L'absent de Nicolas Daguerman

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'absent de Nicolas Daguerman

Sous un titre abscons et pour tout dire assez mauvais se cache un essais intéressant ne serait-ce que par sa seule existence, incongrue en ces temps. Il tente de répondre à une question que bien des lecteurs de ce blog doivent se poser: Comment en est-on arrivé à l'interdiction par la censure (la censure est une hydre au multiple têtes mais dont heureusement les yeux sont myopes) de la représentation de l'adolescent. Cette funeste particularité de notre société est illustrée sur le quatrième de couverture (prudent) par cette constatation: << France, 1978: « La petite » de Louis Malle sort à l'écran. Le film devenu un classique, dévoile à plusieurs reprises une Brooke Shield en tenue d'Eve. Londres, 2009: une photographie représentant brooke Shields, au même âge et toujours dans la même tenue, est précipitamment retirée de l'exposition Pop Life du Tate Modern Museum et le catalogue pilonné, sur l'intervention de l'Obscene Publicaton Unit of Metropolitan Police Service. >>. Ce qui ne manque pas de sel est que l'auteur, ou l'éditeur, a choisi un exemple féminin alors qu'il n'est question dans tout l'essais que de l'interdiction de la représentation du corps du garçon, interdiction beaucoup plus drastique encore que pour celui des filles... La couverture n'est pas en reste, car le choix s'est porté sur une photo d'Evgeny Mokhorev, ce qui n'est pas une mauvaise pioche mais qui semble bien avoir pour modèle une fille, bien que l'ambiguité sexuelle du modèle puisse faire douter...

Mokhorev

Mokhorev

Nicolas Daguerman dés les premières pages constate le changement de tabou dont il est témoin:

<< … Les scènes d'horreur seront finalement jugées plus saines , plus épanouissantes et moins prégnantes que la vision d'une adolescence en culotte courte ou sans culotte, vision dont l'esthétique avait pourtant hanté l'art, des anciens et des modernes, de l'Europe à l'Asie, mais dans laquelle la modernité s'acharne à voir un crime passible de lourdes peines.>>.

Cher lecteur vous pouvez constater combien chaque jour, ou presque ce blog fait preuve de résistance...

Trêve d'autosatisfaction, pour rappeler que dans l'immédiat après guerre on exigeait dans les bandes dessinées destinées à la jeunesse qu'aucune arme y soit représentée. Nombre de dessinateurs ont du ainsi gouacher de blanc par exemple le révolver que tenait leur héros, rendant ainsi leur récit incompréhensible. Dans le même temps les oeuvres de Joubert peuplée de cuisses fuselées de garçons illustraient les romans du « Signe de piste » édités par la très catholique maison Alsatia... Une censure absurde a été remplacée par une autre tout aussi absurde.

L'absent de Nicolas Daguerman

En quelque mots: Que c'est il passé entre les années 70 pour que l'image d'une fille nue de 12, 13 ans soit devenue un objet de scandale (cela aurait sans doute été pire si cela avait été un garçon).

J'ai pour ma part quelques éléments de réponse que je vais énoncer dans un ordre qui ne reflète pas leur degré d'importance (que je serais d'ailleurs bien en mal de définir, celui-ci changeant avec les années et les contrées.). Tout d'abord la sacralisation de l'enfant (terme vague dont il faudrait définir les frontières. Quand s'arrête l'enfance aujourd'hui?). Cette sacralisation me paraît principalement venir de ce que les parents n'ayant plus d'espoir pour eux mêmes dans une société en crise, les reportent sur leurs progénitures qu'ils idéalisent. L'enfant n'est plus un être réel mais une icône sanctifiée, désincarnée et bien sûr désexualisée. Sur cette dé-sexualisation, l'auteur prend judicieusement pour exemple la réaction tardive au film « Mon copain Rachid »* (malheureusement il ajoute un commentaire fort oiseux sur la qualité du film de Barassat): << On assiste dans ce film à un commerce sexuel entre mineurs: n'est-ce pas précisément (plutôt qu'une pédophilie finalement introuvable ce qui dérange tant le contemporain? Ce film n'a pas 15 ans qu'il est déjà insoutenable à nos yeux, probablement parce que l'évocation directe (c'est à dire en acte) de l'enfant est elle même devenu impossible, en ce qu'elle révélerait l'existence d'un désir-miroir dans lequel se mire la pédophilie>>. A propos de désir miroir c'est tout de même un miroir déformant car il s'agit d'un petit blondinet qui est en extase devant un jeune maghrébin un peu plus âgé que lui...  

Mon copain Rachid

Mon copain Rachid

Il me semble que l'exemple est un peu hors sujet. Le plus jeune des garçons dans le film de Barassat est un enfant, pourtant il existe des films, même si le sujet du désir pour un adolescent n'est pas rebattu, plus significatifs que « Mon copain Rachid », je citerais Eban & Charley, Pour un soldat perdu, Les amis, Chacun sa nuit, Elève libre...

Revenons un instant sur l'âge des sujets. On assiste actuellement sur une confusion entre pédophilie et éphébophilie, ce qui est très bien dénoncée dans le livre. Le pédophile est la femme ou l'homme attiré par les filles et/ou les garçons impubères. Les éphébophiles sont les femmes et les hommes attirés par les adolescents. Cette confusion est générée par l'infantilisation générale de la société. Tout est fait pour faire perdurer chez les jeunes l'état d'enfance et donc d'irresponsabilité. J'ajouterai que cette confusion n'est qu'une parmi d'autre dans un monde où les mots ont perdu leur sens.

Cette pudibonderie, ce rejet du corps, cette peur de la sexualité vient également de l'association sexe-mort causée par l'épidémie de Sida. Il ne faut pas oublier que les enfants d'aujourd'hui ont été engendrés sous cette menace. Refuser toutes sexualités à l'enfant à l'adolescent et même jusqu'au jeune adulte vient partiellement d'une peur de la contamination par le V.I.H. Cette maladie, malgré les progrès thérapeutiques, est encore dans l'inconscient populaire synonyme de mort. Le plaisir engendre la mort. Voilà le mot d'ordre caché, en premier lieu à eux même, que voulaient promouvoir de nombreux manifestants contre le mariage pour tous, ce dernier n'étant qu'un prétexte pour la nouvelle grande peur des bienpensants.

L'absent de Nicolas Daguerman

La grande qualité de la réflexion Nicolas Daguerman est de replacer l'interdit iconographique de l'adolescent dans le long temps de l'Histoire. Intérêt majeur à notre époque ou toute pensée semble annihilée par le fait que chaque individu, submergé d'informations, est incapable de s'extraire du présent, et par là, à la naïveté de croire que les postures dans le dit présent sont éternelles. Malheureusement l'auteur cède aussi à la mode décliniste qui voudrait que notre époque soit le pire de toutes. Il faut toujours rappeler qu'il est toujours plus aisé de faire la nomenclature de ce qui ne va pas plutôt que ce qui va. L'essayiste fait remonter ce tabou au mariage du christianisme et du pouvoir, lors de la conversion de Constantin, et en particulier à cette injonction: Croissez et multipliez-vous. Pour ma part je pense que la crise mondiale dont la nouvelle iconoclastie, dont traite cet essai, n'est qu'un des minuscules symptômes du résultat de ce funeste ordre soi-disant divin qui a entrainé la justification de la prolifération inconsidérée de notre espèce et dont a résulté la diminution de l'espace vitale de chacun. Pour y remédier je ne vois deux solutions radicales mais qui semblent in-envisageable (mais l'histoire est grosse de bien des surprises, comme dit l'autre): L'extermination d'une partie des terriens ou l'exode d'une grande proportion des humains vers une autre planète habitable. Il y a peut être une autre possibilité, c'est la transformation en profondeur de l'homme dans son être même.

Moins concluante est l'idée que suggère l'auteur que l'interdiction actuelle de la représentation de la nudité de l'adolescent viendrait de la peur qu'aurait les vieux mâles au pouvoir de voir exposer la magnificence des formes de ceux qu'ils relèguent loin des centres décisionnels. Voyant dans cette beauté étalée un danger pour leurs positions dominantes. Y aurait-il du Konrad Lorentz la-dessous?

aquarelle de René Sherer

aquarelle de René Sherer

Ce sont également les pédérastes eux-même qui sont responsables de la lapidation dont ils sont les victimes, pour avoir diffuser ou laisser diffuser des élucubrations pendant des années sur l'éducation et l'éveil des jeunes personnes. Que l'on se souvienne par exemple de la revue Possible qui avait une belle main et était joliment illustrée, notamment par les photos de l'association « L'école en bateau » qui éditait également un bulletin dans le même genre. On trouvait ces publications dans de nombreuses officines parisiennes (et sans doute ailleurs) comme « La librairie alternative », « Maspero » ou encore « Les mots à la bouche ». "Possible" au titre évocateur prônait l'idée que les relations sexuelles entre enfants et adultes étaient libératrices pour l'enfant (de quoi, de qui ?). Entre les lignes on pouvait comprendre qu'être enculé rendait intelligent, cela doit certainement élargir quelque chose mais je doute que ce soit l'esprit (je suis trivial à dessein pour bien montrer la connerie de ce genre de billevesées, énoncées par de doctes philosophes tel René Sherer ou Lapassade. Si ces étonnants penseurs avait eu raison, on aurait vu les prix Nobel trustés par les gigolos et les péripatéticiennes. Il me semble qu'une relation intime, de quelle nature qu'elle soit, est par essence aliénatrice; c'est d'ailleurs ce qui en fait sa force et sa beauté.

Aujourd'hui de telles relations sont décrites quelle que soit leur véritable nature comme le summum de l'horreur et de la dépravation, celui qui s'y livre ne pouvant être qu'un "prédateur". Il n'y a qu'une quarantaines d'années, dans les mêmes pays, qui séparent ces deux attitudes, à mon sens à peu près aussi ineptes l'une que l'autre. L'individu doit donc par la force des choses s'adapter...

Il y a bien des raisons pour lesquelles, peut-être comme jamais, les relations pédérastiques sont vouées aux gémonies, l'une d'elle qui façonne tout notre aujourd'hui est l'acculturation du peuple. De tout temps et encore de nos jours, le pédéraste a mis en vitrine le modèle (souvent plus fantasmé qu'historique) de la relation pédérastique dans la Grèce antique. L'éraste, l'ainé, apportant les lumières de son expérience (dans tous les domaines) à l'éromène, le garçon plus jeune. Petite incise, il est intéressant de constater que << La copulation homosexuelle par l'anus, à la différence de la copulation intercrurale est représentée par les peintres de vases uniquement quand elle met en jeu des gens de même classe d'âge;>> (Homosexualité grecque de K.J. Dover, La pensée sauvage, 1982). Cet alibi culturel donnait un lustre à ce type de relation même si dans la réalité tous les couples ainsi formés étaient loin de pouvoir être assimilés à celui de Socrate et d'Alcibiade. Mais dans notre société actuelle cette posture de l'ainé  jouant les pigmalions, ce qui n'est pas toujours un leurre, que l'on pense à la relation Gide-Marc Allégret, ne peux plus être comprise puisque quasiment plus personne apprend le grec ancien et que la référence au modèle antique faute d'instruction ne peut plus être entendue. Est-il besoin de le rappeler, que l'on assiste comme jamais au divorce entre culture et pouvoir.

L'absent de Nicolas Daguerman

L'auteur note utilement des évidences que l'on a trop tendance à oublier comme le fait que << l'adolescence reste une construction sociale du monde moderne, a contrario de la puberté qui constitue un état naturel alors même que les deux se produisent concomitamment.>>. Le terme même d'adolescent aurait été forgé au milieu du XIX ème siècle. Néanmoins dans l'empire romain, pour les patriciens, il y avait un statut pour le garçon qui n'était pas si loin de ce que l'on considère aujourd'hui comme l'adolescence. Autre truisme rappelé, pourtant semble-t-il ignoré, que l'homosexuel comme l'hétérosexuel commence par être pédophile dans le sens qu'il y a de grande chance qu'il connaisse ses premiers émois amoureux avant la puberté et que l'élue ou l'élu de son coeur ait le même âge que lui...

En revanche je ne le suivrait pas lorsqu'il assène qu' << aucune jeunesse n'a probablement été autant que la notre contrainte dans l'espace et le temps. >> (sous entendu par la société). Il fait fi là de cette mise en perspective dans le temps et l'espace qui est parfois la force de son ouvrage. Pour ne prendre qu'un exemple, il y en aurait bien d'autres, la jeunesse urbaine à la fin du XIX ème siècle, mise au travail pour sa très grande majorité dès 13 ans, était autrement plus contrainte que celle d'aujourd'hui. Une telle affirmation est d'autant plus paradoxale que l'on trouve plus loin une analyse de la condition des travailleurs strictement marxiste. Le chapitre ne s'appelle-t-il pas : La lutte des classes. Ce qui n'empêche pas quelques lignes après de nous resservir la veille antienne gauchiste de la libération de la jeunesse par le sexe. Daguerman chausse les lunettes de feu Duvert, qu'il lit d'ailleurs bien, ne le réduisant pas au chantre de la pédophilie, qu'il est aussi, en montrant bien la veine anticapitaliste de l'écrivain. On n'est pas obligé de prendre de tels verres pour s'apercevoir de la beauté adolescente. Et d'ailleurs un esclave ne peut-il pas être désirable? Probablement pas pour Daguerman travaillé par la mauvaise conscience de classe.

Dans une autre partie de son ouvrage notre essayiste cette fois accuse la famille moderne d'être carcérale (mais comme je l'ai écrit plus haut toute relation sociale empiète sur la liberté. Le misanthrope est libre mais seul et malheureux). Daguerman écrit : <<Jamais le père n'aura autant fait peser sur le fils son pouvoir.>>. Comme je pense qu'il est toujours bon de prendre ses exemples dans la littérature, modèle et miroir des sociétés, je conseillerais à notre essayiste de relire « Les Thibault » ou « Les faux monnayeurs » pour redécouvrir ce que pouvait être l'emprise d'un père sur un fils. Ce patriarcat était grosse de révoltes et c'est plutôt l'absence du père de nos jours qui engendre l'atonie des fils.

Si je suis d'accord avec le propos qui accuse la crise d'être responsable du fait que les jeunes soient obligés de vivre jusqu'à un âge avancé chez leurs parents, faute d'avoir assez d'argent pour habiter dans leur propre logis, fait qui entraine inévitablement une restriction de liberté pour le fils et par la même de liberté sexuelle. Mais à mon sens ce n'est qu'une partie de la vérité. Il existe un véritable syndrome Tanguy (ce n'est pas que du cinéma). J'ai pu constater, jusque dans mon entourage propre, que de jeunes adultes refusaient de quitter le cocon familiale non par manque de moyen mais passivité. Nous avons à faire à des berniques sociaux incapables de quitter le rocher qui les a vu naitre. Cela induit un manque d'appétit sexuel patent. Je ne dis pas que cette attitude représente la majorité des jeunes d'aujourd'hui mais ce phénomène existe. Il est engendré par deux causes d'une part la dépendance aux jeux vidéos qui a installé dans leur esprit que le virtuel était préférable au réel et d'autre part à un phénomène de mode. Dans la période immédiatement pré-sida, pour parler cru, il était tendance de baiser, de nos jours c'est tout l'inverse l'abstinence est souvent valorisée. On trouve dans « L'absent » un éclairant catalogue des lieux et groupes où celle-ci est prônée.

L'absent de Nicolas Daguerman

J'ai commencé par écrire que ce titre, « L'absent » n'est pas très bon mais il est surtout totalement faux. Sur les réseaux sociaux les photographies d'adolescents (parfois nus ou tout du moins très peu habillés) pullulent. Simplement ce ne sont pas les mêmes que celles d'hier. On y trouve principalement des selfies. La grande nouveauté réside dans le fait que ce n'est plus un adulte qui photographie les corps adolescents pour ensuite les iconiser (il reste tout de même heureusement ce gros dégueulasse de Larry Clark, cité qu'incidemment dans l'ouvrage) mais des adolescents qui se photographient eux mêmes, du narcissisme numérique ou/et de la masturbation photographique...

Avec cet oubli de la présence massive de l'image adolescente sur les réseaux sociaux, j'ai l'intuition que notre essayiste n'est pas un tout jeune homme. Une autre affirmation me confirme cette impression, quand il écrit que l'image du garçon a disparu du Japon depuis le début de l'ère Meiji! Que fait-il des mangas dont nombreux sont homo-érotiques sans même parler du yaoi, qui narre exclusivement des histoires de garçons aimant les garçons, certes destinées au filles et principalement dessinées par des femmes. Sans doute qu'il n'a jamais mis les pieds ni au Japon ni en Corée du sud sinon il ne pourrait que constater aussi la forte présence des images des stars adolescentes de la pop-musique locale dans ces deux pays.

L'absent de Nicolas Daguerman

Dans le même registre dés le début des années 90 on a pu constater le rajeunissement spectaculaire des mannequins hommes souvent âgé de moins de vingt ans. La firme Calvin Klein a été le fer de lance de ce changement. Elle a d'ailleurs sous la pression des ligues de vertus américaines été contrainte d'effectuer un sérieux rétro pédalage; mais le pli était pris.

Il ne faudrait pas non plus oublier que depuis 30 ans, cela semble vers 1985 que notre auteur situe le grand basculement iconographique, que la population française (pour ne parler que d'elle) a considérablement changé. L'arrivée sur le territoire européen de musulmans de plus en plus nombreux qui sont par essence iconoclastes, sans oublier que leur approche de la pudeur est très différente de celle des l'occidentaux, n'a pas été sans avoir de conséquences sur la façon qu'à la société de voir le corps de l'adolescent. Cette pernicieuse invasion a également changé insidieusement le rapport de l'adolescent avec son corps. En outre cette émigration peu désirée a eu pour conséquence la crispation des autres religions sur leur ligne la plus archaïque en particulier en matière de sexualité.

Autre phénomène moins prégnant mais qui n'est pas négligeable l'abandon de plus en plus manifeste du beau dans le milieu de l'art contemporain, cela a une influence sur la perception visuelle que l'on a du monde. Le lisse, le frais est devenu suspect.

Bisky

Bisky

Le texte est divisé en quatre parties. Les deux premieres tentent de placer la disparition de l'image de l'adolescent dans l'Histoire récente alors que les deux dernieres sont tournées vers le futur.

L'avant derniere, intitulée réhabilitation voit matière à espérer en la présence de la figure de l'adolescent dans l'oeuvre de trois artistes: Chen Wenling, A.E.S . et Evgeny Mokhorev. Là encore le choix surprend pourquoi n'avoir pas mis en exergue Sacrevoir, Paul P., Bisky ou Hernan Bas (ou d'autres, ils ne sont pas les seuls). Les deux derniers ayant une place beaucoup plus visible et importante dans l'art contemporain que les créateurs choisis par l'essayiste?

En guise de conclusion l'auteur adresse une prière pour que ne soit plus chassé de la production artistique l'image de l'adolescent ce qui est louable, souhaitable et bien vu car contrairement à ce que pense Daguerman, il n'y a guère que là qu'elle a disparu.

Bien que tournant un peu en boucle ce court essai d'une écriture fluide se lit agréablement. Outre le texte, le volume comprend un cahier central de photographies et une bibliographie. Si le choix des images est satisfaisant tout en étant un peu hors sujet par rapport au texte, on y trouve tout de même des oeuvres de Konrad Helbig, de AES+F, Mokhrev, en revanche la bibliographie est d'une pauvreté affligeante. On y cherchera en vain Foucault, Eribon ou Barthes; Shérer cité plus haut, très discutable mais incontournable sur le sujet est également absent de même que Matzneff et ses "Moins de seize ans". Si on exepte Mokhorev et Mc Bride aucun autre photographe est cité. Quant aux romanciers on ne trouve que Moravia car Duvert, Peyrefitte et Gide ne le sont pas pour leurs romans. Maurice Pons, Roger Martin du Gard, Sartre (pour l'enfance d'un chef), Edmund White et bien d'autres ne doivent pas figurer dans la bibliothèque de l'auteur pas plus que les nombreux historiens qui se sont penchés sur la pédérastie dans l'antiquité...

Cet essai est intéressant par le seul fait d'exister. Il pointe bien l'hystérie collective et internationale à l'encontre de l'image de l'adolescent malheureusement la réflexion de l'auteur est entachée trop par la nostalgie d'une époque qui était peut être celle de sa jeunesse... Surtout il confond ce qui n'est qu'un symptôme de la fin d'un monde avec un fait majeur de société obnubilé par ce qui est sans doute un problème majeur pour lui.

 

Nota

* Ce film est visible sur la toile à cette adresse: http://www.dailymotion.com/fr?ff=1&urlback=%2Fvideo%2Fx1zdqy_mon-copain-rachid_fun     

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Commenter cet article

betelgeuse 14/01/2015 20:10

Je plussoie pour l'essentiel. Un bémol néanmoins sur le cliché de l'ado qui se réfugie dans le virtuel du jeu vidéo, un livre me parait être le virtuel par excellence et personne ne nous blâme pour ce vice impuni.
un autre aussi sur l'interdiction de la représentation dans l'islam, voici un article fort edifiant sur la représentation du jeune mahomet en Iran http://etudesphotographiques.revues.org/747?lang=en

B.A. 15/01/2015 20:53

En voilà un judicieux conseil. Mais j'avais déjà pense à la Go Pro mais pas encore à la patinette. Vous êtes indispensable.

xristophe 15/01/2015 20:45

La patinette ! Et une GoPro sur le guidon. (Mais le standing de vos prédations artistiques va bcp baisser, bien sûr)

B.A. 15/01/2015 16:13

Ah mais je continue à les regarder moi et même à les photographier, certes moins qu'avant (je coure moins vite)

xristophe 15/01/2015 15:38

Pauvre zados c'est vrai qu'ils n'ont pas la côte aujourd'hui ; personne ne les écoute, ne les regarde, ne s'occupe d'eux, ne les plussoie, nid des lèvres, ni des dents. Solitude absolue : qui les assourdit plus encore que leurs casques en tous genres, de la patinette au portable - petits choux...

xristophe 15/01/2015 15:30

"Plus soie" n'est pas de moi BA (toujours aussi rapide !) mais de Bételgeuse II - qui persiste au lieu d'expliquer - s'abritant derrière "pullulement", en plus, lequel me semble bien mal connoté ("grouiller" "proliférer" "champignonner"...) - et sous Facebook que je ne fréquente pas. (Et moi j'invente mes néologismes moi-même).

jean-Marc 15/01/2015 11:10

Je plussoie...Pourquoi pas ? Cela me fait aussitôt penser à "je civette, je bainmarise, je ragougnasse" ( Patricia in "Les tontons flingueurs")

betelgeuse 14/01/2015 22:26

il parait qu'au debut du siecle on reprochait aux jeunes de trop lire. Socrate lui pestait contre l'écriture qui supprimait le par coeur...Bref il faut toujours faire un reproche aux ados.

betelgeuse 14/01/2015 22:23

ajouter 1+ comme sur facebook.La langue évolue, et avec Internet les néologismes pullulent

B.A. 14/01/2015 22:07

Déjà votre hapax d'il y a quelques commentaire m'en avait bouché un coin mais là avec le plussoie de Bételgeuse, je suis complètement obstrué...

xristophe 14/01/2015 21:53

Bételgeuse ; je "plussoie" ? variante de : "je diésois" ? (de "dièse"). Le contraire serait donc : je bémolise (existe) ou bien : "je bémolois" ? ("bémoloise" pour les filles) ?

B.A. 14/01/2015 21:36

Merci pour le lien.
Ce n'est pas qu'un cliché certains ados, et pas seulement des ados, se coupent de la vie réelle pour se réfugier que dans les jeux vidéo. Le parallèle avec la lecture n'est pas absurde mais il est rare de voir des gens lire toutes la journée et ceci tous les jours. J'ai un membre de ma famille âgé de 32 ans qui prend ses vacances en fonction de la sortie d'un jeu vidéo et durant les dites vacance ne sort de sa chambre que pour manger (le plus vite possible) et faire comme on dit ses besoins naturels... Je précise que moi aussi je joue aux jeux vidéos.

Bruno 14/01/2015 14:27

La toile fait apparaitre l'auteur en 1971
http://www.libfly.com/nicolas-daguerman-auteur-1901624.html
Il fut donc un peu jeune pour lire Possible qui doit dater de 1977/78, de mémoire. Mais peut être pas "Desert Patrol" de 1980 ou 81 bien étiqueté à la FNAC de l'époque. Pour "Co-Ire" il fallait aller aux Mots à la Bouche alors proches de Montmartre...autre époque.
La photographie d'un Faucon mériterait d'être plus que citée ! Les réflexions entendues lors de l'exposition, il y a quelques temps, à la MEP, étaient sidérantes : le "pédo" derrière ces images méritant presque le sort récemment dévolu à quelques dessinateurs....les iconoclastes devraient se compter mieux

BA. 14/01/2015 14:35

Bravo pour ce beau commentaire juste et informatif.
Je me pose tout de même une question que venait faire ces pourfendeurs des images de Faucon dans sa rétrospective où il était difficile à la maison de la photographie de rentrer par hasard. Les frustrés et honteuses (pas ceux de la grande Bretecher) sont les plus grands censeurs.