Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

 

Dominique Fernandez grand débusqueur devant l'éternel, de pédés dans le placard, y a inexplicablement laisser Molière! Jean-Marie Besset avec ce « Banquet d'Auteuil » l'en a sorti et de belle manière.

Nous sommes en 1670, Molière abandonné par sa jeune femme, qui est peut être sa fille, est lassé des femmes (qu'il a beaucoup pratiquées). Espérant trouver plus de constance chez les hommes (le naïf) il est tombé amoureux du plus jeune comédien de sa troupe, Michel Baron qui n'est âgé que de dix sept ans.

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

La pièce qui entrelace habilement tragédie, comédie, érotisme et fantastique se découpe en quatre actes. En ouverture Chapelle (Hervé Lassince délicieux de bout en bout), qui cohabite avec Molière (Jean-Baptiste Marcenac) dans « une campagne » à Auteuil revient fort éméché de Paris et ceci en pleine nuit. Il ne réveille pas pour autant Molière qui est tout absorbé dans la contemplation de Baron endormi. Le jeune homme est de retour après une fugue de trois ans. Chapelle croyant Molière toujours dans les affres de sa séparation d'avec  Armande Béjart a invité à diner de vieux amis. Au deuxième acte et au matin Molière confesse tout son amour à l'aimé. Le soir venu, voici le troisième acte, l'acmé de la pièce, le banquet. Avec les convive qui s'ramènent on comprend que nous allons être entre Platon et « Les garçons de la bande ». La cohorte de bougres qui fait éruption chez Molière se compose de Chapelle qui guide la troupe, de Lully (Frédéric Quiring), l'un des courtisants les plus en vue à Versailles, il fait danser le roi soleil tous les matins. Lully vient accompagné de son mignon, Osmane (Quentin Moriot), un jeune danseur turc. Suit le chevalier de Nantouillet (Gregory Cartelier), un bretteur (cité par madame de Sévigné) accompagné d'un petit marquis Monsieur de Jonzac (Romain Girelli). Il y a aussi Dassoucy (Dominique Ratonnat) musicien favori de Louis XIII mais devenu has-been depuis l'avènement de Louis XIV. Il est accompagné de son chanteur particulier, Perrotin (Antoine Baillet-Devallez), qu'il a recueilli lorsqu'il avait sept ans... Tout ce beau monde se présente, s'échauffe et caquette quand soudain, apporté par un rayon de lune, venu de l'au delà, apparaît Cyrano de Bergerac. Il s'emmerdait ferme dans la vie éternel où il croupit depuis quinze ans. Il à profité de cette aubaine sélénite pour rendre visite à ces anciens amis dont quelques uns sont d'anciens amants. Alain Marcel (déjà fort apprécié dans « Perthus ») est très bien dans ce rôle statique mais il est un peu âgé pour le personnage. Cyrano a été assassiné à trente cinq ans, mais peut être vieillit on au purgatoire? Après un léger étonnement du à l'intrusion du fantôme, la conversation reprend de plus belle. Ils sont assez langue de pute ces pédés du XVII ème, tout à fait comme ceux d'aujourd'hui et probablement comme ceux de demain (mais on m'a confié que chez les hétérosexuels ce n'était pas beaucoup mieux). Bientôt une controverse éclate qui a le plus beau cul, un spadassin ou un danseur? Pour que l'on puisse juger de la chose Ousmane et le chevalier de Nantouillet baissent leurs chausses. Ce qui fait chanter Perrotin << O Célestes plaisir / Doux transport d'allégresse!/ Vient mort quand tu voudras/ Me donner le trépas / J'ai revu ma princesse! >>. On peut trouver le transport de l'eunuque bêlant un peu outré mais du deuxième rang pouvant admirer le cul de Quentin Moriot-Ousmane, je dis que c'est à peine exagéré... Dassoucy veut en voir plus: << Oui... mais le cul tout seul, cela ne veut rien dire, il faut la cuisse aussi, le genou, le mollet et jusqu'au pied enfin descendre tout à fait...>> et voilà nos deux bougres nus comme des vers. Comme Dassoucy le spectateur profite... Bientôt la compagnie se dit que pour bien comparer il faudrait aussi un comédien et c'est le jeune Baron qui s'y colle... Alors là, quel cul! Au sens propre du terme, un cul de compétition et lorsque Félix Beaupérin se retourne, on peut admirer que l'avers vaut largement l'envers... Il faut saluer l'exploit de Félix Beaupérin qui en disant, nu, sur une table, face au public, un texte difficile, réussit par son talent à faire oublier son admirable plastique.

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

 

Je ne vous en dirais pas plus sur le contenue de cette ambitieuse pièce qui aurait mérité d'être un peu plus ramassée, sachez seulement qu'ensuite dans le quatrième et dernier acte, il y a deux très belles tirades, dites par Molière, l'une sur la fidélité en amitié et l'autre sur la difficulté de garder l'amour d'un jeune homme lorsqu'on est un hommes mure.

A ce propos on peut imaginer que la pièce est sur ce point autobiographique et que d'une manière bien émouvante Besset ait glissé dans sa fantaisie historique une adresse à l'être aimé.

C'est ainsi très fort de faire passer, dans une érudite comédie historique les tourments de sa vie. Car historique la pièce l'est dans ses moindres allusions. Tous ces personnages ont réellement vécu au XVII ème siècle. Il y a bien sur Molière et Lully qu'il est superflu de présenter (quoique) mais aussi des personnages aujourd'hui un peu oubliés comme Chapelle (1626-1686), l'ami de toujours de Molière et ancien amant de Cyrano, son mentor, et de Dassoucy. « Le banquet d'Auteuil » montre que Chapelle était peut-être co-auteur de certaines des pièces du maitre (1). La couverture du texte de la pièce nous révèle que le vrai Michel Baron (1653-1729) était aussi joli dans son jeune âge que l'acteur qui l'interprète aujourd'hui. Il ne faudrait pas oublié Dassoussy, sans doute le plus bougre de tous ces libertins. Il fut emprisonné pour sodomie en 16521655 et 1673. Son très jeune protégé Perrotin séduisît par sa voix le duc de Mantoue qui l’enleva à Dassoucy pour en faire un castrat. Dassoucy retrouva Pierrotin à la fin de 1667... diminué.

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

 

La troupe est très homogène et tous les acteurs sont dignes d'éloges. A commencer par celui pour leur diction parfaite qui fait entendre clairement les répliques de la pièce qui plagient raisonnablement le dire du XVII ème siècle. Le banquet d'Auteuil par le surgissement de la tragédie dans la comédie et vice versa est plus de l'école anglo-saxonne que de la française (Molière est cependant en la mantière, le dramaturge français qui convoque le plus volontier ce chaud et froid) . Rien d'étonnant à cela de la part de Jean-Marie Besset qui a signé tant d'adaptations de pièces anglaises et américaines. Il reste que l'auteur dans cette oeuvre que l'on peut considérer comme la plus ambitieuse de son théâtre a été fidèle au classicisme français, unité de temps, "Le banquet d'Auteuil" se déroule en vingt quatre heures et unité de lieu, la résidence de Molière à Auteuil.

La mise en scène de Régis de Matrin-Donos démontre qu'il n'est point besoin de faire courir ses acteurs partout pour réaliser une mise en scène dynamique. Quant aux costumes et décors de Marie Delphin, ils prouvent que les fanfreluches ne sont pas indispensables pour évoquer le XVII ème siècle.

Vous avez compris qu'il faut s'y précipiter, ce n'est pas tous les jours que l'on peut méditer sur la vie, l'amour, la mort, la création littéraire, l'avantage de l'amour des garçons sur celui des femmes, en compagnie de Molière, Cyrano et Lulli tout en se rinçant l'oeil...

 

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

Nota

 

1- Ce que confirme un écrit d'époque du à : << C'est à lui que nous devons encore une partie des grandes beautés que nous voyons briller dans les excellentes comédies de Molière, qui le consultait sur tout ce qu'il faisait, et qui avait une déférence entière pour la justesse et la délicatesse de son goût.>> ( François de Callières, Des bons mots et des bons contes, Paris, 1692,  332« Des bons mots et des bons contes » [archive], sur Gallica.)

 

2- Il est bon de rappeler pour ne pas idéaliser le XVII ème siècle qu'il n'était pas sans danger d'être pédéraste, il y a plusieurs allusion à ce propos dans la pièce. En 1661 a lieu deux exécutions exemplaires par le feu, celle de Jacques Paulmier et Jacques Chausson pour tentatives de viol sur de jeunes garçons.

 

3- L'affiche est si moche que je ne l'ai pas reproduite. Comment peut on faire une affiche aussi laide avec de si beaux comédiens...    

Pour retrouver Jean-Marie Besset sur le blog:

http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-perthus-de-jean-marie-besset-au-theatre-du-rond-point-85740648.html

http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-grande-ecole-un-film-de-robert-salis-113381444.html

http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-les-grecs-de-jean-marie-besset-83527764.html

Le banquet d'Auteuil de Jean-Marie Besset au Théâtre 14

Commenter cet article

Silvano 19/04/2015 10:25

Vue hier soir. Je confirme tout le bien que vous en dites. Salle remplie seulement aux deux tiers, c'est fort étonnant. Faisons du ramdam pour les 6 dernières représentations !

lesdiagonalesdutemps 19/04/2015 10:37

Ce qui est très dommage c'est que cette pièce très ambitieuse ne soit pas capté pour qu'un plus large public puisse en profiter. Je pense que le choix du théâtre n'est pas très bon et surtout que l'affiche du spectacle est calamiteuse et puis comme dirait ce bon Michel Ciment Besset n'a pas la carte... Il faut allez voir ce spectacle.

ismau 08/04/2015 18:37

Quel dommage d'habiter loin de Paris ! Heureusement on peut se rattraper un peu avec vos jolis images , et beaucoup avec votre savoureux texte .
L'infortuné Chausson, je le connaissais déjà à travers les poèmes du non moins malheureux Claude Lepetit, mort rôti également, un an plus tard en 1662 à l'âge de 23 ans . C'était un très brillant jeune-homme ; je trouve son sort très émouvant, et son poème sur la mort de Chausson – où il est question de D'Assouci – particulièrement édifiant . C'est à lire !
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Chausson
(ainsi que le wiki sur Lepetit )

lesdiagonalesdutemps 08/04/2015 19:18

Merci pour ces liens.
Malheureusement cette très belle pièce bien mise en scène ne serait pas captée. J'ai pu parler un peu à Besset après la représentation.

pépito 05/04/2015 19:22

d'ordinaire, le théâtre de Besset me fait l'effet d'une purge... là, j'avoue avoir été séduit par l'entreprise (même si je la trouve tirée par les cheveux... Cyrano ? Franchement ?) les comédiens sont formidables, le trio de tête surtout... Molière bisexuel, pourquoi pas... après tout, on trouve dans tout son théâtre des amitiés viriles un peu troubles...

lesdiagonalesdutemps 05/04/2015 21:31

L'homosexualité de Cyrano est historique, il a bien été l'amant de Dassoucy comme il est dit dans la pièce quant à Dassoucy c'était un professionnel en la matière (Henning a fait 1000 page sur le sujet: "Dassoucy et les garçons". A Montpellier il a failli être lynché pour pédophilie et ensuite a échappé de peu au bucher. Il ne faut pas confondre le vrai Cyrano et le personnage de Rostand très éloigné de la vérité historique comme le Dartagnan de Dumas. La bisexualité de Molière a été avancée par plusieurs historiens. D'ailleurs rien que de très banal dans ce milieu de libertins (voir sur les libertins les très intéressantes causeries d'Onfray par exemple. Ce qui est remarquable dans cette pièce c'est que Besset parvient à faire vivre 9 vrais rôles sur une scène (le petit marquis n'a pas grand chose à faire).

Bruno 04/04/2015 17:46

Belle présentation, merci !
http://culture-et-debats.over-blog.com/article-moliere-homosexuel-par-jacques-freville-59522884.html

lesdiagonalesdutemps 04/04/2015 17:51

Merci pour le lien.

xristophe 04/04/2015 15:03

Quelle verve ! J'applaudis déjà le spectateur-narrateur...

lesdiagonalesdutemps 04/04/2015 16:22

Merci mais il vaut mieux aller applaudir les comédiens. C'est si rare de nos jours de voir une création avec un texte de cette qualité, même s'il y a quelques baisses de rythme avec dix comédiens en scène, c'est exceptionnel. On devrait bien remonter les pièces de Thierry Maulnier moins réjouissante que ce banquet mais qui néanmoins m'y a fait penser.

DAMIEN 04/04/2015 11:21

j'ai vu la pièce, Félix Beaupérin quel beau garçon(ses fesses, son sexe !!!), comment à réagit la salle quand vous l'avez vu ?
Félix aime-t-il les garçons ou les fille ou les 2, à votre avis ?

lesdiagonalesdutemps 04/04/2015 12:44

La salle était très sage pas de mouvement divers dans la salle et aux salut de chaleureux applaudissement bien que la salle soit à moitié pleine. On peut (doit) y aller car il y a de la place.