ils voudraient qu'un grand changement fût fait, et ils défendent qu'on hasarde même d'en faire un petit

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Ils voudraient qu'un grand changement fût fait, et ils défendent qu'on hasarde même d'en faire un petit; ils voudraient qu'on arrangeât tout, sans déranger rien; leur inerte et défaillant amour de l'ordre finit par exiger seulement qu'on respecte le désordre établi : il faudrait, pour les contenter, bâtir durant leur sommeil un palais qu'ils trouveraient achevé en rouvrant les yeux, mais ces fééries n'ont pas lieu dans la politique.

Abel Bonnard, Le drame du présent. Les Modérés.

http://www.juanasensio.com

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ismau 08/10/2014 18:35

Merci pour ces nouvelles pistes de découvertes historiques et politiques, d'autant plus intéressantes qu'elles ont un ancrage personnel . Mais, par manque de connaissances, je n'en suis pas encore à comprendre certains courants d'idées – volontairement ou non passés sous silence - dont celui dont vous vous réclamez (intellectuellement ) Il faudra que je lise et me renseigne à ce sujet, puisque vous me donnez quelques titres … Je n'ai moi, aucun positionnement politique précis, autre que celui de rejeter ceux qui me semblent les pire : les plus intolérants, les plus conservateurs ou les plus révolutionnaires, les plus démagogues, etc . Je préfère les pragmatiques aux idéologues, « les modérés » aux extrêmistes : ils font moins rêver, mais font moins de mal . C'est pourquoi, dans le contexte de la Résistance j'avais cité ensemble « les partis adverses fascistes et  pétainistes » mais sans les confondre, je sais que leurs idées étaient radicalement différentes du côté de leurs intellectuels . Reste que les fascistes et les pétainistes se sont retrouvés à agir ensemble, chacun croyant garder son âme et se jouer de l'autre . Le résultat fut très vite catastrophique . Il n'y avait que des naïfs ou des hypocrites pour ne pas s'en être aperçu ( c'est ce que me disait mon père à qui je posais souvent la fameuse question de savoir s'il était évident à cette époque de choisir son camp ) Mais ce n'est pas si simple de ne pas se tromper, je crois, aucun parti ne dit : nous sommes intolérants et démagogues . Ils disent tous : la sagesse c'est nous et c'est le peuple ! que ce soit Hitler, Mussolini, Staline … ou Pétain, ou Marine le Pen, ou les gentils autres ... ce n'est donc pas ce qui les distingue . La confusion dont vous parlez - entre extrême droite et populisme ( j'en suis bien d'accord) est entretenue par une gauche omniprésente qui caricature tout, et entretien des erreurs historiques dangereuses . Il faut tout de même admettre que dans chaque parti, se retrouvent stratégiquement des individus aux idées parfois contraires : pourquoi pas des fascistes chez Marine, sinon où vont-ils ?
Pour la triste et édifiante histoire de Georges Guingouin, j'ai trouvé en effet un très intéressant billet sur votre blog, ou vous me renvoyez sur un non moins intéressant billet de Médiapart ! J'aime beaucoup votre « éclectisme », et aussi votre citation de cet authentique résistant communiste : « ...l'épreuve passée, c'est le temps des habiles et la revanche de ceux qui manquèrent de courage »

B.A. 08/10/2014 20:07

Tout d'abord je n'ai pas changé j'ai été un des membres actif de la Nouvelle Droite à sa création dont le phare était Alain de Benoist. Notre mouvement s'appelait le G.R.E.C.E. acronyme pour Groupe de Recherche et Etude pour la Culture Européenne mouvement clairement ancré à droite non moins clairement laïque et quelque peu païen (pour ses marges). Ses publications était Nouvelle Ecole et Elément. Les grands hommes du mouvement était les néo conservateurs allemands (Ernst Junger), des penseurs "élitiste" Raymond Abellio, Julius Evola, et des économistes comme Rougier pour les art et en particulier le cinéma Michel Mourlet et Michel Marmin... Je fais simple et grossier. Nous étions à l'aube des années 70. Je me suis éloigné de ce mouvement à cause de leur antiaméricanisme souvent primaire et de leur anti-sionisme. Je pensais et pense toujours que c'est une grave faute de diviser l'occident.
Aujourd'hui d'après ses dernière déclarations Alain de Benoist semble se rapprocher de la marinade lepeniste dans laquelle je refuse de tremper...
Je me permet de vous indiquer un livre merveilleux pour s'informer sur les courants de pensée et leur représentant dans la France du XX ème siècle, il s'agit du Dictionnaire des intellectuels français de Jacques Julliard et Michel Winock aux éditions du Seuil, 2002
Où vont les gens d'une certaine opinion? Parfois nul part. Des courants de pensées curieusement restent plus ou moins invisibles longtemps mais c'est une grave erreur de penser qu'ils disparaissent, il n'y a que les naïfs pour croire cela voir la récente visibilité des traditionalistes chrétiens et il y a quelques années des trotskistes, ce sont deux exemples, il y en a bien d'autres...

ismau 06/10/2014 16:05

L'Histoire falsifiée par le PCF, oui bien sûr, je le sais et le savais très tôt ( malgré la propagande reçue en classe – et partout ... ) ; je le savais grâce à l'histoire de mon propre père dans la Résistance intérieure, et à sa volonté de combattre ensuite les mensonges de toutes sortes, quitte à discréditer en partie son propre camp. Il m'avait dit exactement ce que vous m'écrivez des lamentables agissements des communistes français au début de la guerre . Plus tard, quand les communistes se sont enfin engagés ( quand leur véritable patrie l'URSS fut attaquée ) ce sont les rivalités internes politiques d'un maquis à l'autre qui ont été bien peu glorieuses : je connais de tristes anecdotes à ce sujet . Et ce ne fut pas mieux avec l'intervention extérieure du général de Gaulle, qui a donné finalement la part belle aux communistes, avec une stratégie plus ou moins habile . La nomination de Jean Moulin ( un crypto-communiste ? ) pour unifier les mouvements de Résistance, n'était pas sans conséquence . Mon père était dans le mouvement « Combat », de Fresnay ... qui n'aimait pas du tout Moulin ; mon père était proche du soi-disant traître Hardy, auquel Lucie Aubrac ( elle pas crypto mais clairement communiste ) amena un gâteau à l'arsenic en prison, sans avoir la moindre preuve de sa culpabilité dans l'arrestation de Moulin ... A la libération, dans la région de Toulouse, certains faux chefs maquisards communistes que De Gaulle avait adoubé, ont paradé et se sont emparés des faits d'armes de maquis non communistes, puis se sont parfois emparés au moins provisoirement de postes administratifs et politiques .
De la Rocque, je ne le connaissais pas ; je n'avais de lui qu'une idée très vague et très injuste liée aux Croix-de-Feu . Grâce à vous et à l'article de wikipédia j' ai maintenant une tout autre opinion . Je lis, pour revenir précisément au sujet précédent, qu'à son retour de déportation en 45, il a été placé en internement administratif pour l'éloigner des affaires politiques … et le tenir à l'écart du Conseil National de la Résistance . De la Rocque n'a été réhabilité qu'en 61, avec les excuses de Debré !
Mais tout ceci - toute cette critique de la Résistance et de De Gaulle – ne valorise aucunement pour moi les partis adverses fascistes et pétainistes ! La « Révolution Nationale » ne me paraît à aucun moment séduisante, même à ses débuts, et je me réjouis que certains ait eu le courage de combattre - malgré leurs divergences politiques .

B.A. 06/10/2014 16:59

Je vous remercie de votre très intéressant commentaire et de votre témoignage familiale.
De mon coté mes arrières grand parent des aristocrates très maurassiens se sont engagés dans la résistance ils aidaient les parachutages en balisant leurs terres puis récupéraient les armes et les distribuaient aux maquisards en particulier au maquis communiste dont le chef était Georges Guingouin... Ils se sont suicidés (probablement) en jetant leur voiture (mon arrière grand mère infirmière durant la Grande Guerre avait réussi à avoir un permis de circulation) contre un arbre. Ils étaient ivres (ce qui leur arrivait souvent...) et auraient appris que leur arrestation étaient imminente... Après la guerre Guingouin fut accusé de trahison et complice d'un crime par ses camarades du parti et passa de député à tolard. Il fut trainé dans la boue. Un très bon téléfilm retrace cette terrible histoire. C'est peut être sur le blog.
Sur de La Rocque il y a un livre somme (un peu indigeste mais incontournable) c'est Le colonel de La Rocque ou les pièges du nationalisme chrétien de Jacques Nobécourt aux éditions Fayard.
A propos de Fresnay son non engagement politique après guerre reste pour moi un mystère.
Sans vouloir réhabilité la Révolution national tout n'était pas sans intérêt dans ce projet qui reprenait d'ailleurs certaines idées du Front Populaire, des synarchistes et de Tardieu notamment celle de l'utilité d'une Grande Ecole d'administration pour la France d'où l'Ecole des cadres d'Uriage. A mon avis on a bien tort de taper sur l'ENA...
Intellectuellement (je précise intellectuellement) je suis proche des synarchistes (sur la synarchie lire La synarchie d'Olivier Dard paru aux éditions Perrin mais ce livre va plus du coté du mythe que de la réalité) comme Benoist-Méchin qui faisait le pari de soutenir l'Allemagne pour le rêve d'une grande Europe. En pensant que le successeur d'Hitler serait plus pragmatique. C'était un peu diner avec le diable et leur cuillère étaient beaucoup trop courte...
Il y a une grande confusion qui veut faire du pétainisme un régime fasciste c'était à peu près son contraire. C'était principalement l'amicale des conservateurs qui rêvaient d'une sorte de retour à l'ancien régime d'où la détestation des fascistes de paris comme Brasillach et Rebatet.
La même confusion se reproduit aujourd'hui lorsqu'on traite Marine Le Pen de fasciste et de figure de l'extrême droite c'est du populisme comment un parti d'Extrême droite pourrait énoncer comme la fait la grande prêtresse du F.N la sagesse c'est le peuple. Mais hier les héritiers du pétainisme étaient dans la rue...

ismau 04/10/2014 00:45

Merci beaucoup pour cette réponse fort éclairante et très complète ! D'autant que la complexité des forces politiques et des courants d'idées de cette époque d'avant-guerre m'intrigue toujours ... en tous cas je ne cesse d'en découvrir de nouveaux aspects . En ce moment tout particulièrement avec le livre de mémoires de Daniel Cordier, futur secrétaire de Jean Moulin :« Alias Caracalla » un récit extrêmement vivant et bien écrit, où il se décrit dans les premières pages en jeune maurassien actif et convaincu ( animant un cercle de jeunes de l'Action française ), puis rejoignant le Général de Gaulle à Londres juste après le discours de capitulation de Pétain ( pour lui un traître qu'il ne peut croire soutenu par Maurras ) . C'est toute une palette d'opinions et de réactions, souvent surprenantes pour nous, qui touchent ses proches, ses parents et ses camarades ; donnant ainsi une idée de la profusion et de la confusion des idées qui pouvaient régner alors . Evidemment toute cette histoire a été plus tard outrageusement simplifiée, ou caricaturée, sans doute pour avantager le camp de certains vainqueurs ; même de ceux qui ne l'étaient que par chance ou hasard, et ne s'étaient pas mieux comportés que leurs adversaires . Je pense à Sartre ou Aragon, parmi beaucoup d'autres, puisque déjà cités plus haut .

B.A. 04/10/2014 08:53

simplifié je dirais falsifié car le PCF s'est livré à une réécriture de l'histoire pour faire oublier d'une part que sont secrétaire général était pendant la guerre au chaud à Moscou, d'autre part qu'en 40, 41 des membres du Parti (dont des députés) ont été exécutés par leurs camarades parce qu'ils dénonçaient le pacte germano soviétique et qu'en 1940 Jacques Duclos a fait des démarches auprès des autorités d'occupation pour que reparaisse l'Humanité. Sans oublier que les gaullistes ont capté l'héritage politique du colonel de Larocque car il faut se souvenir que si la guerre n'était pas intervenu Parti Social Français aurait très probablement remporté largement les élections de 1940. Après la guerre de Gaulle voyait en lui un concurrent mais de Larocque est opportunément mort rapidement des suites de sa déportation. Plus tard le RPF a été un clone du PSF
En effet les souvenirs de Cordier sont intéressants, ils mettent en lumière que tout un pan (petit le pan certes) de sympathisants de l'Action Française ont été des résistants de la première heure voir par exemple des gens comme le docteur Martin et son gendre Pierre de Villemarest à ce sujet le livre "le docteur Martin" de Pierre Péan est passionnant.

ismau 02/10/2014 23:25

Tout ceci semble parfaitement juste, finement observé et parfaitement écrit ( même chose pour la précédente citation d'Abel Bonnard ) On imagine qu'un homme aussi sensé ne pourrait qu'agir avec bonheur en politique ... Or pas du tout ! d'après ce que je lis, son engagement y est plus que  contestable . Effectivement avec lui la politique n'a rien de « féerique » !
Je découvre par exemple une histoire de tableaux anciens de grande valeur – plus de 300 ! - livrés à l'occupant nazi, pour lui  « principe viril et fécondant de l'Europe nouvelle » ... ce qui explique sans doute cela .
Plus drôle, comme ministre de l'éducation, c'est lui qui révoque Simone de Beauvoir en juin 1943 pour « incitation de mineure à la débauche » ... mais il échoue à faire de même pour  Sartre . Plus grave, il multiplie les décrets pour envoyer les étudiants au STO ... etc
Mais que signifie donc son titre : « Les Modérés » ?

B.A. 03/10/2014 07:57

Cette citation est très actuelle et pourrait être écrite hier.
En ce qui concerne Abel Bonnard surnommé par une certaine presse, pas forcément résistante gestapette ce qui donne une petite idée de ses moeurs que son aspect extrêmement précieux dénonçait faisait comme beaucoup de nos politiques aujourd'hui ne mettait pas toujours ses actions en conformité avec ses écrits (un euphémisme). Abel Bonnard est un de ces hommes, tel Brasillach qui furent très séduit par la virilité germanique.
En ce qui concerne Simone de Beauvoir en regard avec ses mémoires, aujourd'hui pour ses relations avec ses élèves non seulement elle serait révoquée mais elle se retrouvait probablement en prison.
Sur les oeuvres d'art livrées aux nazi vous devez connaitre la figure exemplaire de Rose Valland. Il y a une bande dessinée Rose Valland capitaine beaux-art qui raconte son histoire qui aida à sauver des griffes nazis nombre de tableaux et aida à les faire rapatrier en France. Il doit y avoir un billet sur cet album sur le blog.
Abel Bonnard qui a été révoqué de l'Académie Française est mort en exil en Espagne, il n'a jamais pu revenir en France. Les tribunaux de l'épuration plein de mansuétude l'avaient condamné à mort (pour laquelle militait vigoureusement Aragon, autre grand humaniste). La lecture de la correspondance Chardonne-Morand nous apprend que ce dernier y allait de sa poche pour aider Bonnard cacochyme et tombé dans la dèche. C'était les oeuvres de Morand... qui militait pour le retour du proscrit.
Le livre a été écrit dans les années trente et est représentatif de toute une littérature brillante qui réfléchissait sur une refondation de la III ème république, cela devrait vous dire quelque chose. On peut citer Fabre-Luce, Tardieu (grande figure des modérés, je vais y revenir) et ceux que l'on appellera les synarchistes d'autres voulait radicliser le Front populaire comme Marceau Pivert alors que d'autres encore rêvait d'un fascisme à la française sans parler de ceux du coté du colonel de La Rocque voulaient adapter le salazarisme à la France (j'en oublie, il y avait beaucoup plus d'idées, pas toujours très bonnes, dans les années 30 qu'aujourd'hui). Beaucoup verrons dans la révolution nationale (surtout dans la première année de Vichy) une chance de renverser la table comme on dit aujourd'hui. D'autres verrons en de Gaulle l'homme providentiel pour cela voir Debré et les inventeur de la 5 ème république.
Disons qu'à l'époque modéré dans l'esprit de Bonnard étaient ceux qui voulaient la continuation de la III ème république en la dépoussiérant.
Les modérés est un livre très intéressant. Malheureusement je ne l'ai plus mon exemplaire était tellement en ruine, ce n'était plus qu'un ensemble de pages dont certaines avaient été en grande partie bouffées par les souris ou les rats. Chose tout à fait exceptionnelle pour un livre j'ai jeté ce qu'il en restait. Le site où j'ai trouvé cette citation, je vous le recommande , m'a donné l'envie d'en racheter un exemplaire.