Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Après nous avoir fait promener son regard candide et un rien désabusé sur la Chine et la paradisiaque Corée du nord, Guy Delisle, dessinateur et canadien de son état, se retrouve à Jérusalem où sa femme est envoyée pour travailler dans "l'humanitaire" comme on dit. Bon mari Guy la suit, avec comme seule tâche de pouponner, en homme de ménage en quelque sorte. Ce qui le met dans une posture très différente de celle qu'il avait dans ses autres journaux-reportages où il était envoyé loin de son canada natal pour faire bosser les autochtones sur des projets de dessins animés, ce qui n'était pas une mince affaire, en particulier en Corée du nord. Ici une fois qu'il a casé son moutard au jardin d'enfant, ce qui n'est pas toujours facile non plus, le voilà désoeuvré observant à loisir les différentes peuplades du cru. La femme au travail, les enfants à l’école, le père va lui explorer et apprivoiser peu à peu la ville. Dépassant les surprises et les aléas, il va nous livrer la ville dite sainte, en nous disant : voilà ce que j’ai vu et vécu, à vous de juger… D'abord les palestiniens pour lesquels sa moitié est pleine de sollicitude, puis les israéliens qui sont perçu au début par le dessinateur, influencé par son épouse, comme les méchants de la contrée sans oublier quelques autres sectes comme les différents chrétiens locaux qui se haissent entre-eux et les tribus d'humanitaires peu amènes les unes envers les autres. Plongé dans le livre qu'il est difficile de lâcher, on est ébahi et réjoui de voir que chaque groupe ne cesse de sur-enchérir dans l'absurdité et la bêtise. Mon passage préféré est celui qui se passe dans une rue dans laquelle les maisons d'un coté sont habitées par des palestiniens et de l'autre par des israéliens, chacune des deux communautés payant leurs sectateurs pour cracher sur ceux d'en face - c'est un métier. 

 

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Vivre à Jérusalem est un expérience pas tout à fait comme les autres. Guy Delisle passe  au crible la vie quotidienne, les logements difficiles à trouver , la voirie fluctuante selon que l’on habite un quartier 100% Casher ou 100% Halal , les transports qui s’arrêtent à la limite du quartier israélien, les chekpoints permanents, multipliés, ouverts ou fermés à l’envi, les jets de pierre avec des relents d’Intifada, les espaces de jeux des enfants où se mélangent les mères et leur progéniture.

On est tout de suite plongé dans la vie des quartiers qui palpite ou s’éteint au gré du shabbat ou du Ramadan, au gré de frontières qui ne sont pas que virtuelles. 

 

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 Les dessins et les bulles valent tous les reportages télé, la haine et la hargne des colons sont illustrées par quelques dessins qui en disent long mais on a aussi  la peur des israéliens, les dangers d’attentats.

L’absurdité de certaines situations, le ridicule de bien d’autres.

 

Lorsque l’auteur se transforme en touriste lambda il y a des pages drôles, ridicules, ahurissantes d’une justesse magnifique qui recoupent totalement le regard du Candide en Terre Sainte.

 

Témoignage forcément « arbitraire » dit l’auteur,  une expérience personnelle qui s’habille de dérision, d’humour noir. Un regard aigu, persévérant, un regard empreint d’empathie mais qui sait mettre à nu les failles, les injustices, les défaillances, le côté kafkaïen du problème.

J’ai tout aimé dans cette BD et au fil des pages j’ai totalement oublié l’effet dessins/bulles qui parfois me gêne dans la lecture des BD, ici c’est tellement juste que l’on est emporté.

Ces Chroniques font parfaitement ressortir la complexité d’un possible vivre ensemble dans ce pays 

 

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Guy Delisle nous plonge dans la vie de quartier et cette vie n'est pas facile à Jérusalem, pas plus par notre candide que pour le quidam; elle est toute fois un peu plus difficile pour un musulman que pour un juif. On voit que vivre à Jérusalem est un expérience pas tout à fait comme les autres. Guy Delisle passe  au crible la vie quotidienne, les logements difficiles à trouver, la voirie fluctuante selon que l’on habite un quartier 100% Casher ou 100% Halal (quartiers qui palpitent ou s’éteignent au gré du shabbat ou du Ramadan, (au gré de frontières qui ne sont pas que virtuelles), les transports qui s’arrêtent à la limite du quartier israélien, les chekpoints permanents à l'ouverture aléatoire, les jets de pierre avec des relents d’Intifada...

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Cet album est bien plus éclairant sur le conflit israélien et au-delà sur ce qui se déroule au Moyen-Orient que tous les reportages que l'on peut voir à la télavision ou lire dans les journaux. Le dessin efficace de Delisle est impitoyable pour mettre en évidence la bêtises et le ridicule des protagonistes, même s'il ne faudrait pas oublier à la lecture de cette décapante B.D que les israéliens vivent sous la menace de leur extermination par les arabes. Habituellement lorsque je lis un livre qui se déroule dans un quelconque coin du monde, je me dis que j'irais bien ou y retournerais volontier, dans le cas présent je suis content d'avoir découvert Israel en 1987, juste avant la première intifada et pense ne jamais y remettre les pieds... 

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Guy Delisle ©afp.com/Pierre Duffour

Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle
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Publié dans Bande-dessinée

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ismau 28/08/2014 23:12

Voilà encore un livre bien alléchant ! Je trouve aussi que ce sont les oeuvres de fiction, qui montrent le mieux une situation aussi complexe que celle-là, où il n'y a pas de bons et de méchants, mais en effet une effarante « escalade de l'absurdité et de la bêtise » . J'aime particulièrement les films d'Elia Suleiman « Intervention divine » et « Le temps qu'il reste » qui montrent avec un humour aussi paradoxal que réjouissant ce caractère insensé des comportements de défiance et de haine . Chez lui, cette folie collective finit par contaminer l'intérieur de chacune des communautés : ils commencent par cracher sur leurs ennemis - dans des situations qui ressemblent tout à fait à celle de la BD de Guy Delisle - et finissent par cracher sur leur voisins et amis . J'ai également pensé au très beau film « The Bubble » d'Etan Fox ( scène de jardin d'enfants, à la fin ) ; film que je trouve lui-aussi plus instructif que toutes les images et commentaires d'actualités . Votre billet le concernant vient d'en aviver mes souvenirs . Et puis bien sûr, les films d'Amos Gitaï, jamais univoques .
Le petit séjour que j'ai fait en Israël en 85 complète cette image paradoxale : par exemple « quelques autres sectes comme les différents chrétiens locaux qui se haïssent entre eux » : j'ai eu le temps de le deviner sur les grands sites de dévotion au Christ, de constater aussi que ces sites n'ont pas autant d'importance qu'on l'imaginerait de chez nous ; ... et beaucoup d'autres choses qui se ressentent sur place, et me laissent au moins l'envie d'y retourner bientôt – virtuellement ! - par cette lecture .

B.A. 29/08/2014 07:11

J'ai fait un billet sur Bubble il doit être sur le blog. Vous avez raison le Saint sépulcre est une petite église tout en profondeur. J'y ai fait de belles photos d'un jeune et joli guide (en fait il ne faisait qu'ouvrir des grilles avec un trousseau de clés digne d'une mère tourière) qui avait la particularité d'être muet comme une carpe si bien que s'il entendait, ce qui n'est pas certain je n'ai pas su la langue qu'il pouvait parler.... Il faut que je mette ces images sur le blog.