Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
Un grand architecte du Modernisme Catalan : Lluis Domènech i Montaner II
J'ai pris les images ci-dessus du Palais de la Musique Catalane lors de ma dernière visite de Barcelone en avril 2014

J'ai pris les images ci-dessus du Palais de la Musique Catalane lors de ma dernière visite de Barcelone en avril 2014

 
Entre 1905 et 1915, Domènech i Montaner arrive au sommet de sa carrière avec deux bâtiments qui sont parmi les plus hautes expressions du Modernisme Catalan, le Palau de la Musica Catalana (Palais de la Musique Catalane) et l'Hospital de San Pau (Hôpital St-Paul), tous les deux à Barcelone.
 
Photographie de Lluis Domènech i Montaner en 1915.
 
 
Le Palais de la Musique Catalane est sans doute une des plus belles salles de concert du monde. Assister à une représentation dans cet environnement totalement sublime, laisse un souvenir inoubliable.
Le bâtiment occupe un terrain situé à l'intérieur de la vieille ville de Barcelone, dans un lacis de rues étroites. Il est donc difficile de se faire une idée de la composition de la façade.
Il a été commandé en 1904 par l'Orfeo Catalana, une association chorale très importante pour la renaissance de l'art catalan, pour en faire sa salle de concert. Les travaux ont commencé en 1905 et le bâtiment a été inauguré en février 1908.

 
Vue générale du Palais de la Musique Catalane.
 
 
Palais de la Musique Catalane. Vue générale de la façade.
 
 
La façade se déroule en 3 niveaux. La partie supérieure est constituée d'un fronton arrondi et d'un large bandeau ornée d'une mosaïque de Lluis Bru i Salelles, hommage à l'Orfeo Catalana.
 

Partie centrale de la mosaïque.
 

Deux vues des terrasses du Palais.
 
 
 
L'étage inférieure est constituée d'une galerie ornée de balcons devant lesquels trônent les bustes de Palestrina, Beethoven et Bach. Sur la façade latérale, on peut voir aussi le buste de Wagner.
 
 
Juste en dessous, on peut voir une série de colonnes aux chapiteaux complexes et recouvertes de mosaïques, œuvre d'Eusebi Arnau i Mascort, tout comme la décoration des gros piliers qui marquent l'entrée du palais au niveau de la chaussée.
 
 
 
La partie la plus étonnante de la façade est l'énorme groupe qui occupe l'angle du palais et évoque une proue de navire. Ce groupe, la Chanson Populaire Catalane, est du au ciseau de Miquel Blay i Fabregas (1866-1936). Le groupe est composé en deux registres. Le registre inférieur montre une femme drapée symbolisant la musique catalane entourée de gens du peuple. Le registre supérieur est tout entier occupé par San Jordi (St-Georges), le saint patron de la Catalogne.


Vue sur les deux façades. On peut voir le groupe de Miquel
Blay i Fabregas et le buste de Wagner.
 

La Chanson Populaire Catalane par 
Miquel Blay i Fabregas.
 
 
 
Miquel Blay i Fabregas est un des sculpteur les plus importants de cette période. Après des étude à Barcelone, il parfait sa formation en Italie et à Paris. En 1892, il reçoit la médaille de l'Exposition des Beaux-Arts de Madrid pour son groupe,Les Premiers Froids.


Miquel Blay i Fabregas. Les Premiers Froids.
 
 
L'artiste introduit un très grand réalisme dans la sculpture espagnole. Tout au long de sa carrière, il reçoit de nombreuses récompenses ( Barcelone en 1894, Paris en 1900). En 1909, il devient Membre de l'Académie Royale des Beaux-Arts et en 1925, directeur de l'Académie Royale des Beaux-Arts Espagnols à Rome.


Photographie de Miquel Blay i Fabregas en 1936.
 

Miquel Blay i Fabregas. Sensibilité.
 

Miquel Blay i Fabregas. Eclosion.
 
 
L'entrée du bâtiment se fait par un vestibule richement orné de céramiques. Un escalier majestueux à deux volées permet d'accéder à la salle.
 
 
 
 
Au premier, on trouve la Salle Lluis Millet. Domènech i Montaner l'a prévu pour être une salle d'attente. Elle est ornée de vitraux d'Antoni Rigalt i Blanch. L'élaboration lustre moderniste centrale en fer martelé a été suivie attentivement par l'architecte lui-même. 
 
 
Détail d'une verrière d'Antoni Rigalt i Blanch.
 
 
La salle est ornée de bustes des grandes figures de la musique catalane. En premier lieu, on citera Pau Casals i Defillo (Pablo Casals, 1976-1973), un des plus grands violoncelliste de tous les temps, mais aussi compositeur et chef d'orchestre, et combattant anti-franquiste et anti-faschiste. Sans doute une des plus grandes personnalité du XXème siècle.
 
Buste de Pau Casals i Defillo en 1928 par 
Brenda Putman (1890-1975).
 
 
Un autre musicien présent est Amadeu Vives i Roig (1871-1932), un des meilleurs compositeurs de zarzuelas (opéra-comiques en Espagne), salué par Isaac Albeniz lui-même. Il est un des fondateur de l'Orféo Catalana en 1891 avec Lluis Millet.
 
 
Le buste de Lluis Millet i Pagès (1867-1941) est aussi présent dans la salle qui porte son nom. Avec Amadeu Vives, il est le fondateur de l'Orfeo Catalana. Anti-faschiste, il est célèbre pour avoir dirigé les bras collés au corps l'hymne franquiste lors d'un concert organisé par les phalangistes. 
 
 
La salle donne sur les balcons ornés des bustes de musiciens. On peut alors contempler la beauté des colonnes recouvertes de mosaïques de Luis Bru i Salelles.
 
 
La grande salle peut contenir 2049 spectateurs. Selon ne nombreux témoins, c'est la plus belle salle de concert du monde et je partage cet avis. Lorsqu'on y pénètre pour la première fois, on perçoit à la fois de la grandeur et du mystère, mystère sans doute du à la lumière donnée par les verrières des murs et du plafond, surtout lorsque les concerts commencent à la lumière du jour (seul auditorium en Europe à posséder cette particularité).
 
Grande salle. Vues d'ensemble.
 
 
 
Les orgues ont été fabriquées par la firme allemande Walter et Cie en 1908 et restaurées en 2003. Elles dominent la scène et une galerie d'une centaine de places.
 
 
 
La verrière du plafond est le chef-d'œuvre de d'Antoni Rigalt i Blanch et un des sommets de l'art du vitrail au XXème siècle. Au centre est représenté le soleil en forme de coupole inversée qui descend vers la salle. En s'éloignant de ce centre jaune, les couleurs s'assombrissent pour former deux rangs de bustes de femmes. On atteint ainsi la partie du plafond recouvert de centaines de roses en céramique.
 
 
 
 
La liaison entre le plafond et les verrières murales en arc se fait par l'intermédiaire de grands chapiteaux couverts de céramiques, qui rappellent les voûtes en palmette du gothique perpendiculaire.
 
 
La limite entre la salle et la scène est marquée par une sorte de grand "arc de triomphe" couvert de sculptures.
 
 
L'ensemble a été commencé par Didac Massana Majo, mais le principal artiste à être intervenu est Pau Gargallo i Catallan.
On ne sait pas grand chose de Didac Massana Majo. Il aurait travaillé sur plusieurs chantiers de Barcelone. On en retrouve la trace à Rosario en Argentine, vers 1914.
Pau Gargallo i Catallan est, en revanche, beaucoup plus célèbre. Il est né en Aragon en 1881 mais sa famille s'installe à Barcelone en 1888. Dès 1895, il est tailleur de pierre chez Eusebi Arnau i Mascort, dont il va devenir un disciple. Il part à Paris en 1903 et fréquente Juan Gris et Max Jacob au Bateau-Lavoir. Il rencontre aussi Rodin.
 
Photographie de Pau Gargallo i Catallan en 1910.
 
 
Il rentre à Barcelone en 1904. Il fréquente Picasso, dont il fait un célèbre et très étonnant buste en 1907.
 
Portrait de Pablo Picasso. 1907.
 
 
Par l'intermédiaire d'Eusebi Arnau, il va plusieurs fois collaborer avec Domènech i Montaner. Curieusement, Gargallo va développer, en même temps, deux style diamétralement opposé, un style traditionnel qu'on voit à l'œuvre dans le Palau de la Musica, et un style avant-gardiste qui explore la désintégration de la figure et de l'espace qu'elle détermine.
 
Cléopâtre. Bronze et marbre.
 
 
Pomone
 
 
 Autoportrait. 1907.
 
 
Grande Ballerine. Bronze.
 
 
Arlequin. Bronze.
 
 
Le violoniste. Bronze.
 
 
Cavalier pour le stade de Montjuich. Bronze.
 
 
Kiki de Montparnasse. Bronze doré, 1928.
 
 
Sur la partie gauche de "l'arc de triomphe", on peut voir le buste de Josep Anselm Clavé i Comps entouré de chanteurs et surmonté d'un arbre au feuillage étalé. Josep Anselm Calvé i Comps est né en 1824. Il est à la base de la renaissance de la musique catalane et a composé de nombreuses chansons. En temps qu'homme politique ce fut un démocrate et républicain de la première heure. Lors de la Première République Espagnole (1873-1874), il est gouverneur de Tarragone. Il meurt quelques semaines après le coup d'état du général Pavia, en 1874.
 
Détails de la partie gauche de l'arc de l'avant-scène.
 
 

Buste de Josep Anselm Clavé i Comps.
 
 
Sur la partie droite, on remarque le buste de Beethoven surmonté par un groupe formé de femme et de chevaux représentant La Chevauchée des Walkyries.
 
Partie droite de l'arc de l'avant-scène.
 
 
La Chevauchée des Walkyries.
 
 
Le fond de la scène est en forme d'hémicycle. Il est ornée de 18 figures féminines vraiment extraordinaires.
 
Vue générale de la partie gauche du mur de scène.
 
 
Sur un fond de carreaux rouges irréguliers se détachent les figures des musiciennes dont les robes sont figurées par les mosaïques de Luis Bru i Salelles et Mario Maragliano. De ces mosaïques se détachent, en reliefs, la partie supérieure du corps, sculptée par Eusebi Arnau i Mascort. L'effet est saisissant.
 
Détails de quelques figures du fond de scène.
 
 
 
 
 
La partie centrale est occupée par les deux portes d'entrée des artistes séparées par une grande mosaïque représentant l'emblème de L'Orfeo Catalana.
 
 
Il a été dessiné par Antoni Maria Gallissa i Soqui (1861-1903) qui fut un architecte et designer qui a souvent collaboré avec Domènech i Montaner ou Gaudi. Il fut aussi un homme politique très impliqué dans le mouvement catalan. Il mourut d'une faiblesse cardiaque congénitale.
A l'opposé de la la scène, la voute du second balcon est marquée par la présence d'une énorme statue de Pégase et par des colonnes recouvertes de mosaïques à thèmes végétaux.
 
 
 
Ce sont les mêmes artistes qui vont intervenir dans l'autre grand-œuvre de Domènech i Montaner, l'Hôpital St-Paul (Hospital de San Pau).
Le bâtiment de Domènech i Montaner est programmé pour remplacer le vieilHôpital de la Sainte Croix (Hospital de Santa Creu), trop petit face à la croissance de la ville. La municipalité peut envisager la construction d'un vaste ensemble grâce au testament d'un banquier parisien d'origine catalane, Paul Gil.
Le terrain est acquis en 1898 et les travaux commencent en 1901. C'est une véritable petite citée qui est envisagée, constituée de 48 pavillons. Seuls 27 seront édifiés.
 
Vue cavalière représentant l'organisation de 
l'Hospital de San Pau.
 
 
En 1911, huit pavillons fonctionnent déjà et en 1913 Domènech i Montaner reçoit la Médaille d'or de la Ville de Barcelone. A partir de cette date, l'architecte collabore avec son fils Pere Domènech i Roura (1881-1962). Domènech i Montaner meurt en 1923 et son fils supervise les travaux jusqu'à leur arrêt en 1930. Rappelons que Domènech i Roura a construit le Stade Olympique de Barcelone, inauguré en 1920. L'hôpital est désaffectée depuis 2009. 
 
Vue générale du pavillon d'entrée.
 
 
 
La façade de l'administration est une des plus ornées de l'hopital. Elle donne une impression générale de style néo-gothique. Elle est ornée de statues de Eusebi Arnau i Mascort et Pau Gargallo i Catallan.
 
 
 
Flèche du pavillon de l'administration.
 
 
Divisant l'escalier d'accès en deux volées, s'élève la fontaine dédiée à Pau Gil en pur style Art Nouveau.
 
 
 
L'intérieur du pavillon d'entrée est très marqué par l'esthétique néogothique.
 
 

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ismau 05/03/2015 18:50

Grâce à votre billet, il est intéressant de se rappeler que le modernisme catalan ne se limite pas à la personnalité de Gaudi . Gaudi me semble beaucoup plus novateur, et meilleur que Montaner dans ses plus belles réalisations, mais Montaner mérite tout de même l'intérêt ainsi que tous ces artistes qui ont travaillé avec lui . Je les découvre ici, avec l'intérieur du Palais de la musique que je n'avais pas visité . Sa magnifique verrière m'a rappelé celle du Crédit Lyonnais à Nancy du maître verrier Jacques Grüber, exactement de même époque ( celle de l'Art Nouveau et de l'Ecole de Nancy )
http://www.photos-alsace-lorraine.com/thumb/25586.jpg
Pour Montaner, je me suis souvenue que vous aviez sur votre blog une photo d'une autre de ses architectures, celle d'une ancienne grande maison d'édition de Barcelone : l'actuelle fondation Tàpies .

Martin 03/03/2015 15:02

toutes mes félicitations pour cette découverte je ne connaissait pas cet architecte je n'ai qu'une envie cest de voir son œuvre à Barcelone
Cordialment