Cocteau et Gide vus par Truman Capote

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Jean Cocteau, André Gide, Marie-Laure de Noailles et Georges Auric feuilletant La femme 100 têtes de Max Ernst à la Villa Noailles, Hyères, Var. Photographie de Marc Allégret, janvier 1930, diffusion RMN

Jean Cocteau, André Gide, Marie-Laure de Noailles et Georges Auric feuilletant La femme 100 têtes de Max Ernst à la Villa Noailles, Hyères, Var. Photographie de Marc Allégret, janvier 1930, diffusion RMN

André Gide cet immoraliste moralisateur à qui la sincérité fut donnée par grâce et refusée l'imagination, ne trouvait nullement à son goût Jean Cocteau, que les muses malignes avaient doté tout à l'inverse d'un art et d'une âme immensément imaginatif, mais allègrement inauthentiques. Ainsi est-il d'un grand intérêt que Gide nous ait laissé, de l'ainé de tous nos enfant terribles, une description très fidèle et pour cette raison même, très compréhensive.

Truman Capote

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ismau 15/09/2014 21:59

Truman Capote ... encore un que je sais être un grand écrivain, mais que je ne connais pas encore . Merci donc pour vos conseils de lecture : « Les domaines hantés », « De sang froid » peut-être ? , « Un plaisir trop bref » ( votre récent billet au sujet de ce recueil de lettres est très alléchant ) .
Mais la citation concernant Cocteau et Gide est tout de même fort agaçante ! Il se pose là en bel esprit et se permet de juger superficiellement, alors qu'il n'est qu'un jeune insolent . Je suis tout à fait d'accord avec Xristophe pour Cocteau – mais dommage, Xristophe laisse tomber Gide ... qui est pourtant lui aussi bien injustement traité ! Capote ne rencontre je crois qu'une fois les deux écrivains, au cours d'une villégiature à Taormine en 1950, lui n'a que 26 ans alors que Gide en a 80 ... ce qui explique (en partie) l'injustice et la méchanceté de ses propos qui raillent sans cesse la vieillesse de Gide . Celui-ci étant accompagné de sa fille ( Capote la juge aussitôt « aussi laide qu'un poêle à bois », ce qui est parfaitement faux ) et ensuite «  Elle est très jeune 23-24 ans ... Comment croire que cette vieille chèvre y soit pour quelque chose ? » ! Il se moque aussi de ses activités de « vieux » qui se contente de passer sa journée chez le coiffeur, aux bons soins de quelques gamins . Enfin bref, il juge en toute inconscience de ce qui ne le regarde pas et ce n'est pas sérieux . Ce n'est pas plus sérieux lorsqu'il l'accuse de manquer d' « imagination » ! Que veut dire ce terme pour la littérature moderne ? Proust a-t-il de l'imagination ? Je crois me souvenir d'ailleurs que Gide s'en explique dans son Journal, il a une vision très moderne pour sa génération de ce qu'est « l'imagination » pour un romancier ( On ne pourra jamais comparer me semble-t-il « les exigences littéraires des deux hommes » qu'en tenant compte de la différence de génération : Gide pourrait être le grand-père de Capote ! )
Enfin pour l'anecdote, c'est lui Capote qui aurait manqué d'imagination, en étant redevable à Gide de son titre « Les chiens aboient » . Toujours à Taormine, Capote venait de recevoir un article très critique sur l'un de ses livres et s'en émouvait : « Les chiens aboient, la caravane passe » lui aurait dit le vieux Gide pour le consoler .

B.A. 28/09/2014 21:27

Certes les crevettes ayant dépassées leur date de péremption peuvent être très nocives pour la santé mais cette date varie beaucoup d'une bestiole à une autre et capote était étonnamment bien conservé. Mieux vaut ce fier à son regard qu'aux cartes d'identité.

xristophe 28/09/2014 18:57

La métaphore Capote/Crevette est très rafraîchissante : avec ou sans alcool, les crevettes fraîches, en bord de mer surtout ne se refusent pas... Mais je vois qu'il a 26 ans déjà, de source Ismau, en 1950 : j'en avais 3, et déjà hélas au delà de 16 (mettons 17), pour mon goût, comme crevette, il était déjà vieux... (Je reconnais, BA, votre sagesse gidienne, de ne me répondre que ponctuellement, et sur la bagatelle, en laissant le sérieux s'enfuir avec le vent...)

B.A. 27/09/2014 22:49

Je ne vous répondrais que sur l'esthétique de Capote, à l'âge où il est à Taormine il est encore très mignon dans le genre crevette, pour ma part j'ai beaucoup goûté de ces friandises, ensuite l'alcool a fait ses ravages...

xristophe 20/09/2014 01:09

Enfin (cette fois-ci pour B.A.) : est-il bien raisonnable de comparer un livre de Capote avec la "Recherche" de Proust... et pourtant je vous laisse "Mort à crédit", que je ne lirai pas, et l' "Ulysse" de James Joyce, qui lui est illisible - en tout cas en français. Quant à "Cocteau-baudruche", le seul grand génie de la liste avec Marcel... bon, arrêtons cette bataille de polochons...

xristophe 20/09/2014 00:59

Ensuite tout ce que vous nous racontez, Ismau, des "insolences" de pacotille, bien sûr, de ce trou- (de mes... là, un chiffre... mais c'est vraiment pour me mettre au niveau du gosse - honte et démagogie ! je ne termine pas) -man ou pas, le discréditerait définitivement s'il n'était pas le si grand écrivain que dit B.A. Déjà, quand on est laid comme lui, Capote, est-ce bien indiqué de parler de poêle à bois et de laideur à propos de la très charmante fille d'André Gide ? (Que je ne laisse du tout "tomber", le père. Mais il semblerait que Cocteau ait toujours besoin, lui, qu'on le défende !) (et de deux, donc)

xristophe 20/09/2014 00:38

Je découvre une reflambée - récente - de cette vieille histoire de capote et de Gide. (Quelle barbe cette nouvelle interface de nos chères Diagonales qui cache les réactions de ses lecteurs-lectrices/scripteurs-scriptrices...) Ce petit mot donc pour Ismau et pour B.A. La première qui m'apprend que cette pauv' Capote (j'ajoute quand même une majuscule, cette fois) était un godelureau : quand je le flaire "Américain qui la ramène sur le vieux continent" j'avais raison en quelque sorte : je plaisantais en faisant semblant de jouer la carte noble de la Vieille Europe contre une Amérique que j'aime tant - mais j'avais bien senti l'arrogance et la niaiserie du sale gamin... Et d'une.

B.A. 15/09/2014 22:54

Dans le contexte, qui est une lettre, Capote parait beaucoup moins méchant. Mais j'ai choisi cet extrait car elle correspond parfaitement à ce que je pense de Cocteau qui me parait de plus en plus comme une parfaite baudruche littéraire dont à mon sens il ne restera rien dans quelques années lorsque le milieu où baignait son oeuvre ce sera évaporé. A ce propos comparez le journal de Gide et celui de Cocteau. Il n'est pas difficile de trouver où est le grand écrivain.
A propos de Capote De sang froid est une date dans la littérature mondiale comme l'est La recherche, Ulysse ou Mort à crédit mais ce n'est pas un plaisir de lecture, à moins d'être passablement pervers, comme peu l'être la Harpe d'Herbe par exemple ou de nombreuses nouvelles de Capote, ma préférée étant La guitare de diamants.
merci pour ce beau commentaire.

xristophe 27/07/2014 00:10

"Inauthentique", Cocteau ? Le goût des symétries et des aphorismes à la noix d'Américains perdus sur le Vieux Continent et qui voudraient faire bonne figure d'intellectuels égare un peu Tru(e)man je crois, malgré son nom

B.A.. 27/07/2014 18:27

Il est tout de même logique que la France assez petit pays ne monopolise pas les talents littéraires du monde. Il se trouve que depuis une cinquantaine d'années elle est en très basses eaux mais il peut surgir un grand auteur soudain. Les lettes japonaise n'étaient pas très brillantes avant la dernière guerre par exemple et l'Autriche en la matière ne s'est pas vraiment remise de la disparition de l'empire. Curieusement je dirais que c'est l'Angleterre qui est la plus constante dans la qualité romanesque. Pour les Etats-Unis il faut également attendre disons 1930 pour voir apparaitre de grands auteurs. Le grand homme des lettres américaines au début du XX éme siècle était Dreiser et ses roman du Zola Pateux sont très ennuyeux. Quand à Sartre ses goût en matière de roman (comme pour autre chose) sont assez douteux son grand écrivain américain était Dos Passos. Il n'y a qu'Elroy aujourd'hui pour le suivre sur ce curieux chemin.
Le plus grand livre de Capote est son premier "Les domaines hantés" un chef d'oeuvre. Ce qui ne veut pas dire qu'il est parfait il y a des problèmes dans la construction du récit. Dans cette écriture baroque il y une sorte d'addition de Faulkner et d'Henry James et curieusement le résultat est une écriture plus fluide que chez ces deux auteurs. J'ajouterais pour le thème une pointe de Mark Twain et quelque chose de Lovecraft que je ne saurais définir. C'est donc celui la que je conseillerais. Ses nouvelles sont très bien également.
De sang froid, le livre le plus célèbre de Capote qui lui a apporté la fortune et l'a tué n'a rien à voir s'il a révolutionné la littérature est-ce une oeuvre d'art? (un beau sujet pour un concours de lettres modernes)
Le sujet capote me donne l'occasion d'un petit coup de gueule quand on voit que la Pléiade va accueillir Jean d'Ormesson et que Capote n'y est pas pas plus que Pérec, On suggère aux responsables de Gallimard d'apprendre à lire...

xristophe 27/07/2014 17:23

Vous avez raison d'être sérieux en répondant à mes provoc's ! Mais vous savez mon culte pour Cocteau, je crois, ce génie profond toujours attaqué dans les même termes : le thème journalistique "un cocktail des Cocteau"... et post surréaliste, en plus. Je ne mets pas Cocteau "plus haut" que Gide - qu' "on" les lise ou pas. Je ne suis pas non plus anti-américain, tant s'en faut ! Juste ceci : depuis Sartre, le culte en France - et antifrançais, tant qu'à faire ! - de la littérature américaine, repris par tant d'échos, m'interdit d'être naturel... Les cultes majoritaires m'incommodent : je fais alors le délicat, me détourne - remets à plus tard... "Mesdames-messieurs, patience : je finirai par vous donner ma solution..." Mais il y a des minorités "pour" ! Vous, et même... Angelo !
(Quel Capote me conseillez-vous, pour commencer ?)

B.A.. 27/07/2014 10:52

Je suis bien sûr totalement d'accord avec ce qu'écrit Capote dans ce passage du portrait croisé de Gide et Cocteau. Mais je dois avoué que je fausse l'idée d'ensemble de ce texte puisque Capote termine avec la prédiction que les écrits de Cocteau seront lu encore alors que probablement on ne lira plus Gide. Je précise que Truman Capote qui est un immense écrivain, il ne faut pas faire de l'antiaméricanisme primaire ni penser qu'il n'y a de bons auteurs qu'en France. Cela n'a jamais été vrai et ne l'est plus du tout depuis au moins cinquante ans. Il y aurait à propos beaucoup à écrire en faisant un parallèle entre les exigences littéraires de Capote et Gide.