Rien de plus «enticing» que ce petit paysan de quatorze ans

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 Rien de plus «enticing» que ce petit paysan de quatorze ans

Mais, presque atteint le sommet dernier, une exquise rencontre m'invite à rebrousser chemin - non tout aussitôt toutefois, pour ne point trop avoir l'air de suivre; mais suivant pourtant et rattrapant bientôt. Rien de plus «enticing» que ce petit paysan de quatorze ans qui accompagne son oncle et un cousin fort vulgaires, à travers les monts du Valais, pendant les vacances. Ils sont de Winterthur. Comme ils ne parlent que le Bernois, la conversation avec eux trois n'est pas aisée. Mais quelle joie, quelle confiance, quel abandon! chez ce petit qui feint de rattacher son soulier pour rester en arrière avec moi. Quelle reconnaissance enjouée lorsque je lui laisse un des francs qu'en sortant mon mouchoir j'avais maladroitement semés sur la route.» (30 juillet 1935)

André Gide, journal

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ismau 07/05/2015 15:08

Oui « Le Ramier » est un petit texte très intéressant ( avec ses compléments en Folio ) lecture dont je remercie une nouvelle fois Bruno . J'en avais déjà donné un commentaire dans votre billet sur le film des Faux Monnayeurs : http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-les-faux-monnayeurs-un-film-de-benoit-jacquot-120615319.html
Je voulais également préciser que moi aussi je trouve injustifiée la réputation d'avarice de Gide . Au pire en propageant cette légende, il s'agissait une fois encore de lui nuire sournoisement . Au mieux d' incompréhension . Un certain puritanisme économe - très protestant - peut ne pas être bien compris hors de ce milieu, de même que la tendance à cacher excessivement ses générosités .
A la lecture des « Souvenirs imaginaires » de Pierre Herbart, j'avais donc été désagréablement choquée par cette réflexion ( d'un soi-disant ami ) : «  Quand je le connus mieux mon «  dégoût  » fit place à du malaise devant son avarice .  Je ne fais, disait-il, que des économies de bouts de chandelles  » . Mais j'excuse Herbart, que j'aime bien, en pensant que sa situation par rapport à Gide n'était pas facile .
Pour Marc Allégret, je me réjouis de lire bientôt votre billet, qui me donnera sans doute envie de découvrir cette fameuse correspondance .

lesdiagonalesdutemps 07/05/2015 22:36

Pour le billet sur la correspondance Gide/Allégret encore un peu de patience. Vous avez totalement raison en ce qui concerne la prétendue avarice de Gide. Mas il est vrai que le rapport à l'argent typiquement protestant est assez difficile à appréhender lorsque l'on ne connait pas ce milieu où la générosité n'est jamais ostentatoire.
En ce qui concerne Pierre Herbart c'est une belle preuve d'ingratitude. Je dois dire que si l'écrivain me parait estimable, je ne suis pas certain qu'il en soit de même pour l'homme.

Bruno 05/05/2015 16:17

Un franc 1935 doit faire, selon les "anciens" que j'ai sous la main, environ 1 euro 2015 en "pouvoir d'achat"...
C'est bien parce que un certains nombre de carnets ne furent point accessibles à la dernière éditrice du Journal ( Pleiade 1997) que ce charmant morceau nous manque. Je confirme les indications d'Ismau pour les anecdotes similaires ici ou là dans le Journal édité. Le "Ramier" est aussi un texte bien intéressant.

lesdiagonalesdutemps 05/05/2015 16:25

Merci de ces précision.
Il me semble que le petit paysan (denrée fort rare) a augmenté dans nos contrées...

ismau 04/05/2015 17:09

Ce qui m'avait d'abord amusée – songeant à la fameuse réputation d'avarice de Gide - c'est cette histoire minutieusement décrite de menue monnaie semée sur la route … et comme une seule de ces pièces généreusement offerte au petit paysan suffit à sa grande reconnaissance .
Peut-être d'ailleurs est-ce cela, et la crainte d'être une fois encore moqué pour son rapport à l'argent, qui aurait empêché Gide de publier cet extrait ? C'est une hypothèse - peut-être un peu curieuse - mais j'ai peine à croire que ce soit pour la raison qui paraît aujourd'hui la plus évidente, celle d'une censure de ses penchants . Il y a en effet plusieurs anecdotes tout aussi compromettantes, pourtant racontées très précisément dans le Journal . Par exemple celle qui concerne le petit Guido à Roquebrune le 13 février 1930, ou plus tard en 41 à l'hôtel à Tunis, etc ... ou évidemment ''Les carnets d'Egypte''
Quant à sa préférence pour les petits paysans et jardiniers, je crois surtout qu'il s'agit d'une question d'opportunités et de fonctionnement social . Quand il s'attaque à un lycéen futur magistrat à la cour des comptes : François Reymond de Gentile ( alias Victor ) - c'est beaucoup plus aléatoire et dangereux ! Voir l'étrange passage du Journal à Tunis en 42, où son jeune colocataire et fils d'amis, Victor, est décrit comme un adolescent rétif parfaitement insupportable. Celui-ci donnera une version différente en écrivant ''L'envers du Journal de Gide'' ( aujourd'hui il intenterait un procès ...)

lesdiagonalesdutemps 04/05/2015 17:39

Votre point de vue est très intéressant. A propos de l'avarice de Gide cela me parait injustifié. Je suis plongé dans la correspondance entre Gide et Marc Allégret (billet bientôt) et l'on voit que pendant des années Gide entretient complètement Allégret et ne cesse de lui envoyer de l'argent sans parler des livres et même des vêtements lorsqu'il est loin de lui. Il ne faut pas oublier que Gide n'était pas riche. C'est sa femme qui avait l'argent. Sa situation financière s'améliorera grandement à la fin de sa vie. A ce moment là c'est Pierre Hébrard qui profitera de ses largesses.

Bruno 01/05/2015 12:17

Merci pour ce charmant morceau ! Prévenir vos lecteurs de ne point se précipiter chez leur libraire, la dernière éditrice du Journal, dans la Pléiade, n'a pas eu accès à plusieurs de ces carnets, dont deux passés en vente en avril 2013 et estimés à...35 000 E. Il faudra attendre.
Savoir combien représentait un francs en 1935...

lesdiagonalesdutemps 01/05/2015 13:33

Merci pour cet avertissement. C'est un peu cher pour avoir des précisions sur les émois gidien. Mais un riche amateur doit s'en repaitre. Si vous êtes l'heureux acquéreur merci de nous en faire des scans. Oncle André semble fort porté sur les fils de la terre, j'avais un ami que les apprentis bouchers et charcutiez mettaient en transe, chacun sa corporation, car je lis dans une lettre de Gide à Marc Allégret qu'en fin de journée il rejoint un petit jardinier, lettre de 1921...