Les vacheries de Paul Vandromme

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Sur Triolet : « Tout le monde savait qu'elle avait moins de talent que son mari, mais elle était la seule à n'en pas convenir. » Sur Ernaux : « Annie Ernaux n'a rien à dire à la littérature; elle se bat les flancs pour donner à croire qu'elle lui parle d'abondance. » « Est-il possible de penser davantage le vide et le dire plus mal [qu'Ernaux] ? » Oui : « Philippe Djian en est, à juste titre, persuadé. » Même Yourcenar y passe : « Le passé de Yourcenar n'aura pas d'avenir. La postérité n'effeuillera pas la Marguerite.
Comment ! Un volume de La Pléiade rassemble les articles de Gide. Aurait-on oublié la phrase célèbre qui condamne à l'insignifiance, voire à l'illisibilité, cette part de l'œuvre gidienne: «J'appelle journalisme ce qui sera moins intéressant demain qu'aujourd'hui» ?

Paul Vandromme, Vagabondages, éditions du Rocher, 2007

Je ne suis pas d'accord avec les coup de griffe de Vandromme, à l'exception de celui sur Triolet, mais il faut avouer que c'est bien troussé

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xristophe 01/05/2015 13:51

Cher BA : je dois à votre long savoir, votre bon goût et votre veine pédagogique, si généreuse, la découverte d'Angelo ; ici encore vous faites état de toutes ces qualités, "humaines" où l'altruisme se combine avec la science taxinomiste et une passion de lecture dévorante, à la fois hédoniste et didactique - et qui n'est qu'un département de votre pic-de-la-mirandolisme universel - je joins sans hésiter la redondance à l'hyperbole à la fois amicale et plaisante, et qui pourtant, à sa façon, veut "dire la vérité" - un peu comme le fameux "mensonge" de Jean Cocteau. Je vous en dirai pluss' plus tard, en détail répondant à votre bienveillante harangue, solennelle et gentille, généreuse elle aussi de vouloir remettre un peu de raison savante dans une passion qui semble tourner à excès voire au délire ! Mais vous l'avez compris c'est encore là l'hyperbole - amoureuse -, que Rinaldi qui toujours invoque la figure contraire de l'euphémisme n'aimerait pas... /// Juste en attendant mon topo un mot quand même sur un détail ; car, vraiment, j'en suis loin, avec le style de Rinaldi d'en rester au maillon de la phrase ; et j'aime énormément, admire etc (et étudie en annotant, crayon indispensable en main, marges pleines et c'est juste un début) la construction, la structure de ses livres, tissés je dirais comme de la musique savante (de Bach à Pierre Boulez...), où tel nom propre apparu page 14 ne se retrouvera qu'à la page 123, de même tel prédicat succinct l'accompagnant, etc. Cette minutie, cette maîtrise se retrouve à l'échelle, non pas des "chapitres" (il n'y en a pas - mais des séquences, longues ou courtes, séparées de "blancs") et converge vers un pré-final suivi d'un final toujours apothéose - d'émotion - sans emphase : et c'est moi lourdement qui la mets... parfois en pleurs !

lesdiagonalesdutemps 01/05/2015 14:57

Ma petite prose n'était que bienveillante et un peu menteuse je subodorais bien que vous alliez au delà de la phrase rinaldienne. Si vous avez raison pour la construction de nombreux de ses livres, mais ce n'est pas vrai pour les tous premiers et encore moins pour les derniers qui me rappelle le cher Raymond Roussel dans ses inimitable (sauf pour Rinaldi) sur place. J'espère que vous serez tenté de découvrir d'autres écrivains, je vous conseille de lire du David Mitchell qui à mon sens est le présent et l'avenir des lettres anglaise (L'enfant de l'étranger d'Hollingurst est également un chef d'oeuvre) et de lire du Didier Martin, une sorte de Tony Duvert apaisé.

xristophe 01/05/2015 03:31

Si chez google on demande "Pol Vandromme / Angelo Rinaldi", on découvre ô délice deux somptueux articles de Vandromme sur le plus grand des écrivains français - l'un sur les merveilleux "Jardins du Consulat" et l'autre sur "Les roses de Pline" ; et cela rédime tout à fait l'auteur belge de ses écarts même au sujet de Marguerite... Il pourrait même se permettre d'être moins "gentil avec Gide" - je resterais serein; car il est désormais comme sacré par ces lignes d'une pénétration rare et d'un tremblé si émotif - s'oubliant tout à fait, quant-à-soi, réticences et réserves volatilisées comme il sied à un simple humain quand il rencontre un dieu...

xristophe 01/05/2015 14:09

Je réponds juste ici à "Mieux que Google, se procurer son recueil de critiques" ; vous vous doutez que c'est fait et depuis lurette et avec lectures savourantes et lentes ; de plus il n'y a pas un mais TROIS recueils de critiques dont je vous re-rappelle les titres (mais ils sont déjà "sur le blog" - que vous devriez lire aussi !) : Service de presse - Dans un état critique -Le Roman sans peine. /// (Google c'est pour repérer les amis et ennemis de Rinaldi, les satellites odieux ou lumineux et je jubile d'avoir rencontré Pol Vandromme (et grâce à vous...), "ami" de qualité, même si son regard sophistiqué-passsionné met trop l'emphase pour moi sur le thème "pessimiste" - une lecture qui n'est pas la mienne.

lesdiagonalesdutemps 01/05/2015 11:06

Il y a longtemps que je voulais vous faire les remarques qui suivent. Il me semble que vous êtes victime de Barthologite aiguë. Consacrer Rinaldi, dont j'aime beaucoup l'oeuvre, je crois que j'ai tous ses livres (il faudrait que j'en fasse un pointage soigneux) de plus grand écrivain français me parait être un symptôme convaincant. Je m'explique, il me semble que j'ai un écrivain vous ne considérez que la phrase, une sorte de myopie littéraire, sans allez peut être jusqu'à la page et assurément pas voguer jusqu'au chapitre quand à envisager le volume dans son entier doit être extrêmement problématique. A cette aune là, Rinaldi n'est peut être pas le plus grand mais il est dans la bonne échappée de tête en compagnie de Proust, Céline, Paul Morand et le trop oublié Raymond Roussel mais un roman n'est pas qu'une suite de phrases c'est aussi une construction savante une somme de pièces qui miraculeusement lorsque le lecteur sera arrivé à la dernière page se seront emboité pour son plus grand plaisir, à cet exercices les leaders changent et la tête revient à Pérec, Roger Martin du Gard, David Mitchell, Ian Mc Ewan... Mais le roman n'est pas seulement l'art de la phrase, ni une virtuosité de construction, il peut et doit être à mon avis une mise en perspective, une réflexion sur l'épaisseur du temps, les plus grands alors se nomment Proust encore, Marguerite Yourcenar, Zoé Oldenbourg... Voisin de cette considération il peut aussi éclairer une époque, révéler par son éclairage un pan de l'Histoire ou en apporté une vision d'un angle nouveau c'est là encore le cas de Marguerite Yourcenar, Norman Mailer, Céline, Modiano, Nimier... Il n'est pas interdit au roman de ce faire philosophe Golding, Orwell, Huxley y sont fort bien parvenu. Certain nous vous découvrir un monde auquel nous n'aurions jamais songé parce que trop éloigné socialement ou géographiquement de nous, Steinbeck, Caldwell, Ernaux... Et puis il y a les formidables raconteurs d'histoires sans parler des inventeurs de mondes, Tolkien, Asimov, Lovecraft... J'arrête là, mais vous voyez qu'aucun écrivain à mon sens ne possède toutes les qualités que j'ai énumérées et il y en à d'autre... Je ne suis pas certain que ce surhomme existe c'est un peu comme en cycliste demander à un sprinter d'être le roi de la montagne. Dans mes exemples, on pourrait citer d'autres noms et si demain je refaisais cette réponse d'autres me viendraient à l'esprit et volontairement je n'ai cité que des auteurs du XX ème siècle . Alors le plus grand, le plus grand et puis ce qu'il y a de plus important c'est le plaisir que l'on prend à la lecture et il me semble que pour cela il faut varier les plaisirs.

lesdiagonalesdutemps 01/05/2015 08:06

Mieux que Google c'est de se procurer son recueil de critiques.

ismau 30/04/2015 18:41

Moi, je suis plutôt d'accord avec ses coups de griffe !...puisqu'ils épargnent totalement Gide - contrairement à ce que laisse entendre votre extrait - c'est du moins ce que j'ai compris, en tombant par hasard il y a quelques jours sur ces mêmes lignes sur un site ''gidien'' . Voici l'extrait complet, qui me semble bien être un éloge !

« Comment ! Un volume de La Pléiade rassemble les articles de Gide. Aurait-on oublié la phrase célèbre qui condamne à l'insignifiance, voire à l'illisibilité, cette part de l'œuvre gidienne: «J'appelle journalisme ce qui sera moins intéressant demain qu'aujourd'hui» ? 
Il y a un siècle pour les premiers, un demi-siècle pour les derniers, que ces textes ont été publiés. Tout devrait confirmer la sentence qui bannissait le journalisme de la littérature : la société littéraire dans laquelle Gide a vécu est morte, une sorte de déluge l'a balayée. Or, dans ce volume, elle se trouve démentie avec constance. Ce journalisme d'écrivain, loin d'appartenir au passé, n'a pas vieilli, d'une actualité à peu près sans ride. 
Mettons tout de suite une sourdine à notre étonnement. Souvenons-nous que, de son vivant (Prétextes, Nouveaux Prétextes, Interviews imaginaires), Gide avait pris lui-même l'initiative de réunir ses chroniques. La Pléiade nous propose donc, selon l'ordre chronologique, l'intégrale de ce qui fut écrit sur le sable dans des époques révolues. 
Pourquoi cette durée ? Pourquoi cette jeunesse ? Les raisons sont diverses. D'abord Gide ne s'occupait que de littérature. Les questions qu'il posait sont encore les nôtres, du moins si l'exigence civilisée ne nous est pas devenue étrangère. Le monde change, mais ce qui requiert et tourmente les écrivains obéit, d'un siècle à l'autre, aux mêmes préoccupations. Qu'est-ce que la littérature ? Comment la pratiquer ? En artiste, et selon quelle forme d'art ? En propagandiste, et pour servir quelle cause ? Selon le contexte du temps, les idéologies et les esthétiques en vogue, on apportait avant-hier les réponses de la N.R.F. de Gide ou de La Revue universelle de Massis et hier celles des Temps modernes de Sartre ou de La Parisienne de Laurent. Depuis des éternités, c'est la même controverse. 
Gide, ensuite, qui doutait de tout, tenait ferme à la tradition moraliste de la littérature française, en l'expurgeant de l'arbitraire dogmatique. C'était un rebelle et même un affranchi, répugnant à l'assurance sectaire. Quelle vérité ? quelle part de vérité ?, demandait-il, rejetant tout ce qui tentait de s'imposer par décret, recourant à l'ironie pour discréditer l'esprit de système. 
À quoi s'ajoutait chez ce libre-exaministe un souci continuel de l'introspection, du culte du moi. Il ne cessa de parler de lui quand il semblait étudier ses confrères (de Montaigne à Dostoïevski), non pour s'affronter à eux, mais à leur contact, pour retoucher et, le plus souvent, pour fignoler son autoportrait. Les Essais critiques enchaînent, selon les années et ses humeurs, ces retouches et ces fignolages : de sa jeunesse nietzschéenne à sa vieillesse goethéenne, du symbolisme languide de ses débuts au classicisme maigre et sec de ses dernières années. 
D'une intelligence ondoyante qui se dérobait lorsqu'on s'efforçait de la saisir, d'une disponibilité perpétuelle, avec des scrupules de janséniste et des contradictions dont il tirait gloire, puritain et hédoniste, aimant la littérature plus encore que les petits garçons, il n'était pas le contemporain capital, mais il demeure, si spécieux, si fuyant, si frileux qu'il ait pu être, notre contemporain. » Paul Vandromme, Vagabondages, éditions du Rocher, 2007, pp.79-81

lesdiagonalesdutemps 30/04/2015 18:54

Disons que Vandromme par ailleurs excellent critique comme son compatriote Poulet que je lisais jadis dans Rivarol est un peu moins méchant pour Gide que pour les autres mais dire qu'il l'épargne c'est beaucoup dire. Je ne souscris pas à ses jugements sur Ernaux "Les années" est un bien beau livre et encore moins sur la grande Marguerite. L'oeuvre au noir est pour moi le plus grand roman de la deuxième moitié du XX ème siècle rien moins...