Mommy, un film de Xavier Dolan

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mommy, un film de Xavier Dolan

 

Xavier Dolan a réussi à filmer l'intérieur du cerveau d'une mère ayant perdu prématurément son enfant alors qu'il n'était qu'un adolescent. C'est percutant et passablement obscène. Seul un jeune homme peut avoir l'impudeur et l'inconscience de filmer cela. Critiquer le film formellement est un peu dérisoire lorsqu'on a reçu un tel choc pour peu qu'un tel événement rentre même un peu en résonance avec ce que vous avez pu vivre.

L'argument du film tient en quelques lignes: Diane est veuve et se retrouve contraint de garder son fils, un adolescent victime de trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) après que celui-ci est été expulsé d'un centre de rééducation. Ils rencontrent bientôt leur voisine Kyla. Ensemble, ils tentent de retrouver une forme d'équilibre.

Tout d'abord l'originalité du film immédiatement perceptible est qu'il est tourné en format carré. Pourquoi pas, avant le 24x36 beaucoup de photographies étaient carrées. Il est idéal pour les portraits, et « Mommy » n'est rien d'autre que le portrait de trois personne au mental instable. Ce format est au début gênant; mais après quelques minutes l'oeil s'habitue. On oublie ce procédé qui est moins gratuit qu'on pourrait le penser car ce format force à filmer au plus près des personnages si bien que durant tout le film on se trouve en osmose avec le trio sur lequel il repose. Cette impression de proximité est encore renforcée par l'utilisation fréquente d'une faible profondeur de champ et par un filmage à l'aide d'un steadycam pour coller aux plus près des acteurs. Ces derniers sont magnifiques. Comme dans les films de Mike Leigh, on doute à chaque instant que ce que nous voyons ne soit pas « de vrais gens ». Cette perfection est paradoxalement dérangeante mettant le spectateur dans la position d'un voyeur fort indiscret.

Xavier Dolan, à l'instar de Sacha Guitry fait à peu près tout sur ses films. Réalisateur bien sûr, mais aussi scénariste, monteur, cadreur, costumier et parfois acteur, j'en oublie probablement. Il me semble que plus de regards extérieurs ne nuiraient au travail de ce garçon indéniablement doué. Par exemple cette idée de faire figurer sur la première image une annonce comme quoi le film se déroule en 2015 et que les mères ont le droit d'abandonner leur enfant si elle ne sont plus capable de faire face à leur éducation. D'une part cette annonce induit la fin du film, il est toujours regrettable de vendre la mèche d'une histoire avant sa fin. Surtout cette suppression permettrait d'éviter la dernière séquence de l'hopital aussi pénible que superfétatoire. Il aurait été judicieux d'arrêter le film sur la séquence du supermarché.

Xavier Dolan a un grand sens du casting engageant trois acteurs chevronnés Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément avec lesquels il avait déjà tourné. Dorval interprétait déjà la mère dans J'ai tué ma mère. Elle est aussi apparue dans Les Amours imaginaires et Laurence Anyways. Suzanne Clément jouait le rôle féminin principal dans Laurence Anyways. Quant à Antoine-Olivier Pilon s'il n'a que 17 ans ce n'est néanmoins pas un novice devant la caméra. Il avait déjà joué dans un précédent film de Dolan (Laurence Anyways) ainsi que dans le clip que le jeune cinéaste a réalisé pour le groupe Indochine.

Mommy suggère qu'au Québec le niveau de français est un marqueur social et que parler joual est l'apanage des classes populaires. J'aimerais que mes visiteurs québécois me disent ce qu'ils en pensent.

Après ces considérations cinématographiques et même émotionnelles, il faut savoir que si vous allez voir Mommy vous allez passer un peu plus de deux heures avec un garçon taré et pas bien malin et sa mère qui, elle n'a ni inventé le fil à couper le beurre ni le seau à charbon.

Avec ce film, de plus en plus souvent je m'interroge: Pourquoi passer au cinéma deux heures avec des gens que je fuirais à toutes jambes dans la réalité?      

Mommy, un film de Xavier Dolan
Mommy, un film de Xavier Dolan

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Laurent Beaulieu 18/10/2014 16:46

En effet au Quebec en particulier le language égale classe sociale et éducation. Le joual a toujours été la langue des classes populaire, ouvrière, paysanne. Une personne éduquée ou un professionnel parle avec un vocabulaire qui dénote tout de suite la couche sociale. Cette différence entre la classe paysanne ou populaire et la classe aisée se dénote depuis le régime Français et à toujours été ainsi. Dans le reste du Canada Français, en Ontario, Saskatchewan, Manitoba, Nouveau Brunswick, il n'y a pas de joual, la raison, il n'y a pas d'histoire de différence sociale comme au Québec parce que les groupes linguistiques sont trop petit.

B.A. 18/10/2014 18:04

Merci de vos précisions bien utiles pour mieux comprendre le film.

Gaillard 16/10/2014 00:57

C'est un film audacieux et très intéressant. Très belle interprétation des acteurs.