Les français de la décadence d'André Lavacourt

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les français de la décadence d'André Lavacourt

 

 

« Les français de la décadence » est un OVNI littéraire absolu. Lorsque l'on est venu à bout de cet imposant pavé, qu'il est difficile de lâché avant la dernière page malgré quelques baisses de tension dans le récit, on ne peut que s'interroger sur les desseins de son auteur, André Lavacourt, sur lequel je reviendrais longuement par la suite. S'est-il donné pour but la description de la société française des années 50 sous couvert de celle qu'il imagine pour 1973? Ceci par le biais d'une cinquantaine de personnages que l'on suit sur sur 619 grandes pages imprimées en petits caractères. Le maousse pavé. Ou a-t-il voulu par la savante imbrication des vies de ses créatures de papier illustrer la fameuse règle des trois degrés de séparation qui stipule que tout homme sur terre n'est séparé de la connaissance d'un autre homme que par trois personnes seulement? Où encore a-t-il eu le désir de composer un roman total qui embrasserait tous les genres littéraires, roman philosophique, épistolaire, policier, d'espionnage, d'anticipation, sous contrainte, essai sociologique, politique, tentative d'inclure le théâtre à l'intérieur du roman... Peut-être tout cela à la fois et il n'a pas été loin de parvenir à réussir ce tour de force.

L'auteur a découpé son roman en cent courts chapitres. Chacun est dévolu (sauf à la fin de l'ouvrage) à un personnage, à une famille ou à un groupe. Ces créatures, rarement ragoutantes, entretiennent entre elles de nombreuses relations des plus variées. Elles vont de la concupiscence, au meurtre en passant par de nombreuses interférences sexuelles, amoureuses (rarement, l'amour est chiche dans cette population romanesque) économiques ou politiques. D'autres se croiseront sans se voir. Pour faire passer agréablement son étrillage en règle de la société française Lavacourt l'a habillé habilement en roman d'espionnage, façon John Le Carré (ce dernier n'avait encore rien publié en 1960 lorsque paraît « Les français de la décadence »).

Pour bien savourer l'ouvrage le lecteur d'aujourd'hui ne doit jamais oublier que le livre est paru en 1960 et a très probablement été écrit quelques années auparavant... Soit au summum de la guerre froide et en pleine guerre d'Algérie.

Le roman commence en 1972 (l'auteur nous projette donc dans le futur, douze ans après la date de parution du roman), exactement le 26 aout. L'armée française est confrontée à une révolte armée à Madagascar. Le président de la République (la septième, la nouvelle constitution ne date que de 1969), monsieur Profiterol ainsi que le président du conseil, monsieur Vrain-Lucas sont préoccupés par cette guerre que l'on ne peut nommer comme telle.

Ce serait une grave erreur de lire les « Français de la décadence » comme une uchronie de même qu'il est absurde de lire comme telle « 1984 » d'Orwell. Il ne s'agit pas d'une Histoire parallèle à notre Histoire puisque en 1960 Lavacourt n'étant pas devin ne pouvait savoir ce qu'elle serait. Ensuite sur le plan strictement littéraire le point de divergence avec notre Histoire n'est pas signalé. Mais selon le récit on subodore (après moult recoupements) que celui-ci est situé quelques années après la seconde guerre mondiale. C'est d'ailleurs une des faiblesses du livre que de ne pas avoir été clair sur ce point. J'envisagerais comme point de divergence la mort de du général de Gaulle aux alentours de 1946-47...

Très vite on comprend que le roman ne se veut pas un récit de politique fiction. Car si c'était le cas Lavacourt s'avèrerait alors un bien piètre futurologue. Le romancier n'a pas anticipé ni l'évolution des moeurs de la société française ni les nouveautés techniques qui bouleverseront le quotidien de chacun dans les années 60 et 70.. Son livre est le portrait à charge de la France des années 50 sous couvert, assez transparent, d'une anticipation. On peut penser qu'outre le challenge littéraire que cela représentait pour lui, de situer son livre dans le futur, André Lavacourt s'est servi de ce subterfuge pour déjouer la censure. Il est bon de rappeler que sous le général, la censure était bien présente en particulier pour les écrits politiques à cause de la guerre d'Algérie. Sous le masque transparent d'une guerre à Madagascar c'est de la guerre d'Algérie que parle le romancier. Il dit sans ambages qu'elle est irrémédiablement perdu pour la France en grande partie à cause des américains qui arment les rebelles pour mieux faire main basse ensuite sur le pétrole, transformé dans le roman en uranium, et aussi à cause des traitres de l'intérieur que sont les communistes.

Le livre est paru à l'aube de la V ème République. La modestie de l'échos qu'il provoqua, tient probablement en grande partie à cause de cette date de parution. Nombre de critiques n'y auront vu qu'une corrosive critique des moeurs de la IV ème République mais celle-ci s'étant fait harakiri deux ans auparavant son cas n'intéressait plus grand monde.

Il faut surtout rappeler qu'à l'époque la doxa marxiste fait régner un terrorisme intellectuel sur le monde des lettres françaises. L'anticommunisme exacerbé mais lucide des « Français de la décadence » aura causé sa perte commerciale et éditoriale. Il est intéressant de se souvenir d'un épisode de la tragi-comédie des lettres qui se déroula l'année de la parution du livre de Lavacourt. En 1960, Vintila Horia remporte le prix Goncourt pour son roman « Dieu est né en exil", mais, à la suite de la révélation de certains de ses écrits fascistes par une partie de la presse française (L’Humanité et Les Lettres françaises), Vintilă Horia refuse ce prix et quitte la France. Ce livre suscita notamment des critiques de la part de Jean-Paul Sartre. A l'époque l'élite littéraire de gauche multipliait les pamphlets contre les romans publiés par des intellectuels « nationalistes » d’Europe de l’Est qui avait fui le communisme. On ne peut expliquer le silence autour du livre de Lavacourt que par la censure communiste rampante. 

Les français de la décadence d'André Lavacourt
Les français de la décadence d'André Lavacourt

Il me paraît en outre utile de brosser un rapide tableau du paysage littéraire français de 1960 pour s'apercevoir du scandale de l'omerta qui entoura « Les français de la décadence » Car par exemple ce n'est pas faire injure aux primés de cette année 1960 que de constater qu'ils n'ont pas laissé de grands souvenirs, mis à part Horia déjà évoqué, Alfred Kern reçoit le Renaudot, Louise Bellocq le Femina pour « La Porte retombé", le Prix Interallié est attribué ex-æquo à Jean Portelle pour « Janitzia ou la Dernière qui aima d'amour" et à Henry Muller pour « Clem". Pour son Grand prix du roman l'Académie française couronne Christian Murciaux pour « Notre-Dame des désemparés". Si on excepte Henry Thomas qui reçut le prix Médicis, on voit que les challengers de Lavacourt pour les prix étaient modestes.

Mis à part les lauréats de l'automne, que voyait on cette année là en vitrine des libraires: Louis-Ferdinand Céline avec "Nord", Jean-Louis Curtis avec « La Parade », Marguerite Duras avec « Hiroshima mon amour", Romain Gary avec « La Promesse de l'aube", Jean-René Huguenin avec « La Côte sauvage", Marcel Pagnol avec « Le Temps des secrets" et Claude Simon avec La Route des Flandres... C'est peut être aussi la proximité de ton (pas de style) avec Celine qui a porté ombrage au roman de Lavacourt...

Si Les français de la décadence n'est pas une anticipation, ce n'est pas non plus un roman à clés. Tout du moins pour un lecteur d'aujourd'hui, car si clés il y avait, nous les avons à peu près toutes perdues en ce début du XXI ème siècle. J'ai tout de même reconnu un portrait à charge de Pierre Mandes-France sous le masque de Mandruse. Quant à Cazenavet, c'est peut être l'autre nom du président Pinay?

Plus amusant que de chercher des clés un peu poussiéreuses est de voir que certains « caractères » de la comédie politique sont permanents ainsi madame Bèze pourfendant le vice m'a fait irrésistiblement penser à madame Boutin...

 

Je ne sais rien d'André Lavacourt mais le troisième chapitre, « La profession de foi du bassin des muses » qui est un dialogue entre deux amis de jeunesse qui se sont retrouvés depuis peu, Jarteaud et Breuil me fait dire qu'il était probablement homosexuel. Jarteaud fini par avouer que s'il a disparu pendant plus d'un an c'est qu'il était en prison. Il en explique ainsi la cause: << J'ai trouvé le moyen de me faire arrêter pour avoir fait la chose du monde qui m'était précisément la plus naturelle.>>. Comment ne pas y voir l'homosexualité comme motif de l'emprisonnement du personnage quand cet aveu est suivi d'un constat du puritanisme français qui résonne d'une manière très actuelle en ces temps de manifestation pour la famille: << Je hais les français à cause de leur sale pudeur qui sent le vieux fromage et le dessous de soutane.>>. L'auteur continue par un véritable appel à la révolte communautarisme digne du feu F.HA.R.: << Ma patrie, c'est ceux qui me ressemblent (…) Je pense que mes semblables devraient avoir assez de force d'âme pour lutter par tous les moyens contre leurs tortionnaires, pour faire à tout instant tout ce qu'ils peuvent pour leur nuire. >>. Lavacourt clôt ce chapitre par un éloge de la virilité proclamant que s'il hait les français c'est que ce sont des femmes et que << les soldats français finiront par avoir des menstrues.>>. Un propos aussi enflammé et quelque peu incongru (mais il est vrai que c'est tout l'ouvrage qui l'est) surtout en début de volume me paraît ne pouvoir être qu'autobiographique ou du moins basé sur un ressentiment tout personnel.

Ma supposition de l'homosexualité de l'auteur a été renforcée lorsque j'ai découvert qu'il aurait écrit en plus de ce roman fleuve, deux articles: un en 1955: « Aspects  d'afrique du nord » dans Arcadie, la fameuse revue homophile et un autre, « Les histoires de brahim » cette fois dans incogniti en 1977.

Si « Les français de la décadence » sont paru en 1960. Ils ont été écrit dans les années 50, probablement immédiatement après la désastreuse affaire de Suez (que l'auteur mentionne au chapitre V), soit en 1956. Deux remarques à ce propos, soit Lavancourt est un piètre futurologue car il brocarde le système de la quatrième république sans voir que celle-ci va être promptement remplacée grâce à l'entregent de la grande Zorha, soit c'est un gaulliste qui dans son ouvrage montre la France telle qu'elle serait devenue sans son sauveur étoilé... ou plutôt un monarchiste désabusé devenu gaulliste faute de mieux. Puisque dans le roman on voit qu'il suffit parfois d'un homme exceptionnel pour changer le cours des choses. Une lettre qu'envoi après bien des tergiversations un des personnages va, par ses conséquences en chaine, faire exploser l'Europe!

Une des nombreuses bizarreries du livre est la disparition du général de Gaulle de l'Histoire de France, non seulement de l'homme de 1958 mais aussi de celui de l'appel du 18 juin date qui pourtant est mentionnée en passant comme jour férié dans cette France alternative de 1973. L'auteur ne manque pas d'humour... On peut remarquer que ce sont tous les grands hommes de l'époque que Lavacourt fait disparaître mis à part les fantoches dirigeants français il ne mentionne aucun chef d'état. Cette pusillanimité affaibli le dernier quart de l'ouvrage lorsque l'Europe est en guerre.

Ces supputations débouchent sur la question: qui est Lavacourt. Il est plus que probable que Lavacourt soit un pseudonyme. Dans son journal, paru aux Cahiers de L’Herne, Michel Déon évoque « Les Français de la décadence ». L’auteur des « Poneys sauvages » le compare au volcan des « Deux étendards »! Je ne vois pas bien le rapport entre les deux ouvrages sinon les dialogues teintés de métaphysique entre Breuil et Jarteaud . La critique acerbe de la franchouillardise et la constante dénonciation de la lâcheté française ferait plutôt penser à des passages « Des décombres » du même Rebatet. Dans un emportement enthousiaste pas si fréquent chez lui, Déon parle d’une oeuvre hors-norme et cite Roger Nimier comme autre admirateur du roman. Plus loin Déon écrit que c'est un livre écrit par un possédé et il a raison mais j'ajouterais d'abord possédé par la littérature. Dans la correspondance Chardonne-Morand, on peut lire (lettre 737, Jacques Chardonne à Paul Morand) que ce même Déon recommande avec insistance à Chardonne de lire Lavacourt. Malheureusement, Chardonne, petit lecteur, répond qu'il ne le lira pas. On peut en déduire que si Déon avait connu la véritable identité de Lavacourt, il se s'en serait ouvert à son ami Chardonne. On peut donc raisonnablement écarté que ce soit un proche de Déon tel un de ses camarades hussards. Toujours chez Gallimard, Roger Grenier explique que Lavacourt refusait tout contact direct et demandait à l’éditeur de traiter avec son cabinet d’avocat. Une rumeur (minuscule la rumeur) coure comme quoi, il aurait été dentiste en Algérie. Le quatrième de couverture précise qu'il exerce une profession libérale au Sahara! Mais l'on sait que rien n'est plus menteur qu'un quatrième de couverture, sauf peut-être un arracheur de dents...

Néanmoins il serait erroné de voir en Lavacourt un écrivain sorti de nulle part comme le fut Céline avec son « Voyage au bout de la nuit ». Il se trouve que j'ai découvert ce roman (merci B. de m'avoir généreusement prêté votre exemplaire) dans un exemplaire contenant un envoi. Ce dernier était destiné à Raymond Queneau. Lavacourt écrit sur la page de garde: << Puisque vous avez été – il y a longtemps – le premier à m'encourager dans la carrière littéraire, voulez vous, maitre, accepté ce livre où vous ne retrouverez ni Pierrot ni Zazie, mais peut-être tout de même quelques lointain reflet d'une influence qui m'est très chère? Avec le témoignage de ma très grande admiration.>>. Le volume a été acheté non coupé ce qui indique que Queneau ne l'a pas ouvert. On peut raisonnablement penser pour qu'il connaissait déjà le livre pour l'avoir eu entre les mains. C'est même peut être Queneau qui a poussé Gallimard à éditer un ouvrage aussi atypique. L'envoi révèle que Lavacourt connaissait Queneau de longue date et qu'il lui avait fait déjà fait lire un texte avant ces « Français de la décadence ». Au moins par le biais de Queneau, des lustres membre du comité de lecture de la maison Gallimard, il y était encore alors que parut « Les français de la décadence », Lavacourt était donc en contact avec le milieu littéraire.

Ce probable parrainage de Queneau à notre Lavacourt interdit de penser que notre auteur fut collaborationniste. L'auteur de Zazie était en effet fort chatouilleux sur la question par exemple il refusa de faire partie du comité de la Nouvelle N.R.F. sous prétexte que d'anciens collaborateurs y serait en bonne place.

Un auteur chevronné se cacherait-il derrière nom un peu ridicule de Lavacourt comme le sont ceux de la plupart des personnages qui grouillent dans ce roman? A ce propos vous trouverez, à la fin du billet, une liste des personnages principaux du livre avec les liens qu'ils entretiennent entre eux. J'ai également mentionné les chapitres dans lesquels chacun apparaît.

Je n'ai découvert qu'un article d'époque relatif au roman. La bio, la photo, tout cela peut être bidonné (cela ressemblerait alors comme pratique à celle de l'affaire Ajar). Mais le lézard c'est qu'aucun des noms auxquels on pourrait rapprocher le style d'écriture de Lavacourt colle vraiment. Je devrais plutôt écrire les styles car l'auteur parvient à peu près à faire parler différemment ses multiples personnages. Les diverse voix des protagonistes donne donc plusieurs tons à ce roman. Le texte est majoritairement composé de dialogues. Ce qui ferait envisager que le soit disant Lavacourt pourrait être un auteur de théâtre. Je risque le nom de Robert Thomas...

Il arrive même que des chapitres soient très cinématographique comme celui de la rencontre entre Broutard et Trempel. Aurait-on affaire à un scénariste?

Certains passages rappellent en vrac les manières d'écrire de Nimier, Paraz, Marcel Aymé, Pierre Gripari, Blondin, Montherlant, Jacques Perret, Anouilh, Roland Dubillard (le chapitre VII semble sortir tout droit des « Diablogues ») et même Daninos avec le subterfuge de "l'espion américain" qui rappelle le procédé du Major Thomson. En faisant des anachronismes on peut voir des similitudes entre « Les français de la décadence » et des livres de Houellebecq, d'Alphonse Boudard, de Martinet... On pense aussi aux postures d'un Michel-Georges Micbeth. Mais pour différentes raison aucune de ces hypothèses est réellement crédibles.

Autre piste, celle du coté de l'oulipo, vous allez dire que je vois des oulipiens partout après ma recension du livre de Blas de Robles, mais l'entrelacs des personnages évoque celui de « La vie mode d'emploi » de Pérec (qui n'était pas encore écrit lorsqu'est paru l'ours de Lavacourt). D'autre part la construction assez artificielle en 100 chapitres peut induire l'existence d'une contrainte. Si l'on entend dans le roman comme des réminiscences de l'univers célinien on peut aussi y déceler une musique assez proche de celle de Queneau. Enfin le fait que le climax du roman soit un épisode purement policier, voudrait que l'on ne néglige pas la piste de la série noire. Il faudrait alors rechercher un pré-A.D.G...

Revenons sur quelques unes de mes supputations sur le nom de l'écrivain qui pourrait se cacher derrière celui de Lavacourt. Une de celles qui me paraît la moins extravagante est d'attribuer cette curiosité littéraire à Marcel Aymé. Certains chapitres peuvent être presque considérés comme des petites nouvelles, qui est l'étiage le plus courant chez Marcel Aymé. Ensuite on retrouve dans « Les français de la décadence » la noirceur qui est au coeur d' « Uranus » et surtout de « Travelingue » qui, paru en 1937, était déjà un tableau resté unique des ridicules des progressistes tant bourgeois que prolétariens du Front Po­pu­laire.

Mais encore plus que Marcel Aymé, le plus probable prétendant dissimulé sous la défroque de Lavacourt me semble être Pierre Gripari (1925-1990). Tout d'abord beaucoup des idées développés dans le livre sont proches de celles de Gripari: un anticommunisme farouche et au delà un refus des totalitarismes, un athéisme militant mais féru de théologie, le rejet d'une société de consommation, le pessimisme devant la vie. Ensuite certains fait biographique de l'auteur des « contes de la rue Broca » se retrouve chez des personnage du livre comme la mort tragique de ses parents (Mère se noyant dans les alcools forts. Elle en meurt en 1941. Père est tué sur une route de Touraine par un mitraillage allié en 1944), l'homosexualité... Immédiatement le personnage de Jarteau m'a fait penser à Gripari. Autre indice Gripari s'est arrêté de travailler pour quelques années à partir de 1957 pour se consacrer entièrement à l'écriture, période qui correspond à celle de l'écriture des « Français de la décadence »! Il reste qu'il serait incompréhensible que dans ses dernières années Gripari n'ait pas revendiqué la paternité de ce gros livre. Je trouve aussi que Gripari écrit plus sec, plus précis que Lavacourt...

L'ingéniosité et la complexité de la construction de ce roman polyphonique ne plaident pas en faveur d'un auteur novice. D'autant que l'écrivain utilise plusieurs modes de narration. Faire de son premier chapitre la retranscription d'un bulletin d'informations est très malin. Cet artifice permet de situer en peu de mots l'univers du roman. Autre procédé celui fort ancien du dialogue philosophique (même si ce sont de bien gros mots en ce qui concerne les discussions entre Beuil et Jarteaud). Ce subterfuge permet à l'écrivain d'émettre des opinions contraires.

Si l'architecture de l'ensemble est extrêmement maitrisé, en revanche certains chapitres partent en vrille révélant les obsessions de l'auteur à commencer par la scatologie. Ce qui nous donnent des passages que pour ma part j'ai trouvé très réjouissant:

<< Quatre cent soixante tonnes de merde s'écoulaient chaque jour dans les égouts de la ville de Cannes, mais la publicité du syndicat d'initiative insistait plutôt sur les fleurs. « Cannes la ville des fleurs et des sports élégants ». Pour ce est de la merde, elle s'écoulait si bien qu'elle resurgissait en face d'un hôtel dessinant sur l'eau tranquille et bleue un grand nuage brunâtre. Il en résultait, pour les nageurs, la possibilité de gober quelques étrons. Ceci subrepticement, en douce, et comme par façon de larcin furtivement fait. >>
Chapitre IX

Pelot n'était pas de bonne humeur. En dépit de méritoires efforts, le spectre affreux de la constipation surgissait à nouveau dans le ciel serein de sa liberté retrouvée. Il n'osait plus user de « Déconstipant des familles ». La découverte de l'abbé Pêche le laissait insatisfait de lui-même et du monde, et gravement remué par les horreur du doute. Le remède avait deux fois de suite réussi mais beaucoup trop bien. Une voie d'eau s'était ouverte dans ses intestins. Des diarrhées arrosoiriformes occupant ses jours et ses nuits.>>
Chapitre XI

N'ayant pas découvert l'éventuelle célébrité se planquant derrière le patronyme de Lavacourt, admettons que Lavacourt il y a. Reste l'interrogation sur le silence du dit Lavacourt dans les années qui suivirent la publication de son roman. Deux possibilités à mon avis: la première est que dégouté par le silence qui a accueilli la parution de son ours sur lequel il a du suer des années il ait définitivement remisé stylos, plumes d'oie, crayons pointes bic et autre calames... La seconde est que notre auteur situé géographiquement par le quatrième de couverture dans le Sahara où il aurait libéralisé, s'est probablement vu proposer par nos amis musulmans d'Algérie, lors de leur guerre de libération, (selon leur point de vue que j'aurais tendance du mien à qualifier d'épuration ethnique) le fameux choix la valise ou le cercueil. Peut être que Lavacourt, las des voyages aura choisi la seconde proposition.

Ces réflexions sur l'auteur m'amènent à m'interroger sur la position de l'éditeur, soit Gallimard par rapport à ce livre. Pourquoi ce dernier ne réédite pas un livre d'une telle richesse sinon par pusillanimité ou pour le dire d'une façon un peu crue par manque de couilles. Car avec ce pavé on est loin de la tisane de la bienpensance de la production éditoriale d'aujourd'hui (la réponse à ma question est induite par cette constatation).

Autre question si ce livre est l'oeuvre d'un auteur connu pourquoi l'éditeur ne le réédite pas. Cette non-réédition ne plaide pas en faveur de l'hypothèse qu'une pointure se cache derrière le nom de Lavacourt. On peut avancer que la première raison de sa non reparution est probablement économique. Le livre n'ayant visiblement pas connu un grand écho médiatique lors de sa sortie (pour les raisons que j'ai développées précédemment) et par la même certainement des ventes modestes, voilà qui n'incite pas un éditeur aussi peu désintéressé que Gallimard (malgré sa constante posture de grand défenseur des lettres) à remettre le couvert et cela même en édition de poche d'autant que l'ours est fort obèse. Mais surtout Ne favorise pas non plus sa prompte réédition son contenu politiquement très incorrect.

La véritable raison à mon sens de l'occultation d'un tel livre est qu'il est un des seuls à parler d'un tabou absolu: l'existence dans ce pays d'un lumpenprolétariat parasite, alcoolique et taré. Il se trouve, par les hasards de l'Histoire et par sa position géographique que la France a vu cette engeance proliférer en raison de la désindustrialisation de certains départements, en particulier au nord du pays. Si les spécimens du type des membres de la famille Pichegru étaient assez rares en 1960 en raison du plein emploi, ils sont devenus une classe sociale à part entière. Dans les trente glorieuses c'était déjà le fond de sauce de l'électorat communiste aujourd'hui ces petits blancs dégénérés forment les troupes amorphes du Front National. Il n'est pas bon de dire ces vérités là, que l'on se souvienne des cris d'orfraie que poussèrent la gauche caviar lors de la parution d' « En finir avec Eddy Bellegueule » d'Edouard Louis. « Belle » description de ces français bas du front qui pullulent de plus en plus dans nos ex belles provinces.

Politiquement on ne peut situer l'auteur qu'à droite, une droite bougonneuse et poujadiste (cela était encore presque de saison en 1960).

Il est bon d'avoir présent à l'esprit que lorsque l'auteur rédige son livre la deuxième guerre mondiale n'est éloignée que de quelques années. Dans quel camp se situait notre Lavacourt? Son dégoût pour le parlementarisme qui ressort de tout le livre me fait penser qu'il n'a pas du pleurer à la mort de la III ème République. Dans le début des années 40 je l'imagine bien tiède maréchaliste même si je ne recense aucun signe de militarisme pas plus que de germanophilie chez notre auteur. Mais le fait qu'il indique dès le deuxième chapitre que les enfants des Bonaventure ont été envoyés presto dans un monde supposé meilleur par des bombes alliées donne tout de même une indication sur le coté vers lequel aurait pu pencher Lavacourt. D'autant que les Bonaventure sont presque les seuls de ses personnages pour qui il éprouve de la tendresse. On le rangerait dans la commode case des anarchistes de droites (qualificatif qui m'a toujours laissé songeur surtout qu'il me fut appliqué quelques fois). Mais il serait trop simple d'être aussi univoque. Car si les noms des cousinages littéraires de Lavacourt se situent quasiment tous, excepté Dubillard, à droite. Dans de nombreux chapitres, les créatures sorties de l'imaginaire souvent fielleux de l'auteur, s'ils maugréent volontiers contre les salopards à casquette (c'est ainsi que les bourgeois en-chapeautés nommaient les ouvriers dans les années 30) ne sont pas plus tendre pour les riches et les élites.

On lit dans les pages de ce monstre littéraire des considérations et des idées que l'on peut difficilement ranger à droite de l'échiquier politique. Mais bien sûr encore faudrait-il savoir parmi la multitude de ses personnages quel est le porte parole de l'auteur (s'il y en a un, ce qui n'est pas sûr). En effet Lavancourt fustige la publicité qui embobine le bon peuple, parle d'un flic qui tabasse à mort un supposé receleur probablement innocent... En outre il fait preuve d'un constant anti américanisme mais néanmoins d'un encore plus puissant anticommunisme étayé toutefois par un « subtil » psychomorphisme :

<< Les communistes n'avaient pas l'air de messieurs de la ville. A cent mètres dans le brouillard, on devinait qu'ils avaient de la merde au cul.>>.

Même si on ne peut pas forcément considérer que Jarteaud soit la voix de l'auteur, le fait même d'avoir écrit les considérations qui suivent sur la famille et qui ne devraient pas plaire au indéfectibles marcheurs de la manifestation contre le mariage pour tous:

<< L'homme prête son activité et son argent, la femme sa connasse et ses talents culinaire. De l'agitation des parties basses de ces deux personne procèdent les pires turgescences utérines. Tiens regarde-l'est s'engendrant en famille, s'extrayant les uns les autres comme des tubes d'un télescope.>>

ne font pas de notre auteur véritablement un défenseur de la sociéte bourgeoise. Encore plus libertaires sont les points de vues sur les délits sexuels qu'il met dans la bouche du juge Fontbrune:

<< Les délits d'ordre sexuel n'existent que par la répression. Non je ne souhaite pas que vos filles, en rentrant du collège rencontrent un satyre dans toutes les encoignures. Mais j'imagine assez bien une société où vos filles et la mienne considèreraient cela comme si banal qu'elles n'y feraient même pas attention, qu'elles verraient mon satyre du même oeil que le conducteur qui s'engage dans un sens interdit.>>

On ne sent pas non plus chez Lavacourt malgré les surnoms imagés dont il affuble les arabes, un chaud partisan du colonialisme. Le livre a été écrit en pleine guerre d'Algérie et lorsqu'on lit Madagascar où dans le roman la France est engluée dans une guerre sans issue, il faut comprendre Algérie. Plusieurs des personnages du roman prônent l'abandon de ce territoire où il est impossible pour la France de gagner la guerre. L'auteur semble être d'accord en cela notamment avec un de ses héros, le député Mandrusse-Duquert (qui évoque Mendes-France je le répète)...

Le livre est émaillé de diatribes métapolitiques comme celle-ci:

 

<< On ne fait pas une révolution pour substituer une administration à une autre. On la fait par rage, par envie et par méchanceté. La révolution c'est une haine longtemps étouffée qui explose. Quant à ce qu'elle change, c'est accessoire.>>

 

Et beaucoup plus loin par l'entremise de Cazenavet : << Le plus grand malheur de toute l'Histoire de la France c'est l'amitié américaine. Elle a décervelé le pays, elle a remplacé par des rêveries ridicules la clarté de son génie latin. Si elle ne s'était pas livrée, pied et poing liés à l'Amérique, la France serait resté la France.>>

 

Je ne sais si les opinion de Lavacourt sur les lettres française sont celles de son antiquaire Delatre mais ce n'est pas impossible. Il en ressortirait alors que son grand homme serait Anatole France:

 

<< Tous ces écrivains connus vivaient dans un musée de cire. L'époque leur échappait. Les gens dont ils parlaient n'existaient plus depuis trente ans. Les plus jeunes étaient illisibles. Ils se complaisaient dans l'ordure. On n'avait pas écrit depuis Anatole France. >>. Anatole France semble travailler notre auteur, car plus loin on lit: << … Anatole France cet espèce d'eunuque qui croyait que la pitié remplace la colère.>> On voit par là qu'une opinion exprimée dans un chapitre peut avoir son contraire dans un autre d'où la difficulté de situer politiquement l'auteur.

 

La lecture des « français de la décadence offre bien des plaisirs comme de se remémorer ou de se souvenir de pratiques de la France des années 50, comme d'aller boire pour se revigorer le sang frais des chevaux venant d'être tués aux abattoirs de Vaugirard (chapitre XVII), celui, au cinéma des attractions avant le grand film, un temps où l'on donnait du mou aux chats et quelques fois aux enfants...

On ne peut nier que l'immersion dans « Les français de la décadence » risque par lasser certains lecteurs. Tout d'abord la qualité des chapitres est inégale. Certains étant là très probablement pour satisfaire à la contrainte d'arriver au chiffre rond de cent. D'autre part, mais cela peut varier d'un lecteur à l'autre, on ne porte pas le même intérêt à tous les personnages d'où un léger ennui lorsqu'un chapitre ne traite pas des aventures de vos favoris. Et puis l'auteur ne sait pas toujours bien manier le suspense. Il n'était pas allé encore, par la force des choses, à l'école des séries télévisées américaines. A propos de télévision, cette dernière n'apparait pas dans « l'anticipation » de Lavacourt pourtant, même si elle était répandue modestement, la télévision était tout de même présente dans les intérieurs bourgeois au tournant des années cinquante. Un indice qui me fait pensé que ce roman a été commencé à être rédigé au début de cette décennie.

Autre cause de lassitude mais aussi de fréquente jubilation, le procédé dont use et abuse Lavacourt, celui de juxtaposer deux niveaux de langages, le relativement précieux de la narration avec le parler relâché et parfois argotique de certains des acteurs de cette saga. Ce langage populaire a vieilli mais il donne aussi un supplément de charme à ces histoires par le plaisir que l'on a de retrouver des mots ou des expressions que l'on avait plus entendu depuis bien longtemps telles que « Con comme la lune », « crouille »...

Mais heureusement l'appétit pour le livre est régulièrement réanimée par des trouvailles littéraires en particulier par des images comparatives inattendues comme « Poulet semblait tenir l'exactitude pour plus triste et plus ennuyeuse qu'un dentier mis de travers »...

Si certaines parties du roman ont vieilli, en particulier ce qui a trait de près ou de loin aux manoeuvres politiques du moins dans leur forme, car elles ne sont pas très différentes dans le fond de nos intrigues actuelles. Et puis, il semblerait que la déliquescence de l'actuelle majorité parlementaire permette de ressusciter ces fétides combinaziones chères à la défunte IV ème République.

En revanche d'autres morceaux paraissent avoir été écrits aujourd'hui comme cette constatation sur l'état du pays et la posture de ses politiciens:

<< Les politiciens français vivent dans un oeuf. Ils sont à dix mille lieues des vrais problèmes (…) Ce sont les français eux-mêmes qui ont appelé « la maison sans fenêtre » le bâtiment de leur assemblée (…) Ils ont parlé de politique comme on parle à Paris de littérature, d'art, de mode (…) Ce plaisir de bonne compagnie n'a vraiment rien à voir avec le gouvernement d'un état aussi menacé que l'est la France actuelle. Quand ces beaux discoureur s'apercevront-ils que leur maison flambe?>>.

Ou cette remarque sur les femmes près du pouvoir: << Mme Renaud est une femme comme il y en avait beaucoup en France autrefois, comme il en reste encore quelques unes, qui papillonnent par goût autour de la politique et dont l'influence n'est pas toujours négligeable. Elle sont en fait rien d'autre que les arrières petites filles des femmes conspiratrices et empoisonneuse de la Renaissance italienne ou du Grand Siècle ici.>>. Plus loin ce constat de l'abbé Girard me semble encore tout à fait actuel: << Les français crèvent d'envie de respecter leurs gouvernants, de les trouver juste et incorruptibles. La seule ombre d'un mensonge qu'on leur fait les rend malades parce qu'il les atteint dans leur dignité et les force à se prendre pour des jobard.>>. Il y a des phrases, comme la suivante, qui devraient déciller nos gogos du jours: << Vous pourriez penser que la famille est une institution qui se défend fort bien toute seule depuis le début des âges, mais en France, c'est devenu une affaire électorale parfaitement capable d'assurer une clientèle solide.>> tout comme cet échange entre Breuil et Delatre: << Toutes les époques assurent que l'époque précédente était meilleure. Pourtant, j'ai l'impression que celle-ci, qui est bien la mienne, croule de toute part. Qu'est-ce qu'il y a de cassé, cette fois-ci? - Que toutes les certitudes ont croulé à la fois.>>

Et puis Lavacourt dépeint une France minée par le laisser aller où la démocratie n'est qu'apparente. Elle cache en fait « une dictature à deux dictateurs : les syndicats et l’administration ». Un pays où l'on se demande quotidiennement « Demain, c’est la grève de quoi ? » Un pays qui abandonne avec soulagement Madagascar (lire l’Algérie) et son uranium (lire le pétrole saharien) après la chute d’Ambositra (lire Dien bien Phu). Et quand je lis : « Dans dix ans, il y aura dans le monde deux sortes d’hommes : ceux qui sauront de l’arabe et ceux qui n’en sauront pas. » cela me paraît très actuel. Comme la description d'une contrée où les affaires de moeurs remplissent les rapports de police compromettant les hommes politiques. Un endroit où travailler serait moins rentable que de vivre des allocations de famille nombreuse, allocations qui ne seraient que « la juste compensation que l’Etat doit apporter à l’effort fait pour lui »!

Plus sérieusement sa peinture des terroristes dans leur médiocrité et dans leur motivation n'a pas pris une ride. Dans les passages dans lesquels le romancier les met en scène, il m'a semblé reconnaître l'ombre tutélaire du Dostoevski « Des possédés ».

A l'instar d'un Patrick Modiano, tout en étant guère descriptif Lavacourt est également un écrivain géographe de Paris et de sa banlieue. D'ailleurs « Les français de la décadence » devrait s'appeler plutôt les parisiens de la décadence tant on y quitte peu l'Ile de France. Les anti-héros du roman sont de grands arpenteurs de la capitale. Voici quelques lieux que fréquentent nos navrants spécimens de la race humaine: rue de Saussure, rue de Rome... mais c'est surtout la banlieue que les créatures de Lavacourt prospectent: les bords de Marne, du coté de Nogent, Gennevilliers, Chaville, Versailles, Marly...

A propos de géographie il est bon de rappeler que souvent les personnes en mal d'un pseudonyme vont chercher leur nom d'emprunt du coté de la géographie et en particulier de celle de leur enfance. Il se trouve que Lavacourt est un hameau situé en bord de Seine en face de Vétheuil...

La religion n'est pas au centre de l'ouvrage pourtant assez inopinément il se clôt avec un chapitre quasiment théologique avec le seul personnage pieu de la cohorte convoquée par Lavacourt l'américain Mac Lellan. Ce dernier se souvient qu'un fou l'a croisé au Musée du Louvre. Le maboul lui avait asséné que Dieu, récompensera peut-être les siens, mais les siens seront des monstres tant que nous ferons de Lui une « idée extérieure ».

Il faut tout de même prévenir les éventuels futurs lecteurs (fortunés et opiniâtres car on ne trouve le roboratif ours que chez les libraires d'occasion et il vous en coutera de 50 à 100 euros pour ce tonique élixir). C'est du brutal. Il y a quelques scènes qui demandent un solide estomac. Au fil de ces pages on y croise un parricide, une infanticide qui plus est un brin anthropophage, un exhibitionniste, un zoophile, un nécrophile et quelques scatophiles pour faire bonne mesure, ça c'est pour les bonnes moeurs. Coté politique ce n'est pas plus doux Lavacourt a concocté plusieurs diatribes contre ses salauds de fainéants de pauvres qui ne font des enfants que pour toucher les allocs, tracé le portrait de patrons absolument cyniques, d'homme et de femmes politiques incompétent et corrompus sans oublier quelques couplets anti-américains, anti-russe, anti-sémite, anti-arabe et surtout anti-français, ce qui fait que la détestation de Lavacourt ou plutôt de ses personnage englobe tout de même beaucoup de monde.

Mais je m'en voudrais de ne pas mentionner, presque pour en finir, ce qui est peu être la chose la plus importante et bien frivole, en tant que lecteur lambda, est que les personnages souvent atrabilaires de Lavacourt m'ont fait pleurer de rire.

Michel Déon, dans son « Journal 1947-1983 » édité aux carnets de l’Herne, écrit à propos des « Français de la décadence »: << La conspiration du silence et l’indifférence sont là pour sanctionner l’outrecuidance de certains livres. >> Et bien brisons cette conspiration des lâches.

 

Les principaux personnages des Français de la décadence

 

  • Mr et Mme Bonaventure, la soixantaine, rentiers ruinés (chapitre II, LI, LXXIII ) en relation avec l'abbé Girard

  • Jarteaud, 25 ans, postier et végétarien, a été mis en prison probablement pour homosexualité. Copain de Breuil et de Mostefat, rencontre lors d'un diner Delatre (chapitre III, VII, XV, XIX, XXXI, XXXVIII, XLIV, LII, LVII, LXXII, LXXVII, LXXVIII, LXXX, LXXXII, LXXXIV, XCIX)

  • Breuil, 25 ans, étudiant en médecine puis collaborateur de Delatre copain de Jarteaud (chapitre III, VII, XV, XXXI, XXXVIII, XLVII, XLIV, LVII, LXVI, LXXII, LXXVII, LXXXIV, XCIX)

  • Mr et Mme Pichegru, lui la trentaine, communiste et fainéant vivant des allocations que leur rapporte leurs dix enfants... (chapitre IV, XVII, XLVI, LIII, LV, LXV, LXVII))

  • Josiane Pichegru, 13 ans fille des précédents (chapitre IV, XXVII, XLVI, LIII, LV, LXII, LXV, LXVII, LXXV, XCIV) béguin de Fernand

  • MacLellan, la trentaine, « espion » américain de culture française chargé d'informer le gouvernement américain sur les français (chapitre V, XVI, XXIV, XXXV, XL, LIX, LXIV, LXX, LXXXVIII, XC, XCIII, XCIX, C) subordonné de Wheeler, client de Pelot, à diné avec Mauret-Demors, enquête sur Trempel

  • Mr Pelot et sa femme, ont une fille de 7 ans, la quarantaine, lui artisan tapissier constipé, hypocondriaque amateur de petites filles et exhibitionniste, elle irlandaise et naturiste (chapitre VI, XVI, XX, XXII, XXXVI, LXIV, LXIX, LXXX). Pelot a travaillé pour Delattre et pour McLellan, le juge Fontbrune s'occupe de son affaire. A été arrêté par Broutard

  • Delatre, 45 ans, antiquaire monarchiste au bord de la faillite puis savonnier (chapitre VIII, XVIII, XXXIII, XXXVII, XLVII LXIV, LXVI, LXXII, LXXVII, LXXXIV) ami de Cervel, employeur ponctuel de Breuil, ami d'Edwige

  • Cazenavet, 80 ans, député socialiste anticléricale, soucieux de garder Madagascar dans le giron de la France, ami du juge Fontbrune, rencontre l'abbé Girard (chapitre IX, LVIII, LXI, LXXXIII)

  • Le commissaire Olivier (chapitre X, LXIX) traite avec le capitaine Cartier

  • Le juge Fontbrune, juge incorruptible, ami du député Cazenavet, s'occupe de l'affaire Pelot, ami de Rossi, oncle de l'abbé Girard (chapitre X, L, LVIII, LXXXVIII)

 

  • Le général Wheeler et sa femme, la cinquantaine, font travailler le tapissier Pelot, ami de MacLellan (chapitre XI, LXXXIII)

  • Le colonel Jolveau et sa femme, lui responsable de la sécurité du territoire, elle: épouse méritante (chapitre XII, LXIV, LXIX, LXXI, LXXVI)

  • Gilbert Joliveau, 18 ans fils du colonel Joliveau et lycéen fainéant, ami de Pitard, en relation avec Fernand (chapitre XII, XXV, XXXII, XXXIV, XLIV, LVI, LX, LXIV, LXXIV)

  • Pitard, 21 ans, voyou, assassin potentiel, ami de Joliveau (chapitre XII, XXV, XXXII, XXXIV, XLIV, LVI, LX, LXXIV, LXXV, LXXVI)

  • Trempel, agitateur communiste (chapitre XIII, XXIII, XXXIX, LII, LXIX), Connait Mostefa, est en relation avec Broutard

  • Henri Caudal-Denfert, député puritain et masochiste (le grand maitre de la pudeur française) (chapitre XIV, LXII) parent de Cervel

  • Mostefa, médecin et conspirateur musulman (chapitre XIX, XXIII, LII, LXIV, LXXVIII) ami de Jarteaud, connait Trempel

  • Fernand, la vingtaine, tueur tuberculeux aux abattoirs le jour et la nuit truqueur au bois mais quasi impuissant, a une vocation de voyou sadique à tendance zoophile ami de Pitard, voisin des Pichegru, en relation avec Gilbert Joliveau (chapitre XXIII, XXV, XXVII, XXXIV, XLIV, LII, LVI, LX, LXVII, LXXV, LXXVI, XCIII)

  • Roger Lachattière, un écrivain distingué (chapitre XXVI, XLIX)

  • Mauret-Demors, ministre de l'économie par inadvertance (chapitre XXVIII, XLI, XLV, LXXXIII), à diné avec Maclellan

  • Poulet, membre influent du parti catholique bien qu'athée et parfumé (chapitre XXVIII, XXX, LXXXVII)

  • Monique chapitre (XXIX, XLIV), employée de bureau en passe de se marier

  • Evelyne (chapitre XXIX, XLIV), employée de bureau en passe de se marier

  • Brocheteau, président du partie dont est membre Poulet (chapitre XXX)

  • Cervel petit industriel en lessive au bord de la faillite (XXXIII, XXXVII) ami de Delatre, parent de Caudal-Defert

  • Broutard, inspecteur de police sanguin et corrompu (XXXV, XXXIX, LXIV) Traite l'affaire d'exhibitionisme de Pelot et s'intéresse au général Wheeler, est en relation avec Trempel

  • Mme Renaud, femme mure ayant un fort goût pour les hommes politiques (XLI), maitresse de Mauret-Demors

  • Mme Bèze, politicienne du parti catholique défenseur de la morale et adversaire de Caudal-Denfert, logeant pourtant dans la même niche électorale (XLVIII)

  • Le générale de Portentère président d'une union familiale dont le secrétaire est Caudal-Denfert (XLVIII)

  • Mandrusse-Duquert politicien juif et opiniâtre (XLII, XLV, LXXXIII, LXXXVII)

  • Mr et Mme Schatz, dentiste juif, (XLIII, LXXXIV) cousin de Breuil et dentiste de Delatre

  • Rossi, corse et substitut (L), collégue de Fontbrune

  • Wilkes, agent américain (LIV) collègue de McLellan

  • Ronarovno, prince malgache à priori nègre, reçoit de l'argent des américains pour sa guerre d'indépendance (LIV) traite avec Wilkes, mais est en relation avec Trampel et Mandrusse

  • L'abbé Girard, jeune curé social, (LVIII) neveu du juge Fontbrune, en relation avec le couple Bonaventure

  • Mme Pontruchet, faiseuse d'ange et mère de famille nombreuse (LXII LXXIX) en affaire avec Josiane Pichegru

  • Edwige, peintresse sur tissu, 38 ans moche et vieille fille (LXIII) amie de Delatre

  • Capitaine Cartier adjoint du colonel Joliveau (LXIX, LXXVI), traite avec le commissaire Olivier

  • Profiterol, président de la République (LXXXIII)

 

l'envoi de Lavacourt à Queneau

l'envoi de Lavacourt à Queneau

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Domonkos SZENES 03/06/2016 20:00

Votre article est passionnant (un peu long, non, et fort copieux ? pardon...) et le dialogue qui s'ensuit itou. Je viens de découvrir et d'acquérir ce livre chez mon bouquiniste de ma petite ville de province reculée (non, je ne vous donnerai pas les coordonnées, pas fou, non ?!) et je l'ai payé... moins de 20 € !!! Je vous vois d'ici verdir de jalousie... Les quelques extraits que j'ai picorés m'ont fort amusé et même fasiné... Je devine que cet aerolithe littéraire est rempli de défauts, mais j'adore ce genre de monstres... Amusant, la semaine dernière le même bouqu' m'a fourni une belle édition originale des "Deux Etendards"... pour un prix que je ne vous révélerai pas, car vous risquez de n'y pas survivre... L'avantage d'habiter des contrées où le mot littérature est presque du chinois... On trouve des livres rares dont personne ne veut, bradés que c'en est une honte ! Je reviendrai sur ce bouquin quand je l'aurai lu, en meilleure connaissance de cause (?...). En attendant, j'ai trouvé des sortes d'aphorismes qui m'évoquaient aussi - ach, ce blasphème va me valoir la tête coupée, je le pressens ! - au Frédéric Dard des meilleurs moments (et de même époque ou à peu près, justement). En tous cas, c'est indubitablement "daté" (ce qui n'est pas un reproche, pour moi). A suivre...

lesdiagonalesdutemps 03/06/2016 21:45

J'attend avec impatience votre avis sur ce livre que je trouve remarquable. Votre rapprochement avec Frédéric Dard est intéressant en particulier pour certains dialogues. Je n'y avais pas du tout pensé lorsque je faisais des hypothèses sur son auteur. Depuis grâce à un correspondant j'ai eu la véritable identité de l'auteur mais il y a encore bien des choses à découvrir sur celui-ci; malheureusement actuellement je suis en panne dans mes recherches.
Conservez bien votre bouquiniste qui est soit un mécène, soit un niais à moins qu'il vous aime beaucoup...

Olivier Sers 13/12/2014 00:10

Né en 1915 il avait trente ans en 1945 et a écrit son roman à quarante ans. C'est en effet la génération désillusionnée par l'après-guerre plutôt que celle née après guerre. En 1951 parut chez Flammarion un roman intitulé "La grande bagarre", rédigé par Léon Degrelle sous le pseudonyme de Jean Doutreligne, qui anticipait la troisième guerre mondiale comme le fera Lavacourt, mais avec infiniment moins de vigueur. J'ai fréquenté dans les années 60 une librairie 11 rue de Vaugirard à Paris, tenue par un personnage extraordinaire, Michel Herbert, monarchiste, dévot de La Varende, Céline et Perret. Le livre de Lavacourt s'y vendait par piles. Seul le hasard a voulu que j'attende quinze ans pour l'acheter ailleurs et le lire.


























infiniment moins de force percutante.
J'ai fréquenté dans les années 60 une librairie sise 11 rue de Vaugirard à Paris, tenue par un extraordinaire monarchiste nommé Michel Herbert, dévot de La Varende, Céline et Jacques Perret. Le livre d'André Lavacourt s'y vendait par piles entières. Peut-être l'hebdomadaire royaliste "Aspects de la France" lui a-t-il consacré une chronique, mais ce n'est pas certain vu ses forts relents rebatesques.
C'est par hasard que je ne l'ai pas lu à l'époque.

B.A. 07/01/2015 11:11

Je suis justement en train de lire le livre de Houellebecq dont le tout début est assez émouvant et la suite, je n'en suit qu'à la page 40, est très rigolote. (billet à suivre)
Mon enquête progresse. Je correspond avec un ancien collègue de Lavacourt. C'est bien Lavacourt (de son véritable nom Couturier) qui a écrit Les français de la décadence" et non Rebatet. Il y a en effet des point commun entre les deux auteurs, plus le Rebatet des "Décombres" que celui "Des deux étendards" très beau livre surtout en son début. J'attend d'avoir plus d'informations sur Lavacourt pour publier mon billet.

A.R. 07/01/2015 09:54

Excellents article et analyse! et bravo pour votre investigation...quand on voit la polémique sur le Houellebecq, il y a quand même de quoi rigoler quand on a lu Lavacourt.
Tous ceux qui l'ont lu (incluant moi-même et mes connaissances à qui je l'ai prêté) semblent partager l'envie, une fois le livre refermé, de percer le mystère de savoir qui était cet auteur!
Autre chose qui revient souvent dans les commentaires, le rapprochement avec Rebatet: et pourquoi pas? Après le four des deux étendards, il aurait pu écrire sous pseudo ce gros pavé, pour tester la réaction du public ou décharger son fiel sans craindre les jugements liés à son nom, allez savoir...Et il n'a pas publié grand-chose à cette époque...
Pour ma part j'avais envoyé un mail de renseignement à Gallimard, restée sans réponse de la vénérable maison...

à vous lire donc...je guette en tout cas avec un énorme intérêt la suite de votre enquête!

B.A. 13/12/2014 16:50

Votre "camarades" Herbert n'avait pas de mauvaises dévotions. Le livre de Lavacourt a donc bénéficié d'un certain bouche à oreille apparemment dans un certain milieu d'extrême droite si je comprend bien; pourtant il me semble assez difficile de rattacher ce livre à ce courant de pensée, comme à aucun autre d'ailleurs. Comme je l'ai écrit dans mon article on peut toutefois y déceler un vague monarchisme.
Vous souvenez vous des discussions et des remarques que suscitait ce roman.
Je vous remercie beaucoup de m'indiquer le livre de Degrelle. Comme je suis féru d'uchronie et autres spéculations sur l'histoire, ce que vous avez du vous apercevoir si vous vous êtes promené sur le blog, je vais essayer de me procurer ce livre.
Je vais être bientôt en mesure de vous en apprendre beaucoup plus sur Lavacourt et sur son grand oeuvre.

Olivier sers 10/12/2014 22:19

Superbe texte, belle enquête, pionnière. Il y faudra du temps, mais on n'a pas fini de parler de Lavacourt. Je me souviens qu'à sa parution, en 1960, le texte avait fasciné nombre de mes amis. Je l'ai lu quinze ans plus tard et j'ai été ébloui comme eux. Vous évoquez justement Rebatet, mais il faut aussi rappeler que le titre "Les Français de la décadence" sort tout droit du Rochefort d'avant "La
lanterne". Lavacourt est très représentatif de la génération de l'immédiat après-guerre. A-t-il survécu au naufrage de l'Algérie française ? Mystère et archives gallimardesques. Bravo en tout cas

B.A. 11/12/2014 08:48

Merci de m'apprendre que le titre "Les français de la décadence" vient de Rochefort.
Je ne suis pas d'accord avec vous lorsque vous écrivez que Lavacourt est représentatif de la génération d'après guerre d'autant que d'après sa fiche à la bibliothèque Nationale il serait né en 1915. On arriverait donc au centenaire de ce mystérieux écrivain. La génération d'après guerre était résolument encore optimiste ce que n'est pas du tout Lavacourt par exemple il ne croit ni à la colonisation, ni au tiers mondiste... En revanche ou il est représentatif de la peur de la troisième guerre mondiale et de la "Bombe". Pourriez vous me précisez quels sont vos souvenirs à la parution du roman et de la réaction de vos amis. Car jusqu'à maintenant je n'ai trouvé dans la presse de l'époque (mes mes moyens sont bien limités) que l'article de Déon. Et pour quelle raison l'avez vous lu si tardivement. Je vous remercie de vos compliments mais j'espère que vous n'êtes pas d'accord avec tous mes propos sur le livre de Lavacourt. N'hésitez pas à me porter la contradiction.

ismau 02/11/2014 23:29

Je vous remercie avec un peu de retard pour votre intéressante réponse, et pour m'avoir signalé cette Fabrique de l'histoire que j'avais exceptionnellement ratée .
J' en profite pour revenir sur Rebatet ( qui m'intrigue lui aussi ! ) : Les Décombres, je ne les connais en fait qu'à travers ma lecture actuelle des mémoires de Cordier, et son appréciation paradoxale . Cordier raconte qu'en arrivant à Lyon en 42 comme résistant de la France Libre, il trouve ce livre mis à l'honneur d'une grande librairie, le feuillette ravi de son ton polémique, et l'achète . Le début l'amuse beaucoup, il admire sa verve et nous donne à titre d'exemple un large extrait d'un féroce éreintement de Mauriac … Il se trouve surtout d'accord, en tant qu'ancien maurassien, avec sa dénonciation de la 3ème république . Mais par contre la suite le révolte : «  admiration inconditionnelle des nazis, mépris des anglophiles, propagande en faveur de la collaboration afin de créer une Europe fasciste, etc . Je n'ai jamais lu un livre aussi malsain, véritable négation de « ma »guerre  » écrit-il . Un peu plus loin malgré tout, quand Jean Moulin lui demande ce qu'il pense de ce livre, voici ce qu'il en dit : «  Si l'on aime la polémique, c'est un chef-d'oeuvre . J'ai lu en Angleterre plusieurs récits de la défaite . Aucun ne ressemble à ce torrent d'imprécations . Rebatet possède le talent dramatique pour faire revivre le plus grand désastre de notre histoire . » Je constate que Cordier ne dit pas un mot sur l'antisémitisme violent de ce livre, sans doute parce qu'il le partage encore en partie à l'époque comme beaucoup de gens – par son éducation et par la propagande reçue … il change heureusement radicalement un peu plus tard et s'en explique avec humilité ( mais ne condamne pas Les Décombres à ce sujet) .
Pour Les Deux Etendards, que je ne connais pas non plus, je lis avec amusement que vous êtes d'accord dans votre admiration avec François Mitterand qui aurait eu cette formule :"Il y a deux sortes d'hommes: ceux qui ont lu Les Deux Etendards, et les autres"
Et avec plus d'amusement encore votre théorie de l'hétéro "poussé" à l'homosexualité par la grâce ou plutôt par la disgrâce de son épouse … en ce cas à mon avis, il n'y aurait plus qu'une infime minorité d'hétéros – hommes - ou femmes, car les époux peuvent aussi être fort rébarbatifs !

BA. 03/11/2014 07:53

A propos de Rebatet. C'est un très grand écrivain. Son oeuvre a été occulté par son engagement politique extrémiste beaucoup plus par exemple que Brasillach par exemple. Avec moi il était très sympathique et très gentil. Encore presque adolescent, il m'a, comme on dit mis le pied à l'étrier. J'étais, et le suis toujours, très admiratif de sa culture. C'était un puits de sciences en peinture, musique et bien sûr en cinéma. Il était le critique cinéma de "Je suis partout" et plus tard de Valeurs actuels sous la signature de François Vineuil. Certaines de ses critiques ont été rééditées récemment mais je n'ai pas cet ouvrage, encore un livre à acheter! Il vous reste à découvrir son oeuvre. Les Décombres est un grand livre. Il faut certes passer sur quelques délires antisémites mais beaucoup moins que chez Céline. Rebatet se voulait un authentique fasciste donc comme je l'écrivais proposait dans son livre cette alternative à la société française de la Troisième République. Ses critiques du régime écroulé sont pleines d'une verve dévastatrice que l'on retrouve dans Les français de la décadence, livre qui dans quelques passages semble presque être un pastiche des "Décombres". L'édition originale du livre est assez facile à trouver (un peu cher. Je ne l'ai plus on me l'a volé!). L'indispensable Jean-Jacques Pauvert a réédité l'ouvrage en 1977 sous le titre mémoire d'un fasciste en deux tomes. Là encore ce n'est pas trop difficile à trouver. Le premier est une reprise des Décombres légèrement expurgé par madame Rebatet (c'est amusant de comparer cette édition avec l'originale) et le second est une sorte de suite des Décombre. Pauvert avait une grande admiration pour Rebatet, l'écrivain. Une biographie de Rebatet est paru aux éditions du Seuil en 1994 sous le titre Lucien Rebatet, un itinéraire fasciste. L'auteur Robert Belot a en fait développé sa thèse de doctorat d'Histoire (dirigée par Jacques Julliard). C'est très intéressant mais il ne s'attarde pas assez sur la psychologie du personnage et encore moins sur "Les deux étendards". On apprend plein de choses par exemple que le livre a failli être interdit par les allemands! car trop cru et scandalisé ce bon Heller outré des passages sur les grands écrivains français. Il montre aussi que Rebatet pendant l'occupation a été un parfait salaud et un lâche durant son procès ce qui lui a permis de sauver sa tête contrairement à Brasillach qui s'est montré très courageux et a été... fusillé. Enfin la lâcheté a du bon sinon nous n'aurions pas "Les deux étendards".
Le peu de fois que j'ai rencontré madame Rebatet, elle m'a paru une parfaite mégère.
Je ne suis pas certain que la vie de couple homosexuelle soit plus sereine que l'hétérosexuelle...

ismau 01/11/2014 19:11

Un indice de plus au sujet de votre mystérieux écrivain ... qui prouverait à la fois que lavacourt et Lavaucourt sont bien un seul et même homme, et aussi que son métier de dentiste en Algérie était bien réel . Il s'agit d'une étude sérieuse sur Arcadie, qui indique que Lavaucourt est dentiste ( ce qui recoupe curieusement le Lavacourt dentiste, ou de profession libérale, de la 4ème de couverture )
http://books.google.fr/books?id=i5OfesofLXcC&pg=PA90&lpg=PA90&dq=andr%C3%A9+lavaucourt&source=bl&ots=ttFRRxsfcE&sig=c163Kj3DGR-uqQSVFGcWy9bZCS0&hl=fr&sa=X&ei=q7ZTVKfyO4noaOaQgbgP&ved=0CEMQ6AEwBQ#v=onepage&q=andr%C3%A9%20lavaucourt&f=false

Et puis coïncidence, un des personnages du livre est dentiste ... d'après votre si précise et vivante liste, qui donne vraiment envie - si le reste ne suffisait pas ! – de lire un jour cet « ovni » .
Mais à vrai dire son titre ne me plaît pas  ; c'est comme « Les Décombres » de Rebatet, auquel vous faites d'ailleurs allusion : cette idée de ruine généralisée de toutes les valeurs ( par la faute de quelques ignobles individus ), cette idée de « Décadence » ... me semblent tout bonnement fausses . D'ailleurs Rebatet se trompait gravement, même s'il était lui aussi très drôle dans la première partie de son livre ( on est facilement drôle en étant dans la caricature )
Anatole France, puisqu'il est question de lui, réussit lui aussi très bien dans l'ironie et dans la critique politique et sociale. Je pense surtout à « L'île aux pingouins », qui est un livre étonnant et fort plaisant . J'espère que Lavacourt est d'accord à son sujet avec son antiquaire, et pas avec l'autre qui dit stupidement « A.France cet espèce d'eunuque qui croyait que la pitié remplace la colère » . A. France a eu au contraire beaucoup de courage, celui en effet de ne pas se mettre systématiquement en colère, celui de prendre la défense des affaiblis, et le courage d'opinions qui l'ont fait détester à la fois de la droite et de la gauche .

B.A. 01/11/2014 23:20

Je suis de votre avis pour Jackson mais on peut lui poser la question via son éditeur idem pour Déon mais il est sur que lorsqu'il recommande la lecture du livre à Morand il ne connait pas ce lavacourt ou celui qui se dissimule derrière ce nom sinon il aurait dévoilé l'identité du cachotier à Morand. Pourquoi Assouline?
C'était également mon impression qu'il ne pouvait s'agir d'une première oeuvre mais n'ayant trouvé aucun client possible, le seul ce serait Gripari mais ce n'est pas complètement convaincant et d'ailleurs cela serait aussi quasiment sa première oeuvre publié.
Il y a une autre possibilité que Les français de la décadence soit la première oeuvre publiée de Lavacourt mais pas sa première oeuvre qu'il ait écrit mais ces précédents essais auraient été refusés cela collerait assez bien avec l'envoi à Queneau. D'autre part il y a tout de même des faiblesses et des erreurs dont une aurait pu être facilement corrigée celle d'affubler quasiment tous les hommes politiques du livre d'un nom composé (même si je comprend bien la raison de cela, ce qui corroborerait l'idée que notre auteur n'est pas vraiment "résistantialiste". Le livre ne me parait pas très bien édité ou alors notre auteur était rétif à tous les changements. Que de questions...

Bruno 01/11/2014 22:51

Etes vous bien sûr, qu'il y ait eu enquête littéraire par Jackson ? J'en doute et je pense que seule la quatrième de couverture en ait fait office. "Les Français..." est, à mon opinion trop bien construit pour être la première oeuvre d'un vrai débutant qui disparut ensuite de surcroit.Garder une photocopie de l'envoi à Queneau. Dommage qu'il soit si tard pour interroger Déon...Passer le bébé à Assouline...

B.A. 01/11/2014 21:47

Le livre dont vous mentionnez le lien existe en français. Il s'agit d'Arcadie de Julian Jackson un historien britannique spécialiste de la France des années 40 et 50. On a pu l'entendre vendredi dernier dans l'excellente émission sur France-Culture: La fabrique de l'Histoire d'Emmanuel Laurentin.

B.A. 01/11/2014 21:37

Merci pour votre lien.
Je pense de plus en plus qu'il y a bien un Lavacourt et que ce n'est pas un masque derrière lequel sz cacherait un écrivain plus célèbre. Il reste que la proximité d'idées et de moeurs avec Gripari est troublant. Il reste que c'est bien curieux que ce monsieur se soit ensuite dilué dans les sables de l'Algérie à moins que comme je le suggère il ait été une des nombreuses victimes de cette guerre.
Que vous n'aimiez pas le mot de décadence rien de plus normal mais c'est un fait que l'Europe est en décadence depuis la fin des années 20 qu'il y ai des ilots de résistance et de lumière c'est également certain. Ce qui est curieux c'est que le livre est terminé d'être écrit alors que sous l'impulsion de de Gaulle, elle relève la tête.
Le parallèle avec les décombres s'impose en particulier à la fin de l'ouvrage mais je ne veux pas en dire trop pour ne pas "spolier". Il reste qu'à la grande différence des Décombres, livre qui proposait en sous texte la solution fasciste, Les français de la décadence n'offre aucune alternative et est en cela beaucoup plus noir. Comme je l'ai écrit ailleurs j'ai connu Rebatet à la toute fin de sa vie et ne croyait pas s'être trompé. J'ai en outre le sentiment qu'il était un homosexuel refoulé (peut être pas si refoulé que cela). Il a été très gentil avec moi et généralement semblait être très accueillant pour les jeunes hommes... Il faut préciser qu'affublé d'une femme pareille, on peut comprendre que chez le plus hétéro cela fasse naitre des idées homosexuelles. Il est en tout cas certain que le dit Lavacourt a lu Les décombres et Les deux étendards dont les premiers chapitres sont assez homo érotique un peu comme le début des Thibault. Les deux étendards est un autre très grand livre victime de la censure. Un des plus grand roman français du XX ème siècle. Les français de la décadence n'a pas cette tenue sans dote parce que Lavacourt était plus orgueilleux que Rebatet. Je suis persuadé qu'il pensait que son livre aurait l'impact du Voyage au bout de la nuit. A propos de Céline auquel on ne peut pas s'empêcher de penser ce qu'il y a de moins réussi dans le livre c'est le langage parlé du lumpenprolétariat. Il y a aussi la condamnation sans retour de la classe la plus pauvre, Lavacourt n'a pas la tendresse de Céline pour les victimes de la société peut être paradoxalement parce qu'il est moins pessimiste que l'ermite de Meudon mais ce livre n'est pas à une contradiction prêt.
J'ai assez mal traité le style de ce roman. Toutes les parties qui ne sont pas des dialogues sont écrites dans un français châtié et direct qui n'est pas loin de rappeler celle d'Anatole France. C'est le grand homme de l'auteur à n'en pas douter. Dans un chapitre que je n'ai pas mentionné deux personnages, Breuil et Delatre se lance dans un ping-pong de citations d'Anatole France dont ils connaissent les romans par coeur! Vous avez parfaitement raison, j'aurais du situer L'ile des pingouin et aussi Les dieux ont soif car il est beaucoup question de révolution dans ce roman, très ambiguë quant aux idées car des points de vues contradictoire y sont exposé.

Jean-Claude 30/10/2014 08:59

L'article "Arcadie" de Boywiki, donne le texte intégral de l'un des articles d'André Lavaucourt (et non Lavacourt). Y a-t-il une faute sur le nom de l'auteur ? Etes-vous sûr qu'il s'agisse du même écrivain ?

B.A.. 30/10/2014 21:53

J'ai lu le texte de Lavaucourt généreusement proposé par Boywiki et je suis intimement persuadé que Lavacourt et Lavaucourt ne sont qu'une seule et même personne. Je dénote toujours une grande proximité avec les idées de Gripari...

B.A.. 30/10/2014 21:43

Merci pour cette information.
Je ne sais rien comme je l'ai écrit sur le mystérieux Lavacourt et pas plus sur Lavaucourt dons je ne peux pas vous dire si c'est le même personnage c'est tout de même plausible d'après son livre et les titres des articles tous ayant un tropisme du coté de l'Afrique du nord...