Bonnard au Musée d'Orsay

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay

L'exposition Bonnard au Musée d'Orsay devrait mettre chaque visiteur en joie. Voila une peinture facile et décorative qui peut que plaire. Facile et décorative ne veulent pas dire bête et peu sensible. Bonnard tout simplement pensait, à juste titre, qu'il n'est pas necéssaire de faire moche pour paraitre profond. Quand il se mettait devant la toile, il avait la particularité de se passer de chevalet, il fixait son support directement sur le mur, c'était pour faire partager ce qu'il aimait, un jardin au soleil, une femme à la toilette, la quiétude d'une matinée lorsque le soleil pénètre dans la maison, une réunion de famille sympathique, peut être aussi pour oublier ses ennuis. Devant ses tableaux on pourrait croire que l'artiste a connu qu'une vie de bonheur. Des joies il en a eu bien sûr, des malheurs aussi, mais il ne voyait pas pourquoi il aurait tartiné ses avanies. A ce déboutonnage, il préférait peindre un coin de Normandie avec des lumières de Grèce... Un gentleman en somme qui a épousé sa femme près de trente ans après leur rencontre, lorsqu'il ne l'aimait plus et que la muse s'était transformée en fieffée emmerderesse...

En admirant cette peinture pourtant très personnelle le visiteur s'apercevra de réminiscences et d'anticipations de nombreux artistes contemporains de Bonnard ou non, en premier lieu Vuillard bien sûr, l'ami de toujours, mais aussi de Degas, Monet, Renoir, Manguin, Dufy, Matisse, Sam Francis (certaines petite toiles de Bonnard ressemblent au tachisme joyeux de l'américain), Hockney...

La rétrospective ne se préoccupe guère de chronologie, ce qui tombe bien car la peinture de Bonnard n'a que peu évoluée avec le temps. Les tableaux sont classés par grandes familles, "Un nabi très japonard", "Faire jaillir l'imprévu", "Intérieur", "Histoire d'eau", "Clic clac Kodak, "Portraits choisis", Le jardin sauvage"... Le commissaire aurait pu éviter ces jeux de mots pénibles mais l'accrochage est très réussi. Seul regret l'absence total des carnets de croquis alors que ce peintre de la touche était aussi un fin dessinateur. Si vous visitez cette rétrospective accompagné d'un enfant vous pourrez toujours, pour l'amuser, lui demander de compter les chats. Il y en a presque  un par toile et jusqu'à trois! 

P.S. Mes photos ne sont absolument pas le reflet de l'exposition car si les photographies sont autorisées, en réalité elles sont interdites pour les meilleures oeuvres qui proviennent en général d'Amérique. 

Bonnard au Musée d'Orsay

Ce serait diminuer M. Bonnard que de ne voir pourtant, en lui qu'un humoriste. Irrégulier, chercheur, inventif, jamais morne, il devient parfois excellent. Deux des toiles qu'il expose cette année : le Tub et le Cabinet de toilette, sont parmi ses meilleures; mais malgré ses défauts, je m'intéresse plus encore à la grande, celle qu'il intitule Sommeil. Sur un lit houleux et défait, chaud d'une chaleur animale, une incertaine créature humaine est couchée, dans la pose à peu près de l'Hermaphrodite Borghèse. La lumière blondit précieusement le bas du corps, vient mourir sur les reins. Le haut du corps semble se vallonner dans l'ombre; indécis, flasque, comme privé de tout interne soutien. Je préfère supposer qu'il eut été facile à M. Bonnard de mettre tout plus solidement « à sa place », et qu'il s'en est peu soucié. On dirait qu'il renonce d'emblée à tout ce qu'un autre eut aussi bien pu faire et qu'il ne se réserve de valoir que là où cet autre eut faibli. Sa peinture en est plus personnelle. Sans doute; mais n'est-ce pas une triste infirmité de notre époque de ne savoir reconnaître la personnalité d'un artiste que lorsque son œuvre imparfaite ou inachevée l'exagère ? N'est-ce pas là ce qui fait si souvent l'artiste s'arrêter dans son œuvre à peine ébauchée, craindre de la porter plus loin et s'en séparer avant terme? Je consens qu'il haïsse certaine perfection académique où le plus médiocre a souvent le plus de chances de réussir, mais, plutôt que ces imperfections consenties, ne serait-il pas plus habile d'y opposer une conception de la perfection différente, et., parmi tant de charmantes ébauches, quelques œuvres parfaites... différemment ?

André Gide, visite au Salon d'automne, 1905

Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
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Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay
Bonnard au Musée d'Orsay

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ismau 28/05/2015 16:13

Je revois vos photos avec un œil différent - et plus de plaisir encore - après avoir vu cette belle expo . Je ne me souvenais pas de cette intéressante citation de Gide . J'en ai une autre, toujours de Gide à propos de Bonnard, très drôle celle-ci . C'est dans le Journal au 16 mai 1908 .
Je ne cite qu'une partie, mais le début et la fin sont à lire ou relire ...
...«  On met aux enchères un Bonnard, assez mal fichu, mais savoureux ; c'est une femme nue à sa toilette, que j'ai déjà vue je ne sais où . Il monte assez péniblement à 450, 55, 60 . Tout à coup j'entends une voix crier : 600 ! - Et je reste stupéfait, car celui qui vient de crier cela c'est moi-même . Du regard, autour de moi, j'implore une surenchère – car je n'ai nulle envie de ce tableau – mais rien . Je me sens devenir cramoisi, et commence à suer à grosses gouttes . «  On étouffe », dis-je à Lebey . Nous sortons .
Absurdes ces impulsions . » ...

lesdiagonalesdutemps 28/05/2015 21:03

C'est typique des vente aux enchères, comme beaucoup, j'ai déjà fait cela.

ismau 13/04/2015 18:00

Bonnard est un peintre que j'aime particulièrement . J'espère donc aller voir l'expo d'Orsay prochainement, et apprécie de le retrouver déjà sur vos photos + votre texte toujours aussi précis et intéressant . Mais je ne suis pas d'accord avec vous pour l'introduction : « Une peinture facile et décorative qui ne peut que plaire » ... même si vous relativisez et expliquez ensuite . Bonnard, je le trouve au contraire tout à fait singulier et surprenant, d'abord comme coloriste – un extraordinaire usage de la couleur - ensuite pour la touche et pour le rendu de l'espace . A ce titre, il ne me semble ni si « facile » d'accès, ni si « décoratif », et à l'époque ce devait être encore moins  évident  . Comme « peintre du bonheur » ? Quand on voit ses derniers autoportraits ce n'est pas non plus une évidence, heureusement, je le vois plus comme un peintre du quotidien et de l'intimité . Et justement, cette intimité, vous semblez très bien la connaître ! l'histoire de sa femme « épousée lorsqu'il ne l'aimait plus » ? « muse transformée en fieffée emmerderesse … » c'est amusant ça ! mais m'étonne un peu ( je savais juste que sa 2ème maîtresse s'était suicidée lorsqu'il avait épousé la 1ère, sa muse, ce qui n'indique rien sur ce que vous avancez )

lesdiagonalesdutemps 17/04/2015 08:32

Une fois de plus je me suis mal expliqué quand j'écris une peinture facile, je me met à la place non du peintre mais du spectateur. La peinture de Bonnard, comme celle des impressionnistes, ne demande pas de connaissances particulières, comme celle de Poussin ou de Velasquez, (peintres actuellement exposés à Paris, articles à suivre). Ce qui n'empêche pas en effet sa singularité. En revanche je trouve cette peinture très décorative (à notre époque, le regard du spectateur est toujours daté bien sûr), c'était d'ailleurs son but avoué et en ce qui me concerne c'était et c'est encore plus aujourd'hui sa force. L'exception est en effet ses autoportraits mais ceux-ci étaient des défoulements pour Bonnard, tableaux qui n'était fait que pour le peintre et pas pour son public. En peignant ses tableaux du bonheur, consciemment ou inconsciemment Bonnard se faisait du bien. C'était une manière de reconstruire son intimité et de s'échapper à son quotidien d'ailleurs il peint de plus en plus l'extérieur, son jardin. Les vingt dernières années de sa vie ont été considérablement assombries par la maladie de sa femme, elle était tuberculeuse de très longue date et quasi folle, elle avait entre autre la phobie de la saleté et passait son temps à se laver. Elle a fait le vide autour de Bonnard car les amis de ce dernier ne la supportaient plus.
Ne ratez pas cette exposition.