Expiation de Ian Mc Ewan

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Expiation de Ian Mc Ewan

 

 

Lorsque l'on referme un roman aussi magistral, encore ébloui par son audacieuse construction, et ému par la destiné de ses personnages, on peut avoir cette interrogation qui paraitra à certains étroitement nationaliste, pourquoi aucun écrivain de ce coté ci de la Manche est capable d'une telle prouesse; ne parvenant pas à mêler recherche formelle et la forte incarnation d'un récit passionnant, qui à la fois a pour décor une page d'Histoire et met en question la société dans laquelle le drame se déroule. Certes Ian Mc Ewan s'appuie sur des prédécesseurs, j'y reviendrais, (c'est peut être là la faille des lettres françaises qui n'a plus de grands écrivains depuis près de cinquante ans... Sur quelle référent peut s'appuyer un jeune auteur français?) citant à la fois Walter Lord et Virginia Woolf mais pas Evelyn Waught auquel il me paraît grandement redevable par le biais de « Retour à Brideshead » ( pour consulter ma critique de ce livre: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-retour-a-brideshead-d-evelyn-waugh-123473400.html). C'est un peu comme ci, un de nos plumitifs se référait à la fois à Pierre Closterman et à Georges Pérec ou à Bordonove et Claude Simon, un grand écart qui paraît inimaginable pour un romancier français.

Novateur, du moins en regard à notre production nationale, « Expiation », l'est par une très habile construction, presque policière, avec un roman dans le roman, figure dont le lecteur n'aura la révélation qu'à la toute fin du volume. Dans un court épilogue la romancière qui est censée avoir écrit ce que nous venons de lire confesse qu'elle est à la fois restée au plus près de faits réels qui ont bouleversé sa vie et qu'elle s'est interrogée sur la destinée de ses héros, laissant ainsi le lecteur entre deux fins possibles (il n'est pas facile d'exposer la subtilité de la construction du livre, sans en déflorer l'intrigue...). Par cet intrigant subterfuge littéraire Ian Mc Ewan s'interroge sur le pouvoir de manipulation des écrivains.

Le titre pourrait faire croire qu'Expiation, comme «  Retour à Brideshead » et « Graveney Hal » de Linda Newbery (paru un an après « Expiation »), deux romans cousins de celui-ci, est, comme eux, encombré de religion; il n'en est rien. Néanmoins, il me semble que ce titre demande quelques précisions théologiques: L' expiation est une doctrine rencontrée au sein du christianisme et du judaïsme. Elle décrit la façon dont le péché peut être pardonné par Dieu. Dans le judaïsme, l'expiation est le processus de pardon des transgressions. Elle était à l'origine accomplie à travers des rituels exécutés par un Grand Prêtre ( Kohen Gadol ), le jour le plus saint de l' année juive, Yom Kippour (le Jour de l'Expiation ou du Grand Pardon). Dans la théologie chrétienne, l'expiation fait référence au pardon des péchés à travers la mort de Jésus-Christ par la Crucifixion, laquelle a rendu possible la réconciliation entre Dieu et la création. Au sein du christianisme, trois théories principales existent à propos de la façon dont une telle expiation fonctionne: la théorie de la rançon, la théorie de la satisfaction et la théorie de l'influence morale.

Le livre est divisé en quatre parties de longueur très inégale. Elles même sont sous divisées en chapitres. Dans la première, nous sommes en 1935, dans ce que j'appellerais un roman de château, genre à part entière dans la littérature anglaise. L'héroïne ou tout du moins celle que l'on peut considérer comme telle, Briony a 13 ans. C'est d'abord à travers son regard que nous allons faire la connaissance de la famille Tallis. Elle se compose des parents, la mère Emily, grande migraineuse à la cervelle de moineau (je précise que j'aime beaucoup ces passereaux que la vox populi considère comme peu intelligents), Jack, le père, un haut fonctionnaire, véritable arlésienne du récit où il n'apparait que par ce qu'en dit sa femme et ses enfants. Le couple a eu trois, outre Briony déjà cité, il y a sa soeur Célia qui a 23 ans vient de terminer des études de lettres à Cambridge un peu décevante en regard de ses espérances et Leon, son ainé de 25 ans, un falot employé de banque malgré sa belle stature.

Nous découvront également leur château, personnage à part entière comme dans nombre de romans anglais. La demeure n'est pas ancestral car la richesse de la famille est récente; elle provient du grand père qui, génial inventeur, a su faire fructifier les brevets qu'il a déposé. C'est une de ces demeures que les films de James Ivory, ou, plus récemment le film « Gosford Park » de Robert Altman, nous ont fait connaitre. Nous y arrivons lors d'une journée particulière. La campagne anglaise est sous la canicule et la maison reçoit à la fois les trois enfants de la soeur d'Emily qui est en pleine procédure de divorce. Il y a Lola, 15 ans et ses frères jumeaux âgés de neuf ans. Est attendu également un ami de Leon, Paul Marshall, un jeune magnat du chocolat. La journée doit se terminer par un repas de fête où est également convié Robbie, le fils d'une servante, mais qui a été élevé presque comme un fils de la maison. Il vient de terminer brillamment ses études de paysagiste mais envisage d'en attaquer d'autres pour devenir médecin (études financées par les Tallis). Un événement dramatique dont Briony est la malheureuse cheville ouvrière va bouleverser la vie de tous ces personnages.

Cette première partie qui s'étale sur près de 250 pages, soit environ la moitié de la pagination du volume, se déroule en une seule journée en un procédé proche du « Mrs. Dalloway » de Virginia Woolf, auteur cité dans le roman. On peut également en appeler à une autre référence prestigieuse, celle d'André Gide qui à l'instar de la première moitié d' « Expiation » suit dans « Les Faux Monnayeurs » plusieurs points de vue, plusieurs récits, plusieurs personnages. Sans oublier le clin d‘œil à Jane Austen vers la fin du livre, il y a sans doute de subtiles autres allusions littéraires mais je ne les ai pas débusqué en raison de mon ignorance...

Cette réunion de famille est décrite dans les moindres détails. Bien qu'elle soit la matrice de tout le livre, son exposition est tout de même trop longue. C'est à mon sens le seul défaut du roman. Même si je comprend bien que le changement du rythme narratif, qui s'accélère de partie en partie, elles sont de plus en plus courte, est une des prouesses réussies par le romancier. Mais que le lecteur ne se décourage pas, la suite le récompensera de sa pugnacité...

La deuxième partie du roman, nous propulse au coeur de la déroute des troupes anglaises dans le nord de la France. Nous sommes donc cinq ans plus tard. Contrairement à la première partie dans laquelle il y avait plusieurs narrateurs, Ian McEwan y alterne les points de vue au cours des quatorze chapitres, nous avons d'abord celui de Briony, puis de Cecilia ensuite de leur mère, puis de Robbie et enfin retour à Briony; cette fois nous vivons de manière trépidante la déroute des alliés à travers les seules réflexions de Robbie qui cherche à se rembarquer à Dunkerque, avec comme seule idée en tête celle de retrouver Cecilia. Le récit de ces soldats jetés sur les routes, honteux de devoir reculer, touchés par le mépris de la population locale qui les prend pour des lâches, alors qu'ils vivent dans la tension permanente qu'occasionnent les raids aériens de l'aviation allemande, est fait sans fausses pudeurs; c'est la guerre dans toute sa brutalité et sa cruauté aveugle que décrit magistralement l'auteur. C'est « Week-end à Zuydcoote de Robert Merle.


La troisième partie nous fait revenir à Briony. La pimbêche égotiste et écervelée de la première moitié du récit est maintenant une élève infirmière, qui porte le poids de sa faute, et décide de mettre tout en oeuvre pour pouvoir la réparer. Là encore Ian Mc Ewen, cette fois à travers le regard de Briony, nous montre la réalité la plus crue de l'horreur de la guerre par le biais de la description d'un hôpital de Londres dans lequel exerce l'héroïne. L'établissement est submergé par l'afflux des blessés qui ont réussi à s'extraire du piège de Dunkerque. Dans ce passage qui décrit un Londres dans l'attente de l'envahisseur teuton, juste avant le blitz, j'ai songer à « Blitz » le beau livre de Connie Willis qui est un palpitant roman tout en étant une émouvante description du courage quotidien des britanniques durant cette terrible épreuve.

On retrouve ensuite Briony dans la dernière partie du roman. Elle en est la narratrice unique. Nous sommes maintenant en 1999. Elle est âgée de 77 ans. Devenue romancière, comme vous pouvez le constater à mon laborieux essai de résumé, d'autant plus laborieux qu'il essaye de ne pas dévoiler les rebondissements de récit, l'auteur n'est pas avare d'ellipses narratives, Briony nous nargue d'une pirouette, en véritable romancière de sa vie. Cette quatrième partie est bien plus courte que les autres. Elle est cependant essentielle et conclue en apothéose ce roman.

Le lecteur verra ses sentiments évoluer vis à vis des personnages au fil de sa lecture et en particulier en ce qui concerne Briony qui est finalement le personnage le plus intéressant, et le plus complexe, mais pas le plus aimable, du livre. Robbie et Cecilia ne sont que des figures comme le suggère l'auteur lui même avec "Two Figures by the Fountain" qui est le titre du premier/dernier roman de Briony et qui évoque l'histoire de Robbie et Cecilia. Il est probable que sa petite personne infatuée et égocentrique, en exaspérera plus d'un avec ses prétentions à devenir écrivain, aveugle aux conséquences de ses actes qu'elle mettra une vie à expier; mais est il de saison d'expier un crime d'enfance quand le monde s'embrase dans ce début de la seconde guerre mondiale? Il est tout aussi probable qu'il aura de l'empathie pour la Briony devenue vieille... Même si en fait l’expiation à laquelle Briony vouera le reste de ses jours (ou plutôt pense qu'elle a vouée son existence n’en est pas vraiment une. Car si elle a soigné avec abnégation les blessés de la guerre, elle est retournée, une fois la paix revenue, à sa plume, sans doute, pour elle, la seule réalité. Comme pour probablement la plupart des écrivains qui, souvent, ne voient du monde que ce qu’ils font surgir de leur plume ou de leur ordinateur?

Par le biais de symboles tracés à l'encre sur une page, elle était capable de faire passer réflexions et sentiments de son esprit à celui du lecteur. C'était un processus magique, tellement banal que personne ne s'en étonnait plus. Lire une phrase et la comprendre revenaient au même; comme lorsqu'on recourbait un doigt, rien ne s'interposait. Nul intervalle où s'élucideraient les symboles. On voyait le mot château et voilà qu'il était là, dessiné au loin, avec des bois qui s'étendaient devant lui au coeur de l'été, dans l'air bleuté, plein de douceur, une fumée s'élevant de l'antre du forgeron et une route pavée qui serpentait dans l'ombre verte...

Il est évident que l'auteur n'esquive pas les références aux classiques du roman moderne anglais, à commencer par « Retour à Brideshead » d'Evelyn Waugh. Il a même été accusé d'avoir en partie plagié l'autobiographie de Lucilla Andrews, « No Time For Romance » (je n'ai pas lu cet ouvrage), ce que le romancier réfute. Mais si « Expiation » est redevable à d'autres romans anglais, il a également fécondé au moins un autre chef d'oeuvre du roman anglais contemporain, « L'enfant de l'étranger » d'Hollinghurst (on peut aller voir le billet que j'ai consacré à ce grand roman: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-l-enfant-de-l-etranger-d-alan-hollinghurst-122200262.html. Amusons nous à une esquisse de lecture comparée. Dans la première partie du roman d'Hollighurst (qui est la seule à avoir de grands liens de parenté avec le récit de Mc Ewan) nous somme également dans une grande demeure de la campagne anglaise (je conseille vivement à tous les amoureux des belles résidences anglaises et encore plus de leurs jardins de se rendre sur ce site: http://parksandgardensuk.wordpress.com/), mais cette fois juste avant la Grande Guerre, en présence d'une famille dont le père a disparu (mais il est si peu présent dans « Expiation ») et ayant comme chez les Tallis trois enfants, avec également un fils ainé falot et une jeune fille qui lors d'une soirée également torride sera le déclencheur de tout le reste de l'histoire – similitude troublante – même si le développement des deux histoires est totalement différente. Lors des soirées cruciales dans les deux romans, il y a également un richissime jeune invité, mais dont certes la concupiscence n'a pas le même objet dans les deux livres... A noter aussi une certaine similitude du traitement littéraire avec dans les deux romans, une utilisation audacieuse de l'ellipse.

Mc Ewan n'a pas essaimé que chez Hollinghurst, il y a également quelque chose d' « Expiation » dans « Graveney Hal » de Linda Newbery (critique de ce roman dans le blog: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-graveney-hall-de-linda-newbery-122983759.html) mais cette fois c'est plus architectural que littéraire. Dans les deux demeures qui sont au centre de chaque roman, il y a quasiment la même dépendance, sorte de temple au bord d'une pièce d'eau dans laquelle se déroule un des épisodes important de chaque histoire... Plus inattendu on retrouve des traces de la relation entre la famille Tallis et Robbie dans une excellente bande dessinée parue très récemment où là encore une demeure de maitre joue un rôle important, il s'agit de Choc - tome 1 - Les fantômes de Knightgrave de Stéphane Colman et Éric Maltaite

Par ailleurs l'écriture de Mc Ewan, restituée par la traduction de Guillemette Beleteste est agréable à lire, tout en longues phrases souples. Chose extrêmement rare (et pour moi très satisfaisante), en particulier dans le roman anglo-saxon, est la rareté des dialogues. Ce qui fait que, surtout dans la première partie, on ressent l'approche du drame tout en étant englué dans une sorte de torpeur créée par la narration, pratiquement en continu, des états d’âmes des principaux protagonistes. Le lecteur a ainsi le sentiment d'être englouti dans la torpeur de cette journée caniculaire et moite.

« Expiation » montre le savoir-faire de Ian Mc Ewan. L'émotion n'y est jamais contre l'intelligence du roman. On est touché par la colère de Cecilia, le désespoir de Robbie, la culpabilité de Briony... McEwann analyse, décortique plutôt, les caractères avec une précision chirurgicale.

En cet instant qui s'étiolait, il découvrit qu'il n'avait jamais éprouvé de haine envers quiconque jusqu'ici. C'était un sentiment aussi pur que l'amour, mais exempt de passion et d'une rationalité glacée.

Refermant le livre on a l‘impression de connaître intimement Briony bien sûr, mais aussi Cecilia, Robbie et même Emily. Cet ouvrage est à la fois, un roman de guerre, en même temps qu’une histoire de famille, un roman d'apprentissage (On y parle de grandir, du temps qui passe, des yeux des enfants sur le monde des adultes...) et une peinture de mœurs réaliste d’une certaine Angleterre. La critique de Ian McEwan se concentre en fait, plus que sur l'attitude inconsciente de Briony qui à l'aube de son adolescente a été emportée par ses rêves d'écriture, son goût de l'ordre et son impulsivité, sur la société anglaise, dont la famille Tallis est un parfait exemple. On s'y attache à ne surtout pas parler des choses qui fâchent ou qui mettent mal à l'aise. Le sexe en est l'une des premières. Mais, à la fin du livre, nous nous apercevons qu' « Expiation » est peut être surtout un roman sur l’écriture et son rapport avec la réalité, ce qui ne l'empêche pas d'être passionnant. Ian Mc Ewan interroge les possibilités démiurgiques et les conséquences du processus de fiction en termes de compréhension mais aussi de fabrication ou de remodelage du monde et de la réalité.

Comment un écrivain peut-il se racheter, alors que, doué du pouvoir absolu de décider de la fin, il est également Dieu ? Il n'a personne, ni entité ni forme supérieure à qui en appeler, avec qui se réconcilier ou qui puisse lui pardonner. Il n'existe rien en dehors de lui. En imagination, il a fixé les limites et les termes. Pas d'expiation pour Dieu ni pour les écrivains, même s'ils sont athées.

« Expiation » qui se pose déjà en chef d'oeuvre du roman du XXI ème siècle, est un acte de foi en la littérature qui passionne son lecteur.

 

 

Nota:

1- Un film a été tiré du roman. Il s'intitule Reviens-moi (Atonement). Il a été réalisé par Joe Wright. Ian Mc Ewan a fait lui même l'adaptation de son roman (avec Christopher Hampton). Le scénario est, beaucoup plus que le roman, centré sur l'histoire entre Robbie et Celia. Briony n'y est plus qu'un personnage secondaire. Le film est sorti en septembre 2007 au Royaume-Uni. Keira Knightley y joue le rôle de Cecilia et James McAvoy celui de Robbie. Le film est en tête du nombre de nominations aux Globe Awards 20085. Le film est nommé dans 7 catégories, dont "meilleur film", "meilleur acteur"", "meilleure actrice" et "meilleur réalisateur".

2- A la lecture de mon billet, je ne voudrais pas chers lecteurs que vous pensiez que je traque les plagiaires ou, disons plus exactement ceux qui s'inspire abondemment d'ouvrages précédant, au contraire il me semble naturel et judicieux que des écrivains s'inspirent de leurs paires surtout dans un livre comme celui ci dans lequel une des héroines est écrivain et une autre férue de littérature.

3- Le magazine américain Time et son concurrent anglais l’Observer ont d'ailleurs classé « Expiation » dans leur liste des cent meilleurs romans de tous les temps.

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ismau 01/07/2014 18:28

J'ai eu la chance de lire Expiation  avant que ne sorte le film, en 2005 . Premier bénéfice, je préfère la couverture de mon Folio au vôtre : la photo vintage de mon adolescente boudeuse est plus belle, et puis il n'y a pas ce deuxième titre commercial, celui du film : http://p1.storage.canalblog.com/18/02/186162/36306975.jpg
Je n'ai pas vu le film, mais évidemment il ne peut rivaliser avec la complexité du livre, qui comme vous le soulignez parle de l'écriture, et joue sur l'écriture . Votre billet a heureusement ravivé mes souvenirs, et m'a ouvert des pistes, notamment avec vos essais fructueux de littérature comparée ( comparée au bon sens du terme ) . Il m'a aussi poussé à relire quelques fragments de mon Expiation . Je ne suis toujours pas enthousiaste pour le style que je trouve souvent lourd ( pb de traduction ? ) c'est pourquoi je ne le classerais certainement pas dans la liste des cent meilleurs romans de tous les temps ! Mais je trouve comme vous la forme et le récit passionnant . Le sujet de  l'affabulation  propre aux adolescents, cette affabulation qui peut faire tellement de mal quand elle est prise au sérieux dans la machine judiciaire - est remarquablement traité. Celui du héros qui crois être admis dans un milieu supérieur au sien, mais que l'on rejette à la première occasion avec la pire des injustice, l'est aussi . C'est toute une comédie sociale interférant avec la complexité psychologique de chacun, qu'orchestre Mc Ewan, dans une « construction presque policière » comme vous le notez. Ce doit être un peu sa marque de fabrique, en tous cas celle aussi d'un autre de ses livres que j'ai lu : « Samedi », se passant cette fois dans une maison victorienne de la City ( sa propre maison ), en 2003, sur une seule journée proprement bouleversante .

B.A. 01/07/2014 19:21

Merci pour votre, une fois de plus, remarquable commentaire. Je vous recommande néanmoins de voir le film puisque vous avez lu le livre il y a assez longtemps. Il est très fidèle au livre mais le décentre, d'où le changement justifié du titre, sur l'histoire d'amour entre Cecilia et Robbie, c'est un choix qui est assez judicieux en regard de la longueur d'un film, en outre il permet de conserver une certaine complexité de la construction. Je ne trouve pas le style particulièrement lourd, le reproche qu'on pourrait lui faire dans la première partie est de trop se caler sur celui de Virginia Woolf. Je n'ai lu, et encore il y a fort longtemps qu'un autre livre de Mc Ewan, Cement garden, j'ai d'ailleurs perdu ce volume. Si je m'en souviens bien le style en était très différent et son atmosphère particulièrement glauque. Ce livre a donné un excellent film du au frère de Jane Birkin, c'est un des premiers rôle de Charlotte Gainsbourg. J'ai commis un texte sur ce film on doit pouvoir le trouver sur le blog grâce au parfois faramineux moteur de recherche interne.
Vous pointez très justement le coté "lutte des classes (je ne trouve pas d'autres termes même si celui-ci ne me parait très bien approprié) du roman avec l'attitude de la famille vis à vis de Robbie. Cet aspect se retrouve dans les trois romans "de château" que je cite dans mon article en particulier dans "L'enfant de l'étranger" d'Hollinghurst (que je vous recommande chaudement) dernier et plus abouti avatar du genre.
Je n'ai pas trop mis en exergue certains pan du récit, comme l'affabulation des adolescents pour ne pas trop déflorer l'intrigue.
Je vais aller voir de plus près cet auteur et ce que vous me dites de "Samedi" m'y encourage...

xristophe 01/07/2014 01:16

Cher B.A, hélas : encore une de vos crises, entre provocation, mégalomanie et morbidité maso ! Comment, se dit-on (mais l'on est habitué, et l'on sait que ça passe), comment peut-on, si cultivé et fin, si sensible, balancer par exemple et sans nul argument un argument-massue aussi assommant et irrecevable que : "Nous n'avons pas en France de grand écrivain depuis cinquante ans"... Et cette autoflagellation, pourquoi, pour qui : pour les auteurs américains - encore -, qu'avec ses habituelles façons de terroriste intellectuel un peu rustre de la pensée et du Danube (car n'oublions pas qu'il n'était que philosophe, sa "Nausée" est à vomir) un Sartre imposa le premier après la guerre - sans effort, puisque le snobisme habituel s'enflammant aussitôt chacun se mit, "de ce côté de l'Atlantique" à se faire justice par le feu, à s'immoler en frappant sa poitrine roussie par la honte. Arrivant sur ces entrefaites - je tentai bien de m'aligner mais malheureusement (et peut-être que je n'y mettais pas assez de cœur), Hemingwai, Dos Passos, Steinbeck et même Faulkner ne surent me retenir ! ils me paraissaient peu subtils, lourds, ennuyeux, américains. Les plus grands n'ayant pas passé la rampe, tant pis pour moi, j'abandonnai. Le pire était pê qu'ils ne puissent pas écrire leurs œuvres directement en français : ce qui oblige au risque de la traduction - qui est, on le sait, ajouter un second livre au premier. (C'est d'ailleurs pareil en anglais : dès la première page, il saute aux yeux que le fameux Ulysse de Joyce est mal traduit, ou bien que Joyce n'est pas doué). Pour s'en tenir à l'Amérique, il en reste tout de même quelques un (que Sartre ne connaissait pas) : Henry James par exemple, et une dame délicieuse, Emily Dickinson : il est vrai qu'elle n'écrit "que" des quatrains, et moi je la fréquente et la goûte "en bilingue".

B.A. 01/07/2014 22:34

Je ne voulais absolument pas montrer une quelconque condescendance et je suis bien d'accord que listes ne valent pas savoir, je voulais simplement faire partager mon enthousiaste pour certains ouvrages qui en effet sont assez peu connus en France. Je maintiens, et je suis loin d'être le seul que depuis quelques dizaines d'années la littérature anglo-saxonne est supérieure à la française, si cela fait de la peine tant pis. J'espère un tout petit peu prescripteur pour vous apporter des plaisirs équivalent à celui que vous procure les ouvrages de Rinaldi. La différence entre des écrivain comme Hollinghurst, David Mitchell (fort influencé par la culture japonaise) est qu'ils parviennent à nous passionner aux aventures et atermoiements de leurs héros en faisant entrer l'Histoire dans leurs récit. C'est ce que faisaient en français très bien Marguerite Yourcenar et Zoé Oldenbourg par exemple, sans pour cela oublier le plaisir de lecture et la recherche formelle. Force est de constaté que pour l'instant, je ne vois pas quel écrivain de notre pays est capable de cela. NI notre cher Rinaldi pas plus que mon cher Modiano que je tiens pour le plus grand romancier français vivant. Le dernier a presque réussir cet exploit est à mon sens Michel Déon avec "Les poneys sauvages" on peut juste lui reprocher une facture un peu trop classique, mais la construction de ce roman est impeccable. Mais je n'ai pas tout lu et je ne suis en rien infaillible. Après j'en conviens c'est une perception particulière du romanesque. J'ai par exemple beaucoup de peine à complètement adhérer à des romans totalement hors sol ou hors époque d'ou par exemple quelques réticence aux oeuvres de Guibert ou d'Echenoz (première manière). J'ai besoin d'un ancrage dans le réel, y compris pour des romans fantastique et j'aime bien l'irruption du fantastique dans le réel comme dans Marcel Aymé ou David Mitchell (voir Les écrits fantôme de ce dernier). Quant au classement des 100 meilleurs romans je crois que ma liste changerait chaque jour. Ce qui me réjouit c'est tous ceux que je n'ai pas encore lus...
Enfin je voudrais répéter qu'en bon hédoniste la seule chose qui me guide dans le choix de mes lectures est le plaisir, plaisir que j'aime faire partager.

xristophe 01/07/2014 20:08

Cher B.A ."je ne la connais pas" et vous vous en connaissez tellement que sur cette pertinence quantitative je n'ai aucune chance de gagner je ne sais quoi ; je suis obligé de me contenter d'un accès à une vérité certes plus relative que celle que je feins de défendre dans mon petit papier qui est fait de trois quart d'humour pour quelques gouttelettes de pensée plus sérieuse (c'est mon dosage en général) mais c'est à mes risques et péril et c'est aussi pour contrer vos excès, qui choquèrent un autre que moi, lesquels finalement valent bien les miens en plus brutal et offensant pour plein de gens, d'auteurs que j'aime, français, qui sont assez pour moi, qui peuvent suffire à faire un "tour de vérité" sur une question, même celle de la Littérature, d'autant que vous en conviendrez, je ne sais pas, peut-être pas, il ne suffit pas de produire des listes impressionnantes même avec des indications plausibles de "savoir" autour pour transir et pétrifier l'interlocuteur ; ainsi mon expérience ès littératures est telle que, je me crois (illusionne, mais partiellement, comme toujours) d'une certaine infaillibilité, sinon en extension, du moins comme on dit en compréhension, en approfondissement (et puis mes lectures de littérature dites "au second degré", Richard, Genette, Starobinsky, Poulet, Barthes lui-même m'on bien aidé et fait gagner du temps, la seule préface du monumental "Mallarmé" de Richard par exemple, que je reprenais, me semble plus utile à lire, 27 pages, et si agréable ! que l'œuvre entier de Modiano ou de Sollers, par exemple) (je ne sais plus s'ils sont américains...) Mais pas que celle de "notre Angelo" de la page 232, que vous citez, je ne dis pas de cette seule page (quoique...) - l'Angelo dont je n'oublie pas que je vous dois la découverte mais enfin - vous ne l'avez pas inventé. Je me sens une "oreille absolue" infaillible, pour le dire en alexandrin avec simplicité, ce qui n'est pas l'infaillibilité papale encore, mais qui sait... Et regardez, pour changer un peu notre angle de vue - les arbitraires absurdes du Quantitatif parfois ; vous citez à la fin de votre article, que le livre américain inconnu dont vous nous parlez (pas inconnu de moi ! je l'ai depuis plusieurs années : acheté pour la couverture ! une adorable petite fille pensive et assise sur un escalier), ce livre fut nommé l"'un des 100 plus grand livres de... de tous les temps..." - et allons-y gaiement ! Arbitraire certes attendrissant de cette niaiserie (sans doute américaine) (j'm bcp l'Amérique) mais - vous le citez, on dirait pour son apport d'eau à votre moulin du moment... Bon, moi je vais changer d'arbitraire, pour m'amuser à apporter de l'eau au mien : je dis "Dites quels sont les 11 plus grands livres, et quelle que soit la langue, du monde entier, depuis 1969 ?" : évidemment, tout le monde s'écrie : "Les 11 romans d'Angelo Rinaldi ! " Tout va bien, personne ne conteste, personne ne peut contester ça. Cela me fait plaisir, bcp - mais je sens bien que cela n'est pas "juste" pour les autres...

B.A. 01/07/2014 08:55

Cher Xristophe (et Crescenzo, je regrette les parenthèses permettent des incises qui alourdissent moins les phrases que les propositions mise eu apposition, entre virgules dont d'ailleurs j'use et abuse, ce qui ne veut pas dire que je me prend pour le divin Marcel) il n'y a aucune provocation de ma part. Je crois que vous avez un problème de chronologie vous ne me parlez au mieux que d'écrivains qui sont apparu qu'entre les deux guerres époque à laquelle rayonnait les lettres françaises que l'on considérait à juste titre comme la première au monde, cinquante ans en arrière nous ramène à 1964 et je regrette je persiste et signe à écrire qu'aucun écrivain d'envergure n'est apparu en France depuis cette date, ce qui ne veut pas dire qu'il faille tous les négliger. Il y a bien des explications possible à ce fait, celle la plus proposée est la domination économique du monde anglo-saxon et en deuxième ligne l'engouement pour le Nouveau roman (on peut dater son apparition à la fin des années 50) qui aurait asséché le roman français, j'en proposerais une autre sans penser que les deux autres causes de nos piètres lettres françaises soient à négliger, celle de l'absence, contrairement au monde anglo-saxon de l'enseignement de travail du romancier. On s'est beaucoup gaussé de ce fait du coté des Deux Magots, le plumitif français en étant encore resté à l'image romantique de l'écrivain attendant l'inspiration et sa muse. Si en effet l'imagination et la curiosité ne s'apprennent pas en revanche la construction romanesque elle peut très bien s'enseigner. La force du roman américain (et anglais dans une moindre mesure) est l'extrême sophistication de leur construction qui elle échappe aux vicissitudes de la traduction.
Venons en justement au problème de la traduction, tout d'abord vous ne citez que des auteurs traduits au mieux que dans l'immédiate après guerre soit il y a près de soixante dix ans! Croyez moi la traduction de l'anglais en français à fait de gros progrès, tout simplement parce qu'il y a aujourd'hui beaucoup plus de locuteurs de l'anglais dans notre pays qu'il y a soixante dix ans et par la même beaucoup plus de traducteurs. Il y a soixante dix ans régnait en maitre le presque seul Coindreau. Les auteurs que vous me citez ne sont pas en effet léger léger mais contrairement à notre littérature l'américaine est bien meilleure aujourd'hui qu'elle l'était dans les années 40 ou 50. Ce qui n'est somme toute que logique en regard de leur population et de la qualité de certaines de leurs universités où nombre d'intellectuel français vont enseigner et qui ne répugne pas à employer également des écrivains américains de renom comme par exemple Edmund White. Ce nom me fait songer que curieusement beaucoup de grands écrivains modernes américains sont homosexuel, Gore Vidal, Tennessee Williams, Baldwin, Truman Capote, j'y ajouterais Merle Miller et Hansen, hélas moins connus. Il en va de même pour les lettres américaines contemporaines que l'on songe à Edmund White, David Leavitt, Cameron, Mc Cauley, James Purdy (encensé à juste titre par notre cher Angelo, page 232 de "Service de presse")... Le cas de la littérature britannique par rapport à la notre est moins explicable pourtant elle produit des romanciers d'un tout autre calibre que ceux qui broutent dans nos prés voir David Mitchell, Hollinghurst, Mc Ewan, Will Self...
Comment pouvez vous suggérer que la littérature contemporaine française est du niveau ou supérieure à l'anglo-saxonne alors que de votre propre aveu vous ne la connaissez pas. Plongez vous dans les billets que j'y ai consacrée vous devriez avoir envi de vous précipiter chez le libraire ou alors il faut que je cesse d'écrire sur les livre.
Il est bon toutefois de rappeler que la traduction est aussi très sélective et qu'il nous arrive en général que le meilleur des lettres étrangères, ne serait-ce que pour des raisons économiques.

cyril 01/07/2014 01:00

je dois dire que le film était de grande qualité.finesse des costumes et des personnages...

B.A. 01/07/2014 08:59

C'est le film qui m'a incité à lire ce livre, mais j'ai sagement attendu des années pour que le film se soit un peu effacé de ma mémoire. Le film est assez fidèle au roman mais comme toujours en délaisse une partie et donc diminue la richesse de l'intrigue.

de Crescenzo 30/06/2014 22:44

je n'aime pas cette phrase mise par parenthèse : c'est peut étre là la faille des lettres françaises qui n'a plus de grands écrivains depuis prés de cinquante ans .... c'est parfaitement injuste et injustifié !