Modiano Prix Nobel!

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Modiano Prix Nobel!

Ah la bonne nouvelle! Résonnez musettes, serinez fifres, gonflez vous binious, pour fêter l'évènement car on ne reverra pas de sitôt un écrivain français couronné du prestigieux prix. Les ignares médiatisés y vont de force louanges, déclarant que l'Académie suédoise avait primé un des plus grands écrivains français vivants, mais où ces bateleurs d'estrades en voient-ils d'autres?

J'en ai déjà entendu un, un certain Traquenard ou quelque chose comme cela, qui présentait la chose comme une revanche française sur le roman américain... Réjouissons nous, en ne pensant pas aux lendemains qui déchanteront, de voir que les lettrés vikings, alors que l'on parlais beaucoup comme nobelisable d'un écrivain africain, marxiste de surcroit, donc tout pour faire frétiller ces doctes jurées, aient choisi Modiano. On présente désormais ce dernier comme le Proust du XXI ème siècle! Si si j'ai entendu cela; c'est moins bête que de le réduire à l'écrivain de la période de l'occupation, alors que moins d'un quart de ses romans se déroulent durant cette période, car la mémoire à l'instar du grand Marcel est bien le sujet de son oeuvre. Je ne vois qu'un autre romancier qui ne serait pas indigne d'une telle récompense et qui a lui aussi a mis la mémoire au centre de son oeuvre, c'est Angelo Rinaldi. Je m'étonne d'ailleurs que l'on ne fasse pas plus souvent le parallèle entre Modiano et Rinaldi (en fait cela m'tonne pas tant que cela, vu la rareté des véritables lecteurs). Mais l'ombrageux Angelo, pour un tel prix, a brûlé ses vaisseaux en se faisant incorruptible critique et en n'étant pas fidèle à un seul éditeur. Il faut bien reconnaître aussi que nombre de ses livres n'ont pas la rigueur de ceux de Modiano dont l'apparente simplicité de forme cache une science consommée de l'architecture romanesque.    

Publié dans livre

Commenter cet article

Bruno 07/12/2014 22:51

Le discours ici :
http://www.lemonde.fr/livres/video/2014/12/07/suivez-en-direct-le-discours-du-prix-nobel-de-patrick-modiano_4536151_3260.html

B.A. 08/12/2014 12:01

Merci de nous communiquez le moyen de voir ce grand moment modianesque. La surprise de Modiano à la dernière phrase de son discours et s'apercevant que c'était fini est assez incroyable.

ismau 12/10/2014 17:05

Je n'ai lu que deux Modiano : « Rue des boutiques obscures » et « De si braves garçons », livres que j'ai beaucoup aimé - récit et style - mais qui ne m'ont pas non plus bouleversée … au point d'imaginer qu'il aurait un jour le Nobel ! Sans doute, me manque-t-il d'en avoir lu davantage ? Mais j'ai eu justement avec ces deux seuls livres, l'impression sans doute présomptueuse d'avoir fait le tour de la question, ou presque . C'est la répétition à l'identique de ses thèmes, de ses « effets » de style et de construction ; doublée de ce que je lisais ou entendais sur ses livres -correspondant exactement à ce que je venais de découvrir- qui m'a laissé croire que son oeuvre manquait finalement de plus de richesse ou de complexité . Son style est lui d'une grande élégance et subtilité, très agréable à lire aussi . Mais est-ce suffisant ? Proust c'est tout au contraire, au-delà des recettes personnelles de « style », au-delà des effets, au delà même d'une certaine « rigueur » ; un univers tellement plus large et profond ! ( Rinaldi... alors là c'est délicat ! j'attends avec prudence d'en avoir lu plus que deux – ce qui ne saurait tarder - pour me prononcer sur son Nobel ! )

xristophe 13/10/2014 16:03

Sauf le respect que je dois à BA (qui me fit faire la découverte d'Angelo !) (quel poids écrasant de reconnaissance à vie), très chère Ismau - il me semble que mes "arguments" pour lire non pas Modiano mais ancora Lui, l'archange Rinaldi... - ne sont pas mal "persuasifs" non plus... Et même, je vous conseille, pour votre troisième immersion (en plus des deux premiers qu'il faut bien sûr encore relire deux ou trois fois...), livre qui vous "bouleversera" comme n'ont pas su le faire (selon vos dires) vos deux précédents Modiano - le si touchant et pathétique "Jardins du Consulat". (Rien que la première page déjà, "envoi" unique de dédicace à une femme réelle et nommée de son nom qu'il a aimée... et vous ne pourrez plus vous arrêter.) (Pardon je tombe dans le pire style journalistique.)

xristophe 13/10/2014 15:32

Eh bien comme indiqué jà ci-dessus mais c'est un plaisir de recommencer, très cher BA : "Dans un état critique", et puis : "Le roman mode d'emploi" (pê sans l'article) (je ne me suis pas encore offert celui-là) (celui-ci)

B.A. 13/10/2014 07:31

merci de me donner le titre du recueil d'article de Rinaldi que j'ajoute à ma longue liste à me procurer.

B.A. 13/10/2014 07:20

Je déconseille même fortement de lire l'oeuvre de Modiano par ordre chronologique. Pour commencer il faut éviter ses trois premiers roman qui s'ils restent dans les thèmes de l'auteur, même s'ils sont moins travaillés par la mémoire. Ses trois premiers livres sont sous l'influence de Roger Nimier. Je ne pense pas non plus qu'il faille commencer par Pédigrée qui ne "vaporise" moins de brume que tous les autres romans. Pour les autres ont peu les lire dans le désordre. Ils sont un peu comme un seul même roman avec des personnages de deuxième plan et des doubles de l'auteur qui se cache sous différentes identités. J'avance un titre pour commencer celui de "Dans le café de la jeunesse perdue".

xristophe 12/10/2014 22:53

(Pour Bruno et BA) Merci mais pour moi j'ai, bien sûr, cette Somme... hélas si lacunaire encore malgré son épaisseur et sa richesse... (J'allais faire la réflexion de BA...). J'ai même, depuis peu, également (et en avance sur BA et Bruno !) mais pas encore ouvert : "Dans un état critique" (critiques de 98 à 2003). Il y a aussi "Le roman mode d'emploi" (ou qqch comme ça). (Mais je ne dévore pas les gens que j'aime ! je les savoure infiniment...) Je crois que le dieu caché Angelo écrit aussi (et en ce moment même ?) dans l'électronique journal plus ou moins américain Huffingtonpost... J'ai de lui là dedans un article récent (2012)... Il ne m'étonnerait pas que le grand "détective" Bruno sache très bien où il est possible... d'écrire à Rinaldi Angelo ! - même si je crains les pires mépris (mérités) pour ma prose - et mon audace...

ismau 12/10/2014 22:05

Vos arguments sont persuasifs ! Je poursuivrai donc dès que possible mon exploration de Modiano… mais l'ordre de lecture de ses livres a-t-il une importance ? Est-il préférable de respecter l'ordre chronologique de parution ?

B.A. 12/10/2014 21:40

J'ai ce livre qui est une merveille de lecture. Ce qui serait intéressant pour les inconditionnels du bel Angelo, dont je suis malgré mes réserves sur ses mérites pour obtenir un Nobel (mais il le méritait bien plus que Le Clezio), ce serait de pouvoir lire les 808 autres critiques. Il y a un autre volume de ses critiques qu'il a écrites après son départ de l'Express mais je n'ai pas ce livre.

Bruno 12/10/2014 19:20

Pour Rinaldi et son futur et certain ;-) Nobel, lire :
"Service de presse", Plon, 1999
recueil de 192 critiques parmi les 1000 données entre 1976 et 1998 à L'Express
Bonnes lectures

B.A. 12/10/2014 19:16

Question profondeur l'oeuvre de Modiano est un abime car il se joue constamment du lecteur par exemple par l'utilisation de noms qui correspondent à ceux de gens qui ont réellement existé et qui enrichisse le personnage du livre qui est pourtant différent de cette personne dont elle emprunte le nom. Je prend un exemple la personne que cherche le vieil écrivain (double de l'auteur) de son dernier livre qui a "remplacé" sa mère un an durant son enfance (voir son autre roman " remise de peine") soit vers 1955 s'appelle Chantal Grippay. La véritable Chantal Grippay a été une des victimes du bon docteur Petiot soit en 1944. Cette brave dame que l'on surnommait la chinoise vivait avec Adrien Le Basque un membre de la gestapo française... Ce qui donne toute une profondeur au texte et qui demande du lecteur un petit effort de recherche. Le plaisir de Modiano étant beaucoup plus en aval de l'écriture par ce genre de pistes (parfois fausse) qu'il sème dans ses roman. Même chose pour la géographie. les adresses sont souvent importante et souvent elles n'existent pas... Tout cela pour dire combien Modiano a quelque chose à voir avec l'oulipo, ce qui n'est pas complètement extravagant puisque c'est Queneau qui a été son éditeur chez Gallimard. Le style de Modiano est simple toute la complexité est dans la construction de ses romans. On peut dire la même chose de Murakami son concurent malheureux du Nobel.

xristophe 10/10/2014 16:07

... Proust non plus n'est pas toujours si "rigoureux"... Au-delà d'une certaine turbulence intérieure la rigueur craque aux entournures...

xristophe 10/10/2014 15:47

Ah non c'est pas une bonne nouvelle pour moi que Modiano ait eu le prix mérité du seul Angelo ! (Merci tout d' même à vous d'en faire état même si du bout des lèvres) (Je commence ma grève de la faim................... )

xristophe 12/10/2014 16:18

Bon, bon, si vous les dites... J'm bien du Gard et surtout comme ami de Gide (pour nous, la riche Correspondance qui en résulte). Mais Angelo est trop fougueux (malgré sa méticulosité ravissante) pour éviter que "craque" un peu "aux entournures", parfois - si vous le dites -, son à la fois soigneux et fulgurant, torrentueux récit... Et il y a même qq moments de "bonace", de stagnation, où l'on s'ennuierait presque (mais je ne l'avouerais pas même sous la torture) - et puis redémarre dans le microcosme magnifique de luxe, sans préavis, un nouvel apport de fraîcheur surabondant et l'on se dit mais d'où sort-il tout ça, s'arrêtera-t-il jamais de prodiguer tant de merveilles... et quand lui donnera-t-on son prix Nobel !

B.A. 12/10/2014 09:28

Mais si il se perd et même assez souvent dans la chronologie ainsi les âges des personnages ne sont pas toujours en phase avec les évènement qu'ils vivent pour cela il suffit de lire ses roman un crayon à la main en notant les repères chronologique et vous vous en apercevrez comme moi. Cela n'arrive presque jamais à Modiano et n'arrivait jamais à Martin du Gard qui écrivait une soigneuse biographie de chacun de ses personnages puis les faisaient coincider ainsi qu'avec les évènement historique. C'est en cela entre autres que Les Thibault est un roman remarquable.

xristophe 12/10/2014 01:55

Rinaldi se perdre ! C'est le lecteur qui peut se perdre, mais pas lui...

B.A. 11/10/2014 19:29

Ce que vous dites de Rinaldi peut s'appliquer parfaitement à Modiano car la grande habileté de Modiano réside dans la construction de ses romans en général plus adroite que celle de Rinaldi qui s'y perd parfois un peu en particulier en ce qui concerne la chronologie (voir mes billets sur ses romans). La grande différence entre les deux écrivains réside dans la construction de la phrase, longue et méandreuse chez Rinaldi et courte et sèche chez Modiano qui allie précision de la géographie de la phrase et savant flou dans ce que leurs juxtapositions révèlent. Donc pour reprendre vos termes il n'y a pas d'homogénéité entre le micro et le macro chez Modiano.

xristophe 11/10/2014 17:28

BA vous êtes gentil de supporter mes insolences... gratuites, en plus. Vous me donnez envie de retourner "chez" Modiano ! Le film, je l'ai bien aimé. C'est même pour ça que j'avais acheté le livre. Mais ceci se passait en des temps très anciens... Mais, vous savez, moi c'est surtout le style qui me retient... (Je crois que pour une fois, c'est même qqch dont l'ardeur avec quoi il en parle me retint chez Céline : je dis "en parle", car c'est dans une célèbre interviewe ; je ne suis pas sûr que son style m'emballe mais on moins il en fait état, de ce "paramètre", avec passion). Et il n'y a pas que le style à l'échelle de la phrase. Chez Rinaldi par exemple, il y a une micro-construction de "l'intrigue" qui est quasi... mallarméenne, ou musicale, pour moi (qqf "policière") : on est loin des lourds sabots du "nouveau roman"... La façon dont (par exemple) il lâche une information (sur un personnage, un évènement) qu'il laissera presque s'enfoncer, se dissoudre dans l'oubli - et qu'il réveille, quelle élégance, juste au moment où il allait être trop tard pour la mémoire ! Il l'enrichit alors un peu, ou bien bcp, de loin en loin, et le mène à son terme souvent florissant. Ou qqfois la "ligne" est brusquement interrompue par l'annonce de la mort d'un personnage (il était déjà mort au début, on ne le savait pas)... etc. etc. Il est vrai que cette complexité à grande échelle (ce sont des fugues entrecroisées ses narrations - qui forment des bouquets, et toujours un si émouvant bouquet final...) (et qu'on ne dise pas que c'est un poncif) (il y a poncif quand il n'y a pas style) présente en plus une sorte d' "homothétie" avec la célèbre complexité et longueur de ses phrases ! Homogénéité entre la macro et la micro (et si l'on peut dire) structure...(Idéal boulézien !)

B.A. 11/10/2014 14:32

C'est pourtant un de ses meilleurs livres. Le film n'est pas mal non plus pourtant il a été assez mal reçu. En effet Marielle y joue un homosexuel bizarre (bizarre un des mots préférés de Modiano). Je trouve curieux que l'on ne puisse pas aimer les livres de Modiano lorsqu'on apprécie Proust ou Rinaldi car au delà des styles différents ils ont les trois comme sujet la mémoire.

xristophe 10/10/2014 23:47

Modiano est très bien chez Pivot quand il bredouille: il est charmant... (Je maintiens qu'il bredouille) Il est vraiment attendrissant. Je ne savais même pas qu'il écrivît... Ah si, j'ai traîné mon ennui dans un sien "Villa triste" (tiré d'un film ou le contraire - avec Marielle je crois) mais n'ai pas pu le terminer...

B.A. 10/10/2014 16:33

Je pense et maintient que Modiano est le seul français qui mérite un prix de cet ampleur et cela corrige la bévue de l'avoir attribué il y a cinq ans au joli blond tiers-mondiste. Reste que je suis pas loin de penser qu'il aurait peut être été plus judicieux en regard de leur audience internationale de primer Murakami qui risque d'être comme ce pauve Graham Greene favori durant 20 ans mais qui ne l'a jamais eu, ou Philip Roth (mais ses dernières histoires de prostate sont un peu pénible) ou Cormac McCarthy vu leur âge pour ces deux là il ne faudrait pas trop trainer. Curieusement le nom de Ian McEwan n'était pas cité cette année, il y avait aussi les noms de Le Carré et Umberto Ecco.
Bien sûr la construction de la recherche n'est pas un modèle de rigueur mais le temps retrouvé boucle quand même pas mal l'affaire et il est à parier que Marcel aurait encore peaufiné son ours s'il avait encore vécu?