>>; << L'Abellio, évidemment profond, prophétique, apocalyptique, « Les possédé » à l'échelle mondiale, mais c'est un polytechnicien épris de synarchie; ses personnages sont des abstractions, des idées à qui l'auteur a mis des chaussures...>>; << Le Gide de Paludes, protestantisme éclairé par l'honneur, grâce dans la pensée, bonheur de style...>>; << Somerset Maugham (…) sa figure de vieille femme anxieuse et méchante contrastait avec sa vie d'homme comblé et d'auteur à succès. Il y a de fort jolis livres dans son oeuvre, quelques nouvelles et « Servitude humaine ». Un des rares écrivains anglais qui ait subi l'influence française dans sa jeunesse.>>; << C'est ce qu'il y a de touchant en Pierre Benoit, cet univers dernière cocottes 1913 dans un décor de « Journal des voyages ».>>; << « La nature du prince » aurait fait une divertissante nouvelle de 80 pages; s'amusant comme une petite folle, Peyrefitte en fait un trop long récit de 220 pages. C'est un fouineur, un chartiste amateur et un joyeux inverti « gaulois »; nous voilà loin de « La mort d'une mère »>>; << J'ai relu la conclusion du livre de Lévi-Strauss, « Triste tropique ». Cet homme a renouvelé le voyage, repris la tradition du voyage philosophique et Montaigne.>>; << Je viens de lire « L'ile de Prospero » (Corfou) de Lawrence Durell, écrit en 1937. Bien supérieur à ce qu'il a écrit sur Rhodes. Il y a là-dedans des cafés grecs, une procession de Saint-Spiridon, une pêche aux poulpes, très beaux morceaux.>>; << Le roman de Serguine (Mano l'archange) est interdit: vitrines prohibées, ventes aus moins de 18 ans non autorisées, ect... C'est Vichy 1942!>>; << Jullian m'a envoyé un roman cosmopolite « Café-Society » très soigné, mais une série de potins enfilés bout à bout avec tant d'esprit et de morsure à chaque ligne que cela fint vite dans le gris.>>;

Il est beaucoup question d'écrivains dans cette correspondance dont François Mauriac, ci-dessus peint par Jacques-Emile Blanche, un vieil ami de Paul Morand . Il est question plusieurs fois du peintre dans les lettres de Morand

Il est beaucoup question d'écrivains dans cette correspondance dont François Mauriac, ci-dessus peint par Jacques-Emile Blanche, un vieil ami de Paul Morand . Il est question plusieurs fois du peintre dans les lettres de Morand

 

 

Les lettres de Morand veulent laisser de lui le portrait d'un misanthrope absolu: << Mon truchement c'est la bêtise; il y a une bêtise claironnante, piaffante de la jeunesse; il y en a une autre ronchonneuse de la vieillesse, toute différente. Mais c'est au moins un terrain d'entente, comme une inscription bilingue. La même chose en Histoire: l'ineptie monarchique et le gâtisme des rois du XVIII ème ont été remplacés au XIX ème par le nationaliste des peuples jeunes, connerie opposée.>>. Cette posture de détestation de l'autre est souvent mis à mal par ses élans de tendresse qu'il a du mal à refréné comme par sa fidélité en amitié. Pour Bory par exemple: << Jean-Louis Bory est pétulant: drôle de pistolet; un pistolet qui part par les deux bouts; j'en suis féru comme disait la marquise de Cambremer.>>.

 

Le regard acide et désabusé et le sens de la formule percutante de Morand donne quelque sorties fort drôle: << L'Académie c'est la joie des ducs d'avoir l'air d'hommes de lettres, et la joie des gens de petite extraction, comme Farigoule (véritable nom de Jules Romain) ou Chamson, de se frotter à des ducs. >>, << Si la République convenait à la France contemporaine; il n'y en aurait pas eu cinq.>>; << Deux choses épouvantent: le sourire de khroutchtchev et les lunettes noires des policiers nègres. C'est vraiment là le gorille habillé avec les défroques de l'explorateur qu'il vient d'étrangler.>>

Si dans l'échange Morand domine nettement, Chardonne réussit néanmoins de beaux portraits: << Si Jouhandeau ne s'était pas spécialisé dans abjection, il n'en serait guère question.>>; << Nourissier rencontré dans la rue. Il a l'air d'un sorbet à la fraise. Rosé, sucré, avec un fond glacé, quelque chose à la fois d'amolli et de coupant.>>

Les deux épistoliers jouent devant un parterre choisi et souvent choyé, qu'ils enchantent et parfois griffent. Leurs épouses fait un peu fonction de coeur antique. La encore Madame Morand écrase de toute son altitude aristocratique la maladive Camille Chardonne. Nourissier a tracé de Madame Morand que l'on n'appelait que la princesse Soutzo un portrait acéré: << (…) cosmopolite, balkanique, aristocratique, réactionnaire, bancaire, pétrolière, proustienne, littéraire, parisienne – anéantissait toute velléité de rivaliser avec elle en snobisme, name dropping, méchanceté, sarcasme. J'ai vu s'y essayer des compétiteurs pourtant bien armé: il s'y sont cassé les dents (…) Elle eut jusqu'à la fin l'inconscience de ses opinions qu'elle n'imposait pas, mais qu'elle ne mit jamais en berne.>>. Sur ce dernier point, on peut en dire autant de Paul Morand que je vois comme un Drieu La Rochelle ayant réussi car ignorant le remord. Les deux hommes ont la même fascination-répulsion pour le communisme. A propos de Drieu, Morand écrit le 19 aout 1963: Je suis toujours ému de me retrouver partout dans Drieu. Un de ces livres porte cette dédicace: << A Paul Morand parce que nos chemins se croisent souvent.>> Même génération ou presque, mêmes études, même milieu, mêmes intermittences d'égoïsme et d'altruisme que le fascisme exalta, même goût des mystiques asiatiques, même langage en art, mêmes plaisirs pour les femmes, même mépris d'usurpation médiocre, mêmes réaction bourgeoise et petit bourgeois, mêmes habitudes du luxe, des maitresses riches, tempérées par le regret des femmes pauvres, quitte à retourner aux premières dés qu'on a les secondes, même indifférence aux stupides jeunes filles, aux enfants; les seules différences, c'est qu'il appréciait la vie de nuit, qu'il n'avait pas eu de famille à aimer, qu'il ne tenait à rien; il était plus courageux, plus dédaigneux, plus artiste que moi.>>. Dans ce portrait croisé on voit que contrairement à Chardonne qui s'adore et qui n'est pas loin de se trouver parfait, Morand très lucide ne s'épargne pas. 

Paul Morand peint par Jacques-Emile Blanche dans l'entre deux guerres

Paul Morand peint par Jacques-Emile Blanche dans l'entre deux guerres

 

Les tribunes devant lesquelles ils jouent sont fort remplies. Il y a d'abord au premier rang les fameux hussards en qui, au début des années 50, Morand et Chardonne voyaient leurs successeurs ou du moins ceux qui les aideraient à passer à la postérité. Le regretté François Dufay a très bien raconté cela, certes vu de gauche, dans « Le soufre et le moisi » sous titré La droite littéraire après 1945, Chardonne, Morand et les hussard. Mais les hussards ont failli. Nimier n'a presque pas écrit dans les années 50 et se tue en 1962, Blondin se noie dans l'alcool, suivi de près par Kleber Haedens quant à Déon, il attend son heure. « Les poneys sauvages » ne paraitront qu'en 1970... Ce quarteron de chevaux légers est accompagné dans la prose des deux épistoliers par nombre de seconds couteaux de la littérature et par les considérations de Morand sur ses lectures qui sont multiples et des plus diverses.

L'intérêt de Morand ne se limite pas à la littérature. Il fréquente assidument salles de cinéma et ne manque pas de donner ses avis bien sentis sur les spectacles qu'il voit: << Le film « Un singe en hiver » est beaucoup mieu que ce que j'attendais; Belmondo parfait de grâce; pas de vulgarité. Beaucoup de retenue dans un dialogue d'ivrognes qui eût pu être bas et trop appuyé. Et la dernière phrase: << et le viel homme entra dans un long hiver>>. C'est moi, c'est nous ayant perdu Roger.>>; << J'ai aimé « L'année dernière à Marienbad: c'est de l'avant garde et le public s'ennuie, mais c'est une très curieuse tentative. Faire du nouveau ce n'est pas commode. Il y a des influences Cocteau, Bunuel, chez Resnais, mais beaucoup de recherches et pas mal de trouvailles.>>;

La télévision et la radio tiennent aussi une large place dans sa vie: << George Charensol a protesté avec raison au Masque et la plume, lorsqu'on a dit que Max Linder valait Chaplin, qui n'aurait été que son élève. J'ai vu des foules de 100 000 catalans se presser, en 1911, place de Catalogne, à Barcelone, fous de Max Linder. Mais c'était un acteur d'une effroyable vulgarité, habillé comme à La Belle Jardinière, du genre joli coiffeur de dames parisien 1906. Il n'a jamais eu le coté humain, généralisant la souffrance, le coté christ comique, que seuls savent avoir les juifs, ni l'élégance lord Rothshild du moindre d'entre eux, même avec des pompes percées et des habits en loques.>>

Morand Nimier Blondin "fêtant" la non élection de Paul Morand à l'Académie Française

Morand Nimier Blondin "fêtant" la non élection de Paul Morand à l'Académie Française

 

 

Si Chardonne se désintéresse du contemporain on ne peut que s'émerveiller de voir le septuagénaire Morand aux écoutes de toutes les nouveautés, certes pour souvent les fustiger. Son appétit de l'actualité ne l'empêche pas de visiter souvent sa longue mémoire: << Il y a 50 ans j'étais à la première des « Troyens » de Berlioz, à l'inauguration du Théâtre des Champs Elysées. C'était l'entrée de Paris dans l'art moderne. Il y a eu, à Paris un luxe 1913, encore de bon goût, que je n'ai vu que de loin, mais que je respirais et qui n'a plus reparu. En 1918, ce fut tout de suite, ou voyou ou richard, classe touriste...>>;

 

Dans cet épais volume ont voit deux écrivains soupeser leurs chances face à la postérité. Chardonne est très confiant, Morand doute plus. On ne peut constater que celui qui reste est le moins assuré des deux. Outre dans la célèbre collection de la Pléiade on trouve assez facilement les ouvrages de Morand, en particulier son merveilleux Venise, en revanche il faut bien fouiller dans les librairies pour y dénicher un livre de Chardonne. Cette correspondance ne fera que renforcer ce verdict. Le dit Chardonne à ce propos ne ce mouchait pas du coude: << Dans un siècle notre correspondance est sans doute la seule chose qui intéressera, et qui peut être restera, dans un nouveau monde; on vous lira comme nous lisons les moeurs des germains, dans Tacite.>>

Morand s'interroge sur sa pratique et en particulier la présence de l'Histoire dans le roman/ << Depuis 1870, il y a eu l'accélération de l'Histoire. Il faut donc recourir aux caméras ultra rapides, c'est à dire à l'oeil des romanciers. Sinon l'Histoire ne sera plus qu'une galerie de brute, effigies sans bras ni jambes. Les romanciers leur redonnent des membres pour courir après l'Histoire (Anouilh, Giono, Aragon ect...).>> 

Jacques Chardonne en compagnie de Michel Déon, personnage récurrent de cette correspondance

Jacques Chardonne en compagnie de Michel Déon, personnage récurrent de cette correspondance

 

Une des limites, mais aussi dans notre époque frileuse, l'intérêt des lettres de Morand est sa tendance à la généralisation, au pluriel. Comme l'explique judicieusement Charles Dantzig dans son « Dictionnaire égoïste de la littérature française »: << Balzacisme de Morand: son intérêt pour les masses, auxquels il cherche à donner un ordre. Il pense que les rousses sont comme ceci, les banquiers comme cela, remarque que le dimanche trois millions de parisiens font telle chose et cinq millions de new-yorkais telle autre, ect. Morand à les préjugés antimétèques d'une époque qui admettait que nous colonisions, mais pas qu'ils émigrent. Ce sont ceux en Angleterre d'Evelyn Waugh.>>. Vous comprenez maintenant pourquoi j'aime Morand...

Contrairement à ce qu'il écrit Morand est un homme de droite mais curieusement il fait comme aujourd'hui l'amalgame fautif entre droite et nationalisme: <<... ces gens de droite nationalistes ont été pulvérisé en 40 par l'évènement. Aucun d'eux n'a vu que le nationalisme c'est l'ennemi. C'est ce qui m'empêcha toujours d'être de droite.>>.

Nos compères font une petite fixette sur le résistantialisme très en vogue dans ce début des années 50 mais l'on a vu très récemment un président de la République en déshérence tenter de redonner des couleurs à cette vieille lune.

Autre obsession, celle là non partagée par Chardonne, les juifs ce qui donne sous la plume de Morand d'étranges considérations: << Curieux de penser que c'est un juif, Freud qui aura libéré les anglo-saxons de tous ces interdits juifs. L'horrible communisme, et en général notre époque, auront été les libérateurs de l'enfant en les arrachant aux mères.>>.

L'un comme l'autre sont des écologiste sans le savoir et avant l'heure. Ce sont de grands observateurs de la nature, il est souvent question de fleurs d'arbres de jardinage. Paul Morand écrit le 30 avril 1963: << Il y aura bientôt plus d'oiseaux; les insecticides américains les privent de nourriture.>>. Une des limites, mais aussi dans notre époque frileuse, l'intérêt des lettres de Morand est sa tendance à la généralisation, au pluriel. Comme l'explique judicieusement Charles Dantzig dans son « Dictionnaire égoïste de la littérature française »: << Balzacisme de Morand: son intérêt pour les masses, auxquels il cherche à donner un ordre. Il pense que les rousses sont comme ceci, les banquiers comme cela, remarque que le dimanche trois millions de parisiens font telle chose et cinq millions de new-yorkais telle autre, ect. Morand à les préjugés antimétèques d'une époque qui admettait que nous colonisions, mais pas qu'ils émigrent. Ce sont ceux en Angleterre d'Evelyn Waugh.>>. Vous comprenez maintenant pourquoi j'aime Morand...

Contrairement à ce qu'il écrit Morand est un homme de droite mais curieusement il fait comme aujourd'hui l'amalgame fautif entre droite et nationalisme: <<... ces gens de droite nationalistes ont été pulvérisé en 40 par l'évènement. Aucun d'eux n'a vu que le nationalisme c'est l'ennemi. C'est ce qui m'empêcha toujours d'être de droite.>>.

   

Correspondance  Morand - Chardonne, tome II

 

On ne peut éviter de parler du travail éditorial sur ce livre même si son éditeur, Philippe Delpuech est mort à la tâche, c'est semble-t-il la mauvaise habitude de ceux qui sont chargés de rendre publiable journaux et correspondances des grands écrivains. Cette mise en forme est déplorable si on la compare au travail réalisé sur une autre correspondance que j'ai lue très récemment, celle de Gide et de Marc Allégret, pourtant également éditée par Gallimard. Un exemple notre éditeur croit bon de se fendre d'une note en bas de page lorsqu'il rencontre sous la plume de Paul Morand, le nom de Bernard Palissy. Cela donne: << Bernard Palissy (vers 1510-1590), céramiste, émailleur, peintre et savant.>>. Peut-on croire que le lecteur de la correspondance Morand-Chardonne puisse ignorer le nom de Bernard Palissy? Pour ma part je me souviens très bien d'une grande image de mon livre d'Histoire, cela devait être au cours élémentaire 1 ère année, représentant le dit Bernard Palissy brulant ses meubles pour alimenter le four d'où sortirait son oeuvre. Monsieur Delpuech espérait peut être agrandir l'audience de son labeur aux élèves des cours préparatoires...

Je préviens, mais sans doute vous vous en êtes déjà aperçu, que dans ces lettres on y respire un air de droite qui ne convient pas à tous les poumons. Il m'est même arrivé devant ces pages de me sentir de gauche, situation totalement inhabituelle en ce qui me concerne. Dans « A défaut de génie » François Nourissier, après une visite au couple Morand, parle très bien de cette atmosphère particulière que l'on hume dans chaque lettre de notre duo: << Un air différent de celui que j'étais habitué à respirer. Plus froid? Plus sec? Je ne saurais le dire. J'avais éprouvé la même sensation en m'enfonçant dans une grotte profonde à la suite de spéléologue: certitude d'être arrivé en un lieu où s'étaient développé des organismes très ancien. Il y avait donc ce manque d'air, un mal d'altitude ou des profondeurs. La rapidité froide des regards. Un ton d'évidence légère, un ton de salon...>>.

Au delà des opinions qui sont exposées dans ces lettres on est constamment admiratif des trouvailles d'écriture de Paul Morand.

On est devant deux monologues qui se répondent rarement celui de l'aristocrate Morand, tenant d'un esprit d'avant les nation et surtout d'avant les lumières dont on s'apercevra trop tard qu'elles auront éteint l'occident, face à celui du petit bourgeois Chardonne.

 

P.S Outre le plaisir notamment de lire les virtuoses critique de Morand qui cerne une oeuvre en trois lignes, ce volume justement interroge sur la critique d'hier et d'aujourd'hui. Ce qui frappe dans l'échange des deux hommes ce sont les constantes références à la vie culturelle via les nombreux journaux qui alors chroniquaient la l'actualité littéraire. Presque d'une manière contemporaine à cette correspondance, j'ai commencé à m'intéresser à la chose écrite. Je me souviens avoir acheté dans ce temps là , Rivarol pour la critique littéraire de Robert Poulet, les Lettres Françaises pour les éditoriaux d'Aragon, Le Figaro littéraire pour le bloc-note de François Mauriac, Candide pour les papiers de Kleber Haedens, Aspect de la France pour le feuilleton littéraire de Pierre Debray sans oublier L'express, Le nouvel observateur avec la chronique de Jean-Lous Bory et il y avait aussi les Nouvelles littéraires et quelques autres que j'oublie. Que reste-t-il? Les donzelles incultes des Inrockutibles!  

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Olivier 28/09/2015 17:09

Quand je lis sous la plume de Chardonne, que vous citez : "Curieux Morand; je ne m'y habitue pas. Intelligent, presque de façon surhumaine; dans une certaine zone naïf; stupide pour les trois quarts", je me dis que même un quart de Morand, cela fait encore une somme phénoménale d'intelligence et de liberté intellectuelle. Et puis, ses défauts même, que vous relevez avec une tendre acuité, nous le rendent plus intéressant encore, sinon terriblement sympathique.

Bruno 24/06/2015 16:52

Une rare recension élogieuse :
http://www.gillespudlowski.com/119460/livres/chardonne-morand-le-retour-des-tontons-flingueurs

Antoine2LaRochelle 22/06/2015 11:35

Effectivement, beaucoup de bonheur dans cette longue lecture. Incidemment, Morand, qui tente de rassembler ses oeuvres chez Gallimard et fréquente beaucoup la maison, explique à Chardonne que Roger Peyrefitte avait signé un contrat avec Gallimard après la déconfiture de son premier éditeur. Selon Morand, qui le tiendrait d'un éditeur non sommé, Peyrefitte aurait supplié Gallimard de déchirer son contrat, préférant Flammarion, beaucoup plus généreux. Le bref passage n'est pas clair, on ne sait si la source appartenait à la maison Gallimard ou à Flammarion. En tous cas, cela corrobore le fait avéré que Gallimard voulait s'attacher Peyrefitte, vu comme un écrivain prometteur après guerre. On peut rêver de ce qu'aurait été le destin de l'auteur avec cet éditeur...Sans doute bien différent, notamment au regard de la postérité. Il y aurait peut être Peyrefitte en Pléiade, après son élection à l'Académie. Ne regrettons pas trop; il aurait sans doute été moins libre.

lesdiagonalesdutemps 29/06/2015 19:06

Vous avez le droit de rêver mais je ne suis pas sûr que Gallimard aurait donné l'imagination qu'il n'avait pas à Peyrefitte pas plus qu'une culture au delà du XVIII ème siècle qu'il n'avait pas plus. Comme beaucoup Morand à apprécié les premiers livre de Peyrefitte en particulier Mort d'une mère, ensuite il a constaté comme beaucoup que ses livres relevaient d'un journalisme à scandale laborieux.

xristophe 17/06/2015 23:22

Ah ces collectionneurs de paradoxes ... Pour moi, c'était Montherlant... Mais en tellement plus "classe" ! - et toujours un tuf de vérité et de pathétique. Morand affûte, fait cliqueter du vent... Plus il se contredit, plus il se sent intelligent ; c'est un parti ; un vice qui, une fois attrapé, n'est pas bien difficile à cultiver, et qui le dope, lui tenant lieu de tout ; ils ne pourra plus s 'en passer, à l'écrit comme à la cour... Mais purs effets de "style", futilités gratuites, où la teignerie fait moutarde forte. On penserait presque à nos "amuseurs" d'aujourd'hui. A lire vos courtes citations nombreuses, impression de quelqu'un qui passe son temps à faire "des mots" sans plus - dont la plupart sous leur décomplexé ("bons mots") est une ânerie qui ne vaut que par la méchanceté - et cela c'est encore plus facile que le style. (Le sien, s'entend)

xristophe 18/06/2015 17:22

Présenté comme cela, courte synthèse brillante, il est intéressant, bien sûr. Ce goût, déconnecté du reste pour l'oeuvre et la personne, c'est très bien. (Cela me fait penser au dieu Rinaldi - dans sa fameuse oeuvre-critique)

lesdiagonalesdutemps 18/06/2015 07:09

Je ne suis pas d'accord avec vous sinon pour le coté cour en effet il y a du Saint-Simon chez Morand mais le plus intéressant ce n'est pas le gout du paradoxe qu'il n'avait pas consciemment. Ce qui donne des contradictions chez lui c'est son individualiste et la détestation des groupes. Ce qui l'intéresse c'est la personne et l'oeuvre que produit une personne. Sa curiosité intellectuelle est exceptionnelle (bien supérieur à celle de Montherlant) et alors il oublie complètement ses préjugés d'où la pertinence de ses critiques et ses admirations pour des oeuvres de Christiane Rochefort, Aragon ou Bresson, ce qui n'était pas évident. Morand a un point de vue aristocratique sur la société extrêmement influencé par les postures de classe de sa femme, la princesse Soutzo.

ismau 17/06/2015 10:00

Après avoir lu votre captivant et copieux billet, et d'après votre réponse au commentaire de Xristophe, je crois être comme Clara … c'est la méfiance qui domine ; au delà même d'une réelle intimidation devant l'énormité du volume . Malgré l'intérêt littéraire et intellectuel historique idéologique etc qui semble évident, à vous lire - il y a la réitération incessante d'opinions douteuses . C'est vous même qui heureusement le signalez, mais sans les trouver vraiment insupportables . Moi je me demande ce qui m'est le plus insupportable si c'est la quantité l'accumulation, ou la  qualité de certaines opinions . Celle-ci par ex. que j'avais déjà signalée pour le volume 1 : « B.Frank, merde juive » et surtout « Là où juifs et pédés s'installent, c'est un signe certain de décomposition avancée : asticots dans la viande qui pue » . La pire j'imagine, et c'est un peu facile sans doute de la reprendre encore une fois . Mais si c'est cela un « air de droite » ( et il y a également la fustigation du contemporain, etc ) je comprends qu'on puisse le trouver difficilement respirable cet air . Vous-même, dites avec humour vous être senti parfois de gauche à cette lecture .

lesdiagonalesdutemps 17/06/2015 10:28

Que cela soit clair Morand est certainement (toute modestie mise à part) le créateur dont les idées me sont le plus proche et l'homme à qui je ressemble le plus (sauf que je n'ai aucun talent) d'abord par son évacuation totale de la religion ensuite par son hédonisme forcené et comme lui j'aime les beaux paysages et les belles voitures... J'admire par dessus tout sa curiosité et ce qui va souvent de même son incohérence. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette chanson de Jean-Claude Anoux des années 60 qui décrivait un homme screugneugneu en public et qui en privé faisait tout l'inverse Morand est un peu comme cela ou plutôt il déteste les pluriels et aime les singulier. Il vomit les pédés mais dine et parfois aide Peyrefitte, Roger Stéphane, Mathieu Galey, Brenner, Marcel Schneider (auquel il lèguera sa garde-robe!) Bory... Il déteste les alcooliques mais il est ami avec Blondin, Jacques Laurent, Kléber Haedens (auquel il lèguera sa cave)... Il vitupère les juifs et déjeune avec "la merde Frank" travaille avec Roger Stéphane, et fera de Maurice Rheims son légataire universelle! Il exècre en fait tout groupe plus ou moins constitué. Il pourrais crier salaud de pauvre comme Gabin dans La traversée de Paris mais compatit et aide une femme qui est seule avec ses enfants. Pour lui tous les aristocrates sont des tarés mais ne cesse de déjeuner avec des duchesses... On pourrait continuer à presque l'infini l'énumération. En effet il fustige le contemporain mais est avide de tous ce qui est nouveau en littérature , technique , cinéma. Quelqu'un que j'aurais aimé connaitre à l'inverse Chardonne me parait un tout petit monsieur.

xristophe 16/06/2015 20:29

Cette fois, devant l'énormité imposante du volume (et vous ne voyez là que le tome 2 - dit-elle), et impressionnée aussi par l'étendue de l'article de son maître, Clara refuse de se coucher (et d'ailleurs, où est mon fauteuil ?), reste debout la pauvre, intimidée, entre respect et inconfort... (Pour moi je me contenterai de l'article - plus tard)

lesdiagonalesdutemps 16/06/2015 21:30

Clara est dehors, sur la petite table de jardin où rituellement elle fait la sieste... D'ailleurs elle n'aime pas du tout lorsque l'on pose quelque chose dessus.