Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

En préambule de ce billet je voudrais prévenir les offusqués professionnels, genre useurs de semelles derrière les banderoles natalistes que, bien sûr je vous déconseille de visiter la chocolaterie de McCarthy et plus encore de lire le billet qui suit dont le malheureux et ignare rédacteur est loin de posséder la maitrise de la litote des auteurs de la plaquette présentant cette exposition, performance... je ne sais pas trop comment la nommée, que l'on vous remet gracieusement à l'entrée du labyrinthe qu'est cette chocolaterie. Car je vais évoquer des pratiques salissantes et curieusement (pour moi) sexuelles pour certains comme la scatologie et même la coprophagie...

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

De quoi s'agit-il exactement? Rien de plus à première vue que de la fabrication de figurines en chocolat de différentes grandeurs, mais les plus fréquentes ont une trentaine de centimètres de hauteur, et de leur stockage dans les pièces contiguës à celle ou est implantée la fabrique par elle-même. Les dites figurines proliférant (nous somme dans un work in progress) car leur vente est bien inférieure au nombre que l'on fabrique, elles sont en passe d'envahir totalement les locaux de la Monnaie de Paris, récemment restaurés à grands frais. Les figurines sont de deux sortes. La première est identique, en beaucoup plus petit, à l'arbre (tree en anglais, nom de l'oeuvre) qui a été dégonflée par les offusqués dont je parlais à l'entrée de mon article. Les dit offusqué y avait vu un plug géant alors que moi dans ma candeur cacochyme je pensais que c'était un pion d'un d'échec pour Titan (je suis actuellement très marqué par « L'invasion des titans » manga et animé qui font fureur en ce moment au Japon). La seconde représente le père Noël tenant ce même plug.

Il faut peut être à cet instant de la description de la manifestation, que j'éclaire certains, encore plus candide que moi, sur ce qu'est un plug.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Cet objet sert a obtenir un plaisir annal lorsqu'on s'assoit dessus (enfin c'est toujours pareil, seulement pour les amateurs de ce genre de plaisir). Une sorte de godemiché spécialisé en quelque sorte. Son introduction peut en outre être le préambule à des plaisirs plus importants, si je puis m'exprimer ainsi. Car l'objet peut être utilisé pour dilater l'orifice en question dans l'espoir (?).. d'y faire entrer des éléments plus copieux et donc d'éprouver un plaisir plus vertigineux encore (je ne peux pas vous faire un dessin, ni être plus explicite sous peine de faire interdire ce blog, certains s'y essayent avec beaucoup de constance et je ne veux pas leur tendre la perche). On voit que la vandalisation du plug de la place Vendôme par des coincé du cul est d'une logique biblique...

J'en étais à ce degré de réflexion quand soudain j'ai compris quel était le but de McCarthy: combler tous les trous du visiteur ne serait-ce que de manière virtuelle. La virtualité tient une grande place dans cette installation qui demande au visiteur beaucoup d'imagination. 

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Vous comprenez bien que la jouissance du premier trou, dont il est question plus haut, est problématique in situe (en raison du public et de quelques articles de loi particulièrement pudibonds). Vous pouvez toutefois différer ce plaisir en achetant un plug en chocolat à la boutique de l'exposition. Il vous en coutera 50 € tout de même, mais la boite est très jolie. Il me semble néanmoins que pour prendre du plaisir avec votre nouvelle acquisition, il vous faudra être en de bonnes dispositions d'une part, et d'autre part, faire l'expérience dans une chambre froide; sinon la chaleur de votre corps risque de faire fondre l'objet et rendre son introduction plus délicate. Malheureusement cet environnement climatique risque de nuire à « votre bonne disposition ». Les chairs se resserrant avec le froid. Vous pouvez en conclure que l'heure de visite aura de longs et fructueux, mais probablement douloureux, prolongement à votre domicile. Une telle opération peut en outre déboucher sur une expérience coprophage. Je vous laisse imaginer... toujours pour des raisons d'iniques censures

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Autres orifices qui vont se réjouir vos narines. Dès l'entrée de la manifestation qui commence par l'exposition de la machine servant à fabriquer les figurines, machine qui oeuvre pendant toute l'exposition et est alimentée par deux jeunes filles qui semblent échappées d'un manga, l'engin est curieusement sise dans une sorte de cabane de trappeur, on est assailli par l'odeur du chocolat qui devient de plus en plus prégnante au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans l'installation. Là selon votre constitution vous serez soit écoeuré, au bord de ce que l'on appelle assez improprement la crise de foie ou dans un état proche du manque du drogué, car malgré le pullulement des sujets en chocolats il est interdit d'en manger. Ainsi vous errerez l'oeil hagard dans le dédale des pièces encombrées de ces tentantes gourmandises, tel Omer Simpson en murmurant << chocolat, chocolat, CHOCOLAT>>. Vous vous doutez bien que j'étais dans la seconde disposition...

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Je fus sauvé des affres de la tentation, qui auraient pu me conduire aux dernières extrémités, par les restes de mes dons d'observation. Je vis qu'un des plugs encombrant l'âtre d'une cheminée avait été brisé, se trouvant au niveau du sol, vraisemblablement par un coup rageur de tatane d'un iconoclaste gourmand. Là encore il me semble qu'il faut une explication supplémentaire . Les plugs sont remisés encore tièdes. Les sujets en chocolat adhèrent sur la surface sur lesquels on les dépose. Tout comme le plug courant qui est souvent muni d'une ventouse qui le fixe à une surface, généralement horizontale, ce qui lui évite de riper lors de l'introduction... C'est donc cette adhérence qui explique qu'un coup de pied vindicatif ait pu casser en deux l'objet de ma convoitise.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Je me suis donc saisi de la partie supérieure de l'objet, qui pour des personnes à large ouverture buccale peut éventuellement être un substitut à la fellation active, mais peut être que ma libido exacerbée par l'environnement chocolaté me fait m'égarer dans des hypothèses oiseuses, et j'ai grignoté le large morceau de chocolat le restant de ma visite. Non sans avoir soigneusement la moitié restante de la partie supérieure du plug, soit environ ¼ de la figurine à sa place, tournée vers l'extérieur de manière qu'un visiteur peu vigilant, j'en ai détecté quelques uns, ne puisse voir mon demi acte de vandalisme. Il est bien évident que je ne vous encourage nullement à m'imiter sinon que resterait-il de l'oeuvre de McCarthy dans les jours qui vont suivre?

C'est donc ainsi que mon estomac fut apaisé et un de mes trous comblés enfin pas tout à fait car le chocolat de la chocolate factory de McCarthy n'est pas exceptionnel et si sa qualité est honnête, elle est loin de justifier son prix d'achat. Plutôt qu'à notre fils de mormon adressez vous à un rejeton de protestant suisse pour vos chocolats de Noël.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

L'estomac un peu calé j'ai pu me repaitre sans entrave du son qui accompagne toute la visite, excellente sonorisation qui ravira les orifices que vous avez de chaque coté de la tête. Si on ne doute pas un seul instant que ce que l'on entend sont des grognements de plaisir, plaisir probablement sexuel, on n'identifie pas immédiatement qui peut en être l'émetteur. J'hésitais entre le rut du sanglier ou celui du grizzli nain quand, au détour de mes pérégrinations chocolatés je tombais en arrêt devant la projection d'une vidéo montrant l'artiste lui même poussant ses rauquements d'extase lorsqu'il écrit d'une manière compulsive et d'une écriture saccadée, sur de larges feuilles de papier: fucking america. Il aurait bien tort de se priver d'une telle extase qui demande somme toute peu de moyen. La vidéo passant en boucle vous n'échapperez pas une seconde à l'expression du bonheur de notre installateur. Mais rassurez vous le créateur à d'autres moyens pour atteindre l'extase, notamment la défécation car si on examine bien les dessins sur lesquels il s'est représenté dans cette activité, sa béatitude fait plaisir à voir.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

J'en réfère maintenant à la sagacité des lecteur qui comme moi iront visiter cette éphémère chocolaterie, car il y a une chose que je n'ai pas compris dans cette manifestation, c'est la présence de plusieurs lits de guingois dans certaines des pièces. Quel est le sens de leur présence? Est-ce une invitation à des travaux pratique? J'attend vos hypothèses.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

J'ai pu faire à peu près toutes les photos que j'ai voulu malgré une formelle interdiction de photographier, car les malabars surveillant la chose, peut être intoxiqués par les effluves chocolatées, étaient très statiques. Seul le manque de lumière a été génant.

Si je puis me permettre je vais faire une suggestion à l'artiste. Il me semble qu'il serait intéressant pour les amateurs d'art contemporain (et de chocolat) que le jour de la fermeture la Monnaie de Paris invite les visiteurs à un grand happening, les intimant d'ingérer plugs et pères Noël porteur de plug jusqu'au dernier. Une sorte de remake de la grande bouffe filmée par les caméras de surveillance. Le film de cette orgie de cacao pourrait être ensuite projeté ce qui ferait l'objet d'une autre installation...

Pour faire court en guise de conclusion je n'ai pas regretté mes huit euros, prix de la visite pour avoir eu autant de sens sollicités.  

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Paris, décembre 2014

Paris, décembre 2014

Commenter cet article

Martin 26/12/2014 11:46

les éructations d un artiste en fin de carrière sans inspiration et qui survit en manipulant les conservateurs et la presse, pathétique

ismau 22/12/2014 01:18

Pour moi Mc Carthy ou Delvoye ne sont pas si différent de Dali le provocateur, ou de Baudelaire condamné pour « délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs » à cause de « passages ou expressions obscènes et immorales » … «  L'odieux y coudoie l'ignoble, le repoussant s'y allie à l'infect » est-il écrit dans un article du Figaro de 1857 qui déclenchera le procès des Fleurs du Mal .

''J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or '' c'est bien ce que fait également Mc Carthy en récupérant un objet scabreux ( le plug ), un objet de consommation ordinaire ( la figurine en chocolat ), et même des insultes, pour les transformer en or-œuvre d'art, non sans humour . Si le public ne voit que la boue, c'est bien dommage ! …et aberrant quand les cochons tatoués de Delvoye provoquent les protestations de militants de la cause animale .

B.A. 22/12/2014 07:07

Les cochons de Delvoye m'avaient donné l'idée lors des dernières municipales (je m'occupais de la campagne d'une liste dans une grande ville de la banlieue parisienne, de mettre des hippopotames dans la Marne (aucun problème d'acclimatation pour ces bestioles jusqu' à -10°) et de leur coller des affiches de notre candidat à la mairie sur leur large dos retombées médiatique assurées et élection probable. Hélas ma suggestion, un peu couteuse mais pas tant que cela , mon dossier était sérieux, n'a pas été retenu et bien nous avons été battu!

xristophe 20/12/2014 20:13

... Et pour ma part j'en resterai au fameux dalinien "Je suis fou du chocolat Lanvin !..." - qui a dû lui "rapporter" plus en dollars et en or (au grand dam de Breton) que tous ses godes en mauvais chocolat au "pauvre" américain. (Je préfère également la méthode Baudelaire - et toujours à propos de cette sublimation excrémentielle fonctionnant en "signe ascendant" : "J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or"... On n'est pas plus ringard, plus coincé...

ismau 20/12/2014 16:09

Merci pour cette appétissante visite, de plus fort instructive et esthétique grâce à vos très belles photos, et à votre texte … réjouissant !
Plusieurs aspects du travail de Mc Carthy m'ont rappelé la fameuse installation de Wim Delvoye ''Cloaca''  . Elle au contraire pas du tout appétissante, mais il en était question : d'appétit, de goût et éventuellement de coprophagie, de création et de provocation aussi ( avec l'apparent sérieux d'un laboratoire scientifique la machine de Delvoye reproduisait le processus de la digestion ; on entrait des aliments et en bout de chaîne, sortaient des excréments )  . Ma visite de cette installation en 2007 au Casino du Luxembourg me laisse un grand souvenir, mais beaucoup moins plaisant que le vôtre  question odeur ( avec Delvoye c'était épouvantable ) et pour les ''collectionneurs'' juste un petit sachet d'excrément sous vide !

Quand aux textes et enregistrements de Mc Carthy, il s'agit en fait d'une récupération des insultes dont il a été l'objet place Vendôme . Voilà les précisions que j'ai trouvées : '' … en trois jours à peine, Paul Mc Carthy a rebondi.  Rebondir, chez McCarthy, ça veut dire produire. Produire la chocolaterie comme bordel autant philosophique que cathartique. Plutôt que d'être chocolat, exposer le chocolat. Faire son lit à la Monnaie de Paris. Installer une petite table, des projecteurs, du papier à dessin. En faire la scène d'une activité frénétique, utilisant la main gauche comme moteur à des inscriptions au feutre, crissant indéfiniment. Enregistrer cette frénésie du poignet en vidéo. 
"Are you the artist?" "Fuck you" "Stupid (ou "stuped") American". "Are you the artist" "Fuck you" "Stuped American" Reproduire les insultes, indéfiniment. En faire son cinéma permanent. S'accompagner de la voix, racleuse, rocailleuse, parfois suraiguë et toujours graveleuse.''

B.A. 20/12/2014 17:56

Le parallèle avec Delvoye est fort bien trouvé. J'ai vu la machine de Delvoye mais malheureusement pas en fonctionnement. Ce que je préfère chez lui à l'humour très belge ce sont ses cochons tatoués d'autant qu'ainsi les cochons élus meurt de vieillesse un peu comme la dinde annuelle de la maison Blanche... On reste dans le festif et dans l'empêcher du festif.