Leyendecker

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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j.d. leyendecker

 

Il est amusant de penser que la référence de la virilité américaine élégante et un rien machiste, c’est en tout cas ainsi qu’aujourd’hui on peut l’interpréter, soit l’oeuvre d’un gay, le dessinateur Leyendecker qui prit pour cela comme modèle son ami. Si vous demandez à la plupart des gens (y compris américains) qui ont quelque culture, c’est à dire bien peu, de citer l’ illustrateur américain le plus significatif de la première moitié du 20e siècle, qui était à la fois un artiste de formation classique et un maître artisan, qui a été en grande partie responsable de l'image que nous avons du père noël, qui a eu l’idée d'utiliser un bébé pour représenter la Nouvelle Année dans les illustrations, dont la production s'étend sur plus de 50 ans, la réponse sera toujours Norman Rockwell, une réponse qui est fausse. C’est Leyendecker qu’il aurait fallu nommer. 

 

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Leyendecker en 1895

1911

“The Donchester – the Cluett Dress Shirt”, oil on canvas. Arrow shirt ad. 1911.

In the Stands 1.  1913.  Oil on canvas.  Arrow collar advertisement

“In the Stands 1.” Oil on canvas. 1913.  Arrow shirt ad.

"In the Stands 2."  Oil on canvas. 1913.  Arrow shirt ad.

“In the Stands 2.” Oil on canvas. 1913. Arrow shirt ad.

Kuppenheimer catalogue illustration.  1919.

Kuppenheimer catalogue illustration. 1919.

Kuppenheimer catalogue illustration. 1918.

Kuppenheimer catalogue illustration. 1918.

1920, Fatima

Fatima cigarette ad. 1920.

 

 

Joseph Christian (Joe) Leyendecker est né le 23 mars 1874 à Montabour en Allemagne. Sa famille émigre aux USA alors qu’il a 7 ans et s’installe à Chicago. Comme plusieurs de ses contemporains, il fait preuve d’un talent de dessinateur précoce qu’encouragent ses parents; mais ceux-ci, modestes ne peuvent financer les études artistiques de leur fils. En 1889, à 15 ans, Joe entre en apprentissage chez J. Manz et Cie., une firme de gravure de Chicago. Le soir, il suit des cours de dessins à l'institut d'art de Chicago. Un de ses professeurs est John H. Vanderpoel, dont les livres sur l'anatomie sont recherchés encore aujourd'hui. Vanderpoel a étudié en France et en a rapporté les techniques classiques du dessin d'Academies qu’il enseigne à ses élèves. Ses efforts doivent avoir été efficaces, car Leyendecker a rapidement de l’ avancement chez son employeur, de garçon de courses il devient illustrateur. J. Manz et Cie. n’ était pas seulement une maison d'impression, souvent ses clients lui demandait de fournir des illustrations. Ainsi bientôt Leyendecker conçoit des affiches et des publicités. À l'âge de 19 ans, il est chargé de créer 60 illustrations pour une édition de la bible que Manz doit produire. En 1896, il a gagne un concour de couverture de magazine (le 2ème est Maxfield Parrish !). Cela apporte à son travail une reconnaissance nationale et l’amène à réaliser des illustrations et couvertures de magasines nationaux. Une certaine aisance lui permet de partir à Paris en compagnie de son jeune frère, Francis Xavier lui aussi un artiste très doué. Ils parcourent la France à l’automne 1896. Puis, les frères étudient à la célèbre Académie Julian sous la tutelle de Jean-Paul Laurens. William Bouguereau en est alors son directeur. Les Leyendeckers sont considérés comme les élèves les plus doués de leur classe. Joe a eu une exposition individuelle de son travail au Salon de Mars. Ils rentrent Amérique à l’ automne de 1898 et ouvrent un studio à Chicago qui travaille rapidement pour des publications importantes comme Colliers. En 1900 Leyendecker transfert son studio à New York. Il est situé à l’angle de Bryant Park et de la 41 ème rue, à Manhattan. 

 

 

La rapide renommée Leyendecker est sans doute venu de sa capacité d’avoir un dessin spécifiques et dont la signature est facilement identifiable. Dés cette époque, son travail, se caractérise par un discret homoerotisme . La figure centrale de ses images est souvent un beau jeune homme, surtout des athlètes, des soldats, des marins et des ouvriers faisant un travail de force. Ces hommes sont des figures héroïques, rappelant les idéaux classiques de l'Académisme français. Son style alors, utilise aussi parfois les sinuosités de l'Art Nouveau. Parallèlement à sa fructueuse carrière de publicitaire il fait preuve dès 1895, d’ une grande activité en tant d’illustrateur de livres. Joseph Leyendecker devient rapidement l'un des créateurs publicitaires les plus célèbre du 20ème siècle. Sa capacité de travail incroyable et sa dextérité dans le dessin et la peinture, illuminées par sa sexualité gay, ont introduit une nouvelle esthétique dans la publicité. Il travaille essentiellement pour des marques de grand luxe. Avant même l’existence du cinéma, Leyendecker dans ses illustrations invente une mise en scène que l’on peut qualifier de cinématographique. En 1905, il est embauché par Cluett, Peabody & Co. pour promouvoir leur marque Arrow www.arrow-homme.fr/esprit.php?id=4. C’est cette campagne qui assoit définitivement sa réputation. Son homme, habillé de la chemises Arrow devint pour longtemps l’archétype et l’épitomé du mâle américain urbain et prospère. Cette publicité a propulsé Arrow comme la plus grande marque de chemises en Amérique. Leyendecker a fourni la majeure partie de la publicité de la marque jusqu'en 1930. Cette image idéale reçut plus de demandes en mariage que son contemporain Valentino! Ses admiratrices ne surent jamais que le modèle en était Charles Beach l’amoureux du dessinateur! Charles Beach, est devenu l'équivalent masculin de la Gibson Girl, un idéal de beauté à suivre par tous les hommes américains.

 

 

 

 

Leyendecker aurait rencontré Charles Beach en 1901. Lorsque jeune modèle venant de Cleveland il pose pour lui. L'artiste aurait été impressionné non seulement par le beau visage de Beach, mais aussi par sa capacité à tenir la pose pendant un long temps. Ils ont vécu ensemble cinquante ans! Si Beach était à l'origine un modèle, il est bientôt devenu pour Leyendecker en plus de son amant, son indispensable collaborateur. Leyendecker a tiré un voile efficace sur sa vie privée. Il est significatif qu’en 1974 quand Schau écrit son livre sur l’artiste (aujourd’hui épuisé et difficilement trouvable), il peut seulement remplir que 22 pages sur la vie de son modèle et presque la moitié de celles-ci sont consacrées à la vie de Leyendecker avant son installation à New York. 

 

Leyendecker Study by Adreean

 

 

Si l’on fait la nomenclature de ses très nombreuses illustrations on constate que beaucoup ont trait au sport, ce qui lui permet de rendre un bel hommage à la beauté masculine. Il peint de nombreuses affiches pour promouvoir la Ivy League de football, de baseball. Elles sont largement diffusées dans le monde étudiant. Leyendecker, en compagnie d’autres artistes importants comme Gibson, Christie, Flagg et Wyeth, réalise des affiches de propagande pendant la Première Guerre mondiale, pour encourager les gens à acheter des obligations de guerre. 

 

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Au début des années 20 Il a eu une brouille avec son frère. Ce dernier lui même un excellent artiste a du constamment lutter contre l’étiquette de “frère” de Joe Leyendecker; il meurt d’une overdose en 1924 à l’age de 47 ans, alors que Joe Leyendecker atteint l'apogée de sa gloire et de sa productivité. Si la mode masculine est probablement l'aspect le plus significatif des publicités signées Leyendecker, son travail ne se limite pas à ce seul domaine. Il a été aussi utilisé pour promouvoir une foule d'autres produits, notamment du savon, des automobiles, des cigarettes... Il semble bien que l’ambition secrète de Leyendecker était de s’imposer dans le monde de l’art, ce qu’il ne parvint jamais à faire; sans doute trop marqué par ses succès dans la publicité. Il reste néanmoins que son influence a été considérable, en particulier sur Norman Rockwell qui deviendra un ami et qui prononcera l’oraison funèbre à ses obséques. Leyendecker est inhumé au Woodlawn Cemetery du Bronx à New York. C’est d’ailleurs grâce à un livre de souvenirs de Norman Rockwell que l’on connait quelques rares anecdotes sur la vie privée de Leyendecker. 

 

Aujourd’hui on trouve des réminiscences du trait de Leyendecker dans des domaines où à première vue on ne le soupçonnerait pas comme dans les jeux vidéo par exemple par l’intermédiaire de Terese Nielsen. Jusqu’en France où l’on retrouve sa marque comme dans le dessin d’un Le Gac ou chez un jeune créateur de Bandes dessinée comme Mathieu Lauffray... Si sa vie privée reste un mystère ses motivations artistiques ne sont guère plus claires. On sait qu’il voulut, sans doute par intermittence réussir dans la peinture de chevalet, mais dans le même temps il a refusé des commandes prestigieuses de fresques murales, très en vogue dans l’ Amérique de l’entre deux guerres, sans qu’on en comprenne complètement la raison. Est-ce sa formation à l’académie Julian qui prônait un art “populaire” qui l’expliquerait? Se voyait il comme un artiste créant style d’art pour les masses à travers les magazines et les affiches tout en étant bien payés pour son travail? Sa réussite financière est telle que dés 1914 il se fait construire un manoir à New Rochelle une élégante banlieue de New York fréquentée par les artistes. Le batiment a trois étages et est de style anglo-Normand (il existe toujours). Il y avait deux grands ateliers pour chacun des frères, deux salles de réception, sept chambres, cinq salles de bains, et quatre cheminées... Leyendecker y habitera jusqu’à sa mort en 1951 avec son ami qui fut aussi son modèle, son cuisinier et son directeur commercial... Cette maison était richement meublée dans un style vaguement Renaissance française, à la mode peu de temps après 1900. Des photographies rendrent bien l’ opulence évidente du décor. Elle semble avoir été conçu pour recevoir. Frank quittera la maison en 1923 de même que sa sœur Augusta suite à une querelle familiale dont on ne sait rien. Beach déclara dans une interview juste après la mort de Joe, qu'ils recevaient souvent dans les premières années quand Joe était au sommet de son succès. C’est ensuite qu’ils vivront en quasi reclus. Beach explique que Joe refusait de laisser les engagements de la vie sociale dévorer son temps voué à sa peinture. Il semble néanmoins qu’ils participaient, au moins en partie, à la vie sociale locale dans un petit cercle d’ artistes voisins. Il faut noter que de 1919 à 1930 les illustrateurs récurrents des grandes revues étaient des personnages très “people”, un peu comme le furent les grands photographes dans les années 80. Dans ce contexte, le curieux manque de photographies de Leyendeckers et de Beach est extrêmement étrange, pour un artiste aussi connu qui se devait d’être aussi une personnalité publique...

 

 

 

 

Footballer
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 

 

Horse Girl
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 

 

Shopping
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 

 

 

Pendant plus de quarante ans, Leyendecker a une relation privilégiée avec le populaire hebdomadaire Saturday Evening Post www.curtispublishing.com/other-artists/html/LeyendeckerJ.html. dont il réalise la plupart des couvertures et toutes celles des numéros spéciaux. Au total, il a produit plus de 300 illustrations pour la revue. Aucun autre artiste, jusqu'à l'arrivée de Norman Rockwell (devousamoi.unblog.fr/tag/norman-rockwell/ ), deux décennies plus tard, sera autant identifié à une publication. Pour ses illustrations il aurait travaillé en plusieurs étapes. Il peint d’abord à petite échelle des études préparatoires à l’huile et sur toile; Ensuite il les transfère, toujours à l’huile et sur toile, en plus grand utilisant pour cela la classique technique du carreau. Il a presque toujours pris soin de signer les différentes étapes de son labeur; malheureusement à sa mort la plupart de ses études ont été découpé façon puzzle par Charles Beach...

 

 

Son travail d’illustrateur a beaucoup influencé les campagnes publicitaires photographiques qui peu à peu remplacèrent les beaux dessins de Leyendecker. A partir des années 40 la photo concurence gravement les illustrateurs. Malgré sa célébrité, Leyendecker en est lui aussi victime. S’il continue à avoir des commandes, il doit réduire son train de vie. Il garde son manoir mais doit se séparer de ses nombreux domestiques... En dépit de sa renommée la vie de Leyendecker est mal connue. Il a vécu discrètement mais sa sexualité et sa vie privée le contraignait à cela; un coming out aurait à l’époque signifié pour lui la ruine. En outre il aurait été très timide et aurait parlé avec un léger bégaiement. Il a vécu dans quasi-solitude, enfermé la plupart du temps, dans dans la tour d'ivoire qui était son atelier. A sa mort son ami a détruit beaucoup dessins, de correspondances ainsi que ses journaux intimes. On ne sait pas s’il agissait de son propre chef ou s’il suivait le désir de l’artiste. Il faut aussi avoir présent à la mémoire la période, l’apogée du Macarthisme, alors être convaincu d’homosexualité pouvait conduire en prison. Il est pourtant évident que l’on ne pouvait pas ignorer l’homosexualité de Leyendecker mais se dernier ne l’ayant jamais revendiqué il ne risquait pas grand chose. Dans cette société américaine hypocrite, le crime est dans le dire plus que dans le faire! Beach suivit son ami dans la mort de quelques mois. En 2000 la poste américaine a émis un timbre à l’ effigie d’ “Un couple de danseurs” de JC Leyendecker dans sa série the American Illustrators commemorative. L’original de cette image a été vendu aux enchère la même année pour 50 000 $. Bien qu’aujourd’hui, il n’y ait seulement que quelques personnes, même aux Etats unis, qui connaissent le nom Leyendecker, mais cela est en train de changer car récemment plusieurs musées (Fullerton, Stockton...) ont organisé des expositions Leyendecker, son travail a été parmi les plus populaires de son époque, en raison de sa capacité à transmettre l'essence à la fois la vie quotidienne en Amérique et des événements internationaux par le biais de peintures qui reflètent son sens unique de l'art dramatique mêlant romantisme et humour . Son travail a aidé à définir l’image de l’Amérique autant que le cinéma. À bien des égards, les images de JC Leyendecker furent la personnification de l'Amérique, elles en sont venus à symboliser la culture, et la civilisation américaine.

 


Sketches for Arrow Collars by  J. C. Leyendecker

 

LEYENDECKER FOOTBALL

 

pussyfartopera:

Leyendecker

 

 

Leyendecker 1
 
 

 

artqueer:

J.C. Leyendecker

(via isocopopsiclese)

 

 

joseph christian leyendecker

 

 

Sock Garters. Yes.
Illustration by J.C Leyendecker

 

 

Footballer
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 

 

Horse Girl
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 

 

Shopping
Image courtesy of Andrew Bosley
at jcleyendecker.blogspot.com

 
Leyendecker

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B.A. 22/05/2014 07:26

Leyendecker est un inconnu célèbre. Il y a encore quelques années, quatre à cinq ans, on pouvait voir dans la vitrine d'un magasin de vêtement du boulevard Saint Germain à Paris une grande affiche ventant la qualité des chemises Arrow (j'en ai porté moi même dans les années 80) illustrée par Leyendecker. Petit éclairage sur les cuisines du blog. Cet article a été écrit il y a environ 8 ans et figurait sur mon premier blog. Je ne l'ai pratiquement pas modifié à part la correction de certaines fautes (pas toutes hélas, je pense). A ce propos je voudrais ajouter que l'artiste qui est aujourd'hui le plus dans la ligne de Leyendecker est Beard dont on peut voir les étonnantes toiles curieusement dans les magasin Abercrombie & Fitch aussi bien à Paris qu'à New-York qu'à Tokyo (il y a des billets sur ce peintre sur le blog) dans Je ne l'avais pas réédité, je ne savais pas pourquoi. Ce qui montre que je protège mes textes et mes photos ce qui m'a permis lorsque mon précédent blog a coulé d'en recréer un autre le lendemain avec un très grand nombre d'articles publiés dans les trois première semaine (comme on peut le vérifier en consultant les archives du présent blog, il y en avait d'ailleurs plus car lorsque je réédite un billet en le complétant, je supprime l'article d'origine).

xristophe 22/05/2014 03:10

J'ai honte de ne pas être celui qui peut lire (à 3 h, c'est vrai, du matin) et du moins dans son mérité détail un article à la fois si balancé et si savant, si underground, présentant l'inconnu Leyendecker avec tant de brio comme le prédécesseur de célèbre Norman Rockwell... Et votre pic de la mirandolisme, à certaines heures, ne protestez pas, me subjugue... En tout cas protégez tout cela, B.A., en double, en triple, au cas où qq "feu du ciel", bien loin du ciel d'ailleurs... comme nous disions ailleurs, ce matin même...